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Vendredi 18 Mai 2012
21:54

WORLD TRADE CENTER, l’édition HD DVD (2 disques)

Le monde occidental porte encore les cicatrices des attentats terroristes du 11 septembre 2001, et plus particulièrement aux États-Unis alors que la politique étrangère américaine a adopté une approche résolument plus protectionniste et belliqueuse, à tel point que la contrée de l’Oncle Sam vit encore sous un joug de paranoïa entretenue minutieusement par George W. Bush et sa petite bande. Du côté de la colonie hollywoodienne, “discrétion” était le mot à l’ordre du jour alors que l’on se gardait bien d’émettre un quelconque point de vue sur le sujet, excepté les habituels vœux de regrets et de sympathie à l’égard des victimes et de leurs familles respectives.



WORLD TRADE CENTER, l’édition  HD DVD (2 disques)
WORLD TRADE CENTER, l’édition HD DVD (2 disques)
L’année 2006 vit enfin Hollywood aborder pour la première fois et de plein front ce jour sombre de l’histoire tout d’abord avec UNITED 93 de l’Irlandais Paul Greengrass (SUNDAY BLOODY SUNDAY, THE BOURNE SUPREMACY) racontant les derniers instants de l’équipage et des passagers du vol 93 de la United Airlines s’étant écrasé sur un champ agricole de la Pennsylvanie. Cependant, le film le plus attendu (et le plus craint) était WORLD TRADE CENTER, s’attardant cette fois-ci sur les attentats ayant mené à la destruction des célèbres tour jumelles new-yorkaises. Le plus craint de par la présence à la barre du réalisateur Oliver Stone. Cinéaste engagé et gauchiste invétéré, Stone a fait sa marque tout d’abord comme scénariste de quelques-uns des films chocs les plus connus du cinéma américain comme MIDNIGHT EXPRESS (Alan Parker, 1978), SCARFACE (Brian De Palma, 1983) et YEAR OF THE DRAGON (Michael Cimino, 1985). Passé derrière la caméra, il s’est ensuite immédiatement bâti une réputation de trouble-fête et ce dès SALVADOR (1985), une lourde charge ciblant la présence d’instances politiques américaines en Amérique centrale. Oliver Stone se sert ensuite de sa propre expérience d’ancien combattant pour bâtir les fondations d’une trilogie sur le Vietnam avec PLATOON (1986) qui seront suivis par la suite de BORN ON THE FOURTH OF JULY (1989) et HEAVEN & EARTH (1993). Au passage, Oliver Stone abordera l’assassinat de Kennedy avec le mémorable JFK (1991), imposera une vision mordante et immensément cynique de l’Amérique des années 1990 dominée par l’omniprésence des mass media avec NATURAL BORN KILLERS (1994) et proposera un portrait très complexe du plus controversé des présidents américains avec NIXON (1995). Si Oliver Stone s’est fait le champion d’une certaine tendance libérale propice à la gauche américaine, il est aussi devenu par défaut une des figures cinématographiques les plus détestées de l’extrême droite qui attendait avec une certaine appréhension cette réflexion du cinéaste sur cet ultime événement dont les plaies sont loin d’être encore totalement refermées.

L’aube d’une autre journée s’ouvre sur New York et ses environs, et en ce matin du 11 septembre 2001 la matinée s’annonce comme celle d’une journée parmi tant d’autres pour le sergent John McLoughlin (Nicolas Cage) et l’agent Will Jimeno (Michael Pena), tous deux au service de la police portuaire de la métropole. La journée à peince commençée ceux-ci sont pourtant témoins d’un tragique événement : l’une des tours jumelles du World Trade Center est en proie à un grave incendie après avoir été frappée par un avion de ligne contrôlé manifestement par des pirates de l’air. Les forces policières se regroupant, le sergent McLoughlin, en sa qualité de premier répondant, constitue rapidement une escouade de secours afin de porter assistance aux victimes et blessés de l’attentat. En chemin, ils apprennent avec stupéfaction que la deuxième tour a été la cible d’un autre attentat semblable. L’escouade se retrouve sur la promenade sise au rez-de-chaussée du WTC, et alors qu’ils s’apprêtent à monter aux étages supérieurs, l’une des tours s’écroule, faisant de McLoughlin et de Jimeno quelques-uns des rares survivants, en compagnie de l’officier Dominick Peluzzo (Jay Hernandez) qui tente tant bien que mal de libérer ses collègues emprisonnés sous les débris. Débute alors une longue attente pour les policiers grièvement blessés luttant pour leur survie tandis que leurs familles respectives attendent et espèrent dans l’angoisse.

