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WALL STREET (1987), l'édition DVD (2 disques) 20e anniversaire en zone 1Les années 1980 furent vraiment la décennie où le nom d'Oliver Stone était sur toutes les lèvres du côté du cinéma américain. Avant de s'imposer comme réalisateur, Stone a fait ses classes comme scénariste. Déjà récipiendaire d'un Oscar© pour MIDNIGHT EXPRESS (Alan Parker, 1978), Stone est devenu par la suite un des scripteurs les plus réputés du moment avec des titres comme SCARFACE (Brian De Palma, 1983) et YEAR OF THE DRAGON (Michael Cimino, 1985) qui démontrent déjà que l'homme ne fait définitivement pas dans la dentelle. Côté réalisation, Stone connut pourtant des débuts modestes, étonnamment dans le genre de l'horreur avec SEIZURE (1973), une production de série B vite oubliée, et THE HAND (1981), mettant en vedette Michael Caine. Ce n'est cependant qu'avec SALVADOR (1985) que le Oliver Stone que l'on connaît émerge. Chronique percutante sur la couverture du journaliste Richard Boyle du régime dictatorial du Salvador, Stone sort pour la première fois ses griffes de cinéaste fortement engagé qui feront de lui le champion de la gauche américaine au cinéma dans les années 1980.
En 1986, Oliver Stone revient avec PLATOON, première oeuvre d'une trilogie sur la guerre du Vietnam et inspiré des propres souvenirs du cinéaste (lui-même un vétéran) de l'époque de son service militaire. Forte charge émotive critiquant l'implication américaine dans le sud-est asiatique, le succès critique et public de PLATOON fut immédiat, atteignant son point culminant alors que ce film phare de la carrière de Stone fut un des grands gagnants de la cérémonie des Oscars© en 1987, et qui valut au cinéaste de remporter la statuette dans la catégorie du meilleur réalisateur. Fort de son récent succès, Oliver Stone n'entend pas en rester là en enchaînant immédiatement avec WALL STREET, où cette fois-ci, il s'attaque au monde de la finance.
Jeune agent de change ambitieux et prometteur travaillant pour une firme de courtage new-yorkaise, Bud Fox (Charlie Sheen) a pourtant beaucoup de peine à se faire une petite place au soleil dans le petit monde de Wall Street. Brûlant la chandelle par les deux bouts et croulant sous les dettes, Fox persiste pourtant à tenter sa chance d'approcher Gordon Gekko (Michael Douglas), un des plus importants financiers et investisseurs de la ville et du pays, réputé pour son sens inné des affaires, mais aussi pour son avidité et sa rigidité. Après une première rencontre, Bud réussit à pénétrer l'étanchéité du cercle Gekko grâce à une proposition d'affaires impliquant la Blue Star, une petite compagnie aérienne montante où son père (Martin Sheen) s'avère être non seulement un employé, mais aussi un des délégués syndicaux. Qu'à cela ne tienne, grâce à l'entremise de Bud, Gekko devient le principal actionnaire de la compagnie, et fait de Bud un de ses bras droits. Bud débute son ascension au sommet. Revenus et profits considérables, appartement de luxe, belle bagnole et pour couronner le tout, la jolie Darien (Daryl Hannah), une jolie décoratrice d'intérieur rencontrée dans l'entourage de Gekko. Cependant, Bud se retrouve rapidement empêtré dans les magouilles financières plus ou moins orthodoxes du nabab et découvre Gekko sous un tout autre jour suite à quelques impitoyables décisions corporatives concernant la Blue Star, et qui l'amèneront à s'opposer à son mentor. WALL STREET s'inscrit bien da la lignée des oeuvres engagées du cinéaste, et doit sa pertinence au fait qu'Oliver Stone n'est pas du tout étranger au monde de la finance, son père Louis Stone (duquel le film est dédié) ayant été lui-même un agent de change. Le résultat se sent à l'écran, le script du metteur en scène regorgeant de détails de toutes sortes rehaussant le degré de réalisme de l'ensemble. La mise en scène flamboyante, nerveuse et précise de Stone, bien appuyée par la photographie luxuriante du chef-opérateur Robert Richardson (un collaborateur de longue date) nous entraînent dans les coulisses de Wall Street comme nul autre film ne l'a fait auparavant. La caméra parfois très agitée de Richardson, alliée au montage très rapide de Claire Simpson (PLATOON) transmet de belle façon toute la tension et la frénésie qui est palpable sur le parquet de la bourse de New York et dans les locaux des firmes de courtage. Ce profond souci de réalisme s'avère d'ailleurs un couteau à double tranchant pour Stone puisqu'il est aussi responsable de sa principale faiblesse, alors que le jargon très technique entendu de la bouche des personnages peut être fréquemment totalement incompréhensible pour le