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Lundi 12 Mai 2008
3:13

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THE DEPARTED (AGENTS TROUBLES), le HD DVD

En ces temps sombres où le cinéma américain nous habitue à une tendance marquée pour les remakes aussi inutiles que médiocres, voilà que le cinéaste chevronné qu'est Martin Scorsese se met lui aussi de la partie avec THE DEPARTED, relecture de INFERNAL AFFAIRS (2002), un classique incontournable du polar “made in Hong Kong” qui détient déjà une base enviable d'inconditionnels chez les cinéphiles.



THE DEPARTED (AGENTS TROUBLES), le HD DVD
Fraîchement sorti de l'académie de police, la recrue Billy Costigan (Leonardo Di Caprio) rencontre les enquêteurs Queenan (Martin Sheen) et Dignam (Mark Wahlberg) pour se voir offrir la mission périlleuse d'infiltrer le gang de Frank Costello (Jack Nicholson), un caïd de la pègre irlandaise de Boston faisant la loi dans les bas quartiers de la ville. Cette mission clandestine vient appuyer une opération majeure de l'unité des enquêtes spéciales supervisée par le capitaine Ellerby (Alec Baldwin) dont l'objectif est d'enrayer le crime organisé à Boston. Au même moment, l'agent Colin Sullivan (Matt Damon) jouit de la confiance de ses pairs au sein du département et mène une vie rangée avec Madolyn (Vera Farmiga), psychiatre rattachée aux services de police (comptant Costigan parmi ses patients) et future tendre épouse. Sullivan s'avère pourtant lui-même une taupe à la solde de Costello. Celui-ci déjoue alors avec succès les divers plans et stratégies du capitaine Ellerby grâce aux informations fournies par Sullivan, récemment muté aux enquêtes spéciales. La rumeur d'une taupe au sein du service commence à circuler, risquant de compromettre la couverture de Costigan, lui qui a réussi à se faire une place enviable auprès de Costello et de son acolyte mystérieux, le laconique M. French (Ray Winstone). Un jeu du chat et de la souris débute alors entre Costigan et Sullivan alors que les deux policiers infiltrateurs tentent de se débusquer l'un l'autre.

Il peut paraître surprenant de voir Martin Scorsese, auteur des immortels TAXI DRIVER (1976) et RAGING BULL (1980) en plus des incontournables GOODFELLAS (1990) et CASINO (1995), s'atteler à un remake, ce qui peut sembler indigne d”un cinéaste de la trempe de Scorsese qui a depuis longtemps été sacré “auteur” par certains cinéphiles puristes. Pourtant, Scorsese est déjà passé par là avec CAPE FEAR (1991), remake du thriller de Jack Lee-Thompson (GUNS OF NAVARONE) mettant en vedette Gregory Peck et Robert Mitchum. Cette fois-ci, il s'attaque à un défi de taille et même peu enviable en osant la relecture d'un film-culte adulé par une pléthore de fanas assidus de cinéma asiatique qui ont d'ailleurs tôt fait de décrier le projet du cinéaste bien avant sa sortie. Cependant, à la première lecture du synopsis il est aisé de comprendre l'intérêt de Martin Scorsese pour ce projet contenant plusieurs éléments rejoignant les principales préoccupations artistiques du réalisateur. N'ayant pas eu la chance d'avoir vu moi-même INFERNAL AFFAIRS, je me concentrerai donc sur une analyse vue à partir des caractéristiques représentatives de “l'univers Scorsese”.

