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Vendredi 04 Juillet 2008
14:37

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ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD (ELEVATOR TO THE GALLOWS) (1957), l'édition DVD (2 disques) de CRITERION en zone 1

Louis Malle se retrouve sous les feux de la rampe chez CRITERION ces jours-ci. Alors qu'un coffret réunissant trois chef-d'oeuvre du cinéaste français (LE SOUFFLE AU COEUR, LACOMBE LUCIEN, AU REVOIR LES ENFANTS) vient de voir le jour, voici que suit de très près cette édition deux disques de son premier chef-d'oeuvre, véritable perle du cinéma policier de l'Hexagone : ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD.



ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD (ELEVATOR TO THE GALLOWS) (1957), l'édition DVD (2 disques) de CRITERION en zone 1
Julien Tavernier (Maurice Ronet) est un jeune cadre travaillant dans une entreprise spécialisée dans l'armement militaire. Il est aussi l'amant de Florence (Jeanne Moreau), la femme de son patron, Simon Carala (Jean Wall). Pris d'une forte passion l'un pour l'autre, Julien et Florence, désirant consommer leur union en toute liberté, fomentent un complot pour se débarrasser du mari gênant. Un soir, après la fermeture des bureaux, Julien porte son plan à exécution et tout se déroule comme prévu alors que Carala est expédié dans un monde meilleur. En route pour retrouver Florence, Julien doit cependant retourner sur les lieux du crime afin d'y faire disparaître un indice compromettant, mais il se retrouve fort indisposé par la panne de l'ascenseur le menant à l'étage du bureau de Carala, alors que le moteur de sa voiture tourne à l'extérieur et que sa bien-aimée l'attend impatiemment à un café situé tout près. Alors que Julien tente par tous les moyens de se tirer de ce mauvais pas, Florence recherche inlassablement son amant dans les rues de Paris tandis que la voiture de Julien est dérobée par un couple de jeunes délinquants, Louis (Georges Poujouly) et Véronique (Yori Bertin) qui se rendront eux-mêmes responsables du meurtre d'un couple de touristes allemands.

Louis Malle est un cas particulier dans le paysage cinématographique français. Ancien diplômé de l'IDHEC, Malle fera ses premiers pas dans le métier en signant, conjointement avec le navigateur Jacques-Yves Cousteau, le monde du silence (1955), célèbre documentaire marin qui reste encore aujourd'hui un modèle du genre. Pour son premier long-métrage de fiction, il choisit d'adapter un obscur roman de Noël Calef (ÉCHEC AU PORTEUR) malgré les réticences du romancier Roger Nimier (LE HUSSARD BLEU), co-scénariste de l'adaptation avec le cinéaste, qui juge très durement la qualité de l'oeuvre originale. Cependant, Malle est surtout intéressé par le fort potentiel cinématographique du récit, divisé en trois intrigues connexes (Julien bloqué dans l'ascenseur, Florence errant dans les rues de Paris, la cavale du jeune couple délinquant) proposant du même coup un regard sur l'évolution de trois couples (Florence et Julien, Louis et Véronique, les touristes allemands) dont les destins respectifs seront marqués par cette nuit agitée.

C'est ainsi que prend forme ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD, brillant exercice de style où Louis Malle se plaît à mélanger plusieurs influences tout en respectant scrupuleusement les conventions du genre policier. En surface, ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD a toutes les caractéristiques du parfait film noir avec un récit misant sur une idée de complot qui tourne mal doublé d'un “McGuffin” d'enfer que n'aurait sûrement pas renié Hitchcock, qui fut ici une des inspirations du jeune cinéaste. Le récit est d'ailleurs caractérisé par un rythme lent se distinguant par un suspense savamment distillé jusqu'à sa conclusion implacable bien soutenue par la mise en scène fluide et précise, et dont l'économie de la structure narrative, basée surtout sur le propos véhiculé par les images, fait parfois écho aux meilleurs polars de Jean-Pierre Melville.

L'apport de Roger Nimier se fait aussi sentir car, à cette obéissance scrupuleuse du code associé au genre policier d'où émerge une réalisation très attentive aux détails et objets divers, Malle ajoute cependant quelques teintes d'existentialisme bien senties. Il faut voir comment Louis Malle réussit l'exploit d'humaniser son intrigue, et surtout ses personnages, en multipliant les gros plans sur les visages, et en particulier celui de sa vedette, Jeanne Moreau (filmée ici pour la première fois sans maquillage), afin de mieux en extraire l'émotion et ce, dès la première séquence du film, où Moreau prononce ce fameux “je t'aime” où se devine clairement cette passion si désespérée, et qui deviendra le fil conducteur des réflexions en voix-off de Florence alors que celle-ci poursuit son errance dans les rues étroites et nocturnes de Paris.

