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THE FOUNTAIN (LA FONTAINE) (2006), le HD DVDAprès l'énigmatique PI (1997) et le très discuté REQUIEM FOR A DREAM (2000), Darren Aronofsky s'est acquis une bonne position parmi les metteurs en scène les plus prometteurs de la relève du cinéma américain, certains voyant même en lui le digne successeur de David Lynch en ce début d'un nouveau millénaire. Dire que le petit dernier d'Aronofsky était très attendu relèverait d'un pur euphémisme sachant que THE FOUNTAIN fut accouché dans la douleur après plus de cinq ans de déboires et de pérégrinations.
Annoncé maladroitement comme un film de science-fiction, avec en tête d'affiche deux comédiens ayant participé à au moins un nanar du genre, THE FOUNTAIN connut un échec clair et net aux box-office. En effet, à une époque où le genre de la SF tient surtout des récits de batailles interstellaires et des innombrables films de super-héros, Darren Aronofsky nous propose plutôt ici un somptueux conte moral et philosophique ayant laissé plus d'un perplexe, car décrire le “récit” de THE FOUNTAIN s'avère quasi-impossible, le contenu s'interprétant à divers niveaux. Tout au plus peut-on dire que le script du scénariste-réalisateur raconte une histoire d'amour à travers trois époques : le passé, le présent, et le futur. Nous sommes présentés tout d'abord à Tomas (Hugh Jackman), un chevalier Espagnol parti à la découverte de l'Arbre de Vie dans les contrées de la civilisation maya afin de délivrer sa bien-aimée reine Isabelle d'Espagne captive du Grand Inquisiteur (Stephen McHattie). Ensuite, nous retrouvons le Dr Thomas Creo (Hugh Jackman), un chercheur médical tentant désespérément de trouver un remède à partir d'extraits pris sur l'écorçe d'un arbre aux propriétés extraordinaires afin de guérir son épouse Izzy (Rachel Weisz), atteinte d'un cancer incurable. Finalement, un voyageur de l'espace (Hugh Jackman) poursuit un voyage interstellaire à l'intérieur d'une bulle accompagné d'un vieil arbre mourant, en route vers une nébuleuse qu'il croit être source d'immortalité.
Loin d'être un film à sketches, THE FOUNTAIN est constitué de trois récits se déroulant selon une structure narrative complexe où les trois époques s'entremêlent et se confondent constamment jusqu'à former une mosaïque qui se veut un conte à teneur universelle, construit comme une parabole philosophique sur l'amour, la mort et surtout sur le mythe de l'immortalité présent à travers les âges. Un magnifique poème visuel animé par l'immense beauté picturale de la photographie du chef-opérateur Matthew Libatique (PI, REQUIEM FOR A DREAM) et qui renforce le symbolisme dont est teinté le récit en filigrane. On pense d'ailleurs tout de suite à l'eau, une métaphore présente du début à la fin et qui justifie le sens même du titre du film, se référant, bien sûr, à la fontaine de jouvence. THE FOUNTAIN va même plus loin jusqu'à provoquer une réflexion sur le sens véritable de la vie ainsi que notre propre sens des valeurs tout en se faisant le reflet de la nature humaine, de sa fragilité... et de son existence éphémère en ce monde. Évidemment, tout est question d'interprétation, et celle de votre humble serviteur ici présent n'en est qu'une parmi tant d'autres. Il serait donc futile au premier visionnement de tenter de “comprendre” et de saisir tout ce qui se cache derrière ce petit chef-d'œuvre qui se veut d'abord et avant tout une expérience sensorielle et spirituelle plus qu'un visionnement pur et simple, au même titre probablement que l'était le 2001 de Stanley Kubrick à l'époque (1968). Je ne saurais que conseiller au spectateur de se laisser transporter par la mise en scène flamboyante de Darren Aronofsky, l'atmosphère à la fois méditative et fantasmagorique suggéré par la superbe partition musicale de Clint Mansell (PI, REQUIEM FOR A DREAM) et par l'interprétation prenante de ses deux vedettes qui trouvent ici leurs meilleurs rôles respectifs à ce jour. Hugh Jackman (X-MEN, VAN HELSING) est étonnant d'intensité et de subtilité tandis que l'on retiendra longtemps la composition touchante et prenante de Rachel Weisz (THE MUMMY, THE CONSTANT GARDENER), dont les grands yeux si expressifs réussissent à eux seuls à transmettre toute la charge émotive de son personnage, qui se veut d'ailleurs le reflet de la transcendance voulue par le réalisateur à cette histoire peu commune. Outre le HD DVD testé ici (qui contient aussi, sous la forme combo, le DVD), Warner offre d'autres galettes numériques de ce film : une édition Blu-ray, une édition DVD panoramique et une édition DVD plein écran (1.33:1). Le HD DVD du film THE FOUNTAIN présente le ratio original du film 1.85:1, tiré d'un transfert 1080p suivant un encodage VC-1. Ce genre de film se doit de donner un résultat intéressant en haute définition et, de façon générale, THE FOUNTAIN vaut bien sûr le coup d'œil avec ce transfert. Mais, comme c'est souvent le cas pour les films tournés volontairement avec éclairages restreins, la définition semble moins spectaculaire sur plusieurs plans. Il faut dire qu'à part quelques rares scènes bien lumineuses, l'ensemble est presque toujours dans un environnement de pénombre où il est parfois difficile de bien saisir l'ampleur des possibilités du format HD DVD. Ce n'est