THE SHAWSHANK REDEMPTION (À L’OMBRE DE SHAWSHANK), l’édition DVD 10e anniversaire (2 disques) zone 1Accusé du meurtre de sa femme et de l’amant de celle-ci, Andy Dufresne se voit condamné à purger une peine d’emprisonnement à vie dans le sinistre pénitencier de Shawshank...
THE SHAWSHANK REDEMPTION (À L’OMBRE DE SHAWSHANK), l’édition DVD 10e anniversaire (2 disques) zone 1
La Rédemption de Shawshank
Unanimement éreinté par la critique, boudé par le public, THE SHAWSHANK REDEMPTION prit, dés sa sortie à l’automne 1994, des allures de Bérézina cinématographique dont il semblait que son metteur en scène, Frank Darabont et le studio Castle Rock, auraient toutes les peines du monde à se relever. Il faut bien avouer que THE SHAWSHANK REDEMPTION n’avait, de prime abord, pas beaucoup d’atouts pour séduire. Nanti d’un titre à coucher dehors avec un billet de logement (The Shoeshine rejection?…, The Shinkshank reduction?….), réalisé par un metteur en scène quasi-inconnu, tiré de ce qui est peut être la moins cinématographique de toutes les nouvelles de Stephen King, pourvu d’une distribution certes prestigieuse mais pas des plus glamour et de surcroît étiqueté «film de prison», THE SHAWSHANK REDEMPTION ne parvint tout bonnement à surmonter tous ses handicaps et à tirer son épingle du jeu face aux grosses productions du moment telles que «Pulp Fiction», «The Mask» et «Forrest Gump». Ce cinglant échec, tant commercial que critique fut un véritable crève-cœur pour toute l’équipe du film, à commencer par son metteur en scène Frank Darabont. L’adaptation pour le cinéma du récit de Stephen King, «Rita Hayworth and the Shawshank redemption», issu du recueil «Différentes saisons» (dans lequel Rob Reiner avait déjà puisé son «Stand By me» et dont Brian Singer tirera quatre années plus tard son «Apt Pupil») était un projet qui lui tenait à cœur depuis prés de dix ans. À l’époque, Frank Darabont planchait déjà sur l’adaptation d’une autre nouvelle de Stephen King intitulée «The woman in the room» (issue du recueil «Night shift») dont il avait l’intention de tirer un court métrage de trente minutes. Il avait réussi à décrocher les droits d’adaptation de ce court récit en forme de huis-clos hospitalier grâce à un protocole d’accord appelé «the dollar deal» que Stephen King venait tout juste d’instaurer. Plutôt désappointé par le traitement que les majors hollywoodiens faisaient subir à ses romans, l’écrivain avait décidé d’offrir pour la modique somme d’un dollar les droits d’adaptation de la totalité de ses novellas, nouvelles et short stories à tout jeune réalisateur désireux de les porter à l’écran (c’est grâce à cette entente que, par exemple, Brian Singer réussit à obtenir les droits de «Apt Pupil»). Stephen King fut très agréablement surpris par la qualité du court-métrage que Frank Darabont tira de «The woman in the room», d’autant qu’il était, en son for intérieur, persuadé que cette histoire intimiste se déroulant dans une chambre d’hôpital et mettant en scène une mère mourante et son fils était virtuellement inadaptable à l’écran. Le romancier transmit ses félicitations au réalisateur et les deux hommes nouèrent à cette occasion une amitié épistolaire qui se prolongea sur plusieurs années. Lorsque, à quelques temps de là, Frank Darabont recontacta Stephen King afin de lui soumettre son projet de rédaction d’un scénario se basant sur la novella «Rita Hayworth and the Shawshank redemption», l’écrivain accepta sans hésitation la cession des droits de la nouvelle pour un dollar symbolique. Frank Darabont s’attela à la tâche et, en moins de huit semaines, le volumineux script définitif de THE SHAWSHANK REDEMPTION était rédigé. Bien qu’extrêmement fidèle à l’esprit du récit original, il se permettait toutefois de prendre quelques libertés avec la narration, faisant disparaître certains personnages, en étoffant d’autres tout en conservant la structure originelle de l’histoire.
