UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES, édition DVD 2 disques zone 1Ayant remporté un énorme succès à l’échelle internationale avec LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN (2001), Jean-Pierre Jeunet remet ça avec la même vedette et la même équipe pour nous livrer son nouveau jouet, fruit d’un projet que ce dernier caressait depuis les dix dernières années.
UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES, l’édition DVD (2 disques) zone 1
L’histoire d’amour entre Mathilde (Audrey Tautou) et Manech (Gaspard Ulliel) est brusquement interrompue lorsque celui-ci est appelé à servir au front alors que la Grande Guerre bat son plein. Quelques années ont passé, nous sommes en 1920, et d’après les rapports officiels Manech trouva la mort dans les tranchées de la bataille de la Somme. Refusant obstinément de croire au décès de son fiancé, Mathilde entame une longue quête afin de le retrouver. Elle apprend que celui-ci a été jugé en cour martiale pour mutilation volontaire en compagnie de quatre autres soldats, et condamné à servir d’appât aux balles allemandes dans le no man’s land séparant un secteur nommé Bingo Crépuscule des lignes ennemies. S’activant à retrouver la trace de quelques survivants de cette unité, Mathilde demande l’aide de Rouvières (André Dussollier), avocat et ami de la famille, et du détective privé Germain Pire (Ticky Holgado) afin de l’assister dans ses recherches. Elle croise sur son chemin, entre autres, Célestin Poux (Albert Dupontel), un ancien camarade de régiment, ainsi que Tina Lombardi (Marion Cotillard) et Élodie Gordes (Jodie Foster), deux veuves dont le point commun est d’avoir été toutes deux mariés à deux des condamnés de Bingo Crépuscule, l’une résignée à son sort, l’autre bien décidée à venger cruellement la mort de son époux. À chaque reprise, tout semble croire que Manech a connu le même sort, mais Mathilde n’en continue pas moins sa longue quête avec entêtement et une farouche détermination, au grand dam de son oncle Sylvain (Dominique Pinon) et de sa tante Bénédicte (Chantal Neuwirth).
On prend les mêmes et on recommence, pourrait-on dire. Profitant de son récent carton avec LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN, Jeunet se lance donc dans cette ambitieuse, parfois audacieuse mais inégale adaptation du roman touffu de Sébastien Japrisot. Jeunet s’écarte donc de la joyeuse allégorie parisienne de son précédent film pour nous servir ce récit de la Première Guerre mondiale où le faste contenu du roman de Japrisot se fait sentir par la complexité de la structure narrative, ponctué de nombreux flash-backs et d’effets de montage, ainsi que des multiples personnages occupant tout le tableau. Le malaise se fait légèrement sentir en constatant parfois la vaine tentative de Jeunet et de son co-scénariste Guillaume Laurant de condenser ce qui semble être un roman-fleuve en un long métrage de 133 minutes ; cela se fait sentir surtout dans la première partie, où le spectateur est écroulé sous une avalanche de détails et anecdotes en tout genre en vue de nous présenter les nombreux personnages de cette histoire quelque peu abracadabrante. Le tout s’améliore par la suite lorsque le récit prend sa vitesse de croisière, alors que le script de Jeunet et Laurent se fait un devoir de constamment nous rappeler qui est qui et qui fait quoi, où, comment et pourquoi. Vous me suivez ? UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES est d’abord et avant tout un film de guerre. La construction elliptique du script composé de plusieurs flash-backs de l’époque de la Grande Guerre donne l’occasion à Jeunet de s’atteler, en compagnie de la chef-décoratrice Aline Bonetto, à une reconstitution époustouflante de la bataille de la Somme, avec quelques scènes de bataille bien relevées (et particulièrement sanglantes) comportant un certain souffle épique visiblement inspiré de PATHS OF GLORY (Stanley Kubrick, 1957). La caméra très mobile et fluide du chef-opérateur Bruno Delbonnel nous gratifie de quelques magnifiques plans des tranchées en Steadicam et le montage rapide et précis de Hervé Schneid apporte à l’ensemble le ton voulu. Quant à la reconstitution du Paris des années 1920, elle est tout aussi fastueuse. Tournant fréquemment en extérieurs puis utilisant de façon discrète quelques trucages numériques effectués en studio, Jeunet et son équipe ont reconstruit quelques superbes tableaux du Paris d’antan, du Trocadéro à la Place de l’Opéra en passant par les Halles. Dans cette oeuvre à l’esprit mélancolique, on retrouve toutefois le style Jeunet avec de nombreuses petites touches ici et là teintés de l’humour noir de DELICATESSEN (1991, co-réalisé avec Marc Caro), de l’aspect féerique propre à LA CITÉ DES ENFANTS PERDUS (1995, co-réalisé avec Marc Caro) et du pittoresque propre à AMÉLIE POULAIN. De plus, l’aspect romantique est appuyée de belle façon par l’excellente partition musicale du compositeur new-yorkais Angelo Badalamenti, musicien attitré ayant maintes fois collaboré avec nul autre que David Lynch, notamment sur BLUE VELVET (1986), WILD AT HEART (1990) et la série TWIN PEAKS (1990-91). On pourrait reprocher à Jeunet de ne pas avoir su toutefois