L'influence de Robert Bresson, un des cinéastes favoris de Louis Malle, est aussi bien présente, ne serait-ce par les séquences sans dialogues décrivant les efforts répétés de Julien pour se libérer de l'ascenseur, et évoquant du même coup l'odyssée du personnage principal d'UN CONDAMNÉ À MORT S'EST ÉCHAPPÉ (1956) sur lequel Malle officia comme assistant-réalisateur. Cependant, ce que l'on retiendra surtout, c'est l'approche réaliste et désinvolte de l'épisode de la cavale des jeunes délinquants, dont le style annonce la Nouvelle Vague qui émergera l'année suivante avec LE BEAU SERGE (1958) de Claude Chabrol et LES 400 COUPS (1958) de François Truffaut. C'est sans compter que ces personnages préfigurent en tout points le couple de fugitifs formé par Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans le fameux À BOUT DE SOUFFLE (1960) de Jean-Luc Godard. Malgré tout, ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD fut jugé sévèrement par Truffaut et ses pairs, lui reprochant un excès de classicisme, et qui fit de Louis Malle un cinéaste en marge à la fois de la Nouvelle Vague, et du cinéma français classique tel qu'on le connaissait auparavant.

Par un refus catégorique du pittoresque, Malle situe l'intrigue dans un Paris relativement contemporain, en prenant soin de ne faire apparaître que des immeubles de style moderne (la tour Carala, le motel aux abords de la ville) afin de mieux accentuer le cynisme cruel de la réflexion sous-jacente au propos. ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD est aussi l'occasion d'un regard froidement ravageur sur les derniers soubresauts de la France coloniale, caractérisée par la chute de la Quatrième République, meurtrie par l'amère conclusion de la guerre d'Indochine après la bataille de Dien Bien Phu en 1954, et par le conflit faisant rage en Algérie, avec ce rapport de force opposant Julien, ancien combattant de l'Indochine, à son patron, un industriel dont la guerre n'est autre qu'une opportunité d'affaires.

Déjà une vedette à part entière à l'époque mais accumulant les rôles sans grande envergure si ce n'est sa présence dans le fabuleux TOUCHEZ PAS AU GRISBI (1954) de Jacques Becker, Jeanne Moreau trouve enfin ici le rôle qui lui permettra de dévoiler son talent au grand jour, et qui en fera une des égéries préférées du cinéma français et international alors qu'elle tourne avec les plus grands : Truffaut (JULES ET JIM, 1962), Bunuel (LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE, 1964), Orson Welles (LE PROCÈS) et bien sûr Louis Malle à trois autres reprises (LES AMANTS, LE FEU FOLLET, VIVA MARIA!) entre autres. Comme partenaire, elle est flanquée du jeune Maurice Ronet, jusqu'alors un jeune premier qui dévoilera un talent inné d'acteur de composition en composant ce personnage sombre et mélancolique, tout à l'image du suicidaire qu'il campera quelques années plus tard dans le FEU FOLLET (1963), et qui sera le premier jalon d'une brillante carrière où il sera le partenaire idéal d'Alain Delon dans PLEIN SOLEIL (René Clément, 1959) et LA PISCINE (Jacques Deray, 1968). Georges Poujouly (JEUX INTERDITS) apporte la touche d'insolence voulue en campant le jeune blouson noir parisien mais on peut émettre quelques réserves sur la performance quelconque d'une jeune Yori Bertin inexpérimentée, et dont la brève carrière au grand écran est restée sans suite. Réjouissons nous toutefois de la présence de Lino Ventura (LES TONTONS FLINGUEURS, CADAVRES EXQUIS), absolument au poil dans le rôle de l'inspecteur Chérier et affublé comme assistant d'un jeune Charles Denner (LANDRU, L'HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES) sardonique à souhait.

On ne peut passer sous silence un autre élément vital qui a fait la renommé d'ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD : la partition musicale du grand trompettiste de jazz américain Miles Davis. Les mélodies feutrées, empreintes de désenchantement, de la trompette de Davis s'harmonisent avec les teintes expressionnistes des jeux d'ombres et lumières de la photographie noir et blanc du chef-opérateur Henri Decae (LE SAMOURAÏ, LE CERCLE ROUGE) et établit un dialogue insolite avec la démarche langoureuse de Jeanne Moreau déambulant sans but précis dans les rues de la Ville-Lumière. La musique de Miles Davis a largement contribuée à faire du premier long-métrage de Louis Malle un des grands moments du cinéma, comme elle a été un des points tournants de la carrière du grand maître du jazz moderne, en étant le précurseur de futurs albums comme MILESTONES (1958) et surtout le magistral KIND OF BLUE (1959).

ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD est présenté en format panoramique 1.66:1 d'après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation en salle. La définition d'image y est d'excellente qualité malgré un léger grain perceptible à quelques reprises surtout dû à la qualité précaire du matériel source utilisé. Le rendu des contrastes force l'admiration et la profondeur des noirs est d'ailleurs irréprochable, procurant ainsi une expérience de visionnement tout simplement exquise.

Cette édition offre ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD dans sa version originale française avec une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono qui reproduit avec vigueur la bande-son originale du film utilisée lors de sa diffusion en salle. L'ensemble de l'environnement sonore se retrouve bien sûr concentré sur le canal central mais offre néanmoins une écoute fort agréable avec des dialogues bien audibles et bien juxtaposés au paysage sonore, exempt des artefacts habituels, si ce n'est la présence d'un léger bruit de fond qui se fait remarquer à quelques rares endroits. Des sous-titres anglais sont aussi offerts en option.

