THE ACCIDENTAL TOURIST (VOYAGEUR MALGRÉ LUI), DVD zone 1Au début des années 80, le réalisateur américain Lawrence Kasdan éclate littéralement dans le paysage du cinéma avec trois films qui remportent à la fois les faveurs de la critique et du public. Ainsi, après un audacieux film noir (BODY HEAT, 1981), une chronique sur le thème de l’amitié (THE BIG CHILL, 1983) et un western rondement mené (SILVERADO, 1985), le réalisateur décide, en 1988, de s’attaquer à l’adaptation d’un roman à succès de Anne Tyler intitulé THE ACCIDENTAL TOURIST. Si le résultat n’est pas en bout de ligne une réussite complète, il demeure encore aujourd’hui une pièce majeure de la filmographie de Kasdan, cinéaste capable de dépeindre avec une gracieuse sensibilité les souffrances de l’âme humaine dans un monde où chacun cherche à trouver la place qui lui revient.
THE ACCIDENTAL TOURIST (VOYAGEUR MALGRÉ LUI) (1988), le DVD zone 1
Macon Leary (William Hurt) gagne sa vie en rédigeant des guides touristiques pour les voyageurs de profession. Plongé depuis des mois dans une profonde dépression provoquée par la mort accidentelle de son fils unique, il a perdu tout désir de vivre, s’isolant peu à peu du monde et des gens qui l’entourent. Déchirée par cette existence axée sur la douleur et le remords, sa femme Sarah (Kathleen Turner) lui annonce un jour qu’elle le quitte, voyant dans cette ultime décision la seule façon pour elle de reprendre sa vie en main et de renouer avec les plaisirs de l’existence. Abandonné à ses tourments, Macon rencontre un jour par hasard Muriel (Geena Davis), une dresseuse de chiens qui lui porte un intérêt allant visiblement au-delà de la simple amitié. D’abord agacé par cette femme qui tente de pénétrer son univers, Macon finit pourtant par céder à ses charmes, se laissant peu à peu conquérir par les promesses d’un bonheur en lequel il avait perdu foi. Les choses semblent aller pour le mieux jusqu’au jour où Sarah revient hanter la vie de Macon, bien décidée à récupérer l’époux qu’elle a abandonné.
Fin observateur des comportements humains en situation de crise existentielle, Lawrence Kasdan donne à son film une dimension psychologique qui le place bien au-dessus de la plupart des œuvres hollywoodiennes dédiées à des sujets aussi intimistes. Malheureusement, malgré une introduction habile et une trame narrative souvent d’un grand intérêt, THE ACCIDENTAL TOURIST finit malgré tout par s’essouffler à mi-chemin, abandonnant plusieurs intrigues secondaires à peine amorcées pour se concentrer de façon quasi-exclusive sur la déchirante relation du couple Leary. Noyés tous les deux dans les abysses d’une crise dont ils ne parviennent pas à déceler les causes réelles, Macon et Sarah accaparent toute l’attention du spectateur pour le plonger au cœur de leur détresse, le détournant ainsi de la très riche galerie de personnages secondaires qui se retrouvent ainsi presque tous relégués aux oubliettes. Ayant perdu sa place auprès de Macon, Muriel n’est plus qu’un fantôme furtif au sein d’un récit où elle n’est pourtant pas d’une importance moindre. Concentrant toute son attention sur le personnage de Kathleen Turner, Kasdan réduit la place de Geena Davis, dans le dernier tiers du film, à quelques apparitions à saveur comique qui nous éloignent désagréablement de la profondeur de son personnage. Il est cependant réjouissant de constater le plaisir évident que prend Lawrence Kasdan à travailler avec sa merveilleuse équipe de comédiens. Outre le toujours excellent William Hurt, campé dans un rôle utilisant adéquatement son talent à imposer une forte présence à des personnages troubles, il faut surtout mentionner l’interprétation débordante de naïveté livrée par une Geena Davis au sommet de sa forme et qui trouve ici, sans contredit, l’un des plus grands rôles de sa carrière. Scrutée avec intérêt par l’œil de Kasdan (il n’y a qu’à remarquer le nombre de fois où la caméra s’attarde à filmer ses longues jambes), l’actrice crève littéralement l’écran et vole la vedette à tout le monde, ce qui explique sans doute l’Oscar de la meilleure actrice de soutien qu’elle remporta pour ce rôle coloré. Quant à la ténébreuse Kathleen Turner, avec toute la finesse qu’on lui connaît, elle campe ici un personnage froid et peu agréable qui ne risque pas de détrôner Muriel dans le cœur du spectateur. Détestable à