retrouver dans quelques scènes toute la fraîcheur et la spontanéité d’AMÉLIE POULAIN. En effet, il ressort quelquefois un certain côté calculé, comme si le réalisateur aurait voulu à tout prix retrouver l’esprit de son oeuvre précédente, et ce parmi les méandres d’un récit fort différent. Cependant, celui-ci comporte plusieurs moments forts et véritablement vivants prenant vite le dessus sur ces petits écarts. Avec son visage d’éternelle fillette et ses grands yeux expressifs, Audrey Tautou nous fait encore une fois succomber sous son charme et porte allègrement sur ses frêles épaules tout le poids de cette super-production, comportant d’ailleurs une distribution de choix où parmi la pléiade d’apparitions et de tours de pistes, l’on retiendra surtout les contributions d’Albert Dupontel (LE CONVOYEUR), du regretté Ticky Holgado (DELICATESSEN) et de Jodie Foster (SILENCE OF THE LAMBS), qui nous donne l’occasion de nous montrer ici sa grande maîtrise de la langue de Molière. UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES est présenté en format panoramique 2.35:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) correspondant à son format original de présentation en salle. Les teintes chaudes et ambrées de la magnifique photographie de Bruno Delbonnel est ici reproduite avec magnificence avec un transfert à la définition d’image optimale comprenant une excellente saturation des couleurs et une très bonne profondeur des noirs. Le rendu des contrastes s’avère d’ailleurs très satisfaisant, en particulier lors des séquences se déroulant dans les tranchées où, à l’opposée des séquences d’après-guerre, la grisaille prédomine. Un superbe transfert nous offrant une expérience visuelle tout simplement vivifiante. Cette édition présente le long-métrage seulement dans sa version originale française avec une piste en format Dolby Digital 5.1. Rien à redire de cette piste offrant un environnement sonore touffu et varié où foisonnent les effets, ceux-ci étant très bien isolés sur chacune des enceintes. Le canal .1 (LFE) impose particulièrement sa présence lors des séquences de bataille avec un rendement des basses particulièrement ravageur, il va sans dire. Cette piste est de qualité équivalente au transfert. Des sous-titres français, anglais et espagnols sont aussi offerts en option. Côté suppléments, cette édition offre une brochette de documents plus qu’intéressants qui feront le bonheur de tous les admirateurs de l’univers de Jean-Pierre Jeunet : DISQUE UN : Commentaire audio du réalisateur Jean-Pierre Jeunet Enregistrée en français avec des sous-titres anglais optionnels, cette piste regorge d’éléments de toutes sortes, Jeunet passant allègrement d’anecdotes de tournage à l’analyse de la teneur de quelques scènes, tout en faisant un exposé sur l’élaboration et la conception de certaines séquences. Par la même occasion, celui-ci apporte quelques réflexions sur certaines oeuvres littéraires, en plus du roman de Japrisot, ayant influencé certaines facettes de son script. Trailers Ici présents la bande-annonce originale du film diffusée en salle et une bande-annonce promotionnelle pour le CD de la musique originale du film composée par Angelo Badalamenti. DISQUE DEUX : NOTE : Tous les suppléments présentés ici sont en version originale française. Une Année au Front : Les coulisses de « Un Long Dimanche de Fiançailles » Making-of officiel du film où l’on suit, comme son titre l’indique, Jean-Pierre Jeunet et son équipe dans les coulisses du tournage, de la finition du script au montage final en passant par les repérages, le casting et le tournage proprement dit. Véritable journal de bord, ce documentaire d’une durée d’environ 1h20 nous entraîne aussi dans les ateliers des maquilleurs et de l’équipe des effets spéciaux, en plus de nous montrer le compositeur Angelo Badalamenti en plein travail. Tableaux Parisiens Un segment se concentrant sur la reconstitution d’époque orchestrée pour ce film par la chef-décoratrice Aline Bonetto et la conceptrice des costumes Madeline Fontaine, ceux-ci ayant effectué un travail de recherche exhaustif où, à l’aide de plusieurs documents d’époque (films, photographies, etc.), ils ont pu reconstruire dans le plus menu des détails le Paris du début des années 1920. Avant que tout explose... Petite incursion détaillée sur le tournage d’une séquence particulièrement délicate et difficile sur le plan technique, celle de l’explosion du hangar à dirigeable. Scènes supprimées Compilation de quatorze scènes inédites coupées au montage et présentées avec un commentaire audio optionnel du réalisateur Jean-Pierre Jeunet. ------------------------------------------------------------------ Sans être une réussite totale, Jean-Pierre Jeunet a tout de même créé une oeuvre à la fois percutante et envoûtante où, malgré certaines lacunes, il est impossible de ne pas se laisser emporter par la beauté et la poésie de ses images qui respirent littéralement l’amour du cinéma. Laissez-vous aller. Studio éditeur : Warner Date de sortie : 12 juillet 2005 Film : 4/5 Image : 4,5/5 Son VO (VF) : 4,5/5 Bonus : 5/5 Marc Lespérance marcl@dvdquebec.com Mardi 16 Août 2005
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