THE TRUMAN SHOW (1998), l’édition DVD spéciale zone 1Film quelque peu OVNI lors de sa sortie en 1998, THE TRUMAN SHOW marquait le retour de Peter Weir derrière la caméra 5 ans après Fearless, offrait son premier rôle dramatique à un Jim Carrey plus habitué à faire des grimaces à n’en plus finir ; et faisait découvrir à tous ceux qui avaient manqué l’excellent Gattaca, un scénariste génial en la personne d’Andrew Niccol. Oubliez tout ce que la télévision peut vous proposer en matière de télé-réalité fade et racoleuse : THE TRUMAN SHOW va beaucoup plus loin… tout en s’offrant le luxe d’être un divertissement intelligent et de bon goût.
THE TRUMAN SHOW (1998), l’édition DVD spéciale zone 1
Truman Burbank (Jim Carrey) est un homme heureux : imaginant de folles aventures chaque matin avec son miroir, marié à une femme sortie d’un catalogue de grande surface des années 50, menant une vie de rêve sur l’île paradisiaque de Seaheaven… Toute sa vie est réglée comme du papier à musique et tout semble parfait dans le meilleur des mondes. Truman ignore cependant que toute sa vie n’est en réalité qu’une gigantesque émission de télé-réalité conçue depuis sa naissance par le producteur Christof (Ed Harris), et que chacun de ses faits et gestes sont retransmis en direct et 24h/24 dans tous les pays du monde. Quand une série de gaffes commises par la production lui mettent la puce à l’oreille, Truman décide qu’il est grand temps pour lui de partir à la découverte de la vérité sur son monde et son existence…
Quand Loft Story rencontre Le Prisonnier Peter Weir tourne peu, mais ne tourne jamais pour rien. Quand en 1998 il nous sort THE TRUMAN SHOW, il prophétise ce que deviendra la télévision nord-américaine quelques années plus tard, et réalise une adaptation aussi officieuse que démentielle de cette série culte des années 60 connue sous le nom du Prisonnier. Dans Le Prisonnier, Patrick McGoohan interprétait un agent secret britannique se réveillant au lendemain de sa démission dans un curieux mais charmant Village situé sur une île mystérieuse. Dépossédé de tout, y compris de son identité, Numéro 6 mettait tout en œuvre chaque semaine pour s’échapper de ce Village peuplé à la fois d’autres agents et de matons sans qu’il soit possible d’identifier les uns ou les autres. L’évasion du Village s’avérant littéralement impossible tant les lieux étaient surveillés, notamment par le biais d’une multitude de caméras disposées un peu partout (y compris dans les résidences), et par une quantité non négligeable de moyens de répression particulièrement efficaces. Mensonges, manipulations, trahisons étaient au programme de chaque épisode, faisant de Numéro 6 un héros désespérément seul et ne pouvant compter que sur lui-même afin de tenter de se sortir de ce guêpier. Le cadre de vie dans lequel évolue Truman Burbank est extrêmement analogue : l’île de Seaheaven n’est pas sans rappeler le Village dont Numéro 6 tente désespérément de s’évader : un endroit où il fait –en apparence– bon vivre, mais dont l’envers du décor s’avère peu reluisant. Bien qu’il l’ignore, Truman est à jamais prisonnier de ce lieu de rêve, et toute tentative d’évasion est vouée à l’échec : tous ses faits et gestes sont retransmis 24h sur 24 à la télévision, la Production poussant le vice jusqu’à « conditionner » son cobaye de manière à lui ôter psychologiquement toute envie de découvrir d’autres horizons par le biais de traumatismes implantés dés son plus jeune âge. La visite de l’agence de voyage de Seaheaven constitue un morceau d’anthologie surréaliste à elle toute seule de par les affiches de catastrophes aériennes décorant allègrement les murs. La manipulation est reine, Seaheaven poussant le concept du Village à l’extrême dans la mesure où l’intégralité de sa population fait partie intégrante de la production. A l’instar de notre cher Numéro 6, Truman n’a pas d’identité. Son nom lui ayant vraisemblablement été donné par le fameux Christof en hommage au concept de l’émission. Notez bien le prénom choisi : « true man » littéralement le seul être réel de l’émission, dont le nom de famille –Burbank– correspond simplement au quartier de Los Angeles (derrière la fameuse colline de Hollywood) où se situe le titanesque studio abritant le décor de Seaheaven. Si Le Prisonnier était consacré à l’espionnage et à la lutte d’un seul homme contre un système désireux de le briser de manière à lui soutirer des aveux, le propos de THE TRUMAN SHOW est tout autre et les thèmes sont multiples : le voyeurisme poussé à l’extrême, mêlé à tout ce qu’un network est prêt à mettre en œuvre pour faire du fric. L’émission n’ayant aucune coupure publicitaire, les placements de produits sont donc poussés au maximum. L’épouse de Truman n’hésitant pas à improviser un spot de publicité en pleine crise existentielle de son mari, ou à devenir un véritable catalogue humain de vente par correspondance lors de chacune de ses apparitions. Naturellement, le sexe fait partie du quotidien, l’actrice embauchée pour camper l’épouse de Truman