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THE WOMAN IN THE WINDOW (LA FEMME AU PORTRAIT) (1944), le DVD zone 1Un des monstres sacrés du cinéma allemand d'avant-guerre, Fritz Lang fut l'un des chefs de file du style expressionniste avec des œuvres inoubliables comme METROPOLIS (1926), M (1931) ou bien LE TESTAMENT DU DR. MABUSE (1932), et il est resté à tout jamais immortel au yeux et au cœur des cinéphiles du monde entier. Ayant fui l'Allemagne nazie du début des années 1930, Lang échoua tout naturellement à Hollywood où il continua sa longue et prolifique carrière. Comme plusieurs autres cinéastes d'origine allemande et autrichienne tels qu'Otto Preminger et Billy Wilder, Fritz Lang deviendra par défaut l'un des précurseurs du Film Noir, comme en témoigne THE WOMAN IN THE WINDOW, paru sur les écrans dans une année charnière où deux classiques du genre (LAURA, DOUBLE INDEMNITY) virent aussi le jour.
Criminologiste réputé, le professeur Richard Wanley (Edward G. Robinson) vit une existence paisible et sans histoire, et entend continuer ainsi le jour où il dit au revoir à son épouse et son fils partant en voyage pour quelques jours. Wanley débute cette période temporaire de célibat par une visite à son club privé où il bavarde allègrement avec des amis. À sa sortie, il rencontre Alice Reed (Joan Bennett), une ravissante jeune femme ayant servi de modèle à un portrait que Wanley s'est plu à admirer sur la vitrine d'une galerie d'art avoisinante. Acceptant d'emblée une invitation à prendre un verre, le professeur se retrouve à l'appartement d'Alice où, alors qu'ils poursuivent une discussion anodine, fait soudainement irruption un dénommé Frank (Arthur Loft), un prétendant jaloux voulant s'en prendre à la jeune femme. Une échauffourée s'ensuit et Wanley tue involontairement Frank en voulant se porter à la défense de la jeune femme. Devant l'insistance d'Alice de ne pas aviser la police de l'incident, Wanley décide de brouiller les pistes en se débarrassant du corps de la victime dans un boisé tout en espérant que la disparition de cet homme apparemment anonyme ne suscitera pas un énorme tollé. Déjà rongé de culpabilité et de remords par son crime, Wanley se retrouve malheureusement dans une situation délicate alors qu'il constate que la victime en question s'avère être en fait un célèbre milliardaire, et qui plus est, un de ses amis du club, le procureur Frank Lalor (Raymond Massey) est chargé de l'enquête. La situation devient ensuite presque insoutenable alors qu'Alice subit le chantage de Heidt (Dan Duryea), un détective privé aux méthodes véreuses, et qui obligera Wanley à d'autres dispositions peu recommandables.
De tous les Films Noirs de la filmographie de Fritz Lang, THE WOMAN IN THE WINDOW, malgré son énorme succès en salle à l'époque, est peut-être un des moins connus et fait figure de parent pauvre de SCARLET STREET (1945), autre figure de proue du genre regroupant la même distribution (Robinson, Bennett, Duryea). Cependant, ce titre mineur de la période américaine du cinéaste vaut le détour, ne serait-ce tout d'abord que par la présence au générique de Nunnally Johnson, producteur et scénariste. En son temps Johnson fut un véritable monument du paysage hollywoodien, et un de ses scénaristes les plus réputés, notamment auprès de John Ford sur THE GRAPES OF WRATH (1940) et TOBACCO ROAD (1941). On ne peut dire que Johnson nous donne ici le meilleur de lui-même, et son script (adapté d'un roman de J.H. Wallis) suit un schéma on ne peut plus classique du thriller policier. Mais entre les mains d'un cinéaste visionnaire de la trempe de Fritz Lang, THE WOMAN IN THE WINDOW devient un véritable petit bijou visuel qui nous fait oublier les quelques lacunes au niveau du contenu. Grâce à une mise en scène sûre et précise, ainsi qu'une superbe photographie noir et blanc du chef-opérateur Milton Krasner (THE SET-UP), Lang opte pour une habile stylisation technique en façonnant habilement un climat onirique empreint de mystère avec quelques scènes empreintes d'insolisme et empruntant beaucoup à l'expressionisme