|
THE GOOD GERMAN (L'AMI ALLEMAND), le DVD zone 1Steven Soderbergh est probablement le plus prolifique des cinéastes américains du moment. En effet, après les échecs successifs de KAFKA (1991) et KING OF THE HILL (1993), l'auteur de SEX, LIES AND VIDEOTAPES (1989) n'en finit plus d'empiler un film après l'autre depuis son fulgurant retour sur la route du succès depuis le polar OUT OF SIGHT (1998), première étape d'une fructueuse collaboration avec George Clooney qui se perpétue encore une fois avec ce drame d'espionnage.
L'Allemagne ayant finalement abdiqué, la guerre est maintenant terminé sur le front européen et c'est dans un Berlin complètement dévasté que débarque le capitaine Jake Geismer (George Clooney) en tant que journaliste afin de couvrir la conférence de Postdam qui débutera incessamment en ce mois de juillet 1945. Geismer y retrouve un amour passé en la personne de Lena Brandt (Cate Blanchett), maintenant veuve d'un scientifique allemand ayant entretenu une collaboration étroite avec les nazis. Non seulement ces retrouvailles s'annoncent douloureuses pour Geismer mais celui-ci découvre que Lena s'avère être l'amante du jeune caporal Patrick Tully (Tobey Maguire), qui n'est nul autre que son chauffeur. Ces quiproquos l'amèneront ensuite à une étrange affaire de meurtre impliquant Lena dont les ramifications semblent reliées à un complot politique opposant les autorités russes et américaines.
Aussi éclectique que prolifique, Steven Soderbergh nous a depuis longtemps habitué à un certain mélange de genres et de styles dans sa filmographie. S'il s'est fait la main sur quelques projets dits commerciaux (ERIN BROCKOVICH, TRAFFIC, OCEAN'S ELEVEN), Soderbergh n'a pas hésité à prendre en main aussi quelques films faisant appel à plus d'expérimentation comme en témoigne le superbe thriller THE LIMEY (1999), réjouissant exercice de style rendant hommage au polar néo-noir et fortement influencé par le POINT BLANK (1967) de John Boorman. Soderbergh a même eu l'audace d'adapter SOLARIS (2001), le célèbre récit de science-fiction de Stanislaw Lem qui a déjà fait l'objet d'une autre célèbre adaptation au grand écran par le cinéaste russe Andreï Tarkovski en 1972. Tout récemment, Soderbergh a commis BUBBLE (2005), sorte de récit semi documentaire situé dans une petite ville ouvrière du Midwest américain. À la lecture du résumé proposant un récit d'espionnage tout à fait conventionnel, rien n'indique que THE GOOD GERMAN s'inscrit dans la veine expérimentale de la filmographie de Soderbergh. Et pourtant c'est bien le cas, car Soderbergh utilise le script de Paul Attanasio (QUIZ SHOW), lui-même adapté du roman de Joseph Kanon, afin d'en faire un hommage direct aux thrillers d'espionnage des années 1940, et plus particulièrement du côté des incontournables CASABLANCA (Michael Curtiz, 1941) et THE THIRD MAN (Carol Reed, 1949). Pour ce faire, le cinéaste s'est imposé un défi insolite : soit de re-capturer l'ambiance de ces productions au charme suranné en tournant son film purement et simplement à la manière d'autrefois et avec les moyens de l'époque. Ainsi, Soderbergh exigea une méthode de travail tout ce qu'il y a de plus artisanale, avec une photographie noir et blanc en format plein écran (1.33:1), le son enregistré selon les méthodes de mixages de l'époque (notamment avec des micros maintenus sur des perches remplaçant les habituels micros portatifs) et surtout un tournage effectué entièrement en studio. Le résultat a de quoi faire sourire le spectateur le plus averti. En effet, le résultat à l'écran est étonnant. La photographie d'un certain Peter Andrews agissant comme chef-opérateur (qui est nul autre que Soderbergh lui-même sous un pseudonyme) capture très bien l'essence visuelle de l'époque. Tout y est, effets d'ombres et lumières et jeux de contrastes, Soderbergh a même pris soin d'altérer volontairement la qualité de la pellicule afin d'obtenir une profondeur très marquée des noirs ainsi qu'une certaine surexposition de la lumière donnant à certains passages un aspect vieillot des plus bienvenus pour l'expérience. Ce travail de photographie s'agence d'ailleurs à merveille aux décors ingénieux du chef-décorateur Philip Messina (un régulier de l'écurie Soderbergh) qui reconstitue habilement l'aspect délabré, morne et désolant du Berlin de l'époque de la capitulation. De plus, la partition musicale de Thomas Newman (SHAWSHANK REDEMPTION, AMERICAN BEAUTY) s'avère un joyau de lyrisme romanesque et semble tout droit sortie de chez Max Steiner. Cependant, il semble que Soderbergh se soit tellement appuyé à peaufiner le look visuel de son film qu'il en a quelque peu oublié le reste. Autrement dit, l'exercice de style a pris le dessus et s'est fait quelque peu au détriment du contenu. L'intrigue du script d'Attanasio semble parfois un peu trop complexe et morcelée, minant parfois l'intérêt, sans compter que le suspense semble parfois un peu trop dilué. De plus, Soderbergh semble ne pas aller totalement au bout de ses intentions puisque quelques éléments “modernes” se glissent ici et