UnePorte.Net

Le cinéma à la maison et la musique où vous voulez !

Lundi 12 Mai 2008
7:20

Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    Version imprimableVersion imprimable

THE QUEEN (SA MAJESTÉ LA REINE), le DVD zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis

Depuis des siècles et des siècles, la monarchie a toujours exercé une fascination certaine pour les Britanniques, et notre époque ne fait pas exception. Le quotidien royal est constamment passé au peigne fin, scruté à la loupe par les médias tandis que les tabloïds surveillent comme des vautours observant leurs proies les moindres mésaventures et frasques de la grande noblesse. Inévitablement, la reine Elizabeth II et son entourage ont été sujets maintes fois à de nombreux téléfilms ineptes reprenant en partie les divers potins publiés à son endroit depuis nombre d'années. Cette fois-ci, le cinéaste Stephen Frears se propose comme défi de porter à l'écran le portrait le plus fidèle possible de la plus célèbre souveraine du Royaume-Uni.



THE QUEEN (SA MAJESTÉ LA REINE), le DVD zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis
En cette journée du 31 août 1997, la reine Eliabeth II (Helen Mirren) et le reste de la famille royale vaquent à leurs occupations quotidiennes à l'intérieur des murs du palais de Buckingham. Une tragédie vient cependant bouleverser la routine de la monarchie : la princesse Diana meurt subitement des suites d'un grave accident de voiture à Paris, emportant avec elle le milliardaire Dodi-al Fayed, son conjoint du moment. Alors que les réactions à la tragédie ayant coûté la vie de la princesse la plus aimée et vénérée de l'histoire de la monarchie fusent de toutes parts, autant du côté de la population britannique que du reste du monde, la reine préfère garder le silence sur la situation, prétextant une ferme intention d'en faire un deuil privé, provoquant ainsi l'ire de l'opinion publique. Ceci est aussi l'occasion d'un conflit entre la souveraine et le nouveau premier ministre récemment assermenté, le jeune chef du parti travailliste Tony Blair (Michael Sheen). Politicien aux opinions progressistes et ayant la ferme intention de “moderniser” l'appareil politique britannique, le premier ministre Blair tente à plusieurs reprises de sensibiliser la Reine, le prince Philip (James Cromwell) et la Reine-Mère (Sylvia Syms) de revenir sur leurs positions, mais la famille royale persiste et signe et ose même se retirer à leur résidence des Highlands, située à Balmoral, ceci au grand dam de la population. Cependant, il apparaît évident que les relations entre Elizabeth et la princesse Diana, dont la vie privée était plus que mouvementée, ne furent pas de tout repos dans le passé, et depuis l'ultime séparation entre la princesse et son mari le prince Charles (Alex Jennings), le statut de Lady Di est devenu particulièrement nébuleux au sein de la famille royale, d'où le voeu de silence de la Reine. C'est ainsi que pendant une semaine se joue une partie de bras de fer entre la monarchie, qui veut respecter scrupuleusement le protocole habituel de circonstance, et l'opinion publique qui réclame un soutien de la famille royale envers le deuil national.

Metteur en scène de la nouvelle vague de cinéastes britanniques provenant de la télévision et ayant fait leurs premières armes au grand écran au début des années 1980, le réalisateur Stephen Frears s'est révélé comme un des plus caustiques observateurs de la classe moyenne britannique avec des oeuvres corrosives comme MY BEAUTIFUL LAUNDRETTE (1985), SAMMY AND ROSIE GET LAID (1987), THE SNAPPER (1993) et THE VAN (1996). De plus, il fut de la barre de PRICK-UP YOUR EARS (1987), biographie douce-amère du dramaturge homosexuel Joe Orton (un des premiers rôles de Gary Oldman) et DANGEROUS LIAISONS (1988), somptueuse et cynique adaptation du récit de Choderlos de Laclos qui lui vaudra une carte d'entrée de l'autre côté de l'Atlantique. Son passage à Hollywood en fut un en dents de scie où l'on retiendra surtout THE GRIFTERS (1990), amusante adaptation d'un roman de Donald E. Westlake produite par Martin Scorsese, et HERO (1992), une gentille satire sociale écrite par David Webb Peoples (UNFORGIVEN) et mettant en vedette Dustin Hoffman. Heureusement, Frears s'est gardé un pied-à-terre dans son pays d'origine et continue d'y travailler, et c'est tant mieux puisque c'est là qu'il produit encore ses meilleurs films comme en témoigne le récent DIRTY PRETTY THINGS (2002), sorte de néo-noir sur fond d'observation sur la condition de la population immigrante en Grande-Bretagne qui fut l'occasion d'un des meilleurs rôles de la française Audrey Tautou, qui se situe ici à des lieux d'Amélie Poulain.

