MONSIEUR IBRAHIM, le DVD zone 1 de l’éditeur Columbia TristarMONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN, son véritable titre, est un de ces films surprises qui font du cinéma, pour moi, une éternelle source d'étonnement. Son géniteur, François Dupeyron (DROLE D’ENDROIT POUR UNE RENCONTRE (1988), LA CHAMBRE DES OFFICIERS (2001)), adapte ici le livre éponyme d’Eric-Emmanuel Schmitt. Le film est rempli de bons sentiments, de valeurs humaines et d’un sourire.
MONSIEUR IBRAHIM, le DVD zone 1 de l’éditeur Columbia Tristar
L’histoire : Dans un quartier parisien, aux allures de rue des plaisirs, vit Moise Schmitt dit Momo, un jeune juif seul avec son père (Gilbet Melki), sa mère (Isabelle Renauld) les ayant quittés depuis longtemps. Momo cohabite tant bien que mal avec ce père dépressif qui ne lui apporte guère d’amour et de soutien à un âge où l’on cherche son identité. L’affection, il la trouvera auprès de l’arabe de l’épicerie de la rue. Mais rien n’est ce qui semble être, imprégné d’un racisme latent, Momo chaparde dans les étalages de Monsieur Ibrahim. Des liens d’amitié vont peu à peu les réunir ; lorsque le père de Moise l’abandonne et se suicide, le laissant seul, c’est Monsieur Ibrahim qui va le prendre sous sa coupe bienveillante et lui transmettre une vision du monde que Momo n’aurait pas imaginée.
François Dupeyron plante sa camera dans une rue de Paris des années soixante qu’il baptise la rue Bleue. Celle-ci est un tableau vivant où les prostituées, toutes très jolies, arpentent le trottoir et initient à l’occasion Momo ; non pas à l’amour mais à la découverte de sa masculinité. Rien ne manque dans ce décor un peu trop idyllique : musique yé-yé, les vieilles voitures, on reconnaîtra là le soin particulier apporté à la reconstitution des décors, des costumes et de l’ambiance qui planaient dans ces années-là à Paris, occultant tous les aspects politiques d’alors. Mais qu’à cela ne tienne, ce n’est pas l’orientation voulue ni par le réalisateur ni par le romancier qui a écrit le livre. Le réalisateur ne manque pas de faire un clin d’œil au cinéma de la nouvelle vague en insérant dans son film une scène de tournage d’un film dans le quartier. Beaucoup y verront un hommage à Godard et à son film « Le Mépris » et ils auront sans doute raison ; pour l’occasion c’est Isabelle Adjani qui vient ici jouer le rôle de la star d’alors (Brigitte Bardot), sympathique. Mais MONSIEUR IBRAHIM, c’est beaucoup plus qu’une carte postale de Paris, d’un quartier populaire de l’époque, car au milieu de cette ambiance sympathique et bon enfant, Momo (Pierre Boulanger) vit seul avec un père dépressif et quelque peu limité. Ce jeune comédien, dont c’est le premier film, est une petite révélation en soi, réussissant à jouer entre innocence juvénile presque enfantine et assurance quasi machiste ; voilà bien un jeune acteur qu’il est possible de revoir. C’est d’autant plus méritoire que face à lui on retrouve un Omar Sharif impérial dans une composition émouvante d’épicier philosophe. Omar Sharif retrouve avec bonheur un grand rôle, même si sur toute la durée du film il n’est pas omniprésent à l’image, sa présence se fait sentir tout le long. L’acteur égyptien possède à son palmarès une très belle filmographie à faire pâlir d’envie bon nombre d’acteurs : depuis l’incontournable « Lawrence of Arabia » (1962) qui lui valut une reconnaissance mondiale en passant par « Doctor Zhivago » (1965), « The Night of the Generals » (1967), « Mayerling » (1968) pour ne citer que la période des années soixante. Mais il faut bien avouer que depuis dix ans et la mini-série télé « Mayrig » et « 588 rue Paradis » respectivement (1991) et (1992) d’Henri Verneuil, l’acteur s’était fait plus discret. Ici il interprète magnifiquement un épicier tenant boutique dans la rue où habite Momo. À ce titre, le jeu d’Omar Sharif est remarquable de sobriété, il donne réellement l’impression de ne pas jouer, un simple regard, un silence et surtout un sourire et l’acteur fait passer le message ; lorsqu’il s’exprime ce n’est que pour embellir davantage la vie. Le film est un message d’amour et de tolérance envoyé au monde, sans artifices. François Dupeyron remet un peu d’ordre dans les préjugés ; d’ailleurs si le film verse parfois dans la facilité par l’utilisation de clichés, on ne lui en tiendra pas rigueur tant le résultat est réussi ; ainsi François Dupeyron distille, tout au long du film, de petites phrases non sans intérêt, tour à tour à l’attention des uns et des autres : comme