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Vendredi 3 Septembre 2010
19:31

SARABAND (2003), le DVD zone 1

Il y a de ces œuvres cinématographiques qui, dès la première écoute, viennent troubler notre monde intérieur. Le film prend alors une grande place dans notre tête et nous fait réagir sur différents plans, amorçant alors une réflexion qui nous hante sans cesse. Ce fut le cas entre autres pour moi du visionnement de Scènes de la vie conjugale, cette oeuvre forte de Bergman qui occupe une place à part parmis tout son répertoire cinématographique. En apprenant la sortie prochaine de SARABAND, une suite de cette saga mettant en scène Liv Ullman et Erland Josephson, la surprise fut assez grande. Surtout que Bergman annonça que c’était son tout dernier film, une sorte de moyen de boucler la boucle en reprenant l’histoire d’un des couples les plus marquants de l’œuvre du cinéaste.



SARABAND (2003), le DVD zone 1
SARABAND (2003), le DVD zone 1
Le film SARABAND est donc le second volet d’une histoire amorcée il y a trente ans, Scènes de la vie conjugale. Sortie en 1973, cette histoire présentée initialement sous forme de série télévisée met en scène la rupture de Marianne et Johan, un couple qui, malgré les différents et les éloignements, ont de la difficulté à vivre cette séparation pour de bon. SARABAND se passe trente-deux ans plus tard, presque le même temps qui sépare les deux volets de l’histoire en temps réel. Ce facteur du temps rend d’ailleurs le film encore plus véridique, comme si on était réellement témoin de la réunion du couple fictif qui prend des allures de cinéma-vérité. Cependant, bien que représentant les mêmes personnages ayant vieilli, le film nous montre bien d’autres aspects qui font de SARABAND un film tout à fait complet dans son ensemble.

Trente ans après leur divorce, Marianne (Liv Ullmann) décide subitement d’aller faire une visite surprise à son ex-mari Johan (Erland Josephson) dans sa petite maison de campagne. Devenu riche grâce à un héritage d’une tante éloignée, il vit une vie assez solitaire et calme avec une simple bonne qui vient lui préparer son repas tous les jours. Sous des allures paisibles, l’atmosphère de cette région devient vite tendue lorsque Marianne est témoin de la relation torturée entre Johan et son plus vieux fils Henrik (Börhe Ahlstedt) qui pose un regard critique sur sa relation torturée avec sa fille Karin. Incapable de surmonter son désespoir suite à la mort de sa femme, la mère de Karin, Henrik entretient une obsession malsaine avec sa fille qu’il pousse à vivre sa vie selon ses idéaux. Ne voulant en aucun cas laisser tomber son père, Karin se confie à Marianne, mais aussi à son grand-père qui lui propose de l’inscrire dans une école réputée, décision allant à l’encontre des souhaits de son père.

Le scénario est simple. Dix dialogues avec un prologue et un épilogue. La réalisation est assez sobre et dépouillée afin de mettre le plus d’emphase possible sur la richesse de ces dialogues. Cependant, on peut constater lors de l’écoute du documentaire accompagnant le film que, fidèle à ses habitudes, Bergman n’a lésiné sur rien afin de créer l’exacte atmosphère désirée comme pour envelopper les personnages dans une sorte de lieu hors du temps. En effet, on se sent réellement dans l’intimité de ces personnages campés par des acteurs qui ont véritablement vieilli et qui vraisemblablement entretiennent un lien assez fort entre eux. On reconnaît les deux acteurs fétiches de Bergman, Liv Ullmann et Erland Josephson, mais on redécouvre également la présence de Börje Ahlstedt, que l’on a vu vingt ans plus tôt sous les traits de Carl Ekhdahl dans l’autre saga télévisée de Bergman, Fanny et Alexandre, et on fait la connaissance de la jeune Julia Dufvenius, nouvelle actrice que Bergman a découvert dans une série télévisée. La réalisation est tout en douceur et vivement appuyée en musique par les oeuvres de Bach dont une partie de la suite pour violoncelle n.5 en C minor, Sarabande, a directement inspiré le titre du film.