Sachant qu’Oliver Stone n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle et au vu de son pedigree, la sortie de ce WORLD TRADE CENTER pouvait lasser présager une sorte de pamphlet politique où le cinéaste aurait pu laisser libre cours à de quelconques théories conspiratrices et contestataires. Là vient la surprise évidente, car Oliver Stone se positionne là où on ne l’attendait pas du tout en faisant de WTC le simple récit de la quête pour la survie de ces deux hommes ordinaires, et des heures d’angoisse vécues par leurs épouses et leurs familles. Le scénario de la nouvelle venue Andrea Berloff adopte même un ton quasi intimiste et résolument apolitique plutôt étonnant pour une oeuvre d’Oliver Stone mais qui s’avère toutefois le traitement adéquat pour ce sujet on ne peut plus délicat. Le réalisateur balaie ainsi du revers de la main tout message politique et se concentre plutôt à raconter les événements tels que vécus au fil des heures par les différents personnages pour en composer une sorte de mosaïque s’appliquant à rendre un certain hommage à une certaine classe moyenne, qu’Oliver Stone semble considérer comme le véritable moteur de la société américaine.

Là où WTC puise en grande partie sa crédibilité vient du côté de la profondeur psychologique des “personnages”, si je puis m’exprimer ainsi. Bâti sur les témoignages directs des principaux concernés, le scénario d’Andrea Berloff et la mise en scène d’Oliver Stone dressent un portrait à la fois réaliste et touchant dispensé de pathos et de complaisance, et surtout qui reste d’une belle simplicité. Par exemple, l’un des meilleurs moments du film est la séquence d’ouverture alors que Stone dresse habilement la table avec une remarquable économie de moyens où en l’espace de deux minutes seulement les deux personnages principaux sont mis en contexte. Cette simplicité se traduit aussi par la mise en scène, beaucoup plus discrète qu’à l’habitude chez Stone, où celui-ci s’efface littéralement pour laisser le sujet et ses intervenants parler d’eux mêmes. Cette discrétion est appliquée aussi à l’illustration des attentats eux-mêmes, où l’on ne voit seulement que l’ombre d’un avion passer sur l’une des tours. Ce moment ne perd toutefois point de son impact alors que la tension collective suivant les attentats est brillamment reproduite par une mise en scène nerveuse bien supportée par les caméras du chef-opérateur Seamus McGarvey (THE HOURS) et surtout par le travail de conception sonore de Wylie Stateman (KILL BILL), un habitué de l’écurie Stone, traduisant ainsi d’excellente façon le sentiment de chaos éprouvé suivant immédiatement les événements.

Au passage, louons aussi l’excellente interprétation de la distribution, à commencer par Nicolas Cage (LEAVING LAS VEGAS, ADAPTATION) et Michael Pena (CRASH) réussissant le tour de force de bâtir leurs personnages dans un contexte difficile, alors que la plupart de leurs scènes se déroulent sous les faux débris conçus par le chef-décorateur Jan Roelfs (GATTACA, ALEXANDER). Donnons aussi crédit à Maria Bello (A HISTORY OF VIOLENCE) et Maggie Gyllenhaal (SECRETARY) jouant les épouses Loughlin et Jimeno, pour avoir su rendre intéressant, grâce à leur sensibilité, leurs séquences qui auraient pu facilement verser dans un ton larmoyant digne d’un téléfilm lourdaud. Même Stephen Dorff (BLADE) tire son épingle du jeu dans le rôle d’un secouriste. Seule ombre au tableau : ce Marine très pieux, très “born again Christian” joué de façon presque caricaturale par Michael Shannon (VANILLA SKY, 8 MILE) et qui provoque parfois un certain malaise qui tranche nettement avec le souci de véracité évident transmis par la direction d’Oliver Stone. Pour le reste, la partition musicale très épurée de Craig Armstrong (MOULIN ROUGE) illustre parfaitement le ton discret et intimiste voulu par le réalisateur.

