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Vendredi 04 Juillet 2008
14:38

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GRAND PRIX (1966), l'édition DVD spéciale 40e Anniversaire en zone 1

Une saison dans la vie de quelques pilotes s'affrontant pour le championnat de Formule Un. En position de tête, l'Américain sur le retour Pete Aron, qu'un grave accrochage à Monaco mettra sur la touche, s'improvisant reporter jusqu'à ce qu'il soit récupéré par un ambitieux constructeur nippon... Son (ex-)coéquipier anglais Scott Stoddard, victime dudit accident, prêt à tout pour revenir en piste au grand désespoir de son épouse Pat, qui voudrait bien le voir se contenter d'ingurgiter quelques ouzos... Le Corse Jean-Pierre Sarti, respecté et chevronné étalon de la Scuderia, commençant entre deux âges à piaffer de dégoût pour lui-même et son boulot, questionnement nourri par sa liaison grandissante avec Louise, émancipée journaliste de mode assignée aux paddocks... Le jeune et sexy Nino Barlini qui, contrairement à son partenaire Sarti, ne pense qu'à s'éclater entre deux courses et deux jupons... De Clermont-Ferrand à Francorchamps, des Pays-Bas au Royaume-Uni, nous suivons tout ce beau monde avec ses épreuves de coulisses et d'après-ski, compétitionnant dans une virile camaraderie. Mais à Monza, il ne saurait y avoir qu'un seul vainqueur...



GRAND PRIX (1966), l'édition DVD spéciale 40e Anniversaire en zone 1
Pardonnez mon manque d'estomac, mais il existe deux activités sportives tout aussi prisées qu'aberrantes, toutes deux uber-machistes, qui donnent parfois lieu à de bons films, mais dont les motivations profondes, à vue de nez, échappent toujours aussi complètement à certains mortels... On conçoit à la rigueur qu'un boxeur puisse ressentir une énorme satisfaction cathartique à rosser son adversaire jusqu'au sang, rituel assouvissant à quelque part - et, par personne interposée, pour le spectateur - les morbides pulsions de l'incorrigible brute humaine... Mais avouez qu'il faut quand même une jolie dose d'inconscience suicidaire pour s'élancer ainsi à plus de 300 km/h dans ce que Barlini décrit lui-même dans GRAND PRIX comme «un cercueil rempli d'essence, une bombe», dans le simple but de savoir lequel s'en tirera le premier, curiosité malsaine alimentée par et pour l'auditoire («C'est pour ça qu'ils viennent: voir quelqu'un se tuer», s'écrie Pat Stoddard, et comment lui donner tort?). Juste au moment où l'on est tenté de croire que l'engin de mort effectue réellement tout le boulot, l'on comprend qu'il faut néanmoins un solide corps d'athlète pour négocier chicanes abruptes, encaisser chocs à répétition de la route, force centrifuge, changements de vitesse et de direction... Mais toute cette tauromachie mécanisée, hiérarchisée, polluante, assourdissante, dominée de nos jours par des impératifs mercantiles, est-ce bien du «sport»?

À cette question, John Frankenheimer, éclectique wonderboy de la décennie 1960 (BIRDMAN OF ALCATRAZ, THE TRAIN, THE FIXER), fervent de belles bagnoles, répondit sans équivoque par cette babylonienne ode à la vitesse dont le succès commercial et la bonne réputation, comme pour toute mécanique bien huilée, reposent en (très) grande partie sur ses remarquables prouesses techniques, le bouillant réalisateur obtenant d'abord la bénédiction, puis se payant la collaboration des plus grands noms de la F1 de l'époque (Graham Hill, Jim Clark, Bob Bondurant, jusqu'au légendaire Brésilien Juan Manuel Fangio, ex-chauffeur d'autocars et, exception faite de Michael Schumacher, plus grand pilote de tous les temps), tournant dans des circuits réels ou à proximité (rues étroites de Monte Carlo, foules rapprochées de Spa-Francorchamps), tout cela assurant à son long-métrage, loin des artifices de studio, une absolue authenticité de détail dans le plus pur style documentaire, réalisme accentué par le travail du grand directeur artistique Richard Sylbert (CHINATOWN, REDS) et du preneur d'images Lionel Lindon, complices de Frankenheimer dès son kafkaïen THE MANCHURIAN CANDIDATE (1962)... Évidemment, l'univers de la F1 - voitures, technologie, constructeurs, circuits, règles - a grandement évolué depuis, mais la fièvre de rouler à tombeau ouvert, la soif de trophées, restent les mêmes, garantissant au film, quarante ans plus tard, son intemporalité.

