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Vendredi 04 Juillet 2008
14:39

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KINGDOM OF HEAVEN, l'édition DVD 4 disques (Director's Cut) zone 1

Technicien hors pair avec un sens visuel hors du commun, Ridley Scott a enflammé l'imaginaire des cinéphiles avec deux classiques de la science-fiction qui lui resteront à jamais collés à la peau : ALIEN (1979) et BLADE RUNNER (1982). Scott a toutefois constamment montré un intérêt certain pour les univers mettant en valeur un certain contexte historique et ce dès son premier long-métrage, THE DUELLISTS (1977), adaptation d'une nouvelle de Joseph Conrad (LORD JIM, HEARTS OF DARKNESS) sur un incident se déroulant à l'époque des guerres napoléoniennes. Scott se fera aussi le chroniqueur de l'ultime périple de Christophe Colomb à la découverte de l'Amérique avec le très inégal et ampoulé 1492 : CONQUEST OF PARADISE (1992), avec un Gérard Depardieu qui en rajoute jusque dans l'embarras, sans oublier l'inévitable GLADIATOR (2000) qui a remis les Romains de la grande époque de l'apogée de l'Empire au goût du jour. Maintenant, Ridley Scott remet ça en s'attaquant cette fois-ci aux Croisades avec KINGDOM OF HEAVEN.



KINGDOM OF HEAVEN, l'édition DVD 4 disques (Director's Cut) zone 1
France, 1184. Le baron Godefroy d'Ibelin (Liam Neeson) arrive de Jérusalem et part sur les routes à la recherche de son fils illégitime. Il le retrouve enfin sous la peau du jeune Balian (Orlando Bloom), jeune forgeron ayant perdu la foi suite au décès de son fils, suivi du suicide de son épouse. Responsable du meurtre du prêtre qu'il tient responsable de la profanation de la dépouille de sa bien-aimée, Balian devient un fugitif aux yeux de la loi. Afin de se repentir, il accepte l'offre de son père de le suivre jusqu'au port italien de Messine, où il s'embarque pour une difficile traversée de la Méditerranée le menant vers la Ville Sainte : Jérusalem. Là, il découvre un royaume où règne une paix fragile entre chrétiens, musulmans et juifs, grâce au règne éclairé du roi chrétien Baudoin IV (Edward Norton) et au discours modéré de Saladin (Ghassan Massoud), chef suprême des musulmans. Il y fait aussi la rencontre de Sybille (Eva Green), la soeur du roi Baudoin dont le fils est le seul prétendant au trône. Gravement blessé après être tombé dans une embuscade alors qu'il fuyait la France avec son fils, Godefroy sacre son fils chevalier tout juste avant de mourir. Atteint de la lèpre et terrassé par la maladie, les jours du roi Baudoin sont comptés et son autorité est convoitée par deux barons Templiers : Guy de Lusignan (Marton Csokas) et Reynald de Chatillon (Brendan Gleeson), partisans de la ligne dure et de l'intégrisme christianique dont l'ambition n'a d'égale que leur extrême cruauté à l'encontre des musulmans. L'équilibre fragile instauré par Baudoin IV se voit menacé, et Balian, lié par son serment de chevalier, se fera le défenseur de Jérusalem, aux côtés de l'armée impériale menée par le grand stratège Tiberias (Jeremy Irons).

KINGDOM OF HEAVEN fut pour Ridley Scott l'objet d'un concours de circonstances. Après avoir terminé le tournage de la comédie policière MATCHSTICK MEN (2003), Scott s'intéresse à un copieux script d'un jeune inconnu du nom de William Monahan intitulé TRIPOLI traitant d'un haut fait d'armes de l'histoire militaire américaine au début du XIXème siècle. Alors qu'il se retrouve en repérages au Maroc en vue du tournage, la pré-production de TRIPOLI est interrompue pour des raisons de difficultés logistiques. Ayant déjà posé les bases de quelques infrastructures sur les éventuels lieux de tournage avec le chef-décorateur Arthur Max (SEVEN, GLADIATOR), Scott demande à Monahan s'il a autre chose à lui proposer avec lequel il pourrait entrevoir la possibilité de recycler le matériel et les éléments déjà établis. C'est alors que le scénariste lui propose un autre script dormant sur ses tablettes : KINGDOM OF HEAVEN. Passionné des Croisades depuis son plus jeune âge, le cinéaste accepte d'emblée et avec enthousiasme. Un sentiment qui n'est pas immédiatement partagée parmi les cadres de la Fox, intimidé par l'imposant script de 260 pages... presque le double du volume moyen d'un script standard.

