MARTIN SCORSESE COLLECTION, coffret DVD zone 1 de WarnerMartin Scorsese est sans contredit un des meilleurs cinéastes américains de sa génération, et sûrement un des plus influents. Né dans le quartier de Queens, à New York en 1942, et élevé selon de strictes valeurs issues d’une éducation judéo-chrétienne, le jeune Marty se destine à une carrière dans les ordres et entreprend même, dès 1956, des études dans un séminaire catholique.
MARTIN SCORSESE COLLECTION, le coffret DVD (cinq films) zone 1 de l'éditeur Warner
Mais Martin se découvre aussi une passion grandissante pour le septième art, nourri par une quantité de films consommés dans les cinémas de quartier de la Petite Italie. Bercé par les œuvres de John Ford, Delmer Daves, Robert Wise et consorts, notre homme décide de changer son fusil d’épaule et d’assouvir sa passion pour le cinéma. C’est ainsi qu’il fait son entrée à la New York University et entreprend d’y étudier l’art de la mise en scène. Cette période sera un point tournant pour Scorsese, qui y fera maintes rencontres qui auront un impact significatif sur son cheminement. Il y découvrira aussi les œuvres d’autres cinéastes venus d’ailleurs et proposant un regard différent et rafraîchissant avec de nouvelles idées au niveau du langage cinématographique. C’est avec une admiration sans bornes qu’il s’initie à la Nouvelle Vague française, à travers Godard et Truffaut, par exemple, et qu’il découvrira le néo-réalisme italien, grâce à De Sica et Antonioni, pour n'en nommer que quelques-uns.
Diplômé de la NYU en 1964, Scorsese s’embarque alors dans la grande aventure du cinéma. Après des débuts modestes, parsemés de plusieurs courts-métrages expérimentaux, il réalise enfin son premier long-métrage en 1968 intitulé WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR. Présenté dans quelques festivals, ce premier essai reçoit un accueil assez enthousiaste pour que Scorsese décroche quelques boulots significatifs, dont un poste de monteur sur le célèbre documentaire WOODSTOCK (1970) de Michael Wadleigh, et un deuxième long-métrage réalisé chez American International sous l’égide de Roger Corman, BOXCAR BERTHA (1972). Scorsese s’impose enfin dans le paysage cinématographique avec MEAN STREETS (1973), bruyante chronique du monde interlope de la Petite Italie où l’on retrouve déjà quelques visages familiers dans cette galerie de jeunes acteurs. Nous y retrouvons pour la première fois Robert De Niro, son acteur fétiche, avec qui il travaillera à six autres reprises, et Harvey Keitel, déjà présent dans WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR et que Scorsese utilisera à deux autres reprises par la suite. Sans compter quelques gueules patibulaires dans de petits rôles que Scorsese se plaira à employer à maintes reprises comme Victor Argo, Harry Northup ou Murray Moston, entre autres. Continuant sur sa lancée, Scorsese enchaînera chefs-d’œuvre sur chefs-d’œuvre et dessinera un parcours proposant un univers inspiré souvent de sa propre expérience de la rue et des bas-quartiers. Caractérisé par un réalisme cru et dur, souvent bombardé par des éclairs de rage et de violence soudaine, l’univers scorsesien en est un de bruit et de fureur. Ce dernier aura tout de même subi l’influence de son passage au séminaire et il ne sera point surprenant de retrouver plusieurs références religieuses parsemées à travers sa filmographie. Cette dualité se retrouve fréquemment chez le personnage scorsesien typique arborant un tempérament autodestructeur souvent dû à une certaine volonté de rédemption, particulièrement à travers ses quatre collaborations avec le scénariste Paul Schrader (TAXI DRIVER, RAGING BULL, THE LAST TEMPTATION OF CHRIST, BRINGING OUT THE DEAD), lui-même souvent inspiré de ses expériences de jeunesse au sein d’une famille prônant une stricte éducation et l’enseignement religieux sous le signe du calvinisme. Un brillant parcours que la Warner honore à sa façon ici en proposant un magnifique coffret composé de cinq titres qui sont tous, à leur manière, d’importantes étapes dans le parcours de ce fabuleux cinéaste. Les cinq éditions DVD incluses dans ce coffret sont les suivantes : WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR (1968) MEAN STREETS (1973) ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE (1974) AFTER HOURS (1985) GOODFELLAS (1990) ----------------------------------- WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR (1968)
Suivant un périple de quelques mois en Europe vers 1966-67, Martin Scorsese réalise enfin son premier long-métrage avec WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR, première tentative regroupant déjà le style et quelques thèmes chers à son auteur.
