THE INTERPRETER (L'INTERPRÈTE), l'édition DVD zone 1À la sortie de THE INTERPRETER sur les écrans au début de l’été dernier, on fit grand étalage du fait que cette production fut la première à obtenir l’autorisation d’être tournée à l’intérieur des murs du siège de l’Organisation des Nations Unies à New York. Grand bien lui en fit, car ce suspense politique ne serait qu’un thriller parmi tant d’autres sans l’expertise de son réalisateur, le cinéaste Sydney Pollack, et de l’indéniable présence de ses trois vedettes : Nicole Kidman, Sean Penn et... l’ONU.
THE INTERPRETER (L'INTERPRÈTE), le DVD zone 1
Jeune femme officiant comme interprète au siège de l’ONU, Silvia Broome (Nicole Kidman) est aussi ressortissante du Matobo, petite république de l’Afrique Centrale déchirée par une sanglante guerre civile. Un soir, alors qu’elle se retrouve à l’intérieur d’une cabine d’écoute surplombant la grande salle de l’Assemblée Générale complètement déserte, Silvia devient bien malgré elle l’oreille indiscrète d’une discussion entre deux individus portant sur un complot menant à l’assassinat du leader politique matobain alors qu’il est attendu dans les prochains jours à New York pour y prononcer un discours devant l’assemblée. Silvia s’enfuit alors qu’elle est malencontreusement surprise, casque d’écoute à la main. Rapportant les faits aux autorités, elle sera prise en charge par l’agent Tobin Keller (Sean Penn) des Services Secrets. Flanqué de sa partenaire Dot Woods (Catherine Keener), Keller aura aussi à enquêter sur la véracité du témoignage de Silvia. D’abord sceptique après avoir été mis au courant du passé trouble de la jeune femme, Keller se rendra bien vite à l’évidence alors que celle-ci se retrouve traquée tour à tour par plusieurs sinistres personnages.
Sydney Pollack n’est pas le dernier venu dans la confrérie des cinéastes américains. À son tableau de chasse l’on retrouve quelques titres imposants ayant laissé une certaine marque depuis plus de quarante ans. À travers des genres les plus divers, Pollack aura apposé son professionnalisme allié à une finesse particulière de la mise en scène, et ce, dans des genres les plus divers comme en témoignent des films comme THEY SHOOT HORSES DON’T THEY? (1969), JEREMIAH JOHNSON (1971), THE YAKUZA (1974), TOOTSIE (1982) et OUT OF AFRICA (1985). Du western à l’épopée romantique à grand spectacle en passant par le polar et la comédie, le vieux Sydney aura fait preuve maintes et maintes fois de sa versatilité. Les dernières années ont pourtant été dures pour le cinéaste. Après SABRINA (1995), remake aussi décevant que complètement inutile du chef-d’oeuvre de Billy Wilder, et RANDOM HEARTS (1999), bluette sentimentale avec un Harrison Ford crispé et tendu comme une corde de piano, Pollack nous revient avec ce thriller fort attendu. Attendu, car le thriller, Pollack connaît bien. En effet, les initiés ne savent que trop bien que Pollack compte à son actif un des meilleurs thrillers d’espionnage des années 1970, THE THREE DAYS OF THE CONDOR (1975), et qu’il a signé sa seule réussite des années 1990 avec un autre suspense, THE FIRM (1993), adaptation inégale mais divertissante du roman de John Grisham. Avec THE INTERPRETER, Pollack part d’un synopsis intéressant mais souffrant d’un script aux développements parfois quelque peu convenus et télégraphiés de Charles Randolph (THE LIFE OF DAVID GALE), Scott Frank (GET SHORTY, MINORITY REPORT) et Steven Zaillian (SCHINDLER’S LIST). Il est fort à parier que le surnombre de scénariste impliqués explique la raison de cet état de fait, particulièrement lorsque Pollack avoue bien stoïquement en entrevue que le tournage débuta alors que le script n’était pas encore terminé, Frank et Zaillian ayant été appelé en catastrophe pour peaufiner le texte à la hâte. L’intrigue est parfois quelque peu lourde et sans réels enjeux afin de soutenir plus avant l’intérêt puisque le pays africain décrit dans le récit est fictif et créé de toute pièce par les auteurs. Le dialecte a même été conçu expressément par des linguistes, ce qui peut paraître parfois étrange venant d’un film qui se présente comme un thriller à saveur politique. Le spectateur le plus averti y verra toutefois une foule de références empruntées à l’environnement géopolitique sud-africain. THE INTERPRETER n’est dès lors autre qu’un suspense hitchockien à la sauce NORTH BY NORTHWEST misant tout principalement sur l’interaction entre les deux personnages principaux, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi puisque le duo Kidman-Penn s’acquitte de sa tâche avec un certain panache. Kidman poursuit sur sa lancée d’actrice oscarisée avec une solide performance dont l’on reprochera seulement un accent sud-africain quelque peu trop appuyée et une chevelure toujours aussi magnifique même après les pires événements. Quant à lui, Penn y va d’un autre personnage intense et tourmenté à souhait dont lui seul a le secret et qui lui a aussi bien servi auparavant, ceci incluant un Oscar© d’interprétation pour MYSTIC RIVER. Cependant, si les deux personnages principaux sont explorés et définis à fond, on ne peut en dire autant des personnages secondaires qui ne sont qu’à peine esquissés. Même l’excellente Catherine Keener (BEING JOHN MALKOVICH) se retrouve ici avec très peu à se mettre sous la dent dans le rôle du partenaire de service, sans parler de la brève apparition du comédien-réalisateur français Yvan Attal (MA FEMME EST UNE ACTRICE) dans le rôle d’un reporter. En vieux routier qu’il est, Pollack réussit malgré tout à tirer son