Le studio Castle Rock lui semblait, à plus d’un titre, être le partenaire idéal à qui soumettre l’ambitieux projet de porter à l’écran les quelques huit cents pages de son scénario. Cette maison de production, fondée en 1987 par Rob Reiner, Martin Shafer, et Alan Horn, fut baptisée ainsi en référence à la petite bourgade imaginaire de la nouvelle Angleterre servant de théâtre à la plupart des écrits de Stephen King dont la célèbre nouvelle «The body» que Rob Reiner avait brillamment portée à l’écran en 1986 sous le titre «Stand by me». Les liens entre Castle Rock et l’œuvre du prolifique romancier s’étaient encore resserrés en 1990 lorsque Rob Reiner s’était lancé dans une transposition cinématographique de «Misery» mettant en vedette James Caan et Kathy Bates (à ce jour, on ne compte pas moins de huit adaptations d’œuvres de Stephen King produite par Castle Rock, dont, entre autres, «The green mile», «Dolores Claiborne» et «Dreamcatcher»).
Le scénario de THE SHAWSHANK REDEMPTION provoqua l’enthousiasme des exécutifs de Castle Rock. Rob Reiner se mit immédiatement sur les rangs pour en assurer la mise en scène et proposa au scénariste de lui racheter le script pour la somme de deux millions et demi de dollars. Après maintes hésitations, Frank Darabont déclina l’offre de Rob Reiner, souhaitant saisir cette opportunité idéale de se faire enfin un nom dans le domaine de la mise en scène. Beau joueur, Rob Reiner s’effaça. Cet état de fait n’entacha en aucune manière les excellents rapports qui se nouèrent entre le futur réalisateur et les membres de la production. Les parties en présence s’accordèrent sur un certain nombre de points. Le film se devrait d’être d’une durée de deux heures maximum et Frank Darabont en détiendrait le «final cut». Pourtant, très rapidement certains des cadres de Castle Rock émirent des doutes sur la tonalité de la fin du film, la trouvant trop ouverte et craignant qu’elle n’ait un effet négatif sur les spectateurs. Ils suggérèrent au scénariste d’écrire une scène supplémentaire venant s’ajouter à la fin du script. Une fois tournée, cette séquence additionnelle ne serait intégrée au montage final que si Frank Darabont la jugeait nécessaire. Tous tombèrent également d’accord sur la nécessité de ne pas brusquer les choses et de laisser le processus de pré-production du film se développer le plus sereinement possible. Comme il est de coutume en ces cas-là, le script fut envoyé à la plupart des agents les plus en vue d’Hollywood. Très rapidement, le scénario de Frank Darabont circula au travers de toute la communauté artistique et se tailla un franc succès auprès de certains de ses membres les plus célèbres de l’époque. Tom Cruise, Nicholas Cage, Brad Pitt et Charlie Sheen, entre autres, manifestèrent auprès de Castle Rock leur intérêt pour le projet. Pourtant, le recrutement des membres de la distribution achoppait sur une difficulté de taille, le personnage de Red Ellis. Véritable épine dorsale du récit, ce géant irlandais aux cheveux roux emprisonné à vie pour meurtre ne parvenait pas à s’incarner au travers des comédiens pressentis pour le rôle dans l’imaginaire de Frank Darabont. La solution vint d’un anonyme membre de la production qui évoqua le nom de Morgan Freeman. Curieusement, cette surprenante suggestion s’imposa rapidement au yeux de tous avec la force d’une évidence : Morgan Freeman ÉTAIT sans équivoque le Red Ellis idéal. Le scénario lui fut immédiatement transmis via son agent et sa réponse ne se fit pas attendre. L’acteur se déclara prêt à se lancer dans l’aventure de THE SHAWSHANK REDEMPTION, sa seule restriction étant qu’il ne voyait pas très bien quel personnage il était censé endosser. Lorsqu’il apprit que c’était le rôle de Red qui lui était destiné, Morgan Freeman, une fois sa surprise passée, donna son accord sans hésiter. Restait à trouver le comédien capable de donner substance au second personnage principal du film, le banquier Andy Dufresne. Sachant pertinemment que le délicat équilibre du film