UnePorte.Net

Le cinéma à la maison et la musique où vous voulez !

Vendredi 09 Mai 2008
13:03

Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    Version imprimableVersion imprimable

THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis

Avec une filmographie comportant MEAN STREETS (1976), TAXI DRIVER (1976) et RAGING BULL (1980), Martin Scorsese était déjà reconnu comme un cinéaste ne faisant définitivement pas dans la dentelle, et THE LAST TEMPTATION OF CHRIST, son film le plus personnel et aussi le plus controversé constitue en quelque sorte l'apothéose de son œuvre résumant à lui seul toutes les caractéristiques, les thèmes et les préoccupations du cinéaste.



THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis
Adaptation du roman très discuté de Nikos Kazantzakis (ZORBA LE GREC), THE LAST TEMPTATION OF CHRIST propose une vision fort différente, très personnalisée et surtout très “moderniste” du parcours du Christ. Nul besoin de rappeler l'histoire en longueur, qui reprend les principales étapes du parcours de Jésus (Willem Dafoe), jeune charpentier de Nazareth fabriquant des croix pour le compte de l'Empire romain multipliant les crucifixions de gens jugés dangereux et indésirables pour l'ordre établi. Il subit la foudre de son ami Judas (Harvey Keitel), l'accusant d'emblée de collaboration avec l'ennemi, ainsi que la colère de Marie-Madeleine (Barbara Hershey), une prostituée dont Jésus a autrefois repoussé les sentiments amoureux à l'époque de leur prime jeunesse. Après un périple dans le désert où il repousse une intervention de Satan, Jésus est de retour, se disant investit par Dieu d'une mission divine afin de libérer pacifiquement le peuple d'Israël du joug romain. Après avoir sauvé Marie-Madeleine d'une lapidation, il se met en route pour Jérusalem, suivi déjà de Judas, Jésus prêche la bonne parole et, au fil du chemin, constitue son noyau d'apôtre comprenant, entre autres, de Pierre (Victor Argo), et Jean (Michael Been). Il rencontre aussi sur son chemin Jean-Baptiste (Andre Gregory), qui voit en lui le Messie tant attendu du peuple juif. Jésus est aussi objet de légende après avoir été l'auteur de certains miracles, notamment la résurrection de Lazare (Tomas Arana), et l'eau transformée en vin lors des Noces de Canna. Mais Jésus fait aussi parler de lui à Rome et devient un élément subversif. Il est finalement livré, de par le baiser de trahison de Judas, à Ponce Pilate (David Bowie), procurateur romain de la province de Judée. Le sort de Jésus se scellera par sa crucifixion où Satan, n'ayant pas dit son dernier mot, procède à une dernière et ultime tentation alors que le Christ se meurt sur la croix du mont Golgotha.

Projet mûri de longue date par Martin Scorsese, la petite histoire de la genèse et la conception de THE LAST TEMPTATION OF CHRIST est tellement semée de quiproquos, d'épreuves et d'embûches qu'elle fait figure d'odyssée tortueuse qu'on pourrait qualifier, non sans humour, de véritable chemin de croix pour le cinéaste. Après que première tentative infructueuse (vers 1983), alors que le film devait se faire avec Aidan Quinn (RECKLESS, STAKEOUT), Scorsese est forcé d'abandonner le tournage alors qu'il se trouve au Maroc avec son équipe après que la Paramount eût décidé d'interrompre le financement du projet. Le cinéaste est déjà en butte à la controverse que son nouveau projet suscite. Il faut dire que le roman original de Nikos Kazantzakis, “La Dernière Tentation”, était déjà fortement décrié par les milieux intégristes catholiques, au point tel que l'ouvrage fut mis à l'index par le pape. Suite au succès de AFTER HOURS (1985) et THE COLOR OF MONEY (1986), Martin Scorsese réussit finalement à trouver le financement souhaité pour son projet le plus cher grâce à une association conjointe entre la Universal et la firme Cineplex Odeon, et THE LAST TEMPTATION OF CHRIST voit finalement le jour en 1988, mais non sans peine, puisque le metteur en scène aura à faire face aux mêmes confrontations et récriminations que le romancier quelques quarante années plus tôt. L'histoire est connue : à sa sortie en salle, THE LAST TEMPTATION OF CHRIST suscite une controverse et une polémique énorme et est attaqué de toutes parts par de nombreux groupes de fondamentalistes religieux (dont fait partie le metteur en scène Franco Zeffirelli) qualifiant le film de brûlot athée, malgré les véhémentes protestations du cinéaste. La grogne atteint son paroxysme alors qu'à Paris, un cinéma projetant le petit dernier de Martin Scorsese est incendié par une bande de protestataires.