Jeune garçon issu du quartier de la Petite Italie de New York, J.R. (Harvey Keitel) vit au jour le jour avec ses copains Joey (Leonard Kuras), Sally (Michael Scala) et Harry (Harry Northup). Habitué à un quotidien ponctué de beuveries et de bagarres avec d’autres bandes du coin, la routine de J.R. est chamboulée lorsqu’il rencontre et s’éprend d’une jeune fille (Zina Bethune) visiblement issue d’une famille protestante. Néanmoins élevé dans la plus pure tradition catholique prônant l’abstinence sexuelle hors du mariage, J.R. a du mal à composer avec l’attitude plus «moderne» de sa compagne. Lorsque celle-ci lui confie qu’elle a déjà été victime de viol, J.R. se retrouvera par la suite déchiré entre l’amour qu’il éprouve pour elle et ses propres convictions morales. WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR tire ses origines d’un court-métrage réalisé par Scorsese vers 1966 et intitulé BRING ON THE DANCING GIRLS mettant en vedette Harvey Keitel (TAXI DRIVER, BAD LIEUTENANT, RESERVOIR DOGS) dans le rôle de J.R. Ce film se limitant à raconter le quotidien et les expériences amoureuses maladroites de son personnage principal, Scorsese décide de reprendre quelques éléments de cet essai pour en constituer un long-métrage dans le but d’approfondir les tourments engendrés chez J.R. par sa liaison amoureuse. Un distributeur spécialisé montre de l’intérêt pour le projet de Scorsese et accepte de le prendre en charge, à condition que ce dernier se plie à tourner une séquence à caractère plus érotique afin d’augmenter le potentiel commercial du film. Scorsese accepte et le film se retrouve finalement dans le circuit de plusieurs festivals de cinéma «underground» où il fait bonne impression. Avec son premier long-métrage, Scorsese nous plonge déjà dans un univers qu’il connaît bien et qu’il revisitera plusieurs fois par la suite, c’est-à-dire le sien : le quartier de la Petite Italie de New York. Déjà nous y retrouvons une description à la fois vitriolique et chaleureuse des habitudes et coutumes des habitants de ce quartier. Tout d’abord, Scorsese se consacre sur le contexte imprégné de violence de la vie dans les rues, où diverses bandes de délinquants font la loi. Il y a d’un côté le quotidien de J.R., nourri de bagarres et de frasques de toutes sortes avec sa bande et de l’autre le contexte familial, fortement teinté de l’influence de la religion catholique, dont les enseignements sont perpétués de génération en génération. On retrouve déjà ici la fascination certaine de Scorsese pour les rites propres au catholicisme. La scène d’ouverture, montrant une mère de famille (interprété par la propre mère de Scorsese) préparant un repas pour ses enfants, est pratiquement filmée comme un cérémonial religieux, impression d’ailleurs accentuée par la présence d’une statuette de la Vierge Marie en arrière-plan. La base de l’intrigue de ce récit, la liaison amoureuse entre J.R. et la jeune fille, sert justement de prétexte pour Scorsese à illustrer le paradoxe moral caractéristique aux jeunes italo-américains de la nouvelle génération (à l’époque les baby-boomers) subissant tout à la fois l’influence d’une éducation religieuse presque rigoriste et les habitudes liées à la vie dans un quartier pauvre où la violence urbaine et la délinquance se fait sentir. Loin d’être puceau, J.R. multiplie les aventures d’un soir avec ce qu’il considère comme des «filles faciles», ce qui, selon lui, ne vient pas ébranler ses convictions religieuses, d’autant plus que ses nombreux passages au confessionnal lui confère une certaine tranquillité d’esprit. Lorsqu’il rencontre la jeune fille protestante, il éprouve cependant un sentiment différent. Attiré par son éclatante beauté accentuée par sa blonde chevelure, J.R. en viendra à la considérer comme une icône de pureté, d’où l’impuissance qu’il démontre lors de leurs premiers ébats amoureux. Image littéralement fracassée lorsque celle-ci lui fait part de son douloureux secret. Le parcours des deux protagonistes est celui d’un amour