certes pas un défaut, soyez rassurés sur ce point, car ce transfert VC-1 se compare bien sûr avantageusement à l'encodage MPEG 2 du DVD en 480p. D'ailleurs, ce genre de film exploite à merveille la facilité qu'a le HD DVD (et le Blu-ray aussi cela dit) à maîtriser les dégradés sombres sans aucun problème de compression (car oui, on parle également de compression avec les encodages utilisés pour les supports HD). Bref, sans être impressionnant et loin d'être un film démo sur HD DVD, le rendu procure tout de même une plaisir visuel digne de ce film. Cela aurait-il pu être mieux ? Honnêtement, je pense que oui. Deux pistes audio sont proposées : la version originale anglaise Dolby Digital Plus 5.1 et le doublage français (produit au Québec) aussi Dolby Digital Plus 5.1. Ces deux pistes ont la même ouverture de champ comme ambiance sonore. La seule différence se situe au niveau des dialogues, celui en version originale ayant beaucoup plus de présence. Le doublage québécois est loin d'être raté pour autant. Dans l'ensemble, cela demeure des mixages plutôt polis comme le ton du film lui-même. Un mot cependant au sujet du canal .1 (LFE) servant votre caisson dédié aux extrêmes graves : s'il passe le test de la scène final (où le vaisseau spatiale en forme du bulle et Hugh Jackman fusionnent littéralement avec la nébuleuse… ), vous pourrez être fier de votre matériel audio cinéma maison. Personnellement, je l'avoue, mon caisson ne passe pas ce test tellement ce flux d'infra vibrant est, pendant quelques secondes, extrême (test raté aussi chez un copain mieux équipé encore). À chaque fois où je me permets de visionner cet extrait, j'ai la désagréable impression que mon enceinte va littéralement exploser. Comme dirait nos amis français d'outre-Atlantique, cette scène « déchire grave ! » Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles uniquement avec le visionnement du film. Quelques suppléments qui se retrouvent aussi sur l'édition DVD (on regrette ici l'absence d'un commentaire audio du réalisateur) : Inside The Fountain : Death And Rebirth Un long documentaire de plus d'une heure faisant office de “making-of” officiel du film et bâti comme un journal filmé couvrant toutes les étapes de la conception du film, de la phase de la pré-production (incluant les premiers repérages et le tournage avorté en Australie début 2002), les déboires entraînant l'arrêt temporaire du projet imposé par la Warner et finalement le deuxième feu vert où le projet renaquit de ses cendres presque deux ans plus tard et entraînant cette fois-ci toute l'équipe au Québec, tout d'abord aux studios Mel's du Technoparc de Montréal, et en extérieurs dans le centre-ville et à Oka. Theatrical Trailer Bande-annonce originale du film. Quelques suppléments non présents sur l'édition DVD (curieusement, même si les bonus décrits ci-après sont exclusifs aux formats HD, ils ne sont pas encodés 1080p mais bien en définition standard) : The Interview Une conversation à plusieurs niveaux dans un esprit de franche camaraderie où l'actrice Rachel Weisz (qui est un peu ici l'intervieweuse) et l'acteur Hugh Jackman échangent sur différents aspects du film et de sa production avec quelques réflexions philosophiques au passage. Sympathique. VFX Step by Step Plusieurs scènes sont ici présentées avec toutes leurs étapes de fabrication au niveau des effets spéciaux. Simplement accompagné de musique, ce supplément est somme toute un peu statique et plutôt long. Inside the Director's Mind : Scene to Storyboard Comparison Genre de supplément souvent exploité depuis l'avènement du format DVD, ici il ne présente que peu d'intérêt. Un peu long également avec ses 15 minutes. Peter Parks Bonus Bonus futile mais fort agréable visuellement. Un petit vidéo de 5 minutes du responsable des effets optiques sur THE FOUNTAIN (et chimiques devrais-je dire) qui passera en boucle si vous ne sortez pas au menu, offrant des effets visuelles organiques comme ceux présentés dans le film. Le tout est accompagné d'une musique de Clint Mansell (superbe en passant cette musique tout au long du film), collaborateur de Darren Aronofsky depuis ses débuts. Aucun sous-titres français sur les suppléments. Bande-annonce / THE FOUNTAIN video/quicktime
THE FOUNTAIN semble connaitre une certaine renaissance depuis les sorties domestiques DVD, HD DVD et Blu-ray. Tant mieux car cette œuvre est la preuve visuelle incontestable que Darren Aronofsky est non seulement un des chefs de file du “nouveau” cinéma américain, mais aussi définitivement un des cinéastes les plus fascinants de sa génération. Oui, THE FOUNTAIN n'est pas nécessairement facile d'accès au premier abord et requiert une bonne dose d'attention et surtout une bonne ouverture d'esprit afin de pouvoir vraiment apprécier à sa juste valeur ce magnifique poème visuel qui se bonifie à chaque écoute. Ce qui en fera probablement un des films les plus discutés de la décennie.
Studio éditeur : Warner Date de sortie : 15 mai 2007 Film : 5/5 Image : 4/5 Son VO : 4,5/5 Son VF : 4/5 Bonus : 3/5 Marc Lespérance (critique film et collaboration critique suppléments) marcl@uneporte.com Jean Guèvremont (critique technique et collaboration critique suppléments) jean@uneporte.net Jeudi 21 Juin 2007
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