Le thème principal de THE DEPARTED est celui de la duperie et de la tromperie. En effet, l'univers dépeint dans le Scorsese nouveau est ambivalent à souhait et est teinté constamment de faux-semblants, à commencer par les deux personnages principaux, deux agents infiltrateurs travaillant au sein du même service mais servant les deux côtés opposés de la loi. On comprend tout de suite l'attirance pour le réalisateur à mettre en images le script de William Monaghan (KINGDOM OF HEAVEN) qui prend un malin plaisir à brouiller constamment les pistes et les lieux communs évidents, pour ne laisser finalement sur son passage qu'une zone grise à souhait qui a tout pour plaire au style du réalisateur. De plus, Monaghan ne s'est pas contenté d'une simple relecture de INFERNAL AFFAIRS, et s'est plutôt tourné vers son Boston natal pour rédiger son script s'inspirant astucieusement du cas véridique d'un caïd de la pègre locale nommé Whitey Bulger (servant bien sûr de base au personnage de Frank Costello), un mafieux irlandais notoire dont l'odyssée n'est pas sans rappeler le propre cheminement du pégreux joué par Jack Nicholson au grand écran. Le plaisir de cinéaste se ressent vivement dans la mise en scène cette mosaïque du monde interlope où flics et truands évoluent dans un environnement où rien ne semble être ce qu'il paraît et où le code d'honneur est constamment bafoué des deux côtés. Scorsese accouche ainsi d'un thriller haletant mené avec l'assurance qu'on lui connaît avec une mise en scène réglée au quart de tour grâce à son savoir-faire habituel. Il retrouve ici plusieurs de ses collaborateurs habituels, à commencer par le chef-opérateur Michael Ballhaus (GOODFELLAS, GANGS OF NEW YORK) dont les caméras nerveuses et inquisitrices nous dressent un portrait sombre et sinistre du quartier irlandais de Boston, bien appuyé d'ailleurs par les décors de Kristi Zea (GOODFELLAS). Quant au compositeur Howard Shore (SILENCE OF THE LAMBS, LORD OF THE RINGS), nouveau venu dans l'écurie Scorsese (GANGS OF NEW TORK, THE AVIATOR), ce dernier s'acquitte d'une partition musicale discrète mais lyrique s'adaptant de belle façon au style baroque du cinéaste.

Autre thème central et très important parce qu'il est particulièrement typique de l'univers scorsesien est celui de la rédemption, bien rattaché d'ailleurs à la fascination qu'éprouve le cinéaste pour les symboles religieux, plus précisément du côté du catholicisme. Ancien jeune délinquant dont le père était acoquiné avec la pègre, Costigan voit son intégration dans les services de police comme une occasion de rentrer dans le droit chemin tandis que Sullivan se surprend à remettre en question, par amour pour sa fiancée, son propre engagement envers le truand Costello. Il est intéressant de noter que Scorsese suggère le tout ici avec une subtilité exquise, en intégrant de brefs plans d'églises ou de statues dans les séquences où les protagonistes laissent libre cours à leurs états d'âmes. Même Costello n'y échappe pas : dans une scène où le caïd provoque acerbement deux prêtres et une religieuse, Scorsese se charge de dépeindre la scène avec une insolence teintée d'une crainte mêlée d'un certain respect. Comme quoi l'on n'échappe pas si facilement à une bonne vieille éducation judéo-chrétienne !