Alors que nous nous retrouvons maintenant à l'aube du vingtième anniversaire de la sortie de THE LAST TEMPTATION OF CHRIST, et que la poussière de la polémique est depuis longtemps retombée, un regard plus analytique et surtout plus détaché s'impose. Tout d'abord, les spectateurs s'attendant à une véritable charge antireligieuse de la part de Martin Scorsese en seront quitte pour une surprise, car l'on constate que ce dernier suit assez fidèlement le récit décrit dans les Évangiles, le scandale découlant surtout de l'épisode ultime de la Dernière Tentation, où Jésus se voit mener (à son insu) dans un Paradis totalement fabriqué une vie d'homme ordinaire auprès de Marie-Madeleine, se mariant et fondant une famille, où Scorsese pousse l'audace à montrer une relation charnelle entre le Christ et son épouse. Cependant, c'est de par le traitement que le script de Paul Schrader (TAXI DRIVER, RAGING BULL), suivant la même ligne directrice du roman original, que le film tire son originalité. Tout d'abord, le récit est raconté à la première personne (Jésus) et face au Christ des Évangiles, Scorsese et Schrader oppose un Jésus plus terre à terre, troublé par ses propres démons intérieurs et en proie à ses propres faiblesses. Ensuite vient la vision plus moderniste du récit des Évangiles, Jésus s'exprimant comme un charpentier et non comme le prophète décrit dans la Bible. La mise en scène évite volontairement le lyrisme habituel des péplums bibliques pour teinter l'ensemble d'un souci de réalisme qui tranche avec le modèle habituel, se traduisant par la réalisation nerveuse appuyée par les cadrages resserrés de la photographie du chef-opérateur Michael Ballhaus (GOODFELLAS) et le montage très précis de Thelma Schoonmaker (collaboratrice de longue date de Scorsese) et bien accentué par la superbe musique de Peter Gabriel amalgamant habilement des mélodies africaines et arabiques, servis à la sauce world-beat auquel le musicien nous a habitué depuis quelques années.

THE LAST TEMPTATION OF CHRIST est d'abord et avant tout le récit d'un homme en proie au doute continuel face à sa mission. Le Jésus de la “Dernière Tentation” se remet constamment en question, doute de ses capacités, rejette même (au début du récit) l'appel de Dieu, et surtout ne semble pas être en paix avec son statut d'Élu, et ne rêve que de mener une existence d'homme ordinaire, se mariant et fondant un foyer. C'est l'opposition constante entre l'humain et le divin, entre “l'esprit et la chair” (N. Kazantzakis), autrement dit une métaphore représentant le perpétuel combat entre le Bien et le Mal qui se déroule au sein de toutes les âmes. On ne peut que réaliser que tous ces éléments ne peuvent qu'interpeller directement le cinéaste et son œuvre. Le Christ Rédempteur et imparfait, de la “Dernière Tentation” est un personnage aussi “scorsesien” que le Travis Bickle de TAXI DRIVER ou bien le Jake La Motta de RAGING BULL (qui ont d'ailleurs bénéficié eux aussi d'un script de Paul Schrader), tous des protagonistes aux allures d'antihéros ayant à passer à travers leurs propres tourments avant d'aboutir à un ultime cheminement personnel. Il n'y à qu'un pas à faire avant de parler de l'image d'un chemin de croix et d'une rédemption pour tout personnage “scorsesien” qui se respecte, et Jésus dans la peau de Willem Dafoe (PLATOON) n'en est que l'apothéose.