devant se plier régulièrement à son devoir conjugal… à l’instar de ces participantes d’émissions de télé-réalité qui n’hésitent pas à coucher « en direct » dans l’espoir de mettre le plus de chances de leur côté. On pourra reprocher à Peter Weir et à son scénariste de ne pas avoir poussé le délire jusqu’au bout, notamment en ne s’attardant pas sur le tout nouveau concept de Christof consistant en la création d’un « spin-off » du Truman Show de par la naissance –organisée par la production– du tout premier bébé conçu par la télé réalité. Nul doute que la réalité dépassera bientôt la fiction, tant les ébats sexuels font désormais partie du quotidien télévisuel occidental. La prochaine génération devrait connaître une bonne quantité de bébés conçus en direct avec un million de dollars à la clé. À la fois actuel et emprunt d’un surréalisme lui permettant d’avoir été à la fois en avance sur son temps et toujours promis à un très bel avenir, THE TRUMAN SHOW est le résultat d’une collaboration tout simplement remarquable entre Peter Weir dans le rôle du réalisateur toujours très inspiré, et d’Andew Niccol dans le rôle du scénariste (et réalisateur à ses heures) dont on attend avec impatience le prochain film. Indispensable. THE TRUMAN SHOW nous revient en DVD dans ce superbe transfert (enfin !) anamorphosé (16:9) au format original respecté de 1.85:1. Ceux qui attendaient depuis longtemps cette réédition dans le but de pouvoir bénéficier d’un transfert 16:9 seront aux anges, les autres seront ravis d’apprendre que tous les problèmes d’image sévissant sur l’ancien pressage n’existent tout simplement plus. L’image s’avère incroyablement belle, fourmillant de détails, à la colorimétrie tout simplement resplendissante, en tous points conforme à ce qu’on avait pu voir en salles. Gageons que les citoyens du village de Seaside où furent tournées les scènes de Seaheaven seront aux « anges » tant la photographie signée Peter Biziou rend magnifiquement hommage a leur lieu de résidence. De l’excellent travail. Grâce à la magie du Dolby Digital 5.1, les amateurs de version originale anglaise seront comblés par un mixage bénéficiant d’une ouverture généreuse et ne lambinant pas sur les effets lors des séquences quelque plus musclées (notamment la fameuse tempête orchestrée par Christof). Rien de comparable avec le dernier film de Michael Bay (Dieu merci !) dans la mesure où ce mixage privilégie la subtilité, tout en mettant admirablement en valeur l’excellente trame sonore de Burkhard Dallwitz (et non Philipp Glass comme il est écrit un peu partout, lequel se contentant de jouer les guest stars lors du générique de début). Il est fort déplorable que le spectateur francophone doive une nouvelle fois se contenter d’un simple Dolby Digital 2.0 Surround assurant le minimum syndical. À noter qu’il s’agit d’un doublage produit en France mettant en vedette la voix habituelle de Jim Carrey, à savoir le talentueux Emmanuel Curtil. Hélas, déplorons une fois de plus l’absence totale de sous-titres français sur le film qui permettrait de déguster cette oeuvre en version originale. Heureusement, Paramount fait mieux les choses pour les suppléments bénéficiant dans leur intégralité de sous-titres en français. Un long documentaire en deux parties intitulé Comment Cela Finira-t-il ? ouvre les festivités. Peter Weir ainsi que la plupart des membres du casting (à l’exception de Jim Carrey dont l’absence se fait cruellement sentir) reviennent sur le tournage du film et nous livrent une quantité non négligeable d’anecdotes de tournage. Certes le résultat est des plus complaisants, mais en même temps s’avère aussi instructif que divertissant. Un reportage sur les effets spéciaux du film est aussi disponible, montrant à quel point ceux-ci sont aussi réussis que discrets. Quatre scènes retranchées très intéressantes font pour la première fois leur apparition, notamment celle développant le désir de Christof de développer son « spin-off » du Truman Show. Quelques bandes-annonces et une galerie de photos viennent clore le chapitre des suppléments, dont on regrettera l’absence de commentaire audio du réalisateur. ----------------------------------------------------------- L’ancienne édition DVD du film THE TRUMAN SHOW était non seulement dénuée de tout supplément, mais aussi techniquement assez perfectible. Paramount corrige le tir avec ce tout nouveau pressage corrigeant admirablement les erreurs de son prédécesseur. Sans toutefois rivaliser avec la superbe édition prestige de Master & Commander (que réalisa Peter Weir 5 ans plus tard), cette nouvelle sortie de THE TRUMAN SHOW vaut largement le détour de par son transfert grandement amélioré, ainsi que ses suppléments qui à défaut d’être nombreux ou exhaustifs, s’avèrent aussi divertissants qu’intéressants. Studio éditeur : Paramount Date de sortie : 23 août 2005 Film : 5/5 Image : 4,5/5 Son VO : 4/5 Son VF : 3/5 Bonus : 4/5 Alexandre Doukakis alexandre@dvdquebec.com Lundi 29 Août 2005
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