profane qui a peine à se retrouver dans ces différents jeux de magouilles financières. Cependant, au-delà de l'aspect technique du récit, l'essence même du message que véhicule Oliver Stone à travers WALL STREET est facilement discernable. WALL STREET est d'abord et avant tout une fable, une fable morale sur l'avidité, l'assiduité et l'appât du gain, racontée à travers le cheminement de ce jeune loup qu'est Bud Fox, de sa montée vertigineuse à sa descente vers une quasi-déchéance où il retrouvera toutefois le véritable sens des valeurs inculquée par sa famille d'origine modeste. C'est d”ailleurs de ce côté que WALL STREET est des plus intéressants, de par la description très critique et sans concession de ce pan de l'Amérique reaganienne des années 1980. Il faut voir avec quel cynisme Stone se plaît (et même se complaît) à décrire avec une rigueur terriblement clinique toute la froideur, la rigidité, et surtout la superficialité du BCBG façon “eighties” bien suggérée par les décors de Stephen Hendrickson (DIGGSTOWN) et les costumes d'Ellen Mirojnick (FATAL ATTRACTION). De plus, la description de ce cercle particulier des loups de la finance donne froid dans le dos, alors que ceux-ci, tout véritables requins qu'ils sont, se posent en quelque sorte comme des guerriers dans un perpétuel combat, d'où cette scène capitale du film où le financier Gekko conseille au jeune Bud Fox la lecture d'un pamphlet asiatique de l'époque des samouraïs sur l'art de la guerre, où les principes peuvent être aisément appliqué à la finance. Ainsi, c'est tout le pouls de toute l'Amérique de cette décennie particulière que Stone prend d'emblée avec WALL STREET, en lui faisant un véritable procès, au même titre que les années 1990 avec NATURAL BORN KILLERS (1994). On sent d'ailleurs que WALL STREET est bien de son temps, avec la partition musicale très synthétisée de Stewart Copeland (batteur du groupe The Police) ainsi qu'une sélection de pièces musicales très recherchée avec notamment des extraits de pièces de David Byrne (ex-leader des Talking Heads) et de Brian Eno (ex-claviériste de Roxy Music). On ne peut aussi que sourire face à l'apparition de certains gadgets technologiques de l'époque, en cette ère où l'Internet n'était pas encore de ce monde, d'où cette scène montrant un Gordon Gekko discutant avec Bud Fox armé d'un portable de la taille d'une boîte à souliers, sans oublier ces immenses boîtiers qu'étaient ces ordinateurs personnels de premières générations, considérés comme le nec plus ultra technologique en ces années clinquantes et aseptisées. Ayant à assumer la charge du protagoniste, Charlie Sheen (PLATOON, YOUNG GUNS), sans être mauvais, manque pourtant quelque peu d'envergure pour mener à bien la destinée de son personnage, et est rapidement surclassé par le reste de la distribution, à commencer par Michael Douglas (FATAL ATTRACTION, BASIC INSTINCT) qui rayonne littéralement dans la peau du magnat Gordon Gekko. Définitivement le meilleur rôle de la carrière du bonhomme (lui ayant valu un Oscar©), Douglas capture toute l'essence et la complexité de la personnalité de cet homme froid, cynique et calculateur, tout en renfermant un charisme et un potentiel de séduction inébranlable. En fait, Stone voulait faire de Gekko l'image métaphorique d'un reptile (“gekko” désigne en fait un type de lézard), un prédateur envoûtant ses victimes. Martin Sheen (APOCALYPSE NOW), lui-même un comédien réputé pour ses opinions politiques de gauche, est quant à lui taillé sur mesure pour ce personnage d'activiste syndical voyait clair dans le jeu du financier et les scènes opposant les deux hommes sont parmi les meilleures, et Daryl Hannah (BLADE RUNNER, SPLASH) s'avère très à l'aise dans la peau de cette beauté éthérée et superficielle tombée dans les bras du protagoniste. On ne pourrait passer sous silence les passages brefs mais remarqués de Hal Holbrook (JULIA, CREEPSHOW) en vieux courtier paternaliste qui, à travers ses conseils que Bud ne veut entendre, s'annonce comme un véritable prophète des malheurs à venir, ainsi que l'apport de Terence Stamp (THE COLLECTOR, THE LIMEY), financier rival et Némésis de Gordon Gekko et, sourire à la clé, Sean Young (BLADE RUNNER, NO WAY OUT) dans le rôle de l'épouse de Gekko, véritable prêtresse du bon chic bon genre et du bon goût décrété. Avant de passer aux spécifications techniques et aux suppléments, soulignons que WALL STREET est déjà tributaire d'une édition DVD plus menue parue en 2000. Pour souligner le vingtième anniversaire de la sortie du film sur les écrans, la Fox a cru bon de nous refiler une nouvelle édition deux disques plus touffue. Notez aussi