Ayant à assumer la difficile tâche de personnifier ce Jésus particulier de la Dernière Tentation, Willem Dafoe domine de par sa présence énigmatique et tire bien son épingle du jeu de par son interprétation fiévreuse et passionnée du Christ où déjà son regard singulier fait la moitié du travail. Harvey Keitel (MEAN STREETS, RESERVOIR DOGS) personnifie un Judas fort différent de celui des Saintes Écritures, vu ici comme l'apôtre le plus fidèle et dont la fameuse trahison n'est en fait qu'une action posée à contrecœur pour respecter les propres volontés de son mentor afin qu'il puisse accomplir pleinement l'œuvre de sa destinée. Barbara Herhsey (HANNAH AND HER SISTERS) nous offre une Marie-Madeleine toute en nuances, tantôt séductrice, tantôt vulnérable et complémentant d'emblée l'interprétation de Willem Dafoe. Pour la petite histoire, Barbara Hershey, ayant autrefois travaillé avec Martin Scorsese sur son premier long-métrage (BOXCAR BARTHA, 1972) est d'ailleurs celle qui a offert le roman de Nikos Kazantzakis au cinéaste, lui affirmant qu'elle désirerait jouer Marie-Madeleine si un jour on en tirerait un film, un souhait que Scorsese formulera quinze ans plus tard. Le récit tournant surtout autour de ces trois protagonistes, le reste de la distribution doit se contenter de visages passagers vus à travers divers tableaux (la traversée du désert, la résurrection de Lazare, la rencontre avec Jean-Baptiste, la colère de Jésus au temple, le chemin de croix, la crucifixion, etc. etc.) mais quelques-unes de ces “apparitions” sont dignes de mention : le Jean-Baptiste fortement outrancier d'Andre Gregory (MY DINNER WITH ANDRE) nous gratifie de quelques-uns des moments les plus baroques du film, Harry Dean Stanton (PARIS TEXAS) fait un passage remarqué dans la peau de l'assassin zélote Saül qui deviendra plus tard Paul le prêcheur, tandis que l'on remarque un David Bowie savoureux de machiavélisme dans la peau de Ponce Pilate.

THE LAST TEMPTATION OF CHRIST est offert en format panoramique 1.85:1 conformément à son format original de présentation au cinéma mais une première déception amère est liée à ce transfert qui n'est malheureusement optimisé pour les téléviseurs en format 16:9. À l'ère de la haute définition, cette présentation est tout simplement inacceptable ! De plus, le transfert offert ici s'avère très en deçà des standards habituels. La saturation des couleurs laisse à désirer, les noirs manquent terriblement de profondeur et, surtout, le rendu des contrastes est d'une fadeur parfois consternante, sans compter que des points blancs sont fréquemment visibles à l'écran (particulièrement lors de scènes à éclairages restreints). L'insulte à l'injure est ajoutée avec quelques poussières et fourmillements visibles çà et là.

La version originale anglaise est offerte en format Dolby Digital 2.0 Stereo avec une piste qui fait sentir grandement les limites de son format avec un niveau des basses quelquefois déficient et une isolation des textures sonores qui laisse parfois à désirer, sans toutefois déranger au niveau des dialogues. La version française (doublage produit en France), aussi offerte dans un format Dolby Digital 2.0 Stereo, est de qualité similaire à la version originale. Des sous-titres français et anglais sont offerts en option.

Une édition plus qu'épurée que ce DVD puisqu'elle ne contient aucun supplément, autre déception majeure ici. L'amateur endurci n'aura d'autre choix que de se rabattre sur la superbe édition qu'a tiré Criterion du même film qui est ô combien supérieure ! Quant à cette édition DVD zone 1, elle ne se distingue que par la présence de la version française.

----------------------------------------------------

Pour le reste, THE LAST TEMPTATION OF CHRIST étant le film le plus personnel de son auteur, il n'en reste pas moins qu'il n'est pas pour autant le meilleur de sa carrière. De son propre aveu, le cinéaste a dû se soumettre à quelques concessions par rapport à sa vision originale dus surtout à des considérations budgétaires. Le résultat à l'écran s'en ressent parfois, le récit prend un aspect occasionnellement confus, morcelé et surtout précipité. De plus, certaines des scènes les plus symboliques (la première tentation dans le désert, le Sacré-Coeur) sont construites d'un simplisme qui est légèrement embarrassant. Toutefois, le potentiel fascinant reste intact et ces quelques accrocs mineurs sont rapidement oubliés de par la beauté émotive de plusieurs des tableaux proposés par Scorsese. Malheureusement, cette édition plus que décevante n'est à conseiller tout au plus que pour une location. Pour le collectionneur endurci, mieux vaut aller voir du côté de Criterion Collection.

Studio éditeur : Alliance Atlantis
Date de sortie : 28 août 2007

Film : 4/5
Image : 2/5
Son VO : 2/5
Son VF : 2/5
Bonus : 0/5



Marc Lespérance
marcl@uneporte.com

Lundi 17 Décembre 2007

HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) |