C'est ainsi que l'on attendait avec une certaine impatience THE QUEEN, le petit dernier de Frears en se demandant ce qu'un des observateurs les plus caustiques de la société britannique allait faire de la reine la plus mal fringuée de la planète. Et c'est de là que vient la surprise, car tout d'abord le script de Peter Morgan (THE LAST KING OF SCOTLAND) ne propose pas à véritablement parler une biographie romancée de la reine Elizabeth, mais se donne plutôt comme agenda de faire le portrait, pour ne pas dire l'autopsie détaillée, de la personnalité de la souveraine en utilisant comme toile de fond un des épisodes les plus troublants de son règne, c'est-à-dire la mort tragique de la princesse Diana. Ensuite, Frears et Morgan s'attardent tout particulièrement à illustrer le conflit et l'opposition d'idées entre la Reine et Tony Blair, utilisant cet élément comme symbole de la grande distance séparant la royauté, soumis à des siècles de tradition et à un protocole tout ce qu'il y a de plus rigides, à la population britannique, vivant au diapason du monde moderne et épris de changement. C'est ainsi que de THE QUEEN est d'abord et avant tout le récit d'une ultime confrontation entre une monarchie établie depuis des siècles et un gouvernement élu démocratiquement et représenté par le premier ministre travailliste.

Frears construit méticuleusement son observation du quotidien de la famille royale où tout est illustré en détails grâce à une mise en scène attentive et somptueuse, tirant particulièrement partie d'une superbe photographie du chef-opérateur Affonso Beato (DARK WATER) particulièrement efficace lorsqu'il nous offre quelques magnifiques panoramas des Highlands. À travers cette opulence, Frears réussit tout de même l'exploit de transmettre de belle façon toute la profondeur des protagonistes du récit, et surprend particulièrement lorsqu'il nous offre un regard empreint d'humanisme (sans être complaisant) et empathique sur la famille royale, en se concentrant particulièrement sur le désarroi de la Reine Elizabeth II, complètement dépassée par l'ampleur des événements et semblant déchirée entre l'opinion publique et sa fidélité sans bornes aux préceptes de la royauté. Et c'est à partir de là que Frears teinte le récit du script de Peter Morgan d'un autre aspect insolite alors qu'il se penche également sur les répercussions provoquées par la mort de Lady Di. Frears illustre tellement bien toute la frénésie et l'hystérie collective provoquée par l'annonce de la triste nouvelle qu'il fait même de la princesse Diana elle-même une intervenante directe du récit grâce à un montage habile d'images d'archives disséminées ici et là à travers le déroulement, faisant de Diana, malgré son décès, une ombre planant constamment au-dessus de l'entourage de la famille royale.

Étant déjà considérée comme une des comédiennes britanniques les plus réputées et établies de sa génération, et ayant déjà goûté au succès populaire avec la série policière PRIME SUSPECT où elle incarne le commissaire Jane Tennyson, Helen Mirren atteint ici définitivement le firmament des stars avec un rôle ultime qui couronne une carrière déjà bien remplie, autant au grand qu'au petit écran. Dans sa personnification de la Reine Elizabeth II, Mirren s'avère d'un naturel tout simplement confondant. Sans tomber dans la caricature, Mirren compose une Elizabeth II à la personnalité ambivalente et complexe d'où ressort une interprétation fortement nuancée où la comédienne joue sur une multitude de registres tout en reproduisant avec une exactitude absolue le maniérisme et la physionomie de sa Majesté. C'est donc à juste titre que Mirren décrocha l'Oscar de la meilleure interprète féminine pour ce rôle. Portant littéralement le film sur ses épaules, Mirren est malgré tout très bien secondée par une distribution secondaire très solide, à commencer par Michael Sheen (KINGDOM OF HEAVEN, BLOOD DIAMOND) qui personnifie (avec une ressemblance très frappante) un Tony Blair tout ce qu'il y a de crédible. En complément, James Cromwell (BABE, L.A. CONFIDENTIAL), Alex Jennings (BABEL) et en particulier la vénérable Sylvia Syms (ICE-COLD IN ALEX, VICTIM), ancienne starlette et égérie de plusieurs comédies et mélos britanniques des années 1950-60, qui est ici fort savoureuse dans le rôle de la Reine Mère.

