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Dimanche 5 Février 2012
11:28

RIDE THE HIGH COUNTRY (COUPS DE FEU DANS LA SIERRA) (1962), le DVD zone 1

Steve Judd (Joel McCrea), un ancien marshal vieillissant, est engagé par une banque pour ramener de la ville minière de Coarse Gold l’or des prospecteurs. Il s’associe à un ancien partenaire, Gil Westrum (Randolph Scott) et au jeune Heck Longtree (Ron Starr) pour accomplir sa mission. Judd ne se doute pas que Westrum et Heck ont l’intention de dérober l’argent quand l’occasion se présentera. En cours de route, les trois hommes rencontrent Elsa Knudsen (Mariette Hartley) qui s’est enfuie de chez son père rigoriste jusqu’au fanatisme, pour se rendre à Coarse Gold afin d’épouser Billy Hammond (James Drury). Heck s’éprend d’Elsa qui persiste à vouloir retrouver Billy. Le mariage qui l’attend ne sera pas vraiment celui qu’elle espérait...



RIDE THE HIGH COUNTRY (COUPS DE FEU DANS LA SIERRA) (1962), le DVD zone 1
RIDE THE HIGH COUNTRY (COUPS DE FEU DANS LA SIERRA) (1962), le DVD zone 1
Vers la fin des années cinquante, Sam Peckinpah (1925-1984) avait réalisé des épisodes pour les westerns télévisés GUNSMOKE (1955), BROKEN ARROW (1958), THE RIFLEMAN (1958) et THE WESTERNER (1960), avant de concevoir son premier long-métrage, THE DEADLY COMPANIONS (1961). Dans son excellent livre intitulé Sam Peckinpah, la violence du crépuscule (Dreamland éditeur, 2001), François Causse nous apprend pourtant que le cinéaste reniait THE DEADLY COMPANIONS dont il n’avait pu récrire entièrement le scénario, et qu’il considérait RIDE THE HIGH COUNTRY (1962) comme son véritable premier film. Randolph Scott (1898-1987) et Joel McCrea (1905-1990), deux vétérans du western au cinéma, se retrouvèrent pour la première fois ensemble à l’écran. Chacun étant mécontent de son rôle, Sam Peckinpah pensa à une interversion : Randolph Scott devint ainsi Gil Westrum, un homme qui a autrefois été au service de la loi mais qui est maintenant désabusé, au point d’envisager de commettre un vol, tandis que Joel McCrea obtint le personnage de Steve Judd, un homme rigoureux croyant dur comme fer à ses idéaux de justice.

RIDE THE HIGH COUNTRY contient déjà un thème très pénétrant qui sera très souvent développé par Sam Peckinpah dans son parcours cinématographique, notamment dans THE WILD BUNCH (1969), JUNIOR BONNER (1972) et BRING ME THE HEAD OF ALFREDO GARCIA (1974). Tous ces films présentent des hommes solitaires, “anachroniques”, déphasés par rapport au monde dans lequel ils évoluent, qui vont jusqu’au bout pour rester en accord avec eux-mêmes. Steve Judd et Gil Westrum sont âgés et le monde le leur fait sentir, mais ils vont de l’avant avec des objectifs contraires. Judd veut se sentir encore utile à la société, se prouver à lui-même qu’il vaut encore quelque chose, tandis que son ancien frère d’arme, plus amer et cynique, désire profiter de l’argent qu’il compte voler, après une carrière sûrement ingrate au service de la justice.

Ne laissant pas seulement la place à ces aînés, l’histoire prend le temps de développer un personnage féminin d’une belle finesse. Elsa fuit son père Joshua Knudsen aux pensées vaguement incestueuses, qui la maintient dans l’isolement en lui sermonnant que les hommes sont à éviter. Paradoxalement, il s’avérera qu’il avait raison d’une certaine façon. En allant rejoindre Billy Hammond pour l’épouser et quitter l’enfer de son foyer, Elsa ne se doute pas qu’elle passe de Charybde en Scylla. Billy n’est pas le prince charmant mais un alcoolique vivant dans la saleté avec ses quatre frères dépenaillés, dont deux sont incarnés par des acteurs qui deviendront des réguliers dans l’univers de Peckinpah : l’extraordinaire Warren Oates (1928-1982) et L.Q. Jones. Le fascinant et cauchemardesque mariage entre Elsa et Billy constitue la cérémonie la pus glauque, la plus sordide de toute l’histoire du western américain. Les jeunes gens sont mariés par un juge ivre dans un bordel où les prostituées bien connues de Billy tiennent fonction de demoiselles d’honneur. Le mariage n’est pas consommé par Billy qui s’assomme accidentellement avant l’acte, mais Elsa manque d’être victime d’un viol collectif lorsque les autres frères Hammond entrent dans la chambre nuptiale ! Il est très étonnant qu’en 1962, des censeurs n’aient pas tiqué en voyant ce passage ; mais peut-être est-ce dû au fait que le film a eu une diffusion très confidentielle, après son « enterrement » par le patron de la MGM qui ne l’aimant pas, l’a distribué d’office en double programme.

