|
DOUBLE INDEMNITY (1944), édition DVD (2 disques) zone 1Figure emblématique du Septième Art, Billy Wilder (1906-2002) fut sans conteste l'un des maîtres de la comédie américaine à l'époque du règne des grands studios. Wilder démontre déjà sa maîtrise dans le domaine alors qu'à son arrivée à Hollywood, il débute comme scénariste sous contrat à la MGM. Avec le concours de son complice Charles Brackett, Wilder rédigera quelques-uns uns des joyaux du genre avec, entre autres, NINOTCHKA (Ernst Lubitsch, 1939) et BALL OF FIRE (Howard Hawks, 1941). Promu réalisateur, Wilder continuera sur sa lancée et perpétuera la tradition établie par Lubitsch avec des films comme THE MAJOR AND THE MINOR (1942) ou bien THE EMPEROR'S WALTZ (1948) qui témoignent tous deux de l'héritage laissé à Wilder par son célèbre comparse autrichien. Sur quatre décennies, la touche Wilder se fera sentir avec, tout d'abord, deux des plus célèbres comédies de Marilyn Monroe : THE SEVEN YEAR ITCH (1955) et SOME LIKE IT HOT (1959). Avec ce dernier film débute aussi une fructueuse collaboration avec le comédien Jack Lemmon qui nous donnera aussi des perles du genre comme THE APARTMENT (1960) et IRMA LA DOUCE (1963).
Cependant, Billy Wilder excellait aussi dans le registre dramatique comme en témoignent des films coups-de-poing comme LOST WEEKEND (1945), qui traitait de l'alcoolisme, ou bien THE BIG CARNIVAL (1951), virulente critique acerbe de l'éthique de la presse écrite. C'est sans compter que Wilder (toujours accompagné par Charles Brackett à la scénarisation) fut responsable d'un des meilleurs portraits du petit cirque hollywoodien avec l'immortel SUNSET BOULEVARD (1950). À travers tout cela, Billy Wilder trouva le moyen de visiter le petit univers du film noir qu'une seule fois mais non la moindre, en nous donnant ce que plusieurs considèrent comme LE modèle du genre : DOUBLE INDEMNITY.
Courtier d'assurances, Walter Neff (Fred MacMurray) est délégué par son employeur à régler la police d'un certain M. Dietrichson (Tom Powers). Les circonstances l'amènent à faire la rencontre de la ténébreuse Phyllis (Barbara Stanwyck), l'épouse insatisfaite de monsieur, duquel Neff tombera éperdument amoureux. Il se trouve que Phyllis veut se débarrasser de son mari gênant, et celle-ci entreprend de concrétiser son entreprise de séduction sur Neff en vue de fomenter avec lui un sombre complot en vue d'assassiner Papa Dietrichson dans le but de toucher une prime d'assurances substantielle. Profitant du départ prochain de Dietrichson pour un voyage en train, Neff conçoit un plan apparemment sans faille et qui se déroule à merveille. Après avoir tué le mari, Neff prend son apparence en enfilant ses vêtements et en prenant ses béquilles. Après avoir monté dans le train, Neff saute ensuite en cours de route à un point convenu avec Phyllis pour ensuite y déposer le corps de Dietrichson sur les rails, une véritable mise en scène ayant toutes les apparences d'un accident. Le corps découvert, la police conclut rapidement à un bête accident, à la grande satisfaction des amants maudits. Mais les embûches suivront, puisque le grand patron de la boîte d'assurances croit à un suicide tandis que Barton Keyes (Edward G. Robinson), grand ami de Neff et enquêteur perspicace spécialisé dans les fausses réclamations, déniche quelques indices supportant la thèse du meurtre grâce au concours de Lola (Jean Heather), la fille de M. Dietrichson, et d'un certain témoin gênant se trouvant à bord du train le soir du crime. Pour sa célèbre incursion dans le Film Noir, Billy Wilder dut se passer des services de Charles Brackett, son éternel complice. Il disposait toutefois déjà d'un matériel en béton, le roman de James M. Cain qui fut aussi l'auteur d'un autre classique du roman noir américain avec THE POSTMAN ALWAYS RINGS TWICE qui fut l'objet de deux adaptations. La plus célèbre des deux fut sans nul doute celle de 1946, commise par Tay Garnett (BATAAN, THE CROSS OF LORRAINE) où Lana