reposait en grande partie sur la fragile alchimie qui devait lier les personnages de Red et de Andy, Frank Darabont eut la brillante idée de demander à Morgan Freeman de choisir lui-même parmi les comédiens pressentis celui avec qui il devrait partager l’écran. Sans l’ombre d’une hésitation, Morgan Freeman porta son choix sur Tim Robbins. Pour compléter sa distribution, le réalisateur choisit de jeter son dévolu sur de solides acteurs de second plan. Bob Gunton, Clancy Brown, William Sadler, Jeffrey de Munn, Gill Bellows et le vétéran James Whitmore virent donc se joindre au projet, contribuant largement à la cohésion de l’ensemble de la distribution. Ne manquait plus à l’appel que le troisième, et non des moindres, protagoniste principal du film, le pénitencier de Shawshank. Personnage à part entière dans la nouvelle de Stephen King autant que dans le scénario de Frank Darabont, la prison de Shawshank était bien plus que l’enceinte dans laquelle allait se dérouler la quasi-totalité du récit, elle était la représentation symbolique du funeste destin d’Andy Dufresne. Si l’administration carcérale (directeur et gardiens) n’était qu’une des manifestations de la fatalité qui aller accabler Andy Dufresne, le pénitencier, lui, en était l’incarnation la plus sinistre. Afin de dénicher le lieu idéal pour accueillir le tournage du film, Frank Darabont contacta les «Film Commissions» de la plupart des états. Ces organismes fédéraux ayant pour mission d’aider les productions cinématographiques dans leurs repérages proposèrent deux établissements pénitentiaires désaffectés, l’un situé dans les environs de Nashville dans le Tennessee et l’autre sis dans les faubourgs de la petite localité de Mansfield (Ohio). Bâtie à la fin du dix-neuvième siècle selon les plans de l’architecte Levi T. Scofield, la prison de Mansfield avait fermé ses portes en 1990 suite à une série de plaintes déposées par «The Counsel for Human Dignity» concernant les conditions de vie dégradantes les actes de brutalité infligés aux détenus. Fleuron de l’architecture gothique du Nord des États-Unis (elle avait été édifiée en référence aux forteresses germaniques érigées à la fin du moyen-âge), le pénitencier de Mansfield avec ses tours de pierre noire, ses corniches, ses colonnes et son immense hall exsudait une atmosphère sépulcrale, presque macabre, idéale pour le film. Depuis sa fermeture, la prison s’était quelque peu délabrée, certains de ses anciens pensionnaires étant revenus, parfois de très loin, juste pour la saccager sitôt son évacuation achevée. Tant et si bien qu’il fallut que la production entreprenne de gros travaux de rénovation avant de pouvoir espérer entamer les prises de vue. C’est dans cet endroit que toute l’équipe allait déménager ses pénates pour presque cinq mois. Au rang des anecdotes, on pourra citer que la prison de Mansfield avait déjà, par le passé servi de cadre à des productions cinématographiques dont le très navrant «Tango & Cash» et le rigolo «Harry and Walter go to New York» (mettant en vedette James Caan et ce gredin de Michael Caine). Trois ans plus tard, il servira également décor à certaines scènes du désolant «Air force one» perpétré par le pas toujours très inspiré Wolfgang Petersen. Quant au pénitencier de Nashville qui avait été écarté au profit de celui de Mansfield, il connaîtra son heure de gloire en servant de toile de fond au film suivant de Frank Darabont, « The green mile» tiré lui aussi de l’œuvre de Stephen King. Malgré des conditions climatiques parfois difficiles et l’atmosphère pesante du principal lieu de tournage, les prises de vues s’effectuèrent dans la plus complète sérénité. L’ambiance lugubre de la sinistre prison de Mansfield ne sembla pas altérer l’atmosphère détendue qui régna en permanence sur le plateau. Pour certaines scènes, plusieurs dizaines de figurants furent recrutés dans les environs de Mansfield. Ironiquement, d’anciens détenus et d’anciens gardiens du pénitencier se retrouvèrent immortalisés côte à côte au hasard de