NO WAY OUT (1950), le DVD zone 1 de la collection Fox Film NoirDurant un cambriolage, le malfrat Ray Biddle (Richard Widmark) et son frère George (Harry Bellaver) sont blessés par la police. Transportés à l’hôpital, George décède subitement, malgré les soins du jeune docteur noir, Luther Brooks (Sidney Poitier). Ray Biddle tient Luther Brooks pour responsable de la mort de son frère et n’a plus en tête qu’une envie de vengeance. Même soutenu par son supérieur, le Docteur Dan Wharton (Stephen McNally), Brooks n’arrive pas à obtenir que soit effectuée une autopsie sur le cadavre, susceptible de l’innocenter. De son lit d’hôpital, Ray se sert d’Edie Johnson (Linda Darnell), l’ex-femme de son frère, pour contacter des amis à lui partageant ses idées racistes, dans l’idée d’organiser une expédition punitive dans les quartiers noirs de la ville.
NO WAY OUT (1950), le DVD zone 1 de la collection Fox Film Noir
Pendant longtemps, la ségrégation raciale sévît a Hollywood, malgré la reconnaissance limitée de certaines actrices noires au début des années Trente, comme Nina Mae McKinney (1913-1967). Le producteur Daryl F. Zanuck (1902-1979) fit alors preuve d’une grande ouverture d’esprit en orientant le studio Fox vers des projets mettant en lumière des questions raciales, comme GENTLEMAN’S AGREEMENT (Elia Kazan, 1947), PINKY (Elia Kazan,1949) et NO WAY OUT (Joseph L. Mankiewicz, 1950). Co-scénarisé et réalisé tout de suite avant ALL ABOUT EVE (1950) qui assura à Joseph L. Mankiewicz (1909-1993) non seulement l’Oscar© du meilleur réalisateur mais aussi celui du meilleur scénario, NO WAY OUT est un drame social aux thèmes qui demeurent malheureusement d’actualité. Le racisme et l’incompréhension ont et auront toujours la vie dure. Un homme blanc raciste trouve une justification à sa vie lamentable en tenant pour responsable de la mort de son frère un médecin noir. Il s’enfoncera de façon inéluctable dans sa haine aveugle.
Certes le film de Mankiewicz pâtit de certains dialogues explicatifs, ainsi que de scènes quelque peu démonstratives, notamment celles se situant dans la famille de Luther Brooks. Mais il convient de se replacer dans le contexte social des années Cinquante pour réaliser combien il était novateur à l’époque de présenter à l’écran des personnages noirs comme des gens normaux, ayant une vie de famille comparable à celle des blancs. Alors âgé de 23 ans, Sidney Poitier faisait sa première apparition remarquée sur grand écran, sous la direction de Joseph L. Mankiewicz. Premier acteur noir à obtenir un Oscar© comme meilleur acteur, pour le film LILIES OF THE FIELD (Ralph Nelson, 1963), il s’efforça durant toute sa carrière de combattre la mentalité hollywoodienne de n’offrir aux acteurs noirs que des rôles stéréotypés. Parmi les membres de la famille Brooks, on reconnaît au passage Ossie Davis (1917-2005) et son épouse Ruby Dee (née en 1924) au tout début de leur long parcours au cinéma. À l’origine, Richard Widmark (né en 1914), lassé de jouer les méchants frénétiques « à la Tommy Udo », son personnage dans KISS OF DEATH (Henry Hathaway, 1947), ne voulait pas jouer Ray Biddle dans NO WAY OUT. Mal à l’aise à cause des insultes racistes qu’il devait proférer devant la caméra, Richard Widmark passait son temps à s’excuser auprès de Sidney Poitier entre les prises, jusqu’à ce que ce dernier lui fasse comprendre qu’il était bien conscient que ce n’était qu’un rôle déplaisant, n’ayant rien à voir avec la personnalité réelle de l’acteur. Il suffit de dire que Richard Widmark se surpasse dans l’ignominie, avec ce Ray Biddle alternant fureur et apitoiement sur lui-même. La tension et le malaise se font fortement sentir dès qu’il est à l’image. Parallèlement au face à face entre Poitier et Widmark, Mankiewicz prend le temps de développer un intéressant personnage féminin, comme pratiquement dans tous ses films. Linda Darnell (1923-1965), qui avait auparavant tourné dans A LETTER TO THREE WIFES (1949) du même réalisateur, trouve dans NO WAY OUT l’un de ses meilleurs rôles, bien plus étoffé que celui de mignonne fiancée de Zorro dans THE MARK OF ZORRO (Rouben Mamoulian, 1940) ou de garce désabusée dans FALLEN ANGEL (Otto Preminger, 1945). Edie Johnson, ex-belle-sœur et ex-amante de Ray Biddle est loin