François Causse comparait dans son livre précité la famille Hammond dans RIDE THE HIGH COUNTRY à celle des Clegg dans WAGON MASTER (1950). Les deux sont menaçantes et dégénérées tout en partageant un solide sens de la cohésion. Le duel final entre le camp des « bons » et celui des « mauvais » apparaît aussi invraisemblable et efficace que la tuerie hallucinante qui clôt THE WILD BUNCH. Impossible a priori de survivre à un combat à bout portant, et pourtant l’un des deux héros s’en sortira. Une fois encore, Peckinpah eut l’idée d’intervertir les personnages : celui qui devait à l’origine succomber survivra. Ce fut le dernier rôle de Randolph Scott au cinéma et il lui aurait été difficile de faire ses adieux d’une meilleure façon qu’avec ce très beau film.

Le film est présenté en format panoramique 2.35:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation en salle. Le travail de restauration de ce film est tout simplement remarquable. Aucune altération de l’image ou point blanc n’est à déplorer. Note Parfaite !

Le DVD contient deux pistes audio, la version originale anglaise en Dolby Digital 1.0 Mono, ainsi que la version française d’époque (doublage produit en France) en Dolby Digital 1.0 Mono. Même en Mono, les deux pistes sont de très bonne qualité, sans aucun souffle se faisant entendre. Excellente, la version française de ce film, appelée en français COUPS DE FEU DANS LA SIERRA, permet d’entendre des comédiens qui ont exercé leurs talents vocaux bien après les années soixante. Joel McCrea est doublé par René Arrieu qui a été l’une des voix françaises de Charlton Heston, notamment dans EL CID (Anthony Mann, 1961) et THE HAWAIIANS (Tom Gries, 1970). Randolph Scott est doublé par André Valmy qui a été une remarquable voix française pour George C. Scott, entre autres dans THE NEW CENTURIONS (Richard Fleischer, 1972) et THE EXORCIST III (William Peter Blatty, 1990). On reconnaît aussi Pierre Trabaud, voix française de Marlon Brando dans ON THE WATERFRONT (Elia Kazan, 1954) et GUYS AND DOLLS (Joseph L. Mankiewicz, 1955), sur Ron Starr et Marcel Bozzuffi, voix de Paul Newman notamment dans EXODUS (Otto Preminger, 1960), sur James Drury. Enfin, ceux qui se souviennent de la version française de la série animée SCOOBY-DOO produite par William Hanna et Joseph Barbera devineront peut-être que le chien Scooby-Doo et L.Q. Jones ont la même voix, celle de Jacques Torrens !

Suppléments :

Un commentaire audio permet d’entendre les spécialistes de l’œuvre de Sam Peckinpah : Paul Seydor, Garner Simmons et David Weddle, en compagnie de Nick Redman
Les quatre commentateurs avait précédemment été réunis sur le commentaire audio d’un autre film de Sam Peckinpah, BRING ME THE HEAD OF ALFREDO GARCIA (1974), édité en DVD par MGM. Encore une fois, leur collaboration débouche sur un excellent commentaire instructif et vivant. On apprend notamment que si le scénario est signé N.B. Stoen, Jr., Sam Peckinpah se l’est approprié en le récrivant ; le personnage de Steve Judd devenant une image idéalisée de son propre père.

New Featurette: A Justified Life: Sam Peckinpah and the Hogue Country. A Family Remembrance with Fern Lea Peter (durée : 22’55’’)
Une interview particulièrement émouvante de la sœur de Sam Peckinpah qui confie des souvenirs assez personnels sur le réalisateur. Fern Lea Peter nous révèle que contrairement à la légende, Sam Peckinpah n’était pas le petit fils d’un chef indien et n’avait donc pas de sang indien !

Sam Peckinpah Trailer Gallery (durée totale : 15’58’’)
Les bandes-annonces de cinq films de Sam Peckinpah disponibles en DVD :
-RIDE THE HIGH COUNTRY (durée : 2’42’’) panoramique
-THE WILD BUNCH (durée : 2’52’’) plein écran
-THE BALLAD OF CABLE HOGUE (durée : 2’55’’) plein écran
-THE GETAWAY (durée : 4’11’’) panoramique
-PAT GARRETT AND BILLY THE KID (3’16’’) panoramique


James Dean Trailer (durée : 1’44’’)
Un présentation du coffret DVD contenant REBEL WITHOUT A CAUSE (Nicholas Ray, 1955), EAST OF EDEN (Elia Kazan, 1955), et GIANT (George Stevens, 1956).

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Tourné en 26 jours seulement, RIDE THE HIGH COUNTRY montre le savoir faire d’un grand réalisateur à l’aube d’une carrière pleine de bruit et de fureur... Le film est disponible à l’unité ou inclus dans le coffret DVD Sam Peckinpah’s Legendary Westerns Collection comprenant aussi THE WILD BUNCH, THE BALLAD OF CABLE HOGUE et PAT GARRETT AND BILLY THE KID.

Studio éditeur : Warner
Date de sortie : 10 janvier 2006

Film : 5/5
Image : 5/5
Son VO : 4/5
Son VF : 4/5
Bonus : 3,5/5



Pascal Laffitte
pascal@dvdquebec.com

Lundi 20 Février 2006
Jean Guèvremont

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