Comme c'est la tradition chez CRITERION, une belle part est faite au niveau des suppléments, et cette édition ne fait pas exception :

DISQUE UN

Theatrical Trailers
Deux bandes-annonces du film sont disponibles : l'une étant celle diffusée en salle à l'époque de la sortie, et l'autre étant celle de la sortie commémorative du film après sa restauration il y a quelques années.

DISQUE DEUX

Louis Malle, 1975
Extrait d'une émission de la télévision canadienne proposant une entrevue donnée par Louis Malle sur les plateaux du tournage de son film BLACK MOON, où celui-ci ressasse quelques souvenirs et anecdotes relatifs à la conception d'ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD.

Jeanne Moreau, 2005
Dans cette entrevue exclusivement réalisée pour cette édition, Jeanne Moreau relate quelques souvenirs du tournage d'ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD, tout en faisant un bref survol de sa collaboration fructueuse ainsi que de sa grande amitié avec Louis Malle, restée indéfectible jusqu'à son décès en 1994.

Malle And Moreau At Cannes
Extrait d'une entrevue réalisée lors du festival de Cannes édition 1993 et diffusée à l'émission LE CERCLE DE MINUIT diffusée à la télévision française où l'animateur Michel Field s'entretient avec le réalisateur et sa star, qui font encore une fois un récapitulatif de leurs expériences respectives sur le tournage de leur première collaboration.

Maurice Ronet
Entrevue diffusée en mai 1957 à l'émission REFLETS DE CANNES où l'animateur François Chalais s'entretient avec Maurice Ronet, tout juste avant le début du tournage d'ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD.

Crazeologie
Court-métrage réalisé par Louis Malle en 1954 lors de son passage à l'IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques).

THE MILES DAVIS SCORE
Dans la nuit du 4 décembre 1957, au studio du Poste Parisien, Miles Davis enregistre ce qui deviendra une des partitions musicales les plus immortelles de l'histoire du cinéma. Les suppléments qui suivent proposent une chronique relatant quelques étapes de sa conception.

The Recording Session
Pour les besoins de l'émission CINERAMA, une équipe de télévision accompagna Louis Malle, Miles Davis et les musiciens Barney Wilen (saxophone), René Urtreger (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie), que l'on peut ici voir en pleine action lors de l'enregistrement de la partition musicale.

On Piano, René Urtreger
Une entrevue donnée en 2005 et exclusivement destinée à cette édition par le pianiste René Urtreger, seul survivant de l'orchestre de Miles Davis ayant participé à l'enregistrement.

Miles Goes Modal : The Breakthrough Score For Elevator To The Gallows
Le trompettiste Jon Faddis et le critique Gary Giddins décortiquent avec grand plaisir la célèbre musique de Miles Davis, qui est non seulement capitale pour l'oeuvre de Louis Malle, mais qui exercera aussi une profonde influence sur l'orientation de la carrière du célèbre trompettiste.

Livret
- Un essai du journaliste-critique Terrence Rafferty
- Une retrancription d'une entrevue avec Louis Malle
- Un hommage du producteur Vincent Malle, frère du cinéaste.




Bande-annonce / ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD
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La sortie d'ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD ne se fera pas sans heurts alors que l'on reproche à Louis Malle ses affinités avec Roger Nimier qui se fera un partisan avoué (au grand dam du réalisateur) des activités de l'OAS, taxant ainsi le film d'un certain relent fasciste. Cela ne sera que le début pour Malle d'une carrière marqué par le seau de la controverse, où la tendance est maintenue dès son deuxième film, le sulfureux LES AMANTS (1958). Ensuite, le metteur en scène se découvrira un goût prononcé pour les sujets troublants : le suicide (LE FEU FOLLET, 1963), l'inceste (LE SOUFFLE AU COEUR, 1971) ou bien la France des collabos du régime de Vichy (LACOMBE LUCIEN, 1974; AU REVOIR LES ENFANTS, 1987). Même lors de sa période américaine, Malle continuera sur sa lancée avec les non moins dérangeants PRETTY BABY (1977) et ATLANTIC CITY (1980) pour ensuite boucler la boucle en Angleterre avec DAMAGE (1992), dernier grand film de la carrière du cinéaste.

Première oeuvre majeure de la filmographie d'un metteur en scène alors à l'aube d'une brillante carrière, ASCENSEUR POUR L'ÉCHAFAUD demeure un incontournable pour les inconditionnels de Louis Malle dont cette édition s'avère un véritable petit bijou, et qui ne se lasseront point de se laisser berçer encore et encore par la voix langoureuse de Jeanne Moreau et la musique envoûtante de Miles Davis.

Studio éditeur : CRITERION
Date de sortie : 25 avril 2006

Film : 4,5/5
Image : 4/5
Son VO (VF) : 3,5/5
Bonus : 5/5



Marc Lespérance
marcl@dvdquebec.com

Mercredi 07 Juin 2006

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