UnePorte.Net

Le cinéma à la maison et la musique où vous voulez !

Vendredi 09 Mai 2008
13:34

Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    Version imprimableVersion imprimable

THE STRANGER (LE CRIMINEL) (1946), le DVD zone 1

Figure de proue du cinéma américain (pour ne point dire du cinéma en général), Orson Welles est considéré à juste titre comme le roi des cinéastes maudits, c'est-à-dire cette poignée de metteurs en scène pour qui la guigne et la malchance n'ont cessé de s'abattre contre eux. En effet, si CITIZEN KANE (1941) est de nos jours élevé comme un des monuments du Septième Art, il n'en fut pas moins révolu à un triste sort à l'époque de sa sortie. Le scandale causé par la campagne diffamatoire du magnat de la presse William Randolph Hearst (le modèle du personnage de Charles Foster Kane) contre le premier chef d'œuvre de Welles causa finalement sa perte se traduisant par de piètres recettes au box-office. L'épopée de CITIZEN KANE fut ensuite suivi des démêlés entre Welles et les dirigeants de la RKO pendant le tournage de THE MAGNIFICENT AMBERSONS (1942), se soldant par un nouveau montage imposé par la RKO au monteur Robert Wise ayant charcuté une bonne partie des images jugées essentielles par le réalisateur. Le résultat : un autre tiède accueil en salle.



THE STRANGER (LE CRIMINEL) (1946), le DVD zone 1
La carrière de cinéaste d'Orson Welles sérieusement compromise, ce dernier accepte finalement quelques années plus tard une commande de la RKO afin de confronter ses détracteurs le taxant du statut de metteur en scène difficile et mégalomane ayant peine à rencontrer ses échéanciers. Pour ce faire, Welles jette son dévolu sur un script d'Anthony Veiller (THE KILLERS) proposant un petit thriller d'espionnage à contexte post-Deuxième Guerre mondiale.

La Deuxième Guerre mondiale vient de se terminer mais il y a encore beaucoup à faire pour l'agent fédéral Wilson (Edward G. Robinson) dont la spécialité est de mettre sous les verrous les criminels de guerre nazis. Justement l'un d'eux manque à l'appel : Franz Kindler, ancien commandant d'un camp de concentration ayant échappé aux Alliés, et dont le visage est malencontreusement inconnu faute de photographies. Wilson met au point un plan astucieux favorisant l'évasion de Konrad Meinike (Konstantin Shayne), un ex-confrère des beaux jours du régime. Convaincu que Meinike le mènera tout naturellement vers Kindler, Wilson le suit tout simplement à la trace. La traque de Meinike l'amène alors vers la paisible petite ville de Harper, au Connecticut, où Wilson découvre que Kindler mène une vie rangée sous la fause identité de Charles Rankin (Orson Welles), un instituteur nouvellement arrivé dans la région, très apprécié de ses pairs et sur le point de convoler en justes noces avec Mary Longstreet (Loretta Young), la fille du juge local (Philip Merivale). Il reste pourtant à dévoiler au grand jour la véritable identité de Rankin, et Wilson, avec l'aide de Noah (Richard Long), le jeune frère de Mary, aura fort à faire pour convaincre la jeune femme que son époux se révèle être en fait un dangereux imposteur.

Sans le renier totalement, Orson Welles a souvent affirmé qu'il considérait THE STRANGER comme étant le film de sa filmographie qu'il appréciait le moins, et il est vrai que ce petit film de commande est peut-être son film le moins discuté, tapi dans l'ombre de monuments tels que CITIZEN KANE, THE MAGNIFICENT AMBERSONS, THE LADY FROM SHANGHAI (1947) et même TOUCH OF EVIL (1958). L'ironie veut que THE STRANGER soit aussi le seul film d'Orson Welles a avoir remporté un véritable succès en salle, et par la même occasion qu'il soit le plus lucratif de son auteur. Le succès fut pourtant justifié car, malgré son statut de mouton noir auprès de Welles, THE STRANGER n'en est pas moins un excellent drame d'espionnage où transcendé par tout le savoir-faire d'Orson Welles réalisateur et qui n'a surtout rien à envier à un Hitchcock de bon cru.