Martin Scorsese dispose ici d'un casting de choc réunissant deux des grandes vedettes de l'heure. Après deux performances mi-figues mi-raisin auprès du maître pour GANGS OF NEW YORK (2002) et THE AVIATOR (2004), Leonardo Di Caprio en est à sa troisième collaboration avec le célèbre metteur en scène et trouve enfin chaussure à son pied avec un rôle enfin à la mesure de son talent et surtout de son jeune âge. En effet, alors que les airs d'adolescent éternel de Leo ne convenaient pas vraiment au jeune homme rude de GANGS OF NEW YORK et au Howard Hughes de THE AVIATOR, ceux-ci sont en tout point convenable pour ce jeune agent infiltrateur constamment sous pression et dont la santé d'esprit se retrouve sur un fil ténu. C'est avec amusement que l'on peut le voir opposé à Matt Damon, un autre jeune acteur de talent mais avec une physionomie semblable de jeune collégien qui en faisait un choix douteux pour, entre autres, le Jason Bourne de THE BOURNE IDENTITY (Doug Liman) et THE BOURNE SUPREMACY (Paul Greengrass, 2004). Ici Damon est fort à son aise dans ce qui est probablement la meilleure composition de sa carrière dans un rôle très exigeant et complexe où le comédien joue avec une palette très variée d'émotions. Du même coup, Damon, natif lui-même de la région de Boston, en profite pour exhiber son authentique accent local, à l'égal de Mark Wahlberg, autre acteur bostonnais, qui nous gratifie ici d'une performance énergique et parfois un tantinet trop outrancière. Les rôles de soutien ne perdent rien au change, à commencer par ce vieux farceur de Jack Nicholson, égal à lui-même et qui refait ici encore une fois son numéro de vieux chat de gouttière inquiétant mais qui s'avère encore une fois très efficace. Pour le reste, Alec Baldwin (MIAMI BLUES), Martin Sheen (APOCALYPSE NOW) et plus particulièrement Ray Winstone (SEXY BEAST) complètent le tableau d'excellente manière avec des interprétations solides et la jeune Vera Farmiga (RUNING SCARED) réussit à rendre intéressant un personnage convenu grâce à quelques subtiles touches insufflant de la complexité à son personnage.

Notez ici que le film THE DEPARTED est disponible aussi en format haute définition Blu-ray Disc, en format DVD panoramique 1 disque, en format DVD plein écran 1 disque et sur une édition DVD 2 disques. L'édition HD DVD testée ici contient aussi sur une face une version DVD; ce « combo format », exploité de temps en temps par Warner et Universal est, à mon humble avis, tout à fait inutile...

L'image de THE DEPARTED est présentée sur format HD DVD avec son ratio original de 2.40:1 (évidemment, s'il fallait que ce ne soit pas le cas) d'après un transfert haute définition 1080p, encodé avec le codec VC-1. Il faut être honnête ici, difficile de prendre en défaut cette présentation. Ce HD DVD respecte fidèlement les subtilités du directeur photo en nous offrant une image hyper contrastée et évidemment sans aucun artéfact; comment pourrait-il en être autrement car, pour le passage aux différents formats domestiques, les films récents puisent leur source directement après le montage numérique HD, que le film soit tourné sur du matériel argentique ou non. Les couleurs, un peu ternes, sont fidèles à la vision en salles et la définition est impeccable. Petite nuance d'enthousiasme en ce qui concerne une scène à l'opéra à 1 h 17 : le rouge dominant bave un peu même si cela n'a rien à voir avec ce que l'encodage 480p du DVD nous donne. Cela nous amène cependant à penser que peu importe le codec de compression, certaines teintes de rouge demeurent encore chatouilleuses numériquement.

Le HD DVD nous propose 4 pistes audio : la version originale anglaise encodée Dolby TrueHD 5.1 et offerte aussi au format Dolby Digital Plus 5.1, la version française (doublage réalisé au Québec) Dolby Digital Plus 5.1 et le doublage espagnol aussi Dolby Digital Plus 5.1. Avec les lecteurs Toshiba sur le marché, ces encodages Dolby Digital Plus et Dolby TrueHD utilisent un train de bits DTS plein débit (1536kbps) sur un amplificateur possédant l'option DTS avec une connexion optique numérique. Le mixage Dolby Digital Plus et Dolby TrueHD offre le même rendu sur un ampli standard. En fait, il faudra attendre la démocratisation des nouveaux décodeurs avec l'utilisation audio HDMI pour réellement distinguer la nuance de l'encodage sans perte Dolby TrueHD qui va au-delà de 1536kbps et pouvant atteindre un débit allant jusqu'à 18 Mbps. Ces présents mixages en version originale sont bien réalisés et exploitent en nuance les possibilités des formats 5.1. L'ambiance ambiophonique particulièrement réaliste est cependant plutôt appuyée sur les 3 canaux avant. Malgré tout, ces pistes anglaises nous offrent une bonne isolation des éléments sonores au moment opportun. Le doublage réalisé au Québec est correct sans être exceptionnel. À une époque, le timbre de voix de Joël Legendre se mariait passablement bien à Leonardo Di Caprio mais l'évolution de la voix originale de ce dernier depuis 10 ans n'est pas du tout sentie ici, bien que Legendre fasse un travail honorable de façon générale. Je ne suis pas fervent des changements de voix en ce qui concerne les doublages mais, dans ce cas-ci, ce serait de mise. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles avec le visionnement du film.