souhait, elle livre une interprétation ambiguë et pleine de zones d’ombre qui marque un contraste flagrant avec sa rayonnante rivale. THE ACCIDENTAL TOURIST est présenté dans son format d’origine de 2.35:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9). Pour une œuvre qui n’est quand même pas très âgée, il est quand étonnant de constater l’abondance de taches et de petits débris qui apparaissent sporadiquement à l’écran durant le visionnement. Malgré un résultat final qui est quand même loin d’être catastrophique, on ne peut que soupirer devant les imperfections de ce transfert. La fadeur de certaines images, par exemple, ne rend pas toujours justice aux teintes mélancoliques utilisées dans la conception des images par le directeur-photo John Bailey (GROUNDHOG DAY (1993), IN THE LINE OF FIRE (1993)), choix esthétique pourtant indissociable de l’esprit général de l’œuvre. La bande-son originale anglaise est présentée dans un format Dolby Digital 2.0 Surround. Certains consommateurs sursauteront sans doute en constatant l’absence d’un fameux remixage 5.1 devenu la marque de commerce du format DVD. Il est cependant possible de se consoler un peu en tenant compte du fait qu’étant avant tout un film axé sur les dialogues, THE ACCIDENTAL TOURIST n’aurait sans doute pas gagné énormément à subir ce traitement. La bande-son disponible, malgré ses limitations, ne présente pas de faiblesses notables, offrant une place de choix aux différents éléments de la bande-son, y compris la très présente (et parfois peu inspirée) musique de John Williams. La version française du film (produite en France) est également présentée dans un format sonore Dolby Digital 2.0 Surround. Un peu plus étouffée au point de vue des effets environnants, elle s’avère néanmoins correcte et fort acceptable, rendant bien l’émotivité fragile des différents personnages. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont également inclus. THE ACCIDENTAL TOURIST est accompagné de quelques suppléments dont voici un court résumé. À noter qu’aucun sous-titre français n’est offert en option pour ces suppléments : Introduction by Lawrence Kasdan (3m16) Le réalisateur nous entretient de la teneur de son récit et de sa vision des différents personnages pendant que défilent à l’écran différentes scènes tirées du film. Commentary by Geena Davis Le commentaire de l’actrice n’accompagne pas le film dans sa pleine durée mais se concentre plutôt sur quelques scènes d’importance. Accompagné d’un modérateur qui oriente la discussion, Geena Davis nous livre ses souvenirs de tournage tout en nous entretenant du travail qu’elle a effectué pour construire son excentrique personnage de Muriel Pritchett. En sélectionnant l’option du commentaire, vous passerez directement aux scènes commentées, ce qui évite de longs silences. It’s Like Life (13m03) Un documentaire constitué d’extraits d’entrevue faites à l’époque de la sortie du film et qui servent à mettre en valeur ses différentes qualités. On aurait sans doute apprécié quelque chose d’un peu plus objectif mais le document s’avère néanmoins intéressant, surtout grâce aux quelques interventions de Kathleen Turner. Lifted Scenes (38m01) Pas moins de 18 scènes coupées ou présentées dans une version différente nous sont offertes dans cette section. Chacune est précédée d’un court texte nous permettant de la situer dans le contexte du film. Il est possible de les écouter ensemble ou de façon individuelle. Bande-annonce (1m29) Bande-annonce présentée en salle lors de la sortie du film en 1988. Pour conclure, il ne faut surtout pas croire que malgré ses quelques défauts, THE ACCIDENTAL TOURIST n’est pas un film qui mérite le coup d’œil. Film d’acteur avant toute chose, il permet au cinéphile de traverser, grâce au talent de Hurt, Davis et Turner, toute une gamme d’émotions qui ne peuvent qu’éveiller de profondes réflexions sur la vie et le bonheur. Malheureusement, un scénario parfois en panne et quelques dénouements oubliés en cours de route m’empêchent de vous recommander chaudement ce film. Dommage car il y avait là le potentiel d’une œuvre majeure. Studio éditeur : Warner Date de sortie : 20 janvier 2004 Film : 3,5/5 Image : 3,5/5 Son VO : 4/5 Son VF : 3,5/5 Bonus : 3/5 François Lajoie francois@dvdquebec.com Jeudi 26 Février 2004
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