Turner gagna ses galons de star aux côtés d'un John Garfield au sommet de sa forme. L'adaptation très sulfureuse qu'en fera le cinéaste Bob Rafelson (FIVE EASY PIECES) quelque trente-cinq années plus tard avec Jack Nicholson et Jessica Lange connaîtra aussi un certain succès. Pour la rédaction du script de DOUBLE INDEMNITY, Billy Wilder s'adjoint les services d'un autre monstre du roman policier, Raymond Chandler à qui l'on doit d'avoir donné naissance à Philip Marlowe, le célèbre privé de THE BIG SLEEP. Cette collaboration s'avèrera houleuse et sera l'objet de nombreuses mésententes entre les deux hommes. Toutefois, force est d'admettre que le résultat à l'écran est plus qu'éclatant. Avec DOUBLE INDEMNITY, Billy Wilder s'attaque pour la première fois au film policier, un genre très codifié s'il en est un. Toutefois, Wilder réussit à s'approprier le matériel en y juxtaposant certains des thèmes récurrents de son oeuvre future. Déjà les nombreuses comédies du cinéaste sont souvent teintées d'un aspect cynique et doux-amer, suggérant une vision sardonique de la société américaine. Comme c'est le cas pour ces autres oeuvres dramatiques, Wilder laisse libre cours ici à un ton résolument pessimiste où ressortent à la surface des éléments pas très flatteurs de la psyché humaine. Ici, point de salut, car Wilder nous montre la nature humaine dans ses plus mauvais atours. L'arrivisme, l'ambition, l'envie et l'appât du gain se succèdent l'un après l'autre et tous liés à l'attirance sexuelle, une thématique qui sera d'ailleurs persistante dans toute la filmographie du cinéaste. Pas étonnant alors que Wilder, un des cinéastes les plus irrévérencieux et caustique de son époque, se soit senti bien à l'aise dans cet univers de machinations. Pris au premier degré, DOUBLE INDEMNITY reste aussi un formidable exemple de suspense policier, et cela malgré le fait que l'on connaît le sombre dénouement dès le début, le récit n'étant en quelque sorte qu'un long retour en arrière. Avec une mise en scène à la fois raffinée et précise misant sur une photographie noir et blanc aux tons feutrés de John F. Seitz (LOST WEEKEND), Wilder se plait à suggérer constamment les apparences trompeuses du contexte où évoluent nos deux anti-héros, ainsi qu'à cultiver le goût du non-dit et de la suggestion, comme la mise en scène brillante du meurtre de Dietrichson, où Wilder ne fait que filmer la réaction de Barbara Stanwyck alors que l'on peut entendre en arrière-plan le drame qui se joue. Les conventions du genre s'y retrouvent clairement : contexte urbain, jeux d'ombres et lumières inspirés de l'expressionnisme allemand (n'oublions pas les origines autrichiennes du cinéaste), le récit raconté en voix-off par Neff/MacMurray faisant office ici de narrateur, alors que le prologue le montre enregistrant la confession de son méfait. De plus, les dialogues savoureux et mordants de Chandler font ici des merveilles alors que l'on a droit à de véritables morceaux d'anthologie, comme cette phrase prononcée par le personnage principal en guise d'introduction : “Je l'ai fait pour l'argent et pour une femme. J'ai perdu l'argent... et j'ai perdu la femme.” Une phrase qui résume à elle seule toute la signification du Film Noir. Billy Wilder dispose aussi ici d'une formidable distribution où les trois têtes d'affiches trouvent respectivement l'un des meilleurs rôles de leur carrière. Un habitué des comédies légères, Fred MacMurray (ALICE ADAMS) s'avère ici parfait dans le rôle du mec à la coule qui se fait finalement prendre au jeu. Ce rôle restera déterminant dans la filmographie de MacMurray. Devenu célèbre en campant toute une galerie de gangsters et de fortes gueules, Edward G. Robinson (LITTLE CAESAR), est ici impressionnant de gouaillerie dans le rôle de l'enquêteur fouineur. Mais la palme revient définitivement à Barbara Stanwyck (THE STRANGE LOVE OF MARTHA IVERS, CLASH BY NIGHT) qui confirme ici son statut de reine incontestée du Film Noir avec une brillante