Par sa mise en scène solide et vigoureuse, Welles fait de ce film mal-aimé non seulement un drame d'espionnage passionnant, mais aussi un véritable modèle d'orchestration du suspense. Avec une réalisation attentive aux détails, Welles réussit le tour de force de draper l'intrigue du script de Veiller d'un climat glauque et lourd de menace et de tension, et tout cela dans le cadre bucolique d'une petite ville modèle de l'Amérique. Pour ce faire, Welles eut tout simplement l'heureuse alternative de recourir au modèle de l'expressionisme allemand. La photographie du chef-opérateur Russell Metty (ALL THAT HEAVEN ALLOWS, SPARTACUS) verse en grande partie dans les jeux d'ombres et lumières propices à l'expressionisme (et donc, par défaut, au Film Noir) et Welles va même jusqu'à ajouter une petite touche de baroque au passage, particulièrement lors du dénouement final. Malgré cela, le grand Orson n'hésite pas à détendre l'atmosphère avec quelques scènes savoureuses empreintes d'un humour particulièrement caustique que ce soit par l'entremise de la présence truculente de Billy House (PEOPLE WILL TALK), complètement farfelu dans le rôle du propriétaire du magasin général et véritable commère du village, ou bien par quelques scènes d'un humour presque subversif faisant un joyeux pied-de-nez au nazisme.

Edward G. Robinson (LITTLE CAESAR, DOUBLE INDEMNITY) tient la tête d'affiche et offre une solide performance dans le rôle de cet agent sans peur et sans reproche, mais c'est pourtant Orson Welles lui-même qui vole complètement la vedette dans le rôle-titre avec une éblouissante performance toute en retenue faisant de Kindler/Rankin non pas un monstre outrancier mais plutôt un personnage torturé, pervers et surtout éminemment complexe, évitant ainsi le piège de la caricature facile. Mentionnons aussi l'apport de Konstantin Shayne (THE SEVENTH CROSS) qui, avec ses yeux globuleux et son regard fiévreux, compose un personnage délicieusement sinistre rappelant parfois le Peter Lorre du M (1931) de Fritz Lang. Quant à Loretta Young (THE FARMER'S DAUGHTER), elle s'acquitte honorablement de son personnage tout au plus convenu de femme en danger, mais sa performance reste visiblement dans l'ombre de Robinson et Welles.

THE STRANGER est offert en format 1.33:1 plein-écran, respectant ainsi son format original de présentation. Le transfert s'avère ici fort appréciable, se caractérisant par une belle profondeur des noirs et un très bon rendu des contrastes. Il y a bien deux moments en particulier où l'image semble quelque peu délavée, probablement dû à la fragilité du matériel source, mais en général, le travail de restauration est admirable.

La version originale anglaise est disponible de par une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono conformément au format de son mixage original. Pour un film d'un âge si avancé, cette piste offre un environnement sonore fort agréable où l'on ne dénote que très peu de coupures ou de bruits statiques propices à l'état précaire du matériel source. La version française (doublage produit en France) est aussi incluse par le biais d'une piste de format Dolby Digital 1.0 Mono et d'une qualité presque semblable à la version originale, si ce n'est la présence plus marquée d'un bruit de fond. Une piste de langue espagnole (Dolby Digital 1.0 Mono) est aussi disponible ainsi que des sous-titres anglais (standards et pour malentendants) et espagnols offerts en complément. Malheureusement, l'absence de sous-titres français est aussi à signaler.

Deuxième titre à paraître dans la nouvelle collection Film Noir de MGM, THE STRANGER est malheureusement exempt de suppléments, un détail qui s'avère une véritable tare pour l'éditeur qui devrait prendre exemple sur Warner et Fox qui ont traité les titres de leurs collections respectives avec éminemment plus de respect.

-------------------------------------------------------

Orson Welles aura encore l'occasion de revisiter le Film Noir avec le fabuleux TOUCH OF EVIL (1958) qui éclipse presque totalement de son aura ce mouton noir de la filmographie du cinéaste. Toutefois, THE STRANGER reste un solide thriller qui satisfera sûrement tous les amateurs du genre, et dont la qualité justifie pleinement sa parution dans cette nouvelle collection.

Studio éditeur : MGM
Date de sortie : 10 juillet 2007

Film : 4/5
Image : 3/5
Son VO : 3/5
Son VF : 2,5/5
Bonus : 0/5



Marc Lespérance
marcl@uneporte.com

Lundi 29 Octobre 2007

HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) |