certaines séquences du film. Le montage initial de THE SHAWSHANK REDEMPTION dépassait les trois heures. Peu à peu, Frank Darabont et le monteur Richard Francis-Bruce en réduirent la durée à cent quarante deux minutes, soit vingt deux minutes de plus que la durée maximale souhaitée par la production. Toute une série de sneak preview fut alors organisée pour jauger l’accueil du public. Frank Darabont et Castle Rock en tirèrent les enseignements suivants : le film n’était pas trop long, la scène finale rajoutée fonctionnait à merveille sur les spectateurs et ils tenaient de toute évidence un succès en puissance. Pourtant peu après la sortie du film, à l’automne 1994, tous durent déchanter. L’accueil critique fut majoritairement glacial, pour ne pas dire hostile, et le public ne semblait pas être au rendez-vous. En fin d’exploitation, THE SHAWSHANK REDEMPTION n’avait amassé que dix-huit millions de dollars de recette pour un budget initial dépassant allégrement les trente millions. La mise en nomination du film pour sept Oscars mit pour un temps un peu de baume au cœur de toute l’équipe, mais leur soulagement fut de courte durée. 1994 allait rester dans les mémoires comme l’année «Forrest Gump» et ce fut un benêt du sud profond à l’accent traînant qui rafla toutes les statuettes. THE SHAWSHANK REDEMPTION allait-il devenir le Waterloo de la compagnie Castle Rock ? Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la rédemption de Shawshank se fit grâce à la vidéo. Bénéficiant d’un incroyable phénomène de bouche à oreille, le film se hissa sans peine en tête du palmarès des films les plus loués de l’année 1995. Les ventes de cassettes vidéo et de laserdiscs décollèrent en flèche tandis que le film se hissait à la seconde place du très disputé «IMDB Top 250 film», juste entre «The godfather I» et «The godfather II». Dés lors, la popularité de THE SHAWSHANK REDEMPTION ne s’est pas démentie. Il occupe toujours une place enviable sur le top 250 du site Internet IMBD (oscillant en permanence de la seconde à la troisième place), a été élu meilleur film de la décennie, est un des titres les plus diffusés à la télévision américaine (en particulier sur le réseau appartenant a Ted Turner) et ses multiples rééditions, autant sur VHS que sur DVD, font le bonheur des magasins de vidéo. THE SHAWSHANK REDEMPTION fait maintenant partie, au même rang que «Casablanca», «Citizen Kane» ou «It’s a wonderful life», de ces oeuvres que la critique n’a pas épargné et que le public a ignoré mais qui ont su finir par gagner une reconnaissance durable. Mr Smith en prison Au fil des années donc, THE SHAWSHANK REDEMPTION a su gagner une place à part dans la mémoire et dans le cœur du public, et ce malgré un début de parcours plutôt décevant. Paradoxalement les raisons qui amenèrent à ce regain de popularité acquis sur le tard sont probablement les mêmes que celle qui provoquèrent les multiples aléas de début de carrière dont il eut à souffrir. Car THE SHAWSHANK REDEMPTION est un film atypique, plus proche de l’esprit des mélodrames flamboyants des années quarante que de ces «Buddy Movies» qu’Hollywood pondait à la chaîne en ce milieu des années quatre-vingt-dix. Ce classicisme, tant dans le fond que dans la forme, Frank Darabont le revendique totalement, n’hésitant pas à citer les noms de Preston Sturges ou de Frank Capra comme principales sources d’inspiration pour ce film. Il est en effet indéniable que THE SHAWSHANK REDEMPTION multiplie à l’envie les références à l’œuvre de Frank Capra, à commencer par le personnage d’Andy Dufresne. Grand échalas emprunté au visage poupin, pétri de sérénité et d’optimisme, il semble être un cousin germain du Jefferson Smith de «Mr Smith goes to Wahington» ou du George Bailey de «It’s a wonderful life». On notera d’ailleurs une troublante ressemblance physique entre Tim Robbins et James Stewart. Les thèmes développés dans THE SHAWSHANK REDEMPTION sont également assez proches des préoccupations que Frank Capra laissait transparaître dans la