prestation. Rarement telle perversité fut exprimée à l'écran de façon aussi exquise. Barbara Stanwyck rejoint d'ailleurs ici la liste non-négligeable d'icônes féminines hollywoodiennes ayant tourné avec Billy Wilder, qui travaillera par la suite avec Marlene Dietrich (THE EMPEROR'S WALTZ), Gloria Swanson (SUNSET BOULEVARD), Audrey Hepburn (SABRINA, LOVE IN THE AFTERNOON) et Marilyn Monroe (THE SEVEN YEAR ITCH, SOME LIKE IT HOT). DOUBLE INDEMNITY est présenté en format plein écran 1.33:1 conformément à son format original de présentation d'époque. Le transfert offert ici est satisfaisant, offrant un bon rendu des contrastes avec une bonne profondeur des noirs, où l'on ne dénote que quelques légères imperfections se traduisant par de petits fourmillements passagers et quelques petits grains dans l'image. Le film est présenté dans sa version originale anglaise avec une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono reproduisant le format de sa piste mono d'origine. Celle-ci offre un environnement sonore limité mais la reproduction en est toutefois très satisfaisante, avec un minimum de contraintes (seulement un léger bruit de fond) où l'on ne dénote aucun bruit statique ni de coupures. Une version espagnole est aussi offerte Dolby Digital 1.0 Mono dans et des sous-titres français et anglais (standards et pour malentendants) sont aussi disponibles en option. Cette édition à l'apparence luxueuse où les disques sont emprisonnés dans un superbe boîtier idigipack comprend aussi sa part de suppléments que voici : DISQUE 1 Introduction de Robert Osborne Grand ponte du réseau Turner Classic Movies, Robert Osborne nous convie ici avec grand enthousiasme à une brève introduction de ce grand classique de Billy Wilder. Commentaire audio de Richard Schickel Célèbre critique de cinéma de Time Magazine et historien réputé, Richard Schickel nous invite ici à un long entretien où tous les aspects de la conception de ce film immortel n'est pas laissé au hasard, tout en rajoutant une foule d'anecdotes en marge à la longue analyse proposée. Commentaire audio de Lem Dobbs et Nick Redman Le scénariste Lem Dobbs (THE LIMEY) est ici accompagné de l'historien Nick Redman, surtout connu comme un spécialiste de l'univers de Sam Peckinpah, et qui a répondu présent sur divers commentaires audio disponibles sur de nombreuses éditions DVD des films de Bloody Sam. Ceux-ci récapitulent certains des éléments déjà exposés sur le commentaire de Schickel tout en proposant leur appréciation personnelle de l'œuvre de Billy Wilder. Shadows Of Suspense Petit documentaire de 45 minutes faisant office de “making-of” officiel du film où la petite histoire de la conception et du tournage de DOUBLE INDEMNITY est passé sous la loupe. Theatrical Trailer Bande-annonce originale du film diffusée en salle. DISQUE 2 DOUBLE INDEMNITY (1973) de Jack Smight Universal a eu ici l'idée d'inclure en guise de plat de résistance cet obscur téléfilm se proposant d'être non pas une autre adaptation du roman de James M. Cain, mais bien un “remake” directement adapté du scénario de Billy Wilder et Raymond Chandler. À première vue, ce petit téléfilm aurait pu sembler intéressant vu la brochette de noms impliqués. Réalisateur possédant une feuille de route prolifique à la télévision, Jack Smight s'est déjà aventuré sporadiquement du côté du cinéma où il s'est fait connaître avec HARPER (1966), un polar à succès où Paul Newman prenait la peau du célèbre détective imaginé par Ross McDonald, et NO WAY TO TREAT A LADY (1967) ; un thriller à l'humour noir particulièrement réjouissant où un flic joué par George Segal (THE ST. VALENTINE'S DAY MASSACRE) pourchasse un tueur en série personnifié par Rod Steiger (IN THE HEAT OF THE NIGHT). Du côté de la distribution, l'on retrouve Richard Crenna, un honnête troisième couteau que l'on a vu dans THE SAND PEBBLES (Robert Wise, 1966) et WAIT UNTIL DARK (Terence Young, 1967), Samantha Eggar, la jeune femme séquestrée du COLLECTOR (1965) de William Wyler, et surtout Lee J. Cobb, que l'on a vu du côté de chez Elia Kazan dans BOOMERANG (1946) et ON THE WATERFRONT (1954) et qui, la même année, tenait le rôle de l'étrange lieutenant de Police Kinderman dans THE EXORCIST (William Friedkin). Une grosse déception que voilà car, malgré toutes les bonnes intentions du monde, je ne pus que constater être en face d'un téléfilm somme toute banal, où le statisme de la mise en scène n'a d'égal que son académisme, sans compter ce petit côté artificiel à l'aspect pré-usiné de la production et commune à tant de téléfilms de l'époque, à un point tel que l'on a fréquemment l'impression de se retrouver devant le succédané d'un épisode de la série COLUMBO, dont le scénariste Steven Bochco, auteur de ce ratage, fut l'un des scripteurs principaux, avant de devenir le créateur de nombreuses séries policières à succès comme HILL STREET BLUES, L.A. LAW et N.Y.P.D. BLUE. L'interprétation sans relief de Richard Crenna n'arrive pas à faire oublier le véritable Walter Neff incarné par Fred MacMurray. Constamment crispé, Crenna échoue à transmettre à l'écran l'élan de passion maladive qui est la motivation du méfait de son personnage, et ce n'est pas sans un certain malaise que l'on peut l'entendre réciter platement et mot pour mot quelques-unes des plus célèbres répliques du script original de Wilder et Chandler. Il va sans dire que la chimie n'opère pas du tout avec Samantha Eggar, qui s'avère de son côté une bien pâle copie de la Phyllis Dietrichson personnifiée par Stanwyck. Actrice respectable, Eggar s'avère toutefois beaucoup plus à l'aise dans les rôles d'ingénues qui ont fait sa marque de commerce chez William Wyler (THE COLLECTOR) ou bien chez Richard Fleischer (DR. DOLITTLE). Le seul à réussir à tirer son épingle du jeu dans toute cette bouillie est Lee J. Cobb, dont l'aspect baroudeur et fort en gueule aidé de son regard perçant distinctif en font un parfait Barton Keyes. Pour ceux que ça intéresse, le film est présenté dans son format télévisuel approprié de 1.33:1 avec une restauration étonnamment minutieuse pour un film faisant figure de simple supplément. Notez aussi que la bande-son de la version originale anglaise est offerte en format Dolby Digital 2.0 Stereo et que des sous-titres français, anglais (standards et pour malentendants) et espagnols sont disponibles en option. Note d'appréciation globale : 1.5/5 ------------------------------------------------- Alors que la Warner et la Fox font leurs choux gras avec la parution de nombreux titres faisant partie de la petite histoire du Film Noir, il est réjouissant de constater que la Universal emboîte maintenant le pas avec cette sympathique édition de ce classique immortel qui ravira certainement tous les amateurs du genre. En espérant que d'autres titres suivront. Studio éditeur : Universal Date de sortie : 22 août 2006 Film : 5/5 Image : 3,5/5 Son VO : 3,5/5 Bonus : 4/5 Marc Lespérance marcl@uneporte.com Mardi 28 Novembre 2006
HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) | |
Dans la même rubrique :
THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis - 17/12/2007PEER GYNT (1941), le DVD zone 0 - 14/12/2007THE DAY OF THE TRIFFIDS (1981), le DVD zone 1 - 26/11/2007A DOG’S BREAKFAST, le DVD zone 1 - 23/11/2007THE GOOD GERMAN (L’AMI ALLEMAND), le DVD zone 1 - 15/11/2007THE RETURN OF THE LIVING DEAD (LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS) (1985), l'édition DVD de collection en zone 1 - 14/11/2007KANSAS CITY CONFIDENTIAL (1952), le DVD zone 1 - 06/11/2007PLANET TERROR (PLANÈTE TERREUR), l’édition DVD spéciale (2 disques) zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis - 02/11/2007 |
|
|
UnePorte.Net est produit au Québec.
Plusieurs logos, images et marques de commerce publiés dans nos pages appartiennent aux propriétaires respectifs. ©Copyright UnePorte.Net 2002-2007. Tous droits réservés. Design : Marie-Hélène Pierre |
||

DVD/HD DVD/Blu-ray (Critiques A à Z)