Contre vents et marées, Scott obtient l'accord de la Fox et débute un tournage aux dimensions colossales le menant des collines de l'Espagne aux contrées désertiques du Maroc où les décors grandeur nature de Arthur Max recréés toute une portion de la Jérusalem de l'époque. Sir Ridley y est accompagné de ses potes d'usage : Arthur Max, bien sûr, ainsi que deux comparses sortis du tournage de GLADIATOR (2000) et HANNIBAL (2001), le chef-opérateur John Mathieson et la costumière Janty Yates. Menant un tournage houleux caractérisé par un horaire éreintant et des difficultés rencontrés par un climat marocain plutôt capricieux, Ridley Scott subit déjà les pressions des sbires du studio lui affirmant que la durée estimée du long-métrage dépasse largement la norme. Ayant déjà en tête une version d'une durée d'environ 180 minutes pour son premier montage, Scott use de pragmatisme et demande à la monteuse Dody Dorn (MEMENTO, INSOMNIA) de préparer simultanément deux versions du film : son montage personnel, ainsi qu'un autre montage resserrant l'intrigue et oblitérant certains éléments, dont quelques personnages, principalement celui du jeune garçon de Sybille. Comme prévu, la deuxième version totalisant 145 minutes fut celle choisie par la Fox pour la sortie en salle. Les réactions furent plutôt mitigées face à une production certes imposante et somptueuse mais dont le résultat final laissait supposer un scénario énormément morcelé parsemé de défauts narratifs, où il ne restait qu'un film tiraillé entre ses ambitions de document historique et son aspect de récit d'aventures bourré d'action. À peine le film sorti en salle, et voyant déjà que son dernier-né se solderait par une déception au box-office, Scott promet déjà la parution éventuelle en format DVD de son propre montage de plus de trois heures et ce avant même la sortie en format DVD de la version théâtrale. Un an plus tard, voici enfin arrivé sur les tablettes ce “Director's Cut” tant promis totalisant quelques 194 minutes.

Votre serviteur ici présent étant lui-même resté quelque peu perplexe devant cette dernière mouture du cinéaste britannique, je n'avais, comme bien d'autres, qu'une question sur le bout des lèvres : est-ce que ce montage du réalisateur améliore grandement la qualité de ce film autrefois inégal ? Sans crier à la réussite totale, j'en arrive comme conclusion par l'affirmative.

Commençons tout de suite par les qualités évidentes, comme c'est le cas pour tous les films de Ridley Scott, soit le fini de la production. KINGDOM OF HEAVEN bénéficie de l'habituel savoir-faire du réalisateur, à savoir une mise en scène somptueuse à l'imagerie stupéfiante et très attentive aux détails mettant en valeur la virtuosité technique du père de BLADE RUNNER. La photographie léchée, à la palette de couleurs particulièrement chatoyante et riche en teintes ambrées de John Mathieson nous propose quelques magnifiques panoramas de l'Espagne (qui pose ici pour la France) et des abords de la ville de Ouarzazate au Maroc, où Arthur Max a bâti, à l'aide de documents d'époque, ses décors reconstituant une partie de la Ville Sainte au pied du mont Golgotha. Encore une fois, le cinéaste démontre un instinct sans pareil pour le spectaculaire avec quelques séquences de combat habilement chorégraphiés et bien agencés par un travail de montage très précis de Dody Dorn, en plus des scènes de bataille possédant un indéniable souffle épique où le talent de Wesley Sewell (PIRATES OF THE CARIBBEAN) aux effets visuels, et de Neil Corbould (BLACK HAWK DOWN, SUPERMAN RETURNS) aux effets spéciaux est particulièrement mis à contribution. De plus on ne saurait oublier l'apport de Janty Yates à la conception des costumes nous gratifiant de quelques superbes tenues vestimentaires ajoutant à la beauté de la production.

Ce nouveau montage (ou devrais-je dire le montage original) fait surtout la différence au niveau du contenu. Premièrement, cette fois-ci KINGDOM OF HEAVEN assume totalement sa teneur de drame historique, avec ce récit se faisant la chronique des événements aboutissant à la prise de Jérusalem par les musulmans de Saladin, et qui sera l'objet de la troisième Croisade (1189-1192) menée par Richard Coeur de Lion afin de reprendre en main la Ville Sainte. L'ensemble est d'autant plus intéressant que Scott et Monahan ont délibérément choisi un parti pris neutre pour raconter les faits, établissant ainsi un net contraste avec plusieurs oeuvres cinématographiques portant sur les Croisades, où les Musulmans étaient spontanément dépeints comme des incultes et des barbares. Ici, Chrétiens et Musulmans sont traités sur un même pied d'égalité. Brillamment interprété par le comédien syrien Ghassan Massoud, Saladin est dépeint comme un homme affable, cultivé et raffiné (à l'image de son peuple) doublé d'un fin stratège, tout à fait l'égal du roi Beaudoin IV possédant d'ailleurs les mêmes qualités de leader. Une qualité rare pour ce genre de récit, où l'on ne peut que reprocher l'absence du point de vue du peuple juif, qui est ici complètement relégué aux oubliettes. Louons tout de même les efforts de Ridley Scott et de son scénariste d'avoir voulu établir une vision le plus honnête possible des événements, sans tomber dans le manichéisme facile dépeint depuis le célèbre THE CRUSADES (1935) de Cecil B. De Mille.