Autre élément qui n'a pas changé: comme le constate à quelque part le personnage de Louise, les badauds dans les gradins n'assistent jamais qu'à une petite fraction de l'épreuve, ce à quoi désormais la télé, et Frankenheimer à ce stade, se sont chargés de remédier. C'est là justement que GRAND PRIX prend son essor, filmé en Super Panavision 65 mm selon l'onéreux dispositif du Cinerama, projeté sur un écran géant semi-circulaire mettant le spectateur directement en piste, grâce notamment à l'utilisation inédite de multiples caméras aériennes ou encore télécommandées, juchées directement sur et autour des bolides, créant une infinie variété d'angles de prises de vues subjectives diablement montés, avec pour résultat une expérience visuelle absolument révolutionnaire et étourdissante (les hallucinantes courbes à 45 º de Monza, par exemple, même sur petit écran plat, ont de quoi foutre le vertige!). Démiurge derrière les génériques parmi les plus distinctifs de l'histoire d'Hollywood (PSYCHO, SPARTACUS, WEST SIDE STORY, ALIEN), célèbre pour ses figures et constructions géométriques élaborées, néo-expressionnistes, Saul Bass agit ici à titre de conseiller visuel et monteur associé, exploitant comme jamais auparavant les écrans fractionnés (splitscreens) à des fins dramatiques, modèles du genre qui seront bientôt copiés pour d'autres productions (THE THOMAS CROWN AFFAIR, THE BOSTON STRANGLER), d'une ébouriffante virtuosité et conçus des lustres avant l'apparition des logiciels de montage modernes, ce qui rend l'exploit d'autant plus admirable. Non seulement ajoutent-ils du zeste au plan graphique, décuplant l'excitation (Zandvoort, où on assiste au grand retour de Stoddard), mais ces splitscreens apportent également des éclaircissements psychologiques inattendus par le biais de flash-backs élégamment insérés à l'action (course finale), ou métamorphosent un mouvement frénétique en une surprenante séquence balletique sanctifiant, dans le décor bucolique du circuit de Clermont-Ferrand et sur un air de valse, le naïf bonheur de vivre (effet quelque peu gâché toutefois par de gros plans niais du regard émerveillé de Louise, qui eux ont bien vieilli...). Frais émoulu de DOCTOR ZHIVAGO (1965), remplaçant au pied levé Jerry Goldsmith, qu'indifférait ce projet, Maurice Jarre, puisqu'on en parle, fournit au film son emblème harmonique récurrent, sorte de fausse marche militaire évoquant une rengaine de cirque, renforçant la prémisse métaphorique du «général» Frankenheimer selon laquelle ces acrobates du volant ne seraient fondamentalement que de vulgaires saltimbanques, des funambules, pour reprendre l'expression consacrée, en fragile équilibre sur le fil du rasoir.