majorité de ses films : l’amitié, la loyauté, la justice, le dépassement de soi, la victoire sur l’adversité sans toutefois tomber dans l’étalage de bons sentiments et la mièvrerie qui caractérisaient malheureusement certaines des oeuvres de son éminent modèle. Ce formalisme se retrouve également au cœur même de la structure du film, par l’emploi de la voix off par exemple. Ce procédé narratif consistant à laisser un des personnages principaux du récit commenter l’action au fur et à mesure de son déroulement trouve ici plusieurs justifications. Il offre tout d’abord un total changement de point de vue sur l’histoire. Si tout le début du film nous présente les évènements au travers des yeux d’Andy Dufresne (la séquence du procès, les flashes back… ) dés l’arrivée de celui-ci en prison, la narration se fera que par l’intermédiaire d’un nouveau personnage. Andy restera le protagoniste central de l’histoire, mais ses péripéties ne nous seront plus à présent narrées exclusivement que par l’intermédiaire de Red. Ce changement de perspective permettant d’orienter la narration dans une toute nouvelle direction. La voix off est également un excellent moyen d’accroître la tension dramatique de l’histoire, en ajoutant à l’efficacité des images la force de persuasion du récit parlé. De plus, la nouvelle de Stephen King ayant été rédigée à la première personne, l’utilisation de la voix off permet de conserver intacte la structure et le ton de la narration. Plus que la voix de Red Ellis, c’est bel et bien celle de Stephen King qui rythme le déroulement de l’intrigue. Ce parti pris dans la construction dramatique justifie également le manichéisme quelque peu primaire qui semble sous-tendre le récit. La personnalité d’Andy aura, par exemple, une très forte influence sur l’ensemble des détenus. Il parviendra à leur faire partager, ne serait-ce que brièvement, son amour de la musique ou de la littérature. Sa ténacité leur apprendra à puiser en eux-même les ressources nécessaires pour supporter leur condition de prisonniers sans jamais abdiquer leurs convictions. Si on peut ainsi mesurer le chemin parcouru par les compagnons d’Andy durant leurs vingt années de cohabitation, les différentes personnalités des membres de l’administration pénitentiaire resteront, elles, immuablement figées. Le directeur de la prison demeurera un bigot autoritaire et cruel et le gardien chef une brute sadique et méprisable. Cette vision quelque peu simpliste des choses ne trouve sa complète justification que dans la subjectivité assumée du regard de Red. Son point de vue, celui d’un prisonnier à perpétuité, ne permet tout bonnement pas à son récit de prétendre à la simple objectivité.
Ce classicisme se retrouve également dans la forme empruntée par la mise en scène de THE SHAWSHANK REDEMPTION qui se conforme presque aux archétypes de la tragédie antique (structure en trois actes avec unité de temps, d’action et de lieu). Chacun de ces trois actes est invariablement ponctué par la répétition de deux évènements bien précis. Le passage de Red devant la commission de probation et le changement de poster sur le mur de la cellule de Andy. La répétition de ces scènes a, bien entendu, un but bien précis. Elle permet tout d’abord de juger, au travers de l’attitude de Red face à ses interlocuteurs, des changements que la fréquentation d’Andy a opéré sur sa personnalité. Ces trois séquences marquent les trois paliers d’évolution que Red devra franchir pour recouvrer sa liberté, tant psychologique que physique. Les trois posters qui se succèdent sur les murs de la cellule d’Andy sont, eux, destinés à servir de jalons chronologiques, chacun d’eux représentant les icônes d’une décennie bien précise. On verra donc se succéder Rita Hayworth («Gilda»), Marilyn Monroe(«The seven years itch») et Raquel Welch («One million years B.C»), chacune d’elle marquant astucieusement de sa présence le passage des années. Malheureusement, la réalisation généralement sobre et efficace de Frank Darabont ne parvient pas