KINGDOM OF HEAVEN, l'édition DVD 4 disques (Director's Cut) zone 1
Là où la version théâtrale laissait quelquefois le spectateur en plan, cette nouvelle version prend ici bien son temps pour établir les bases de ce récit fort complexe en exposant un à un tous les tenants et aboutissants du conflit. L'un des aspects les plus intéressants est d'ailleurs la nette opposition entre les enjeux religieux et politiques de la mainmise sur Jérusalem. Un problème épineux menant au conflit interne dans le camp des Chrétiens opposant l'autorité impériale aux Templiers de Guy de Lusignan, où Scott se permet d'écorcher au passage quelques préceptes bien occidentaux. Il est bien dommage toutefois que l'on ait choisi comme fil conducteur de ce récit touffu, comprenant divers volets, l'évocation du destin de ce chevalier Balian, que William Monahan décrit presque comme une icône messianique, accentué par le visage angélique du jeune Orlando Bloom (LORD OF THE RINGS, PIRATES OF THE CARIBBEAN) où il est fait très peu de place aux conflits moraux que celui-ci devrait pourtant ressentir face aux événements vécus et aux actions posées. Balian apparaît malheureusement ici comme un personnage sans grand relief et traité seulement en surface, où toute profondeur psychologique est absente. Ajoutons à cela que, malgré des efforts louables, Bloom s'avère beaucoup trop jeune pour mener à bien ce rôle qui aurait peut-être demandé une plus grande expertise. La complexité et les tons multiples du script de KINGDOM OF HEAVEN auraient nécessité plus que l'apport d'un jeune premier pour mener l'entreprise à bien.

KINGDOM OF HEAVEN, l'édition DVD 4 disques (Director's Cut) zone 1
Ce montage du réalisateur profite par contre grandement aux personnages secondaires qui en ressortent grandement approfondis, à commencer par la Sybille interprétée par EVA GREEN, tout droit sortie du DREAMERS de Bertolucci. Sybille passe donc de simple objet prétexte à une amourette banale avec Balian, à une description beaucoup plus étoffée et dont la participation s'avère beaucoup plus active. Soeur du roi Baudoin, Sybille est la mère du petit garçon qui est appelé à hériter du trône de son oncle... et qui sera atteint aussi de la lèpre par hérédité. Sybille prend ici une tout autre dimension, et l'interprétation sensible de Eva Green illustre parfaitement tout le caractère tragique de la jeune femme, qui apparaît ici tel que l'avait voulu Ridley Scott, qui avoue d'emblée que Sybille était un de ses personnages préférés. Une large place est faite aussi aux sinistres Templiers Guy de Lusignan et Reynald de Chatillon. Le comédien Marton Csokas (RETURN OF THE KING, AEON FLUX) trouve ici son premier grand rôle et rayonne littéralement d'une délicieuse aura de machiavélisme en la personne de Guy de Lusignan, tandis que Brendan Gleeson (THE GENERAL, 28 DAYS LATER) utilise à bon escient sa gueule d'Irlandais bagarreur pour nous donner un Reynald de Chatillon totalement baroque et joyeusement outrancier. La production est aussi bien épaulée par l'apport de Jeremy Irons (MISSION, DEAD RINGERS) et Liam Neeson (SCHINDLER'S LIST, STAR WARS – THE PHANTOM MENACE) qui s'acquittent de leurs personnages épisodiques avec toute la bonne grâce de leur professionalisme, et l'on retrouve aussi avec joie le comédien britannique David Thewlis (NAKED) dans le rôle d'un “hospitaler”, terme anglais désignant un chevalier spécialiste de la médecine, qui officiait, si l'on peut dire, comme infirmier de service auprès des combattants. Thewlis réussit à rendre sa brève contribution assez mémorable grâce à une interprétation bien sentie et quelques savoureuses répliques. L'on ne saurait aussi passer au silence l'exploit d'Edward Norton qui, affublé d'un masque pour l'ensemble de ses scènes, réussit le tour de force d'une composition extrêmement nuancée dans le rôle du roi Baudoin IV, dit le Lépreux. En terminant, soulignons aussi la brave décision de Ridley Scott d'insister auprès des bonzes de la Fox pour inclure de véritables comédiens arabes pour camper les personnages musulmans du récit.

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Jeudi 14 Septembre 2006

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