Intercalé entre ces séquences indubitablement jouissives se cache l'aspect humain de la F1, où là GRAND PRIX connaît quelques ratés de turbine: les dessous de la compétition, les à-côtés, le glamour, les histoires de femmes, les rapports avec les journalistes omniprésents, les concessions, les mensonges aux autres, aux médias ou à soi-même... Autant de thématiques à priori intriguantes que le script de Robert Alan Aurthur (ALL THAT JAZZ) ne fait malheureusement qu'effleurer, accumulant clichés, réparties et autres stéréotypes d'intrigues sentimentales de romans-photo à l'ancienne mode, quant à eux fort conventionnellement filmés. Mais les diverses personnalités des protagonistes masculins y sont du moins bien cernées: la figure tragique de Sarti, en proie à l'indécision, son éveil graduel au doute, à la rationalité, pourtant fatal en de telles circonstances extrêmes, où l'état psychologique influence le coup de pédale (comme en témoigne l'incident du parcours belge, où le cinéaste superpose allégresse de la victoire et agonie du perdant)... L'hédoniste Barlini (vaguement inspiré de Lorenzo Bandini, qui se tua l'année suivante au Grand Prix monégasque), playboy, tête brûlée et grande gueule de service, aveuglé par l'insouciance et l'insolence de sa jeunesse, tares qui font de lui, paradoxalement, l'un des meilleurs pilotes, mais aussi, dans l'écurie de Frankenheimer, le personnage le moins intéressant... Quoi qu'on en dise (et bien qu'il en soit largement absent de la seconde moitié), le film appartient à Pete Aron, type même du bon bougre à l'américaine, cartésien, individualiste et résolu (davantage à mon avis que son rival Stoddard, par exemple, dont le parcours, la résilience, à grands renforts d'anabolisants, apparaissent plus superficiels, télégraphiés), et dont on suit avec empathie la traversée du désert jusqu'à la rédemption après Monza, course de chars la plus excitante depuis BEN-HUR, alors que, amer et resté seul au milieu de la piste, près des stands déserts encore remplis de l'écho des moteurs, Aron promène son regard aux alentours, tirant sur sa clope, considérant sa propre mortalité comme tout bon héros contemporain... Il n'y a précisément que dans le péplum de Wyler où un Chuck Heston brisé, lacéré, fixe les gradins vides après son triomphe, qu'on puisse trouver au cinéma une telle pause/pose emphatique et éloquente, empreinte à la fois de futilité, de solitude et de force intérieures...

Sauf exception, GRAND PRIX bénéficie à ce chapitre d'un casting international de forte cylindrée. James Garner (VICTOR/VICTORIA, SPACE COWBOYS) occupe la pole position, premier choix du studio après le refus de Steve McQueen, autre obsédé de vitesse (THE GREAT ESCAPE, BULLITT) initialement sélectionné par Frankenheimer, et qui aura plus tard l'occasion de se reprendre avec le dormitif LE MANS (1971)... Lui-même co-prisonnier de McQueen dans ESCAPE, Garner donne au film ses assises et sa crédibilité, s'étant astreint à de vigoureuses leçons de pilotage pour les besoins de la production; en parallèle, sa carrure franche, son allure naturelle, engageante, facilitent davantage une identification avec l'auditoire que le portrait d'Aron qu'aurait pu livrer à mon humble avis le taciturne, égocentrique et glacial King of Cool, pour certains, à l'aura par trop revêche et absconse... Le toujours robuste Yves Montand trouve en Sarti un alter ego sur mesure, sans doute le personnage le plus prenant et tangible de sa brève et intermittente «carrière américaine», héros d'action vieillissant partagé entre le bonheur domestique et son «manque d'imagination», et pour lequel il dut lui aussi s'improviser as de la F1, y ayant presque laissé sa carcasse... Les trop rares Brian Bedford (NIXON) et Jessica Walter (PLAY MISTY FOR ME) font des Stoddard un couple aigri, dépareillé, touchant, à court de carburant et qui profitera bien d'un arrêt forcé au puits... Dans le rôle secondaire de Yamura, intègre brasseur d'affaires et homme du monde, l'Éternel Samouraï Toshiro Mifune, physiquement convaincant dans son premier film étranger, quoiqu'il fallut se résoudre à doubler ses répliques... Égérie de Kazan (ON THE WATERFRONT) et d'Hitchcock (NORTH BY NORTHWEST), revue récemment dans SUPERMAN RETURNS, Eva Marie Saint (Louise), n'ayant pas grand-chose à se mettre sous la dent, manque toutefois un peu de consistance et de piquant, alors qu'Antonio Sabàto (Barlini), étoile filante du cinéma italien des années 1960-70, ne fera guère impression que sur les midinettes... Et que dire de sa copine proto-hippie, apathique, risiblement atone, interprétée par la chanteuse pop Françoise Hardy, alors au zénith de sa cote en Europe, qui pour sa première incursion à l'écran se joue plus ou moins elle-même avec indolence, prouvant ainsi que ce talent singulier n'est pas l'apanage de tous les garçons et les filles de son âge?... Notons au passage la furtive présence rotonde du délicieusement inquiétant Adolfo Celi (THE AGONY AND THE ECSTASY), encore frais humide du James Bond à bulles THUNDERBALL, en souverain patron de Ferrari... Signalons enfin que Graham Hill et son homonyme Phil, respectivement conseiller technique et conducteur pour GRAND PRIX, prêtent leurs traits à deux pilotes fictifs, tandis que Jochen Rindt, ancien coureur vedette chez Lotus, incarne... Jochen Rindt.