En ce qui concerne les sous-titres français pour les suppléments présents sur l'édition DVD (2 disques), ils ne sont pas honorés ici. Warner en haute définition et même sur DVD fait faux bond aux francophones depuis peu : non seulement le studio a récemment retiré la disponibilité des sous-titres français sur ses récentes parutions de titres catalogues, il prive aussi les suppléments de sous-titres français pour les récents films sur support haute définition (HD DVD ou Blu-ray Disc), et ce, même si les galettes DVD de ces mêmes films en sont pourvues. Mention honorable à Paramount et Universel qui, eux, poursuivent leur bonne habitude en haute définition de sous-titrer les suppléments en français (Paramount ajoutant même la possibilité de sous-titrer les films en français, ce qui n'était pas le cas sur support DVD). Bref, honte à Warner avec cette nouvelle politique douteuse !

Aussi, cette édition HD DVD de THE DEPARTED souffre de l'absence d'un commentaire audio de Martin Scorsese (sur tous les formats d'ailleurs). Et ce n'est pas fini les points négatifs : une autre déception importante est bien l'absence sur les deux formats HD du documentaire nommé « Scorsese on Scorsese » qui est disponible sur l'édition DVD 2 disques; d'une durée de 85 minutes, ce documentaire exhaustif du canal TCM montre le réalisateur Martin Scorsese, par le biais d'une entrevue, récapitulant quelques anecdotes sur sa brillante carrière. Malgré tout, on retrouve sur ce HD DVD les suppléments suivants mais n'exploitant pas du tout les possibilités des formats HD et encodé 480p :

Theatrical Trailer (présent sur la face DVD de ce disque)
Bande-annonce originale du film diffusée en salle.

The Story Of The Boston Mob
Documentaire constituant en un amalgame où s'entremêle un “making-of” du film avec une reconstitution du véritable parcours du gangster Whitey Bulger ainsi que de l'évolution de la pègre irlandaise de Boston.

Crossing Criminal Cultures
Autre entretien avec Martin Scorsese qui discute de l'influence du crime organisé et du monde interlope new-yorkais sur son parcours cinématographique.

Deleted Scenes
Quelques scènes supprimées du montage de la version présentée en salle pouvant être visionnées ici avec en prime un commentaire audio optionnel du réalisateur.




Bande-annonce / THE DEPARTED
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Reconnu pour ne pas faire dans la dentelle, Martin Scorsese persiste et signe ici avec ce qui est peut-être son film le plus pessimiste depuis RAGING BULL. THE DEPARTED démontre aussi encore une fois comment nul autre que Scorsese peut dépeindre avec autant d'acuité le petit monde de la pègre. Certains détracteurs reprochent d'ailleurs à Scorsese sa vision très sombre de la “petite Amérique”, celle des immigrants. Lui-même enfant des rues de la Petite Italie de New York, Scorsese n'a pourtant de cesse de répliquer qu'il parle de “la réalité que je connais”, et THE DEPARTED n'est autre qu'un jalon de plus dans cette chronique troublante.

Studio éditeur : Warner
Date de sortie : 13 février 2007

Film : 4/5
Image : 4,5/5
Son VO : 4,5/5
Son VF : 4/5
Bonus : 2,5/5



Marc Lespérance (critique film et suppléments)
marcl@uneporte.com

Jean Guèvremont (critique technique et suppléments)
jean@uneporte.net

Vendredi 02 Mars 2007

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