tout le temps à déjouer les pièges de la grandiloquence et on devra déplorer le recours un peu systématique à certains artifices de mise en scène pas toujours des plus discrets. L’abus de plans en plongée et en contre-plongée censés accroître le potentiel dramatique de certaines scènes qui n’en demandaient d’ailleurs pas tant, a souvent tendance à alourdir le propos plus qu’à le souligner. Idem pour ces trop nombreux travelling avant sur les personnages qui se resserrent de plus en plus vers le gros plan au fur et à mesure que la tension de la scène s’accroît. Par contre, on ne tarira pas d’éloges sur les qualités de directeur d’acteur de Frank Darabont qui n’hésita pas à contraindre toute la distribution à de longues périodes de répétitions avant même le début des prises de vue. Ces semaines passées ensemble soudèrent la cohésion du groupe et permirent aux acteurs de développer un lien de connivence qui sera ensuite bien visible à l’écran. La plupart interprétant des prisonniers cohabitant depuis de nombreuses années, il était primordial qu’entre eux transparaisse cette impression de complicité. Ces semaines de répétitions furent aussi pour les comédiens une bonne occasion de comparer leurs méthodes de préparation. Ainsi, Tim Robbins choisit de passer quelques jours en maison d’arrêt afin de partager le quotidien des détenus, alors que Morgan Freeman, qui avait eu la malchance durant sa jeunesse de goûter aux joies de la prison ne jugea pas opportun de renouveler l’expérience.
Le choix des comédiens restera probablement une des plus grandes qualités du film, tant pour les premiers que pour les seconds rôles. On citera par exemple Bob Gunton dont le rôle de Samuel Norton, le glacial directeur du pénitencier de Shawshank semble avoir été inspiré par Richard Nixon (ironiquement Bob Gunton interprétera le tristement célèbre président des États-Unis en 1997 dans un téléfilm intitulé «Elvis meet Nixon») ou encore James Whithmore, bouleversant en vieux prisonnier institutionnalisé, incapable de concevoir son existence hors de l’enceinte du pénitencier. Quant à la paire Morgan Freeman - Tim Robbins, force est de constater que le jeu instinctif de l’un et celui plus analytique de l’autre se complètent à merveille. La chimie entre les personnages de Red et Andy se devant d’être le moteur du film, Frank Darabont aurait difficilement pu mieux tomber tant on reste époustouflé par la prestation des deux comédiens.
On pourrait dire en guise de conclusion que THE SHAWSHANK REDEMPTION est un film qui a les qualités de ses défauts. Mélodrame pur et dur, dénué de toute trace de cynisme, toujours sur le fil du rasoir entre émotion et sentimentalisme, il a tout de même su s’imposer comme un des films les plus populaires de sa décennie. THE SHAWSHANK REDEMPTION est présenté dans son format original 1.85:1 avec transfert anamorphosé (16:9). Les possesseurs de la précédente édition du film seront probablement déçus de constater que le transfert de cette édition spéciale dixième anniversaire est resté virtuellement la même, à l’exception peut être du niveau de luminosité qui semble ici avoir été un peu augmenté, surtout lors des scènes les plus sombres. Mais ne boudons pas notre plaisir, car ce transfert reste d’excellente facture et exempt de tout défaut, artéfacts de compression ou altérations de la pellicule (rayures, mouchetures…). Si un peu de grain sera visible à l’occasion des séquences les plus obscures, l’image restera le plus souvent claire avec un niveau de détail assez surprenant dans les arrière plans. La bande-son originale anglaise de THE SHAWSHANK REDEMPTION est proposée dans un format Dolby Digital 5.1. L’essentiel du son reste surtout concentré dans les haut-parleurs avant. Les dialogues restent clairs et intelligibles, ce, malgré un niveau sonore un peu bas. Les enceintes arrière ne seront, elles, sollicitées que pour quelques discrets mais efficaces effets d’ambiophonies. Les ambiances prisons sont à cet égard extrêmement bien conçues, présentes sans