allemand (la première rencontre entre le professeur Wanley et Alice devant la vitrine de la galerie) tout en ne lésinant pas sur quelques morceaux de bravoure (la dissimulation du corps de la victime) qui insuffle un zeste de suspense bien soutenu à l'ensemble. THE WOMAN IN THE WINDOW se distingue aussi dans le genre par la nature même de ses personnages. La “femme au portait” en question n'est pas vraiment à l'image de la sempiternelle femme fatale, et non seulement la relation entre les deux protagonistes est tout à fait platonique, mais le personnage féminin est ici présenté comme une simple victime des circonstances au même titre que le professeur affable interprété par Edward G. Robinson. Connu surtout pour ses rôles de brutes et de gangsters (LITTLE CAESAR, KEY LARGO), Robinson est utilisé ici dans un intéressant contre-emploi dans le rôle de ce professeur à l'intellect raffiné, un rôle qui se rapproche d'ailleurs de ce que Robinson était dans la vraie vie, un réputé collectionneur d'objets d'arts passionné de littérature... et qui détestait au plus haut point les armes à feu. Joan Bennett (SCARLET STREET) s'acquitte de belle façon du personnage d'Alice en tirant parti de sa physionomie particulière et de yeux magnifiques d'où se démarquent un regard tout à fait envoûtant suggérant de belle façon le climat de mystère voulu par le réalisateur. Les autres personnages étant à peine esquissés, on remarque tout de même Raymond Massey (EAST OF EDEN), d'une prestance toujours aussi autoritaire, et Dan Duryea (SCARLET STREET, CRISS CROSS) est tout à fait savoureux dans le rôle du privé véreux. THE WOMAN IN THE WINDOW est présenté en format plein-écran 1.37:1, conformément à son format original de présentation en salle. Le transfert offert ici comporte son petit lot d'artefacts tels que points blancs, fourmillements et poussières dans l'image, mais il offre tout de même un bon rendu des contrastes et une belle profondeur des noirs, faisant du visionnement une expérience tout à fait appréciable. Le film est offert dans sa version originale anglaise par le biais d'une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono offrant une belle qualité d'écoute malgré ses limites concentrant l'ensemble de l'environnement sonore au canal central. On y décèle très peu de bruits statiques ou coupures et les dialogues sont toujours bien audibles. Les amateurs francophones seront aussi servis puisque la version française (doublage produit en France) est aussi offerte via une piste aussi encodée Dolby Digital 1.0 Mono et d'une qualité étonnamment équivalente à celle de la version originale. Cette édition offre aussi, en complément, une autre piste en langue espagnole (Dolby Digital 1.0 Mono). Pas de sous-titres français cependant mais des sous-titres anglais (standards et pour malentendants) et espagnols complètent le tout. Cette édition consiste aussi en un véritable pied-de-nez aux amateurs de suppléments puisque celle-ci n'en comporte aucun. La MGM aurait pourtant tout à gagner de suivre l'exemple de la Warner et de la Twentieth Century Fox qui, avec leurs collections respectives dévoués au Film Noir, se sont donnés la peine de nous donner des éditions DVD autrement plus touffues. ---------------------------------------------------- Malgré toutes ses qualités, THE WOMAN IN THE WINDOW s'affiche comme étant l'un des films de Fritz Lang les moins appréciés d'une bonne tranche des cinéphiles, et il faut dire que le principal point faible du film (qui fait aussi encore l'objet de débats houleux) se situe surtout au niveau du dénouement, aussi inattendu que totalement improbable et qui, avouons-le, gâche un peu l'appréciation de ce petit film autrement très appréciable. THE WOMAN IN THE WINDOW reste donc à conseiller d'abord et avant tout aux inconditionnels du cinéaste, plutôt qu'aux amateurs endurcis du Film Noir. Studio éditeur : MGM Date de sortie : 10 juillet 2007 Film : 3,5/5 Image : 2,5/5 Son VO : 3/5 Son VF : 3/5 Bonus : 0/5 Marc Lespérance marcl@uneporte.com Mardi 23 Octobre 2007
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