Il existe sur le marché plusieurs galettes numériques pouvant vous combler : une édition DVD panoramique 1 disque, une édition DVD plein écran 1 disque, une édition DVD panoramique 2 disques, une édition Blu-ray Disc 2 disques et, celle évaluée ici, une édition HD DVD 2 disques.

Le HD DVD de WORLD TRADE CENTER présente le film dans son format original de 1.85:1, suite à un traitement d’encodage VC-1 1080p. Paramount ne nous a pas inondé de titres HD depuis 2006, mais on peut affirmer sans se tromper que ce studio apporte un soin particulier à leurs galettes HD. Ce HD DVD est visuellement sans bavures. Il faut savoir que les films récents puisent leur source directement après le montage numérique HD, que le film soit tourné sur du matériel argentique ou non, et celui-ci ne fait donc pas exception. Inutile de vous dire que le résultat ne montre aucune forme de tâche ou de poussière. Les noirs sont purs et très profonds. Les dégradés, avec le format HD DVD, n’ont jamais montré de signes de faiblesse et cet aspect permet, encore une fois ici, de constater la différence importante avec le format DVD outre la définition évidemment meilleure (meilleure est certainement un qualificatif un peu faible...). Ces derniers atouts sont donc importants tenant compte que le film se passe en partie à éclairage restreint (très même) avec filtres bleutés. Il faut voir aussi jusqu’à quel point les images sous éclairages de jour, assez saturées au niveau des couleurs, paraissent tridimensionnelles tellement elles sont précises. Bref, ce HD DVD permet d’apprécier toutes les nuances souhaitées par Oliver Stone et son directeur photo Seamus McGarvey. Pour l’anecdote, on constate que l’effet voulu de « vaseline » autour de la lentille, lors des gros plans du visage de Nicolas Cage piégé dans les décombres, est un peu trop évident en 1080p. Cet effet focalisant sur les yeux de l’acteur est, curieusement, plus intéressant avec le 480p du DVD.

Du côté du son, ce HD DVD offre trois pistes encodées Dolby Digital Plus 5.1 : une en version originale anglaise, une autre en français (doublage produit en France) et une espagnole. Notez que si vous possédez un lecteur Toshiba HD-A2 (ou HD-A1 ou HD-XA1) avec une connexion optique, ces encodages utiliseront un train de bits DTS plein débit sur un amplificateur possédant l'option DTS; mais attention, le modèle HD-XA2 de son côté converti le signal en format Dolby Digital 5.1 avec cette même connexion optique. Quoi qu’il en soit, la version originale et celle en français présentent les mêmes forces au niveau du mixage et sont parfaitement balancées sans trop pousser. Ils ne faut pas s’attendre à des mixages tonitruants (ils sont fidèles à l’approche du film lui-même) mais, dès l’écroulement de la première tour, cela pourrait bien causer quelques fissures à votre maison pour autant que vous ayez une enceinte respectable s’occupant du canal .1 (LFE). D’ailleurs, le bruit des corps s’écrasant au sol (ce geste ultime de plusieurs désespérés prisonniers des tours sautant dans le vide n’est d’ailleurs pas évoqué dans le film, les intervenants ne sachant pas trop ce que sont ces explosions) est à glacer le sang... des sous-titres anglais, anglais SDH, espagnols et français sont disponibles avec le visionnement du film. Ce dernier point est à souligner car, contrairement aux éditions DVD, Paramount inclut des sous-titres en français sur toutes leurs éditions HD DVD ou Blu-ray Disc.

Du côté des suppléments, cette édition HD DVD (tout comme celle disponible en format Blu-ray Disc) garde son extension sur 2 disques car Paramount nous offre presque tout le contenu encodé en haute définition 1080p ( identifié plus bas avec la mention HD ). Chapeau à Paramount sur ce point car, en plus, c’est une tendance chez ce studio. De plus, on nous offre ici une brochette fort consistante (avec la possibilité de sous-titres français sauf les commentaires audio) dont voici le contenu :

DISQUE 1

Commentaire audio de Oliver Stone
Le réalisateur y va d’un commentaire touffu et foisonnant d’informations où tout y passe : de la genèse du projet au tournage proprement dit en passant par l’accueil réservé à son dernier film et à une réflexion toute personnelle sur les événements du 11 septembre 2001.