d’être l’incarnation du Glamour. C’est plutôt une white trash ayant longtemps vécu dans la promiscuité des bas-quartiers où vivaient les frères Biddle. Pourtant, elle suivra un cheminement opposé à Ray Biddle. Pleine de préjugés racistes, attisés par Ray, elle prendra progressivement de la distance par rapport aux idées extrémistes de cet homme déséquilibré. La scène où, dégoûtée en même temps qu’horrifiée, elle arpente le quartier où des blancs s’apprêtent à attaquer des noirs, est particulièrement révélatrice de son changement psychologique. Le scénario met en évidence de façon astucieuse les ressources de la jeune femme lors de deux passages avec George (Harry Bellaver), le troisième frère Biddle qui est sourd et muet. À un moment, Edie fait rester George dans la pièce grâce au langage des signes, pour éviter de se faire violer par l’un des amis peu recommandables de Ray. Dans une autre séquence, Edie se retrouvant enfermée dans son appartement sous la garde de George mandaté par Ray, a l’idée de faire hurler sa radio, afin qu’excédés ses voisins viennent défoncer la porte, ce qui lui permettra de s’enfuir ! Ce DVD propose un transfert plein écran 1.33:1 qui respecte le format d’origine du film. L’image en noir et blanc est très correcte, avec des détails assez fins mais les passages nocturnes souffrent souvent de problèmes de contrastes, de mouvances peu discrètes. En ce qui concerne le son, le choix est offert entre la version originale anglaise en Dolby Digital 2.0 Stéréo ou en Dolby Digital 2.0 Mono. Assez similaires en qualité, les pistes ne souffrent d’aucune souffle, mais le volume est un peu faible cependant. Il est dommage que le DVD ne propose pas le doublage français de ce film sorti en France sous le titre grotesque LA PORTE S’OUVRE. Des sous-titres en anglais ou espagnol sont disponibles uniquement pour le film. Suppléments : Un commentaire audio assuré par Eddie Muller, auteur de romans policiers et d’ouvrages sur le film noir Eddie Muller avait précédemment assuré d’autres commentaires audio sur des DVD’s Fox Film Noir : THE HOUSE ON 92ND STREET (Henry Hathaway, 1945), FALLEN ANGEL (Otto Preminger, 1945), SOMEWHERE IN THE NIGHT (Joseph L. Mankiewicz, 1946), et THE HOUSE ON TELEGRAPH HILL (Robert Wise, 1951). Encore un excellent commentaire fournissant de nombreuses indications sur la mise en scène, l’intrigue et les acteurs. Plein d’humour, Muller relate une conversation avec l’écrivain James Ellroy sur la possibilité de voyager dans le temps. Quelles auraient été les actrices que Muller aurait aimé « courtiser » ? Muller énonce alors Ella Raines, Gloria Grahame et Linda Darnell. Choix impeccable ! Le commentateur parle aussi d’une fin alternative non tournée de NO WAY OUT dans laquelle Ray Biddle faisait creuser à Luther Brooks sa propre tombe dans la cave de la maison du Docteur Wharton ! Still Galleries : 1)-Publicity Gallery (15 photos) 2)-Photo Gallery (43 photos) Fox Movietone News : 1)-“Movie Star In Dual Role” (durée : 0’35’’) Ce document d’époque permet d’admirer Linda Darnell avec un joli chapeau blanc, faisant fonction de caissière à l’entrée d’un cinéma new-yorkais pour la première de NO WAY OUT ! 2)-“Richard Widmark Puts Imprints In Cement” (durée : 0’24’’) Le temps d’apercevoir Richard Widmark en train de mettre pour la postérité la main dans le ciment, devant un cinéma d’Hollywood, la séquence est déjà finie ! La bande-annonce de NO WAY OUT (durée : 2’36’’) Les bandes-annonces d’autres DVDs de la collection Fox Noir THE DARK CORNER (durée : 2’27’’) WHERE THE SIDEWALK ENDS (durée : 1’48’’) LAURA (durée : 2’31’’) Un galerie de présentation d’autres DVDs de la collection Fox Noir CALL NORTHSIDE 777, PANIC IN THE STREETS, HOUSE OF BAMBOO, NIGHTMARE ALLEY, THE STREET WITH NO NAME --------------------------------------- Film en avance sur son temps avec son message louable sur la tolérance, NO WAY OUT fut un échec au Box Office. Le fait qu’il n’ait pas été montré dans certaines villes par peur d’émeutes n’ayant sûrement pas contribué à sa renommée. Studio éditeur : 20th Century Fox Date de sortie : 7 mars 2006 Film : 4/5 Image : 3,5/5 Son VO : 4/5 Bonus : 3/5 Pascal Laffitte pascal@dvdquebec.com Lundi 27 Mars 2006
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