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SUFJAN STEVENS - Illinoise
Audacieux, inspiré, compliqué, romantique, moderne; un seul et même disque, Illinoise, de Sufjan Stevens, se mérite tout ces qualificatifs et bien d'autres. Cinquième album de cet auteur-compositeur-interprète américain de 29 ans, il est le second jalon d'un très ambitieux projet : consacrer un album à chacun des 50 États américains. Si on peut s'interroger sur le sérieux du projet, on ne peut plus douter du talent de son auteur. Le premier de la série, Michigan, paru en 2003, s'était taillé une place de choix sur nos tablettes et dans nos cœurs avec un an de retard. Illinoise s'est mérité d'emblée le même sort… dès sa sortie. Ces albums sont inspirés par des impressions personnelles parfois mélancoliques, parfois légères, crées par des lieux géographiques, des faits divers, des personnages ou des événements historiques s'étant déroulés dans l'État visé, chroniques servies en une poésie proche de celle d'un Elliott Smith ou d'un Paul Simon.
Musicalement, c'est du gâteau. On devine que Sufjan Stevens possède une solide culture musicale; il s'approprie différents courants de la musique occidentale moderne et les croise d'une façon toute personnelle : des motifs répétitifs dignes de Philip Glass et Terry Riley se muent en une mélodie très proche d'un hit du groupe The Cure, une intro jazzée aboutit en une ballade folk à la Neil Young période Harvest, avec choeur de voix féminines en prime. Un peu à la manière du Penguin Café Orchestra, Sufjan fait flirter le banjo avec le quatuor à cordes. Il joue d'une foule d'instruments, j'en ai compté 23, de la flûte à bec au glockenspiel en passant par les claviers, les guitares, l'accordéon, le vibraphone, les échantillonneurs, etc. Les seuls autres musiciens présents sont l'impressionnant batteur James McAlistair ainsi qu'un quatuor à cordes. Aussi efficace qu'un Morricone, aussi complexe qu'un Zappa, l'homme-orchestre nous livre des musiques exigeantes, parfois grinçantes mais plus souvent caressantes, s'adressant à l'auditeur avisé, en quête de montagnes russes, de fraîcheur et d'originalité. Imprégnée de l'influence des compositeurs «classiques» du 20ème siècle, sa musique n'est ni académique, ni vraiment rock, ni vraiment folk, mais vraiment... émouvante. Collaboration spéciale de Sillons le disquaire pour cet article. Jeudi 17 Novembre 2005
Denis Jodoin
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