qu'une édition Blu-ray de ce film sortira en 2008, soit le 5 février. WALL STREET est offert en version panoramique 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation. Le transfert offert ici est honorable, offrant une belle saturation des couleurs, des noirs d'une bonne profondeur et un excellent rendu des contrastes, avec seulement un léger flou dans les contours à signaler. Le film est offert en version originale anglaise par le biais de deux pistes, tout d'abord celle déjà incluse dans l'édition précédente en format Dolby Digital 4.0 Surround, et surtout avec une nouvelle piste offrant un tout nouveau remixage en format Dolby Digital 5.1 rehaussant d'un cran l'environnement sonore sur les enceintes, grâce à un niveau des basses bien accentuée et une isolation plus qu'experte des textures sonores, tout en offrant des dialogues bien audibles. La version française (doublage produit en France) est aussi disponible mais s'avère source de déception puisqu'elle est offerte avec une piste de format Dolby Digital 1.0 Mono largement inférieure au niveau performance (est-il nécessaire de le dire ?) et où se démarque parfois quelques distorsions dans le paysage sonore. Une piste espagnole Dolby Digital 1.0 Mono est aussi disponible ainsi que des sous-titres anglais et espagnols en option. Double déception pour les amateurs francophones : l'absence de sous-titres français comme c'est souvent le cas chez fox lorsqu'un doublage est présent. Côté enrobage, cette nouvelle édition de deux disques reprend essentiellement les suppléments de l'édition précédente tout en y greffant de nouveaux suppléments produits expressément pour celle-ci. Notez que les suppléments déjà présents dans la première édition sont désignés par un astérisque (*) : DISQUE UN Commentaire audio de Oliver Stone (*) Une piste de commentaires agréable à l'écoute où Oliver Stone passe en revue toutes les composantes de la mise en scène du film, en plus de nous offrir quantités d'anecdotes sur plusieurs aspects de la genèse et de la rédaction du script ainsi que les habituels potins de tournage (où Sean Young est décrite sous un jour très peu flatteur) sans oublier les souvenirs et les enseignements laissés par son père Louis Stone (décédé en 1985). Stone fait aussi grand cas de l'influence qu'exerça en particulier deux films du genre : EXECUTIVE SUITE (Robert Wise, 1954) et THE SWEET SMELL OF SUCCESS (Alexander Mackendrick, 1956) pour la rédaction de son script avec Stanley Weiser (PROJECT X). C'est sans surprise que l'on retrouve d'ailleurs un commentaire audio de Stone sur le DVD de EXECUTIVE SUITE paru récemment chez Warner. DISQUE DEUX Introduction By Oliver Stone Le cinéaste effectue ici une présentation brève et concise de son film à l'occasion du vingtième anniversaire de sa parution sur les écrans. Un supplément qui aurait d'ailleurs dû prendre place sur le premier disque. Greed Is Good Documentaire faisant office de “making-of” du film, tourné pour les besoins de cette édition et dont le titre fait un clin d'oeil à une célèbre réplique de Gordon Gekko. Par le biais d'entrevues avec Oliver Stone, Michael Douglas, Charlie Sheen et autres, ce documentaire d'une heure reprend dans les grandes lignes le contenu du précédent commentaire audio du réalisateur. Deleted Scenes Quatorze scènes supprimées du montage de la version présentée en salle pouvant être visionnées avec un commentaire audio du réalisateur en option. Money Never Sleeps – The Making Of Wall Street (*) Autre “making-of” inclus dans l'édition précédente qui n'offre rien de nouveau suite au visionnement du précédent documentaire. Fait à remarquer : l'édition de l'année 2000 proposait aussi deux bandes-annonces originales du film diffusées en salle qui brillent ici par leur absence. ---------------------------------------------------- Étape importante de la filmographie de son réalisateur, WALL STREET est aussi un film-phare du cinéma américain des années 1980, et n'est pas sans rappeler THE BONFIRE OF THE VANITIES, le célèbre roman de Tom Wolfe (THE RIGHT STUFF) paru à la même époque (et sujet d'une adaptation très décevante de Brian De Palma en 1990) de par sa description fielleuse et critique de ses requins de la finance se proclamant comme les “maîtres de l'univers”. Plus qu'un film, WALL STREET est un document important témoignant d'un aspect de l'Amérique de l'époque Reagan. À découvrir ou re-découvrir. Studio éditeur : 20th Century Fox Date de sortie : 18 septembre 2007 Film : 4/5 Image : 4/5 Son VO : 4,5/5 Son VF : 1,5/5 Bonus : 4/5 Marc Lespérance marcl@uneporte.com Lundi 10 Décembre 2007
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