Commentaire de Will Jimeno, Scott Strauss, John Busching et Paddy McGee
Cette fois-ci l’on a droit au véritable Will Jimeno en compagnie de quelques-uns des secouristes ayant participé aux opérations de sauvetage. Scott Strauss est d’ailleurs le secouriste qu’interprète Stephen Dorff dans le film. Ceux-ci y vont principalement de commentaires s’attardant à attester de la véracité des événements illustrés à l’écran ainsi qu’à partager leurs souvenirs respectifs de cette sombre journée.

Deleted/Extended Scenes
Une compilation de neuf scènes ayant été soit coupées totalement du montage où bien présentées en des versions plus succinctes dans le montage présenté en salle. Comprend un commenctaire audio optionnel du réalisateur Oliver Stone.

DISQUE 2

The Making Of World Trade Center HD
Documentaire divisé en trois parties constituant le “making-of” officiel du film où toutes les étapes de la conception du dernier cru d’Oliver Stone sont expliquées sous moult détails.

Common Sacrifice HD
Petit documentaire racontant cette fois-ci, et par le biais d’entrevues, l’odyssée véritable de John McLoughlin et de Will Jimeno.

Building Ground Zero HD
Le chef décorateur Jan Roelfs nous convie à une visite des plateaux conçus pour recréer les ruines du WTC, et ceci sous le soleil de la Californie.

Visual And Special Effects HD
Un segment couvrant le travail de l’équipe responsable des effets visuels, et plus particulièrement de ceux qui ont redonné vie aux deux tours jumelles pour les besoins du film.

Oliver Stone’s New York HD
Natif de New York et ayant grandi dans la métropole, Oliver Stone y va ici de sa conception toute personnelle de la Grande Pomme tout en nous gratifiant d’une petite visite guidée du quartier où il a grandi ainsi que de quelques lieux représentatifs de son cheminement dans la vie.

Q & A With Oliver Stone
Extrait d’une entrevue conduite par le journaliste Mark Kermode de la BBC où Oliver Stone parle de son dernier film (WTC) tout en répondant à quelques questions d’auditeurs,

Theatrical Trailer
Bande-annonçe originale du film diffusée en salle.

TV Spots
Cinq publicités diffusées à la télévision lors de la sortie du film en salle.

Photo Gallery
Compilation de photographies prises sur les plateaux de tournage et utilisées à des fins promotionnelles.

En somme, WORLD TRADE CENTER n’est pas encore le parfait pendant cinématographique des tragiques événements du 11 septembre, aussi futile cette expression semble être, mais il n’en reste pas moins qu’Oliver Stone a accouché ici d’un film se voulant un témoignage le plus honnête possible vu les circonstances, et force est de reconnaître qu’il est bien difficile d’apposer dans ce cas-ci un véritable esprit analytique en regard du sujet survolé. Certains reprocheront à Oliver Stone (et à Paul Greengrass pour UNITED 93) d’avoir voulu trop rapidement revenir sur ces événements tragiques, mais à cela faut-il se poser la question à savoir qu’est-ce que l’on entend par temps propice. Quoi qu’il en soit, Oliver Stone a fait de WORLD TRADE CENTER non pas un film plaisant à l’écoute mais nécessaire, et n’en déplaise aux détracteurs du cinéaste, il faudra s’y faire, celui-ci affirmant qu’il n’en a pas fini avec le 11 septembre.

Studio éditeur : Paramount
Date de sortie : 12 décembre 2006

Film : 4/5
Image : 4,5/5
Son VO : 4,5/5
Son VF : 4/5
Bonus : 5/5



Marc Lespérance (critique film et suppléments)
marcl@uneporte.com

Jean Guèvremont (critique technique)
jean@uneporte.net

Vendredi 30 Mars 2007
Jean Guèvremont

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