Cette édition DVD de GRAND PRIX présente le film, s'étalant sur deux disques (contrairement à ce que la sérigraphie laisse supposer), dans son format original de projection en salles, soit le format ultra-panoramique 2.20:1, d'après un transfert anamorphosé (16:9). L'un des titres du prestigieux catalogue Warner les plus réclamés en format numérique (un site Internet ayant même été dédié à cette fin!), GRAND PRIX s'est longtemps laissé désirer, mais l'attente en valait assurément la peine: époussetage intégral, méticuleux et miraculeux du négatif de base, restituant à l'image ses teintes, sa brillance et sa profondeur originelles, et que des siècles de fadasses diffusions télévisuelles plein écran - anathème pour toute production à écrans fragmentés, et spécialement celle-ci! - avaient fini par faire oublier... La compression, parfaitement maîtrisée, la quasi-absence de taches ou autres artefacts, l'exquise finesse des détails, que confirment de simples agrandissements à l'aide de la télécommande, rendent totalement justice aux complexes compositions visuelles de Saul Bass, témoignant du coup d'un respect évident pour cette superproduction qui en son temps avait elle-même défoncé les standards au plan technique. À l'instar de RYAN'S DAUGHTER du même studio, le travail de restauration de 2006 et, de mémoire de DVDphile, l'un des plus beaux transferts qui soient.

GRAND PRIX est présenté dans sa version originale anglaise au format Dolby Digital 5.1, et en version française au format monophonique Dolby Digital 1.0. En VOA, attachez vos ceintures: du vrai 5.1 d'engins rugissants et pétaradants répartis sur les trois enceintes avant, tout comme les dialogues, ultra-graves à gogo (vos voisins vont adorer!), tandis que les caissons arrière, bien que contribuant à leur façon à la pâte sonore, servent surtout à mettre en valeur les passages musicaux, le tout consistant en un requinquage entier des puissants éléments audio d'origine auxquels on ne pourra reprocher qu'un peu de souffle dans les scènes plus intimes, immergeant néanmoins le vidéophile dans une ambiophonie en tout point étonnante pour un long-métrage de 1966. Vroum!... À l'opposé, sa ténue consœur francophone, pour rester polis, trottine à sa suite, le caisson central se tapant laborieusement tout le trajet. Dommage car côté doublage (Jean-Claude Michel, Marc Cassot, Montand lui-même...), c'est champion... Des sous-titres optionnels anglais, français, espagnols et portuguais sont disponibles dans la boîte à gants.

Sans remporter la Coupe des Éditions Spéciales, GRAND PRIX fait tout de même bonne figure avec l'adjonction, sur le disque # 2, de quatre documentaires nouvellement préparés pour le 40e anniversaire, ainsi que d'une bobine d'époque, la Warner, fidèle à ses bonnes vieilles (mauvaises) habitudes en Zone 1 en ce qui a trait à ses items de fond, n'offrant pour ces suppléments aucun sous-titres en option:

Pushing the Limit: The Making of GRAND PRIX (29 mns.)
Parsemés de témoignages de membres survivants de la production (pilotes, acteurs, dont un James Garner méconnaissable), de spécialistes actuels de la F1, et même du réalisateur Peter Yates (BULLITT), la genèse et l'impact du projet sont retracés dans leurs grandes lignes, d'où ressort la personnalité présomptueuse, minutieuse et autocratique de Frankenheimer, surnommé «l'Homme de Fer» sur le plateau, dont l'inflexible souci de vérisme le poussera à recourir à toute une quincaillerie novatrice (caméras, etc.) qui n'a d'ailleurs pas pris une ride, ou encore à installer de vrais pilotes dès le générique, transposant sa passion des bolides jusque dans les moindres petits aspects de la production, faisant fi d'une seconde équipe, supervisant tout, ne déléguant rien, finissant par gagner la confiance des pilotes et écuries (dont l'incontournable, intraitable Ferrari), au départ réticents à la vue de cette intrusion hollywoodienne dans ce sport essentiellement européen. De superbes et rares clips et photos d'archives couleur/noir et blanc nous le présentent au travail, effectuant d'innombrables mises au point avec ses comédiens et techniciens, ponctués d'autres extraits et entrevues télé accordées dans les années 1990, de même que d'une fascinant entretien d'époque le montrant nettement sur la défensive, pipe au bec, justifiant son intransigeance sur ce projet. Sont également illustrés le tournage ardu sur le Rocher encombré de Monte Carlo, compliqué par les autorités locales (avec en prime un James Garner à la mèche courte engueulant vertement l'une d'entre elles en pleine caméra!), les différents procédés de bricolage appliqués aux véhicules pour les prises de vues (caméras à suspension, ultra-longues lentilles focales), les cours de pilotage auxquels ont dû se soumettre les vedettes, Garner se révélant excellent (trop semble-t-il pour les compagnies d'assurances...), Montand, acceptable, Sabàto, tout juste passable, mais Bedford, homme de théâtre, incapable même de changer de vitesses, faisant de lui le seul acteur à être doublé au volant... On apprend aussi ce qui poussa exactement Steve McQueen à se désister au profit de Garner... mais lui avouant plus tard avoir trouvé le film «pas mal»! Tout en rappelant à quel point le cocktail de fiction et de réalisme à la Frankenheimer a assis le succès et la pérennité du film, un expert souligne du même souffle que pour des questions de budgets et de logistique, ce dernier serait bien impossible à réaliser aujourd'hui... Bref un docu carburant pleins gaz, informatif, accompli, qui change de la langue de bois des bonus autosatisfaits usuels, tout autant qu'un hommage assumé à ce solide casse-cou de cinéaste, dont la crème de la filmographie tient définitivement dans cette expérimentale décennie 1960, GRAND PRIX figurant en ce sens comme son oeuvre peut-être pas la plus réussie, mais manifestement la plus personnelle.

Flat Out: Formula One in the Sixties (17 mns.)
Autre compagnon indispensable à l'appréciation du film racontant les progrès, les améliorations ayant eu cours durant les années 1960 à l'intérieur de cette discipline sportive incroyablement compétitive, et dont les créateurs de GRAND PRIX ont énormément tiré profit: changements mécaniques et cosmétiques apportés aux véhicules (moteurs arrière, standards, etc., souvent à la suite d'accidents mortels, alors monnaie courante), circuits et écuries, ajouts à la sécurité, motivés en partie par des critères financiers, le tout doublé d'une introduction plus approfondie des pilotes, dont plusieurs, on le sait, ont aimablement prêté leurs concours à la production, ceux-ci y allant d'anecdotes et de souvenirs personnels. Survol d'une ère plus hasardeuse, impulsive et chevaleresque, où la bonne fortune d'un constructeur reposait encore davantage sur les aptitudes et le sang-froid de ses pilotes, avant que la F1 ne devienne la grande foire commerciale, plus pépère et calculée, qu'elle constitue de nos jours.

The Style and Sound of Speed (11 mns.)
Évaluation esthétique du long-métrage de Frankenheimer par la plupart des mêmes intervenants, plus d'autres collaborateurs et historiens du septième art. Pour ceux et celles qui hélas n'auront jamais eu la chance d'essayer un écran concave de Cinerama, procédé disparu des salles bien avant l'avènement des multiplex, l'on nous rappelle qu'il s'agissait d'une tentative d'imitation du regard sphérique, périphérique, de l'œil humain; de leur côté, les écrans fragmentés surchauffés y proposent une telle variété des points de vue que seuls des visionnements répétés (facilités désormais par le DVD!) permettent en définitive de pleinement les apprécier. En outre, au plan des effets sonores, qui vaudront à GRAND PRIX l'un de ses trois Oscars techniques, on relève semble-t-il une parfaite concordance à l'écran des différents vrombissements de moteurs, qui génèrent souvent dans le film leur propre «musique», sauf bien sûr pour la parenthèse de Clermont-Ferrand, où la mélodie de Jarre agit en absolu contrepoint (comme le fait remarquer Peter Yates, dont la folle embardée de Steve McQueen dans le San Francisco de BULLITT passa à l'Histoire, chaque séquence de course dans GRAND PRIX possède d'ailleurs sa signature unique). Mais l'on s'attardera plus volontiers ici sur les concepts graphiques percutants de Saul Bass, issu du monde publicitaire (dont s'inspire d'ailleurs le propre générique de ce segment!), qui avaient bouleversé la manière de dessiner les main titles à l'hollywoodienne, leur confiant pour la première fois un rôle narratif, informant d'entrée de jeu le spectateur du ton, de l'esprit de l'intrigue, reflétant abstraitement ses dédales physiques ou psychologiques. Bass travailla en très étroite symbiose avec le réalisateur de GRAND PRIX afin d'imprimer une dimension un tant soit peu artistique à l'univers pragmatique de la F1, et cela se sent dès les premières secondes: de fait, l'on devrait imposer l'étude du générique d'ouverture de ce film, tonique spécimen de précision chirurgicale et de concision sophistiquée, à tout aspirant cinéaste.