THE QUEEN est offert en format panoramique 1.85:1 d'après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation. Un transfert qui dispose d'une excellente saturation des couleurs où les teintes ambrées et rouge orangées ressortent avec particulièrement de vigueur. Le rendu des contrastes est fort honorable et la profondeur des noirs est à un niveau idéal.

Cette édition met à notre disposition la version originale anglaise avec une piste en format Dolby Digital 5.1. Une piste agréable à l'écoute malgré la concentration de l'environnement sonore sur les canaux avant et central, mais cela est le propre de tout film axé sur les dialogues. Ceux-ci souffrent toutefois de la présence de la musique très envahissante de Alexandre Desplat (BIRTH) qui en impose beaucoup sur le reste des éléments. La version française (doublage produit au Québec) est aussi disponible avec une piste de format similaire (Dolby Digital 5.1) et s'avère équivalente à celle de la version originale. Des sous-titres français et anglais sont aussi disponibles en option.

Au niveau des suppléments, la quantité offerte avec cette édition apparaît plutôt maigre mais la qualité est toutefois au rendez-vous :

Commentaire audio de Stephen Frears et Peter Morgan
Commentaire audio réunissant le réalisateur et le scénariste qui discutent ensemble d'une façon joyeusement désinvolte de leur collaboration pour la création de ce film. Morgan apporte des spécifications sur la nature de sa participation au projet et passe en revue tous les aspects de la rédaction du script tandis que Stephen Frears, dont la personnalité apparaît ici très enjouée et truculente, se livre avec entrain à un récapitulatif de son travail de mise en scène où passe, entre autres réflexions, certaines analyses de la conception de certaines scènes capitales et, bien sûr, pour les potineurs, les incontournables anecdotes de tournage.

Commentaire audio de l'historien Robert Lacey
Piste de commentaire enregistrée par l'historien Robert Lacey, véritable expert sur tout ce qui touche à la monarchie britannique. Lacey s'attarde ici à ajouter à analyser le film sur l'angle de l'historique de la famille royale actuelle, et ne se targue point d'éloges envers la princesse Diana.

The Making of The Queen
Petit “making-of” faisant un récapitulatif du tournage du film de Stephen Frears, supporté par diverses entrevues avec le réalisateur, quelques membres de l'équipe technique ainsi que de la distribution, Helen Mirren en tête.

Vidéo

Ce contenu nécessite une mise à jour de votre plugin Flash.


Flash Update

À travers un récit qui aurait pu tomber facilement dans le piège de l'anecdotisme et du sensationnalisme, Stephen Frears a réussi un véritable tour de force sur plusieurs points, soit en façonnant un portrait troublant de vérité sur la Reine Elizabeth II tout en portant un regard critique et pertinent sur le phénomène provoqué par la fascination collective entourant une des personnalités les plus médiatisées du vingtième siècle, la princesse Diana. THE QUEEN est sans contredit un des meilleurs films de l'année dernière et sa sortie toute récente en DVD, alors que l'on célébrera bientôt le dixième anniversaire du décès tragique de Lady Di, en font encore plus une oeuvre à voir et à revoir.

Studio éditeur : Alliance Atlantis
Date de sortie : 24 avril 2007

Film : 4,5/5
Image : 4/5
Son VO : 3,5/5
Son VF : 3,5/5
Bonus : 2,5/5



Marc Lespérance
marcl@uneporte.com

Mercredi 05 Décembre 2007

HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) |