THE INNOCENTS (1961), le DVD zone 1Le 19ème siècle a vu le récit fantastique acquérir ses lettres de noblesse, plus particulièrement du côté des anglo-saxons avec des auteurs comme Edgar Allan Poe, Bram Stoker, Sheridan Le Fanu et même Robert Louis Stevenson. Tous ont leur part de récits mémorables ayant traversé les époques. Parmi ceux-ci, ce trouve une toute petite histoire de fantôme imaginée par un romancier que pourtant rien ne prédestinait au genre : Henry James (PORTRAIT OF A LADY).
THE INNOCENTS (1961), le DVD zone 1
Nouvellement engagée comme gouvernante par un lord aventurier (Michael Redgrave), Miss Giddens (Deborah Kerr) se retrouve à Bly, un manoir situé dans la campagne anglaise, afin de veiller sur les neveux de cet oncle parti aux Indes. Elle fait ainsi la connaissance de deux enfants attachants, Flora (Pamela Franklin) et Miles (Martin Stephens), tous deux laissés à eux-mêmes depuis les décès mystérieux Miss Jessel (Clytie Jessop), l’ancienne gouvernante, et Peter Quint (Peter Wyngarde), un homme de main au caractère machiavélique qui était son amant. Selon Mrs Grose (Megs Jenkins), la cuisinière, cette liaison interdite aurait eu des répercussions douloureuses sur les enfants de Bly. Miss Giddens ne s’en formalise point et tout va pour le mieux jusqu’à ce que celle-ci soit confrontée à plusieurs phénomènes étranges semblant provenir des entrailles de la demeure, que ce soit sous la forme de bruits étouffés ou d’apparitions fugitives et même d’un comportement étrange de la part de Flora et Miles. Suite à un entretien avec Mrs Grose, Miss Giddens en vient à être persuadée que l’esprit des enfants est corrompu par les spectres de Quint et Miss Jessel qui hantent la demeure.
En surface, la nouvelle THE TURN OF THE SCREW de Henry James semble contenir un typique récit de fantôme. Pourtant, celle-ci regorge d’éléments et de thèmes délicats qui en font une des oeuvres littéraires les plus controversées du siècle victorien. Le réalisateur Jack Clayton (THE GREAT GATSBY, SOMETHING WICKED THIS WAY COMES) aurait pu facilement en conserver les éléments de base afin de construire une simple bonne histoire horrifiante. C’est mal connaître ce cinéaste qui cultiva tout le long de sa carrière un certain goût pour les défis. Ce dernier choisit donc de s’attaquer à une adaptation scrupuleuse de la nouvelle de James, en ne prenant pour seule liberté que de choisir un titre plus suggestif. Le scénario de William Archibald (I CONFESS) et Truman Capote (auteur du célèbre IN COLD BLOOD) reprend avec minutie et parcimonie tout ce qui faisait la particularité du matériel original, et plus particulièrement au niveau de l’interaction complexe des personnages, allant même jusqu’à suggérer les détails les plus troublants de la psyché de certains d’entre eux. L’originalité du récit de James (et habilement transposé en images par Clayton) vient du fait que l’aspect fantastique est loin d’être fondé, puisque celui-ci est raconté du point de vue du personnage principal, et que celui-ci semble être le seul témoin de ces phénomènes inexpliqués. C’est ainsi que Clayton et ses scénaristes se plaisent à titiller le spectateur en laissant constamment planer en surface le doute, mais sans l’appuyer explicitement, que Miss Giddens vit en fait une sorte de délire hallucinatoire mettant en péril sa propre santé d’esprit. Cela dit, THE INNOCENTS contient sa large part de moments horrifiants grâce à la mise en scène sûre et raffinée de Clayton qui, pour le plus grand bonheur de certains, choisit de jouer la carte de la suggestion ; tout d’abord en instaurant un climat à mi-chemin entre la fantaisie et le morbide et ensuite en ayant recours à l’expertise du fabuleux chef-opérateur Freddie Francis (THE ELEPHANT MAN) qui, avec une superbe photographie en noir et blanc, juxtapose habilement et astucieusement les jeux d’ombres et de contrastes en vue de donner à l’ensemble l’aspect baroque voulu. Avec THE INNOCENTS, Deborah Kerr (FROM HERE TO ETERNITY) s’acquitte d’un de ses meilleurs rôles au cinéma, qui lui a d’ailleurs valu une nomination aux Oscars©. Kerr tire son épingle du jeu avec brio dans un rôle difficile où elle a à composer avec un personnage véhiculant une véritable palette d’émotions les plus diverses. Pamela Franklin (THE PRIME OF MISS JEAN BRODIE) et Martin Stephens (THE VILLAGE OF THE DAMNED) sont pour leur part étonnants dans les rôles des « enfants damnés » avec une performance respective d’une rigueur étonnante pour un si jeune âge. Soulignons aussi au passage la présence du vénérable Michael Redgrave (THE BROWNING VERSION) laissant encore une fois une marque indélébile même dans un rôle tout ce qu’il y a de plus bref. Cette édition comprend un disque réversible offrant THE INNOCENTS en deux formats. Celui analysé ici est le format panoramique 2.35:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) conformément à son format original de présentation en salle. Le transfert offert ici est fort honorable. Une très bonne définition fait ressortir toutes les subtilités des jeux d’ombres et de lumières de la photographie de Freddie Francis, bien appuyé par ailleurs avec un excellent rendu des contrastes et une belle profondeur des noirs. Malgré la présence de quelques rares points blancs et égratignures, le visionnement de ce transfert reste en général très agréable. L’autre côté du disque offre le film en format plein écran (1.33:1) d’après un abominable transfert pan & scan (4:3) adapté pour les téléviseurs de format standard. Le film est offert dans sa version originale anglaise avec une piste en format Dolby Digital 2.0 Stéréo offrant un mixage acceptable de la piste mono d’origine. Cette dernière contient quelques effets sonores bien appuyés et une superbe partition musicale de Georges Auric (LE SALAIRE DE LA PEUR) qui ressort majestueusement sur les enceintes avant. Notez qu’une piste en langue espagnole est aussi offerte en format Dolby Digital 1.0 Mono et des sous-titres anglais et espagnols sont aussi offerts en option. Cependant, comme de coutume chez la Fox, l’absence de sous-titres français est encore une fois à déplorer. Du côté des suppléments, cette édition n’a que peu à offrir. Nous avons droit à la bande-annonce originale du film diffusée en salle et aux bandes-annonces de trois titres catalogue de la Fox : THE CABINET OF CALIGARI (Roger Kay, 1962), THE LEGEND OF HELL HOUSE (John Hough, 1973) et PHANTOM OF THE PARADISE (Brian De Palma, 1974). ------------------------------------------------------------- Reflet d’une époque glorieuse et bénie où le cinéma fantastique était autre chose qu’une succession de scènes chocs avec effets spéciaux répétitifs filmées par des cracks du vidéo-clip, THE INNOCENTS saura ravir tous ceux qui recherchent un certain raffinement dans le style et, par dessus tout, du contenu. Merci M. Clayton ! Studio éditeur : 20th Century-Fox Date de sortie : 6 septembre 2005 Film : 5/5 Image : 4/5 Son VO : 3/5 Bonus : 1,5/5 Marc Lespérance marcl@dvdquebec.com Jeudi 3 Novembre 2005
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