SARABAND est présenté dans son format original 1.78:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9). Bien que ce soit un film récent, l’image présente un grain assez visible si l’on y porte attention, ce qui, à mon avis, ne trouble pas l’écoute. D’autant plus que cet aspect donne encore plus un effet de réel au film réalisé avec un assez petit budget.

La bande-son est en version originale suédoise Dolby Digital 2.0 Surround avec option de sous-titres français, anglais et portugais. Aucune version anglaise et française n’est offerte sur le DVD. Le fait d’avoir l’option de sous-titres français est une chose appréciable d’autant plus que la majorité des films de Bergman sont offerts sous la bannière CRITERION, un éditeur offrant seulement des sous-titres anglais pour accompagner ses films.

Du côté des suppléments à cette édition DVD, il est à noter par contre qu’aucun commentaire audio est présent, ce qui, à mon avis, n’est pas tellement nécessaire compte tenu que le making-of du film nous offre suffisamment de pistes pour bien analyser l’œuvre dans son ensemble.

Outre quelques bandes-annonces de films distribués par la compagnie Sony Pictures Classics, on retrouve un seul supplément sur le DVD qui, à lui seul, en vaut largement le détour. Comme sur d’autres DVD des œuvres de Bergman, on retrouve un long documentaire montrant l’homme à l’œuvre lors de la réalisation du film. D’une durée de 43 min, The making-of Saraband fait la lumière sur la technique du réalisateur qui dirige les comédiens avec une vivacité désarmante pour un homme de 84 ans. Avec toute la passion qu’on lui connaît, il ne se gêne pas pour révéler des anecdotes personnelles pour aller chercher la bonne émotion chez l’acteur. On retrouve d’ailleurs un passage assez émouvant dans le documentaire ou Bergman montre son incompréhension et le sentiment de vide qu’il a eu suite à la mort de sa femme Ingrid, décédée du cancer quelques années plus tôt, sensation qui se résume également dans la peur de sa propre mort. On voit alors toute la véracité des émotions transposées dans le personnage de Henrik qui doit faire face à ce drame, comme s’il ne pouvait pas se résoudre au fait qu’il ne verra plus jamais celle qui a si longtemps partagé sa vie. De la même manière, on peut certes faire un lien évident entre l’angoisse de Johan face à la vieillesse et sa mort imminente et les impressions de Bergman face à son destin. On peut même dire que SARABAND est un peu une sorte de testament pour l’auteur qui, entouré de son équipe personnelle, accomplit pour une dernière fois l’acte de réalisation qui clôt un aspect crucial de sa vie.

Avec cette œuvre d’une sensibilité désarmante, Bergman nous entraîne pour une dernière fois dans le tourbillon de ses obsessions et de sa conception des relations humaines. En revenant sur une œuvre marquante comme Scènes de la vie conjugale, il a su prolonger la réflexion tout en douceur et en sobriété en ajoutant des thèmes marquants comme la vieillesse et la mort ainsi que le besoin de redonner à la jeunesse un souffle de liberté. Un film naturellement incontournable pour les fans de Bergman qui retrouveront plusieurs thèmes et aspects familiers du grand maître du cinéma, mais aussi à faire découvrir aux non-initiés qui verront dans cette œuvre, plus accessible que certains films comme Persona (1966) ou Comme dans un miroir (1961), une belle vision de l’auteur et son monde particulier.

Studio éditeur : Sony Pictures
Date de sortie : 10 janvier 2006

Film : 4/5
Image : 3/5
Son VO : 3,5/5
Bonus : 4/5



Roxane Tremblay
roxanetremblay@dvdquebec.com

Mercredi 12 Avril 2006


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