épingle du jeu avec une mise en scène experte et solide qui, malgré un rythme généralement lent et quelques longueurs, réussit à maintenir un certain climat de tension grâce à quelques séquences bien relevées dont l’on retiendra surtout le prologue africain et la scène de l’attentat dans les rues de Brooklyn. La superbe photographie du chef-opérateur Darius Khondji (SEVEN) tire pleinement parti de l’architecture particulière de l’édifice de l’ONU et le tempo est préservé au rythme voulu par le solide travail du monteur William Steinkamp, complice de toujours du réalisateur. En somme, les amateurs du genre seront suffisamment servis. THE INTERPRETER est présenté en format panoramique 2.35:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation en salle. Prenez note, si ça vous intéresse, qu’une autre édition est disponible séparément où ce film est offert aussi en version plein écran 1.33:1 adapté pour les téléviseurs de format standard. Le transfert ici est superbe, offrant une saturation des couleurs impeccable et des noirs d’une très bonne profondeur, de même qu’un rendu des contrastes optimal. Une légère surdéfinition des contours par endroits s’avère la seule petite fausse note au tableau. Dans l’ensemble, le visionnement est un plaisir pour les yeux et rend pleinement justice à la superbe cinématographie de Darius Khondji. Cette édition offre THE INTERPRETER dans sa version originale anglaise via une piste en format Dolby Digital 5.1. Cette piste offre un environnement sonore très varié où tous les canaux sont sollicités par une multitude d’effets sonores profitant d’une bonne isolation des différentes textures. Le canal .1 (LFE) est pour sa part particulièrement présent lors des quelques scènes plus spectaculaires, et aussi pour reproduire de puissante façon la partition musicale quelque peu pompeuse de James Newton Howard. La version française (doublage produit au Québec) est aussi offerte en format Dolby Digital 5.1, mais cette piste souffre d’un certain manque de finition au niveau du mixage, particulièrement en ce qui concerne l’isolation des canaux. En effet, le paysage sonore semble uniforme sur tout l’ensemble et, quoique le tout ressort avec une certaine vigueur sur les enceintes, le niveau des basses est quelquefois trop élevé, jusqu’à devenir agressant par moment. Une version espagnole est aussi offerte au format Dolby Digital 5.1 et des sous-titres français, anglais (codés pour malentendants) et espagnols sont aussi offerts en option. Cette édition offre aussi une brochette appréciable de suppléments en complément au film présenté : Commentaire audio de Sydney Pollack Une surprise que la présence de cette piste puisqu’elle n’est pas indiquée sur la liste des suppléments sur la jaquette de cette édition. Sydney Pollack livre une multitude de réflexions diverses sur tous les aspects de cette production, des difficultés rencontrées à la rédaction du script jusqu’à sa propre implication dans le projet en passant par les anecdotes de tournage et l’analyse de quelques séquences au niveau technique. Le réalisateur ne tarit d’ailleurs point de louanges sur ses deux interprètes principaux et prend aussi manifestement plaisir à nous raconter comment il a lui-même réussi à convaincre Kofi Annan, grand patron de l’ONU, de lui permettre de tourner son film à l’intérieur des murs du célèbre édifice. Sydney Pollack At Work : From Concept To Cutting Room Dans ce segment, Sydney Pollack ressasse quelques souvenirs relatifs à sa longue carrière (qu’il a débuté en tant qu’acteur) et livre quelques brefs commentaires sur son dernier projet. Interpreting Pan & Scan Vs. Widescreen Dans ce petit entrefilet amusant, Sydney Pollack fait l’éloge des bienfaits du visionnement d’un film en format panoramique tout en appuyant ses dires par quelques exercices effectués en salle de montage. À être vu absolument par les disciples du format plein écran ! The Ultimate Movie Set : The United Nations Court-métrage tourné dans les coulisses du plateau de tournage, soit le siège de l’ONU, où l’on nous entraîne dans quelques-unes des pièces principales de l’édifice, comme la salle de L’Assemblée Générale et la salle du Conseil de Sécurité. A Day In The Life Of Real Interpreters Autre segment présentant cette fois-ci quelques interprètes véritables de l’ONU en pleine action dans leur milieu de travail. Alternate Ending Séquence non retenue du montage proposant une fin alternative quelque peu pontifiante. Deleted Scenes Compilation de trois autres scènes retranchées du montage final. Trailers En lieu et place de la bande-annonce originale du film diffusée en salle, nous avons droit à trois bandes-annonces de titres du catalogue de la Universal : CARLITO’S WAY : RISE TO POWER, PRIDE & PREJUDICE et la première saison de la populaire série télé HOUSE. ------------------------------------------------------------ THE INTERPRETER est un thriller politique inégal parfois quelque peu lourd mais suffisamment intéressant et haletant pour que l’on s’y attarde. Sans faire parti des meilleurs crus de Sydney Pollack, THE INTERPRETER reste un honnête divertissement mené d’une main sûre et ferme par la tranquille assurance d’un cinéaste aguerri. Souhaitons seulement que le prochain Pollack sera à la hauteur du talent de ce noble metteur en scène. Studio éditeur : Universal Date de sortie : 4 octobre 2005 Film : 3,5/5 Image : 4,5/5 Son VO : 4,5/5 Son VF : 3/5 Bonus : 3,5/5 Marc Lespérance marcl@dvdquebec.com Mercredi 26 Octobre 2005
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