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Vendredi 16 Mai 2008
3:57

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THE AGONY AND THE ECSTASY (1965), DVD zone 1

«Quand donc y mettrez-vous fin?» «Quand j'aurai fini!» C'est par ces admonestations répétées et bouffonnes que selon l'écrivain américain Irving Stone, le pape Jules II Della Rovere et le peintre-sculpteur Michelangelo Buonarotti, caractères jumeaux dans leur fierté et leur entêtement, se toisaient sans cesse. L'un, leader impérial, farouche guerroyeur et mécène éclairé, soucieux de rétablir l'hégémonie plus terrestre que morale de l'Église. L'autre, dit Michel-Ange, salué universellement comme le plus génial maître-artiste complet de son temps, et peut-être de tous les temps, figure olympienne qui considérait la sculpture comme le plus noble des arts, et s'étant fait imposer par le premier, en 1508, la lourde commande d'égayer la peu engageante Chapelle Sixtine de Rome, en en recouvrant le plafond de fresques aux «motifs appropriés». C'en est trop pour Michel-Ange qui, en crise d'inspiration, vandalise ses premières esquisses et se réfugie dans les carrières de marbre de Carrare où, au creux des montagnes, il apercevra dans les grandioses motifs nuageux un calque divin de ce qu'il doit faire. Revenu dans les bonnes grâces du bouillant Jules, il se tue à la tâche tandis que ses rivaux, le jeune Raphaël en tête, manoeuvrent en coulisses... Grâce aux bons soins et aux conseils de sa protectrice et béguin de jeunesse, la Contessina de Médicis, Michel-Ange parvient à se ressaisir et, après quatre années de dur et interminable labeur, livre enfin le plus colossal chef-d'oeuvre pictural qu'ait légué la chrétienté...



THE AGONY AND THE ECSTASY (L'EXTASE ET L'AGONIE) (1965), l'édition DVD zone 1
Adapté d'un best-seller éponyme de l'auteur de LUST FOR LIFE, biographie de Van Gogh (et meilleur rôle à l'écran de Kirk Douglas), THE AGONY AND THE ECSTASY, qui se targue de décrire «l'extase et l'agonie» de la création, constitue hélas au fil d'arrivée une dramatisation longuette, répétitive et statique aux dialogues abondants, sacrifiant l'introspection au profit d'un pseudo-spectacle à l'hollywoodienne et de l'anecdotique, l'art et la personnalité de Michel-Ange demeurant en définitive une énigme. Simple choix scénaristique, me direz-vous; à ce titre, il est révélateur d'admettre que l'excellent court-métrage documentaire de 12 minutes sur Michel-Ange le sculpteur, qui précédait le film en salles (prologue inclus sur ce DVD mais souvent écarté des diffusions télé), et intitulé The Artist Who Did Not Want To Paint, compense largement pour cette carence de données artistiques du script (sans parler de cette musique sublime qui l'accompagne, première composition homérique de cet autre titan qu'était Jerry Goldsmith...). N'empêche que les pudiques producteurs, par exemple, ont délibérément fait fi de la réalité historique en accolant à Michel-Ange une amourette improbable avec sa bienfaitrice, alors que l'homosexualité du maître, bien que réprimée, n'a jamais fait aucun doute, la seule concession à ce chapitre étant une bien étrange scène où des sbires papaux, aux chausses du peintre renégat, font s'esclaffer une fille de joie («Michel-Ange? Ici???»)...

Piégée par ces impératifs tant commerciaux que narratifs, la distribution fait ce qu'elle peut. Charlton Heston prête sa carrure imposante à Michel-Ange: acteur monolithique s'il en est, mais dont jusqu'à un certain point, la proverbiale gestuelle empêtrée sert assez bien ici l'orgueil, l'opiniâtreté et la frustration du personnage (certains percevront, dans son exil volontaire et sa «révélation sur la montagne», un clin d'oeil amusant au Moïse de THE TEN COMMANDMENTS...). Rex Harrison, mordant à souhait en irascible pape-guerrier, performance qui n'est pas sans rappeler son délectablement incisif Jules César de la CLEOPATRA (1963) de Mankiewicz... L'actrice britannique Diane Cilento (TOM JONES), Contessina de charme, qui tire malgré tout son épingle du jeu dans ce rôle ingrat et incongru... Notons aussi au générique les présences réjouissantes de Harry Andrews, éternel second/tiers couteau de tant de superproductions à costumes (MOBY DICK, NICHOLAS AND ALEXANDRA) et Adolfo Celi, l'un des adversaires les plus redoutables, la même année, qu'ait jamais eu à affronter le James Bond de Sean Connery (THUNDERBALL)... Autant de vedettes de métier sous la solide houlette de Sir Carol Reed (THE THIRD MAN, OLIVER!), cultivé homme de goût devenu tâcheron éclairé et, avec le recul, moins authentique cinéaste que simple «metteur en scène».