être trop envahissantes, elles parviennent à créer à base de brides de conversation, de bruits de fermetures de portes et autres, une atmosphère parfois oppressante. Cette édition propose aussi une piste française encodée en Dolby Digital 2.0 Surround. Malgré ce qui est précisé sur le menu du premier disque, il ne s’agit absolument pas de la version française produite au Québec (celle qui existait en salle et sur format VHS) mais bel et bien de la version doublée en France ; aucun changement à ce niveau avec la précédente édition. La présence de l’organe bien caractéristique de Benoit Allemane (Morgan Freeman) ainsi que l’emploi d’expressions aussi imagées qu’ «avoir le cul bordé de nouilles» ne laissent aucun doute sur sa provenance. Des sous-titres français, anglais et espagnols sont disponibles pour le visionnement. Les suppléments DISQUE 1 Piste de commentaires de Frank Darabont Le réalisateur semble prendre un certain plaisir à se remémorer le tournage de THE SHAWHANK REDEMPTION et met un point d’honneur à toujours avoir un mot aimable à l’adresse de chacun des membres de son équipe. Son enthousiasme est en outre très communicatif et le commentaire foisonne d’anecdotes et de réflexions captivantes. Trailer Le film-annonce de THE SHAWSHANK REDEMPTION recadré au format 1.33:1. Détail amusant, la musique provisoire utilisée pour ce film annonce est celle de «Miller’s Crossing», composée pour les frères Coen par Carter Burwell. DVD ROM Donne accès à une série de liens Internet. Ne fonctionne qu’avec un lecteur de DVD ROM. DISQUE 2 Hope Springs Eternal : A Look Back at the Shawshank Redemption Un documentaire de 30 minutes tourné en 2004 comprenant des interviews de la plupart des comédiens ayant participé au film ainsi que de Stephen King. Shawshank : The Redeeming Feature Un documentaire d’une durée de quarante-huit minutes tourné pour la chaîne britannique BBC en 2001, et tentant d’analyser les raisons du succès de THE SHAWSHANK REDEMPTION. Ce reportage nous propose des interviews de Frank Darabont ainsi que des principaux protagonistes du film. Légèrement redondant avec le précédent documentaire, il nous entraîne par exemple jusque dans les tréfonds d’une organisation religieuse américaine qui est, semble-t-il, persuadée que le film renferme une parabole messianique. Hypothèse confirmée par le responsable du site Hollywoodjesus.com Involontairement hilarant. Image au format 1.85:1 anamorphosé. The Charlie Rose Show Charlie Rose reçoit sur le plateau de son émission Tim Robbins, Morgan Freeman et Frank Darabont à l’occasion de la sortie de l’édition spéciale de THE SHAWSHANK REDEMPTION. Ces 42 minutes d’entretien sont probablement le plus intéressant des suppléments de ce DVD. On a ici la chance d’avoir les trois protagonistes principaux du film présents sur le même plateau et interagissant les uns avec les autres, ce qui donne à l’interview son ton si particulier. Savoureux. The Sharktank Redemption Court métrage réalisé en 2000 par Natalie Van Doren. Mettant en vedette Alfonso Freeman (le fils de Morgan Freeman), cette parodie de THE SHAWSHANK REDMPTION troque l’univers carcéral pour celui des agences d’impresarii hollywoodiens. Malheureusement un peu long (25minutes), ce pastiche reste pourtant raisonnablement amusant. Stills Gallery Cinq galeries de photos présentées sous forme de diaporamas. Storyboards Les storyboards de deux scènes du film, eux aussi présentés sous forme de diaporamas. Si le storyboard de la première des scènes proposées («Fresh Fishes») ne diffère guère de du résultat final présent dans le film, le second («Boggs takes a fall») propose une version plus longue que celle qui sera finalement montée. Shawshank Collectibles Propose quelques produits dérivés du film disponibles via un site Internet. Studio éditeur : Warner Date de sortie : 5 octobre 2004 Film : 4/5 Image : 4/5 Son VO : 4/5 Son VF : 3,5/5 Bonus : 3/5 Edmund Dorf edna@dvdquebec.com Jeudi 18 Novembre 2004
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