là, notamment un langage très cru et quelques scènes de nudité assez sulfureuses apportant un élément de réalisme très contemporain qui s'avère assez incongru pour ce film qui se veut un hommage à un certain cinéma d'antan. Comme si Steven Soderbergh n'aurait pas voulu assumer pleinement ses ambitions stylistiques en voulant garder une certaine distance. Du reste, cette production dispose d'une distribution éclatante, George Clooney en tête, devenu depuis longtemps l'acteur fétiche du cinéaste. Ayant maintenant fait ses preuves, Clooney nous offre ici une solide performance, à défaut d'être mémorable. Il faut dire que la personnalité de Clooney est beaucoup plus proche d'un Cary Grant, par exemple. Il n'est donc pas étonnant de le voir ici parfois mal à l'aise dans la peau d'un personnage très “bogartien”. Néanmoins, il s'en tire plutôt bien. Une étonnante surprise est à signaler aussi du côté de Tobey Maguire, celui que l'on connaît surtout dans la peau du timide et sympathique Peter Parker alias le Spiderman des trois opus de Sam Raimi. Maguire, que l'on est habitué à voir évoluer à l'écran sous des personnages candides, étonne ici avec ce petit caporal dont l'allure débonnaire et enjoué, très “american boy”, dissimule une personnalité des plus cruelles et perverses. Cependant, la palme revient à Cate Blanchett (ELIZABETH, THE AVIATOR) qui rayonne littéralement dans le rôle de la femme fatale de service, et qui apporte un parfum de charme alliant mélancolie et mystère qui n'a rien à envier à Ingrid Bergman ou Lauren Bacall. La performance de Blanchett est donc celle qui laisse le souvenir le plus durable. Lors de sa présentation en salle, THE GOOD GERMAN fut présenté en format panoramique 1.66:1 pour accommoder les composantes actuelles des salles de cinéma. Cependant, pour cette sortie DVD, le film est présenté dans le format voulu par Steven Soderbergh, soit le format plein écran 1.37:1 et qui est le format courant pour l'époque évoquée. Le transfert offert ici est excellent et reproduit de belle façon les composantes de la photographie de cette production, et particulièrement du côté des choix stylistiques du réalisateur. Il est donc à noter que les supposés artéfacts que l'on voit à l'écran ne découle donc pas de la qualité du transfert. Cette édition dispose de la version originale anglaise avec une piste en format Dolby Digital 5.1 qui, malgré les possibilités de son format, offre un environnement sonore surtout confiné aux canaux avant avec très peu d'interaction sur les canaux arrière. Le mixage dispose toutefois d'une très bonne isolation des textures sonores et d'une reproduction adéquate des basses. Par contre, les puristes préféreront sûrement se tourner sur l'autre piste offrant la version originale, cette fois-ci en format Dolby Digital 2.0 Stereo dont le format se rapproche beaucoup plus des composantes sonores de l'époque. La version française (produite en France) est aussi offerte en format Dolby Digital 5.1 et s'avère de qualité presque équivalente à la piste anglaise 5.1. L'on peut tout de même déplorer une certaine déficience dans l'isolement des textures sonores, où les dialogues s'avèrent parfois mal juxtaposés au paysage sonore. Une piste espagnole de format Dolby Digital 5.1 est aussi disponible, de même que des sous-titres français, anglais et espagnols. Probablement dû à l'échec qu'a connu le film au box-office, Warner n'a pas cru bon d'inclure ici le moindre petit supplément. Pas même une bande-annonce. ------------------------------------------------------ Malgré ses défauts, THE GOOD GERMAN propose un intéressant exercice de style ponctué de clins d'oeils et de références (la scène finale est presque directement calquée sur la finale de CASABLANCA) qui raviront surtout les cinéphiles des plus avertis, ce qui explique probablement l'échec qu'a connu le film à sa sortie en salle, d'où cette édition DVD des plus expéditives que Warner nous sort presque par la bande. Studio éditeur : Warner Date de sortie : 22 mai 2007 Film : 3,5/5 Image : 4/5 Son VO : 3,5/5 Son VF : 3/5 Bonus : 0/5 Marc Lespérance marcl@uneporte.com Jeudi 15 Novembre 2007
HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) | |
Dans la même rubrique :
THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis - 17/12/2007PEER GYNT (1941), le DVD zone 0 - 14/12/2007THE DAY OF THE TRIFFIDS (1981), le DVD zone 1 - 26/11/2007A DOG’S BREAKFAST, le DVD zone 1 - 23/11/2007THE RETURN OF THE LIVING DEAD (LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS) (1985), l'édition DVD de collection en zone 1 - 14/11/2007KANSAS CITY CONFIDENTIAL (1952), le DVD zone 1 - 06/11/2007PLANET TERROR (PLANÈTE TERREUR), l’édition DVD spéciale (2 disques) zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis - 02/11/2007 |
|
|
UnePorte.Net est produit au Québec.
Plusieurs logos, images et marques de commerce publiés dans nos pages appartiennent aux propriétaires respectifs. ©Copyright UnePorte.Net 2002-2007. Tous droits réservés. Design : Marie-Hélène Pierre |
||

DVD/HD DVD/Blu-ray (Critiques A à Z)