ces réflexions non dénuées d'humour sarcastique de Momo parlant de sa judaïté « Juste un truc qui justifie d’être déprimé » et son père « Pour moi juste un truc qui m’empêche d’être autre chose » et à l’attention de tous Monsieur Ibrahim « Arabe, cela veut dire ouvert de huit heures du matin à minuit et même le dimanche dans l’épicerie ». Il n’oublie pas non plus d’égratigner les travers du français moyen de l’époque qui restent parfois vrais même encore aujourd’hui, avec les scènes du garagiste ou de l’administration française ; on ressent bien percer une pointe critique à l’égard de l’intolérance et du mépris. À la fatalité, MONSIEUR IBRAHIM va opposer une toute autre vision des choses, plus poétique et philosophique. Ainsi le film est ponctué de dialogues simples et de bon sens. Ce n’est pas une leçon de morale mais une leçon de vie, la sienne, celle qu’il transmettra à Momo. Le film sait aussi quand il faut être drôle, comme le passage du permis de conduire, mais aussi dans l’œil malicieux de cet épicier pas comme les autres. Le voyage qu’effectueront ensemble Momo et Monsieur Ibrahim est clairement une initiation, la découverte d’autres peuples, d’autres religions et de la tolérance. Le message est fort et le trait peut paraître gros mais on se laisse volontiers emmener dans cette décapotable rouge à travers un périple vers la Perse. Un voyage qui changera à jamais leurs deux vies. L’image de l’édition testée ici est au format cinéma respecté 1.66:1 avec transfert anamorphosé (16:9). Notez que l’édition québécoise de TVA Films offre ce film en DVD au même ratio mais le traitement n’est pas anamorphique. L’image offerte par le studio Columbia Tristar restitue parfaitement les couleurs avec une saturation satisfaisante. Les noirs aussi sont profonds sans être trop appuyés aux contrastes, d’où un excellent dégradé. La compression ne laisse apparaître aucune problématique. La définition est honorable rendant bien justice à l’interpositif récent utilisé ; ce dernier est généralement exempt de tâches ou autres particules qui pourraient gêner le visionnement. Une édition plus que correcte à ce niveau. Côté son, seule une piste audio, Dolby Digital 5.1 en français, est disponible. Ce sont surtout les canaux avant et le central qui bénéficient d’une bonne restitution des dialogues. Les satellites arrière sont présents surtout lors des illustrations musicales, mais, hormis cela, ils demeurent assez discrets la plupart du temps. Comme pour l’image, la partie son est de bonne facture même si le signal sonore est un peu faible. Des sous titres anglais, portugais et espagnol sont disponibles avec le film. Comme supplément : Commentary by Omar Sharif : Vous pouvez retrouver ici un commentaire audio pleine durée, même s’il est ponctué de longs moments de silence. Celui-ci colle aux images défilant sur l’écran, mais parfois aussi Omar Sharif évoque des anecdotes du tournage avec notamment ses relations de travail avec François Dupeyron. Il se montrant parfois très critique par rapport au travail de l’acteur ou la bonne entente avec le jeune acteur Pierre Boulanger, parfois même il évoque sa carrière, la nostalgie des années soixante. Sans être transcendant, voici un commentaire audio attachant car on prend un réel plaisir à écouter un grand monsieur du cinéma qui se fait trop rare. ------------------------------------ Avec MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN, François Dupeyron livre un film rafraîchissant et qui remet quelque peu les idées au clair : au-delà du message de paix et de tolérance parfois soulignée grossièrement, c’est aussi une mise au point des relations entre deux religions, deux peuples qui s’opposent pour des raisons trop souvent fanatiques, que ce soit de la part de l’une ou de l’autre. Le film évite avec bonheur de tomber dans un discours revendicatif car ce n’était certes pas le propos du réalisateur. Monsieur Ibrahim est musulman, safiste, mais pas arabe. Il est perse de Turquie, son Coran à lui est celui de la tolérance et l’acceptation des différences. En ces temps troubles ou on voudrait faire passer chaque musulman pour un terroriste potentiel, il est peut-être bon de rappeler que la religion musulmane n’est pas la propriété de certains extrémistes mais bien une religion de tolérance. Studio éditeur : Columbia Tristar Date de sortie : 6 juillet 2004 Film : 4/5 Image : 4/5 Son VO (VF) : 4/5 Bonus : 3/5 Yann Algoët yann@dvdquebec.com Mardi 10 Août 2004
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