Brands Hatch: Behind the Checkered Flag (10 mns.)
Où l'on expose en détail les splendeurs et pièges de ce pictural circuit britannique, qui alterna en F1 avec celui de Silverstone jusqu'en 1986, et comment les pilotes doivent en négocier pentes et chicanes traîtresses, baptisées d'après des coureurs illustres (Hill, Brabham...). Segment s'adressant de façon plus pointue aux mordus de la course en général, en autant qu'il puissent supporter son tapageur accompagnement musical.

Documentaire d'époque Grand Prix: Challenge of the Champions (1966, 12 mns.)
Remarquablement bien conservé, court-métrage promotionnel genre caméra-vérité (aux images recyclées dans les docus précédents) sur la mise en boîte de séquences fictives et réelles à l'occasion du Grand Prix de Monaco en mai 1966, selon une chronologie fort serrée, Frankenheimer et son équipe s'affairant comme de beaux démons au milieu du brouhaha ambiant. Tout sauf un panorama touristique, quoiqu'on puisse y entrevoir le Prince Rainier, son successeur de fiston et sa Sérénissime épouse, qui ce jour-là a dû se féliciter d'avoir plaqué pour de bon les plateaux de cinéma...

En queue de peloton, la bande-annonce du film (4 mns., disque # 1), au transfert douteux et dans laquelle incidemment, Sarti change de prénom (!), un spot TV de la chaîne spécialisée américaine Speed Channel (30 sec., disque # 2) rappelant à l'ordre les conducteurs à qui GRAND PRIX aurait donné de vilaines idées, ainsi qu'un feuillet-hommage au prof de conduite des vedettes, dont les héritiers, quarante ans après, moussent toujours le bizenesse...

Deux regrets: qu'on n'aborde guère le tournage en dehors des autodromes (travail avec les comédiens, etc.), et que le réalisateur n'ait pas vécu assez longtemps pour consigner ses commentaires audio, lui qui se prêtait avec enthousiasme à ce type d'exercice (FRENCH CONNECTION II, RONIN).

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Qui se souvient du WINNING (1969) de Paul Newman, ou encore de BOBBY DEERFIELD (1977) avec Al Pacino? Aux oubliettes ces sorties de piste embarrassantes que furent la minisérie FORMULE UN (1990), DAYS OF THUNDER (1990) et autres MICHEL VAILLANT... En dépit d'intermèdes humanistes certes banals, non, rien ne saurait rivaliser avec la débauche de moyens, l'adrénaline, l'audace et le brio techniques du GRAND PRIX de Frankenheimer, qui demeure à ce jour le long-métrage le plus sincère et abouti jamais mis en branle sur le monde raréfié, déjanté et volatile de la course automobile, et l'on ne peut qu'agiter le drapeau à damiers devant ce fringant prototype DVD de la Warner, à la finition impeccable et aux performances audio-visuelles tout à fait grisantes. Soit, la Formula Uno n'est peut-être pas un sport au sens le plus noble du terme, mais comme chez les Romains de jadis, cela donne en tout cas un sacré bon spectacle: tant qu'il y aura un public, par procuration, friand de ce genre d'émotions fortes, de ces trompe-la-mort repoussant les limites, bravant les interdits des chauffeurs dociles et timorés que nous sommes, tels des gladiateurs des temps modernes risquant leur couenne pour notre plus grand frisson, l'opus carrus de Frankenheimer, et la F1, seront là pour le prouver. Morituri te salutant.

Studio éditeur : Warner
Date de sortie : 11 juillet 2006

Film : 4/5
Image : 5/5
Son VO : 4/5
Son VF : 2/5
Bonus : 4/5



Stéphane Michaud
steffm@uneporte.com

Vendredi 29 Décembre 2006

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