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Vendredi 3 Septembre 2010
19:40

NIGHT AND THE CITY (1950), le DVD zone 1 de l’éditeur CRITERION

Un film noir signé Jules Dassin mettant en vedette Richard Widmark. M’en fallait-il davantage pour craquer pour cette édition de NIGHT AND THE CITY ? Et si je vous disais qu’elle est signée CRITERION ?



NIGHT AND THE CITY (1950), le DVD zone 1 de l’éditeur CRITERION
NIGHT AND THE CITY (1950), le DVD zone 1 de l’éditeur CRITERION
Lancée en même temps que THIEVES’ HIGHWAY (1949), film du même réalisateur, il vient ajouter à ce qui est sans doute une période bénie pour les amateurs de films noirs, avec une multitude de titres parus aussi chez Fox, Warner et Paramount. Ce titre marqua aussi le destin de son réalisateur, qui le créa suite à un départ forcé de l’Amérique après avoir été identifié comme sympathisant communiste par le réalisateur Edward Dmytryk. Les choses eurent toutefois une fin heureuse, puisque Dassin connu un succès immense en Europe avec des films comme DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES (1955), CELUI QUI DOIT MOURIR (1957) et TOPKAPI (1964).

NIGHT AND THE CITY raconte l’histoire de l’un des héros les moins honorables du cinéma noir : Harry Fabian, interprété par l’incomparable Richard Widmark (PICKUP ON SOUTH STREET – 1953, HOW THE WEST WAS WON – 1962). Fabian est un petit arnaqueur toujours à la recherche du « gros coup », celui qui fera de lui un homme riche et important. Ne s’accordant jamais de repos, il passe d’une idée saugrenue à l’autre sans jamais connaître le succès et fini toujours par revenir vers sa petite amie Mary (Gene Tierney), une femme désespérée qui travaille comme chanteuse au Silver Fox Club. Mais cette fois, Fabian est certain d’avoir trouvé l’idée du siècle. Il s’agit d’un combat de lutte où s’affronteront deux athlètes de l’ancienne et de la nouvelle école de cette discipline : The Strangler (Mike Mazurki), un maniaque écervelé, et Nikolas (Ken Richmond), jeune protégé du lutteur grec légendaire Gregorious The Great. Mais Fabian n’a pas les fonds nécessaires pour financer l’entreprise et devra utiliser son talent de petit magouilleur pour arriver à ses fins. Il se tournera d’abord vers Phil Nosemoses (Francis L. Sullivan), propriétaire du Silver Fox Club, mais cet associé ivre de jalousie lui cache un piège dangereux qui le rattrapera bien vite. Aveuglé par l’appât du gain, il se lancera dans une série de duperies qui finiront par menacer de le ramener là où il avait commencé son chemin, fuyant dans les rues de Londres, pourchassé par ses ennemis.

Richard Widmark n’était pas le genre de star égocentrique qui avait besoin d’être adulée par ses fans et c’est sans doute pourquoi il se jeta sans hésiter la peau dans cet arnaqueur sans conscience. Au deçà de la prestation nerveuse de Widmark, le reste de la distribution fait aussi preuve d’un talent spectaculaire. Je pense à l’inquiétante Googie Withers (THE LADY VANISHES – 1938, DEAD OF NIGHT – 1945), interprétant le rôle de l’ambitieuse tenancière du Silver Fox ; à la belle Gene Tierney, à qui l’on confiât le rôle à la demande de Zanuck, qui voulait lui changer les idées suite à une période particulièrement difficile de sa vie ; à Hugh Marlow (ALL ABOUT EVE – 1950, THE DAY THE EARTH STOOD STILL 1951), très bon dans le rôle ingrat du gentil voisin au grand coeur, rôle qui fut malheureusement réduit à quelques minutes suite au montage américain du film ; mais surtout à Stanislaus Zbyszko, lutteur sans aucune expérience devant les caméras, qui insufflât charisme et humanité au personnage de Gregorious The Great.

