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Vendredi 3 Septembre 2010
20:22

STRAW DOGS, le DVD zone 1 de MGM

Hasard des sorties cinématographiques ou contexte social oblige, en 1971 la sortie tumultueuse de STRAW DOGS, de Sam Peckinpah, coïncida avec celle, la même année, d’un autre film tout aussi controversé « A Clockwork Orange » de Stanley Kubrick. Si tous deux sont d’une violence extrême, l’angle de vision diffère quelque peu, à la vision nihiliste de Peckinpah, Kubrick y oppose une violence fasciste imposée par le pouvoir. Peckinpah n’est pas un moraliste, Kubrick, lui, en est un, mais au final le résultat est le même.



STRAW DOGS, le DVD zone 1 de MGM
STRAW DOGS, le DVD zone 1 de MGM
L’histoire : David Sumner, jeune professeur de mathématiques américain, et sa femme Amy viennent s'installer pour travailler dans une ferme isolée de Cornouailles, le pays natal d’Amy. Afin de réparer son garage, David engage quelques jeunes gens du village. L'un d'eux, Venner, est l’ancien petit ami d’Amy avant qu’elle ne se marie. Prétextant une partie de chasse, il écarte David Sumner en le faisant inviter. En son absence, Venner et son ami Scutt violent Amy. Le lendemain soir, David et Amy, qui n'a rien osé avouer à son mari, participent à une soirée de charité. Au cours de cette fête, l'idiot du village, Henry Niles, s’amourache d’une adolescente qu'il entraîne dehors. Alerté, le père de la jeune fille, Tom Hedden, organise une chasse à l'homme. Niles, plus par peur que par instinct meurtrier, étouffe la jeune fille accidentellement pour l'empêcher de crier. Alors qu'il s'enfuit, il est renversé par la voiture de David, qui le ramène chez lui. Très vite, la horde de justiciers sauvages fera le siège de la maison de David.

Si certains font des films pour exorciser leurs démons comme David Fincher, Sam Peckinpah faisait des films pour les contenir. Son image d’anarchiste l’a énormément desservi, il faut dire que ses tournages étaient souvent le théâtre d’orgies, alcools, drogues incluses. Avant de commencer STRAW DOGS, Sam Peckinpah était essentiellement connu comme un spécialiste du western et surtout pour ses démêlés avec les producteurs : il avait eu beaucoup de mal à terminer « Major Dundee » (1965) avec Charlton Heston et avait dû céder la place à Norman Jewison pour la réalisation de « The Cincinnati Kid » (1965) avec Steve McQueen. Après une traversée du désert sur le plan professionnel, plus de trois ans sans tourner, c’est grâce au succès de « The Wild Bunch » (1969) qu’il put recommencer à travailler régulièrement. STRAW DOGS est le premier film que Peckinpah tourne en Europe. Le réalisateur, lassé de Malibu, finit par s'installer à Londres, trouvant certainement des affinités plus grandes avec le mouvement Punk naissant, dont le « no futur » et son extrême violence, et trouvent désormais un écho dans la filmographie du réalisateur. Après « The Wild Bunch », il fit figure de spécialiste de la violence. Sans aucun doute, il fut l'initiateur d’un nouveau style, maintenant profondément ancré dans tous les films d’action : montage au couteau et ralenti stylistique. Ses films reflètent son état d’esprit.

Dans STRAW DOGS, le réalisateur constate que face à la violence, les hommes opposent toujours la violence. Sam Peckinpah empêche le spectateur de s’identifier au personnage de David Summer (Dustin Hoffman) ; en effet le personnage est trouble, on hésite entre lâcheté ou introversion. À travers le scénario et à la période du film, on devine que son départ des USA n’est peut être pas étranger à ce qui se passe au Vietnam, les réflexions de sa femme et des villageois au début du film viennent appuyer cette impression. Le personnage de Dustin Hoffman n’est pas aussi anarchiste que le laisse à penser le film au départ et, la fin, dans toute sa débauche de violence, montre le côté bestial de l’homme mais aussi son instinct de préservation qui prend le dessus, ce qui est antinomique avec le nihilisme pur. Le personnage de Susan George (Amy Summer) s’inscrit davantage dans l’esprit de soumission (la femme enfant) de contrainte (le viol) et finalement d’acceptation des événements, tout comme les autres personnages du film qui, tour à tour, sont victimes et bourreaux. La violence monte crescendo dans le film, tout d’abord statique, celle-ci prend forme à travers des regards, des paroles acides et des attitudes provocantes. Mais contrairement à ce qui a été souvent dit, ce n’est pas du tout un film justifiant la légitime défense.

Côté image, le film nous est livré au ratio 1.78:1 avec transfert anamorphosé (16:9). Le transfert est excellent, identique à l'édition CRITERION ; on se doute bien qu’il y ait eu entente entre les éditeurs sur ce point. Mais, le film accuse tout de même ses trente et quelques années. En effet, si le transfert est d’excellente qualité, avec manifestement un travail minutieux de nettoyage de la pellicule, il apparaît de temps à autre quelques fourmillements sur des arrière plans et un léger tremblement de l’image lors du générique au début. Mais mis à part ces défauts, légers mais néanmoins perceptibles, l’image est d’une surprenante qualité. Le respect des couleurs et leurs rendus est le point fort de ce transfert, celles-ci restent dans le ton du film, très sobres et sombres ; il n’y a pas de couleurs vives dans le film. Le grain épais du film est conservé, ce qui renforce l’ambiance générale. Donc mis à part des défauts mineurs qu’il faut chercher pour les voir, la qualité est au rendez-vous sur ce point technique.

Côté son, le film ne propose la piste son en version originale anglaise en Dolby Digital 2.0 Mono. Le son provient entièrement des avant et surtout du central qui est très appuyé. Les vocaux sont suffisamment clairs, mais au détriment d’une ambiophonie générale qui aurait sans aucun doute apporté un plus incontestable. Mais il est évident que cette piste, tout comme l’édition CRITERION, reproduit le plus fidèlement possible le rendu original de l’époque. En ce sens, le nettoyage est senti. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles.

Sam Peckinpah était un contestataire, mais lucide. Son « no futur » n’est pas un message d’une jeunesse égarée à un monde d’adultes qui ne les comprennent plus, mais celui d’un réalisateur mature qui revendique la violence comme partie intégrante de la composition humaine. Il confiait lors du tournage : « Je la crois positive et vitale » et d’ajouter « Il y a, dans ce monde un peu d'amour, un peu de beauté et beaucoup de barbarie. » Avec STRAW DOGS, le réalisateur met en avant ce constat. C’est un film sans aucun doute incontournable de la filmographie de Sam Peckinpah réédité ici sur un DVD de MGM dépourvu de tout supplément (voilà l’importante, que dis-je... la cruciale différence avec l’édition CRITERION). il vaut mieux le savoir et orienter ses options d’achats en fonction de cela. Si seul le film vous semble d’un réel intérêt, alors cette édition est pour vous car elle bénéficie d’un excellent transfert et d’une piste, à défaut d’être transcendante, respectant au moins l’œuvre originale, le tout accompagné de sous-titres français, ce qui, pour certains, n’est pas négligeable. Notez que cette édition présente la version non censuré de film. Un film à revoir et à méditer.

Studio éditeur : MGM
Date de sortie : 19 octobre 2004

Film : 4/5
Image : 4/5
Son : 3/5
Bonus : 0/5



Yann Algoët
yann@dvdquebec.com

Jeudi 21 Octobre 2004


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