Deux aspects esthétiques demeurent toutefois dignes de mention: les massives prises de vues de Leon Shamroy (CLEOPATRA, PLANET OF THE APES), qui rendent justice là où ça compte aux «laborieux» tableaux de ce «Florentin présomptueux», et la splendide partition symphonique du sous-estimé Alex North (A STREETCAR NAMED DESIRE, SPARTACUS), musicien si doué pour lire entre les lignes, et qui sait exprimer les affres de la création bien mieux que ne saurait le faire le film lui-même. Car malgré toutes ses tares, ce dernier renferme un plan absolument magique, formidable moment d'anthologie entièrement redevable à la contribution de North: lorsque le pape lance son ambitieux défi à Michel-Ange, l'objectif s'élève soudain pour effectuer un panoramique le long de la large voûte encore vierge, sur un crescendo évanescent de cuivres et de cordes serti d'une note de triangle étincelante, transmutant ce banal mouvement de caméra en une expérience d'un mysticisme inouï, anticipant le miracle artistique à venir... C'est ainsi qu'en quelques secondes, une bonne musique peut exercer le pouvoir incommensurable qu'elle recèle souvent au cinéma.

Cette édition DVD de THE AGONY AND THE ECSTASY présente le film dans son format original de projection en salles, soit le format panoramique 2.35:1 (et non 2.20 comme le stipule erronément la jaquette!), d'après un transfert anamorphosé (16:9). Tel qu'expliqué dans les suppléments (voir plus bas), le film a été entièrement et amoureusement restauré à partir du négatif original 65 mm. Un travail admirable, que quelques légers fourmillements et une certaine surdéfinition des contours, failles mineures inhérentes au transfert lui-même, ne sauraient venir complètement gâcher...

THE AGONY AND THE ECSTASY est présenté dans sa version originale anglaise en deux formats: Dolby Digital 5.0 (et non 2.0 tel qu'indiqué), et Dolby Digital 2.0 Mono. Alors que cette dernière ne s'adresse qu'aux puristes, la 5.0 contient une belle séparation des canaux, comparable à celles de films beaucoup plus récents, et dont les majestueuses trames sonores de North et Goldsmith se trouvent à être les principales bénéficiaires, malgré l'absence de signaux spécifiques d'ultra-graves... La version française répond présent mais, ô surprise, au format Dolby Digital 2.0 Surround, et non Dolby Digital 1.0 Mono (décidément!), piste elle aussi de haut calibre, tant aux plans technique (clarté, puissance) qu'artistique (doublage français de la grande époque des Jean-Claude Michel, Roger Tréville, Marcel Bozzuffi...). Une version espagnole Dolby Digital 2.0 Mono, de même que des sous-titres anglais et espagnols, sont également offerts en option.

On ne s'attendrait guère à ce qu'une édition DVD mini-budget comme celle-ci, contenant autant de pistes audio et une image restaurée, puisse offrir quelque bonus que ce soit, et pourtant, c'est bien le cas. On y trouve un segment interactif intitulé Restoration Comparison qui, comme son nom l'indique, s'attèle à résumer les efforts de restauration investis sur ce long-métrage (totalisant 25 heures d'ouvrage), divisé en deux étapes (nettoyage/réparation/transfert du négatif 65 mm, restauration numérique à partir du transfert), et illustré par des exemples comparatifs de brèves séquences tirées du film, avant et après restauration. Il suffit de porter le regard à la droite de l'écran pour concéder que le résultat final, éloquent, parle par lui-même: colorimétrie corrigée, finesse des détails, bref, bain de Jouvence...

La pré-bande-annonce («teaser», 1:13) ainsi que la bande-annonce (3:26) de THE AGONY AND THE ECSTASY y figurent aussi. La première est un vestige pompeux de l'époque où les spectateurs devaient réserver leurs sièges au cinéma longtemps avant la sortie d'un film (pour ce qui s'appelait les «roadshow presentations»), afin de remporter l'insigne privilège d'assister à cet «événement unique», et ce, sans même en dévoiler un seul photogramme... La seconde, quant à elle, en assez bon état, se veut représentative du film et s'avère ma foi bien mitonnée. Pour conclure, une série de bandes-annonces de la Fox, que l'on retrouve également sur l'édition DVD de FRANCIS OF ASSISI, parue à la même date, a été ajoutée ici, quoique curieusement, omettant celle de ce dernier film...

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Ce qui était vrai il y a quarante ans s'applique encore aujourd'hui: pour peu que vous ayez une attirance marquée pour les beaux-arts, THE AGONY AND THE ECSTASY ne devrait pas vous laisser... de marbre. Les autres, plus pragmatiques, n'y verront qu'une tentative démesurée, à la limite, prétentieuse, et ultimement ratée, de démocratisation de ces mêmes formes d'expression artistique à des fins mercantiles, et que même ses vertus formelles évidentes (photo, décors, musique) ne peuvent vraiment racheter. Cela étant dit, devant un DVD si correctement produit et à coût si dérisoire, pourquoi se priver? Après tout, cela vous reviendra beaucoup moins cher qu'un billet pour le Vatican...

Studio éditeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 22 février 2005

Film : 3/5
Image : 4/5
Son VO : 4/5
Son VF : 4/5
Bonus : 2,5/5



Stéphane Michaud
steffm@dvdquebec.com

Mercredi 29 Juin 2005

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