NIGHT AND THE CITY est présenté en noir et blanc dans son format d’origine plein écran 1.33:1, selon un transfert restauré de haute définition. Et quel transfert ! Nuancé, avec de belles échelles de gris et une lumière travaillée soulignant chaque tension dramatique avec finesse, il est à la hauteur de la réputation de son éditeur. Et c’est heureux, car les éclairages de NIGHT AND THE CITY sont dignes de mention. Observez les reflets de la boule miroir sur les clients du Silver Fox ; les jeux d’ombre qui planent sur son propriétaire comme une toile qui se referme sur lui. Vous serez vous aussi impressionnés.

Comme c’est l’habitude chez CRITERION, le film est présenté avec sa bande-son d’origine. Il s’agit ici d’une piste Dolby Digital 1.0 Mono en anglais, accompagnée de sous-titres eux aussi en anglais. Les dialogues y sont clairs et précis et l’habillage sonore a une belle présence. Parlez-moi d’une belle piste Mono nettoyée avec soin plutôt que ces pistes artificielles en Surround que certains studios persistent à développer !

Côté suppléments, CRITERION sort des sentiers battus et met au programme une variété de bonus aussi originaux que pertinents. En voici le contenu :

Commentaire audio de Glenn Erickson
Critique DVD et auteur d’un essai sur NIGHT AND THE CITY publié dans l’ouvrage de référence intitulé Film Noir Reader, Glenn Erickson est aussi une sommité dans domaine de l’édition DVD. M’étant délectée de la piste de commentaire qu’il avait enregistrée pour le fabuleux GUN CRAZY (Joseph H. Lewis - 1949), c’est avec un plaisir anticipé que j’ai débuté l’écoute de celle qu’il signe ici. Encore une fois, je fus ravie. Mariant analyse cinématographique, anecdotes de tournage et informations biographiques, ce supplément est un pur plaisir pour les amateurs de commentaires riches en détails.

Entretien avec Jules Dassin
Dans cet entretien filmé récemment, Dassin converse en toute simplicité à propos des événements l’ayant menés à réaliser NIGHT AND THE CITY. C’est les yeux fermés par de tristes souvenirs qu’il nous parle de son exil vers Londres, où il fut envoyé par Daryl Zanuk afin de fuir les sbires du MacCarthysme. Sur une note plus légère, Dassin nous avoue aussi n’avoir jamais lu le roman sur lequel le scénario de son film fut basé !

Segment « 2 Versions, 2 Scores »
NIGHT AND THE CITY fut distribué en deux versions : l’une pour l’Amérique et l’autre pour l’Angleterre, plus longue d’environ 5 minutes. Chacune de ces versions possède une trame sonore différente : celle de Benjamin Frankel pour la version britannique et celle de Frank Waxman, accompagnant la version distribuée en Amérique. Cet excellent segment explore l’impact de ces deux partitions sur l’ambiance du film et sur les émotions s’en dégageant. Notons que ce segment contient aussi certaines scènes alternatives qui ne font pas partie du montage final, comme cette scène alternative introduisant Widmark et Tierney.

Entrevue Ciné-Parade
Assis sur des cubes dans une grande pièce vide, l’animateur de l’émission de télévision française Ciné-Parade cause avec Jules Dassin. Filmé en 1972, cet entretien en français explore ce qu’était le star-système hollywoodien d’autrefois et parle de l’attitude de l’époque face à l’art et aux réalisateurs. Il est émouvant d’entendre Dassin nous parler avec chagrin de l’ignoble chasse aux communistes ayant entraîné l’infâme Liste Noire. Authentique.

Bande-annonce
Finalement, on nous propose la bande-annonce de la version américaine du film.

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NIGHT AND THE CITY est un film puissant et essoufflant. Dans un Londres sombre et sans pitié, les trahisons mesquines de ses protagonistes sont révélées avec un réalisme qui fait parfois froid dans le dos. Se mentant à lui-même autant qu’aux autres, Fabian est un personnage tragique que l’on veut à la fois voir réussir et échouer.

Studio éditeur : CRITERION
Date de sortie : 1 février 2005

Film : 4,5/5
Image : 5/5
Son VO : 5/5
Bonus : 5/5



Eve Martel
eve@dvdquebec.com

Jeudi 7 Avril 2005


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