impossible, ceux-ci provenant de milieux différents et élevés selon des préceptes propres à leur milieu respectif. D’ailleurs Scorsese suggère subtilement ce point avec une astuce scénaristique qui fait que l’on apprend jamais le nom de la jeune fille tout le long du récit. L’action se déroulant essentiellement dans le quartier de J.R., le personnage joué par Zina Bethune est seulement défini comme étant «la fille», donc celle qui n’est pas italienne, qui vient d’ailleurs et qui fait figure d’intruse. Tourné avec un modeste budget dans les rues de New York, WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR témoigne grandement des influences exercés sur son jeune réalisateur. Le style de la mise en scène, avec ses nombreuses séquences de conversation filmées en gros plan et en plans rapprochés ainsi que de nombreuses scènes utilisant à la fois des effets de fondus enchaînés et de zoom avant/arrière, témoigne de l’intérêt certain de Scorsese pour les artisans de la Nouvelle Vague française tels que Jean-Luc Godard ou François Truffaut et même, à un moindre niveau, Claude Lelouch. Scorsese en étant à ses débuts, la mise en scène est quelque peu maladroite, rappelant même par endroits un quelconque film étudiant avec quelques effets de style quelque peu agaçant, comme cette fameuse séquence à caractère sexuel illustrant un fantasme du personnage principal où l’on voit J.R. en pleine partie de jambes en l’air avec une «fille facile», dont la chevelure est, comme il se doit, brune. Une séquence totalement gratuite (de l’aveu même de Scorsese) insérée sans transition en plein milieu d’un dialogue entre Keitel et Bethune. Cependant, Scorsese et son chef-opérateur Michael Wadleigh (futur réalisateur du célèbre documentaire WOODSTOCK) ont su tirer quelques belles séquences dans l’ensemble comme celle de la rencontre des deux jeunes amants sur un ferry, où Scorsese s’amuse déjà au jeu de la citation et de l’hommage cinéphilique, les deux protagonistes discourant longuement sur THE SEARCHERS (1956), célèbre western de John Ford avec John Wayne. Scorsese y démontre déjà des qualités indéniables dans la direction d’acteurs, en soutirant d’excellentes performances de sa distribution, Kaitel et Bethune en tête. WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR est présenté dans son format original noir et blanc panoramique 1.85:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) correspondant à son format original de présentation en salle. Malgré un travail qui se voulait sûrement minutieux de la part de la Warner, ce transfert montre clairement l’état précaire du matériel source utilisé. De nombreux artefacts sont perceptibles ici et là. De nombreux points blancs et fourmillements dans l’image sont perceptibles au gré du visionnement. De plus, la définition de l’image laisse parfois à désirer montrant plusieurs fois un flou prononcé. Les contrastes en souffrent quelque peu et les noirs manquent quelquefois de profondeur. Cependant, n’en tenons pas rigueur aux artisans-concepteurs de cette édition qui ont su tout de même, malgré l’état du matériel source, livrer un transfert appréciable et dont le visionnement est tout de même agréable. Cette édition met à notre disposition la version originale anglaise de WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR par le biais d’une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono. L’intégralité de l’environnement sonore, format oblige, est concentrée sur le canal central, sans aucun effet de remixage particulier. Cela est compréhensible dû aux limites mêmes de l’équipement utilisé pour le mixage original. Malgré quelques effets de distorsion en arrière-plan, les dialogues demeurent toujours bien perceptibles sans aucun bruit de fond. L’écoute de cette piste en est donc très appréciable. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont offerts en complément. En support à cette œuvre de jeunesse, cette édition offre aussi quelques suppléments dont voici les composantes : Commentaire du réalisateur Martin Scorsese et de l’assistant-réalisateur Mardik Martin Cette piste de commentaires est spécifique à seulement quelques scènes du film. Une fonction spéciale nous offre la possibilité d’écouter seulement les scènes commentées. Une piste de commentaires tout simplement palpitante où Scorsese et Martin nous livre quantités d’anecdotes sur le tournage, ainsi que quelques détails sur la genèse et la conception de cette petite production. From The Classroom To The Streets : The Making Of WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR Court-métrage proposant une entrevue avec Mardik Martin, assistant-réalisateur de Scorsese sur cette production, partageant avec l’auditeur quelques souvenirs relatifs de l’époque où fut tourné ce film. ------------------------------------------- Œuvre embryonnaire d’un jeune cinéaste passionné mais dont quelques maladresses dues à l’inexpérience sont encore décelables, WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR reste à tout le moins un document très intéressant témoignant des premiers pas de ce metteur en scène incomparable, et cette édition lui rend bien justice. MEAN STREETS (SPECIAL EDITION) (1973)
Après l’aventure de WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR, Martin Scorsese décroche un poste de monteur sur WOODSTOCK (1970), célèbre documentaire officiel du festival rock réalisé par Michael Wadleigh (WOLFEN), aux côtés de Thelma Schoonmaker, complice de longue date qui sera monteuse de plusieurs de ses futurs opus par la suite. Il fait par la suite un bref passage à la American International, célèbre distributeur de films de série B où il réalise son deuxième long-métrage BOXCAR BERTHA (1972), petit succédané du BONNIE & CLYDE (1967) de Arthur Penn. Fort de cette expérience acquise, Scorsese entreprend ce qui sera son premier projet d’envergure : MEAN STREETS.
Homme de main de Giovanni (Cesare Danova), ponte de la mafia opérant dans le quartier de la Petite Italie à New York, Charlie (Harvey Keitel) entrevoit enfin des possibilités d’avancement lorsque son patron lui offre la chance d’opérer un restaurant nouvellement acquis. Cependant, Charlie doit faire face à quelques difficultés dont l’une se nomme Johnny Boy (Robert De Niro), un ami d’enfance qui est devenu avec les années une petite frappe irresponsable et criblée de dettes, notamment auprès de Tony (David Proval), propriétaire d’un bar très fréquenté, et surtout auprès de Michael (Richard Romanus), petit caïd trempant dans plusieurs affaires louches. S’étant porté garant de Johnny Boy auprès de Michael, Charlie se retrouve dans le pétrin lorsqu’il constate que Johnny ne rembourse pas ses prêts. De plus, Charlie entretient une liaison secrète avec Teresa (Amy Robinson), jeune cousine de Johnny Boy souffrant d’épilepsie. Cette liaison est mal vue par Giovanni, qui conseille fortement à Charlie d’y mettre fin pour ne pas nuire aux «affaires». Déchiré entre son amour pour Teresa et sa loyauté envers Giovanni, Charlie tente du même coup et tant bien que mal de trouver une solution aux problèmes d’endettement de Johnny Boy. Pour son premier film marquant, Scorsese retourne dans les rues du quartier de son enfance afin d’y créer la chronique d’un univers qu’il connaît si bien. MEAN STREETS se veut aussi du même coup un WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR revu et amélioré. Scorsese y reprend plusieurs des thèmes abordés dans son premier long-métrage, mais en y rajoutant certaines variantes. MEAN STREETS se veut un portrait vigoureux et percutant, à la fois chaleureux et sans complaisance, de ces «rues chaudes» de la Petite Italie de New York. Charlie est sans conteste le pendant de J.R. dans WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR. Toutefois, si J.R. ne remettait jamais en question ses convictions religieuses acquises de génération en génération, le Charlie de MEAN STREETS le fait ouvertement. Marqué au fer rouge par l’expérience de la violence dans les rues, Charlie ne peut faire autrement que de remettre en question ses propres valeurs lui ayant été inculqués grâce à un enseignement fortement imprégné des valeurs de la religion catholique en sous-teinte. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une phrase prononcée en voix-off par Scorsese lui-même où il proclame : «On ne paie pas ses fautes à l’église. On le fait dans les rues, on le fait chez soi. Le reste, c’est de la connerie et je le sais ». Cette phrase prononcée dans le noir, on passe ensuite directement à un plan où l’on voie Charlie s’éveiller brutalement d’un rêve. Dès le départ, Scorsese fait du personnage de Charlie son alter-ego. C’est par ce personnage que le message et les principales motivations du cinéaste seront véhiculées, affirmation soutenue du fait que la voix de Scorsese se fera entendre fréquemment par la suite pour représenter les pensées du personnage de Charlie. Néanmoins l’influence de ces enseignements se fait encore sentir chez Charlie, que l’on voie fréquemment à l’église en pleine prière où à la confession. Il est intéressant de noter ici que Scorsese en profite pour montrer sa fascination envers les différentes coutumes et rites entourant la religion catholique (n’oublions pas qu’il a été lui-même séminariste et se destinait à entrer dans la prêtrise), caractéristique retrouvée fréquemment dans plusieurs de ses œuvres. Par exemple, lors de la première séquence où Charlie se présente au bar de Tony, nous voyons celui-ci admirer la beauté d’une jeune danseuse noire s’exécutant sur la piste de danse, allant même jusqu’à danser langoureusement avec elle. Scène succédée directement par un plan où Charlie, de retour à sa table, s’amuse à tendre le doigt au-dessus du feu d’une allumette. Deux gestes symboliques représentant le péché et ensuite la purification par le feu. Par ailleurs, la volonté de Charlie d’aider son copain Johnny Boy se traduirait par un certain sentiment de culpabilité envers les activités qu’il mène. Johnny Boy représentant à la fois la pénitence et le chemin vers une certaine rédemption, de même que sa liaison avec Teresa témoigne plus d’une certaine pitié envers cette dernière qu’un véritable amour ; elle est épileptique, et l’épilepsie est vue, chez les catholiques très croyants, comme un signe de folie. Mais au-delà de toutes ces métaphores, MEAN STREETS est d’abord et avant tout une peinture sans fioriture, sans pitié et sans concession du monde de la criminalité urbaine. À travers une mise en scène teintée de l’influence du néo-réalisme italien, Scorsese concocte une galerie de scènes d’une véracité crue témoignant de cet univers impitoyable grâce à une mise en scène solide et nerveuse bien servie par un excellent jeu de caméras du chef-opérateur Kent Wakeford (qui retravaillera par la suite avec Scorsese sur ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE), cela malgré un travail de montage parfois quelque peu chancelant de Sidney Levin (NORMA RAE) qui nous permet même de remarquer quelques fautes de raccords de plan par endroits. Cependant, Scorsese démontre encore une fois sa maîtrise de la direction d’acteurs en soutirant d’excellantes performances de tous ses interprètes. Si Harvey Keitel (TAXI DRIVER, RESERVOIR DOGS) livre ici une prestation solide et nuancée dans le rôle principal, force est d’admettre que celle-ci est presque éclipsée par l’éblouissant tour de force accompli par Robert De Niro dans son premier rôle marquant, ce dernier campant un Johnny Boy tantôt désinvolte et décontracté, tantôt violent et désespéré. Soulignons aussi l’apport des autres membres de la distribution, tout spécialement David Proval et Richard Romanus, qui prouvent ici qu’ils ne sont pas toujours utilisés à la mesure de leur talent, ces derniers étant plus souvent qu’autrement voués à de petits rôles sans envergure. MEAN STREETS est présenté dans son format original de présentation en salle, soit le format panoramique 1.85:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9). Un transfert en tout point remarquable reproduisant avec splendeur toute la saturation des couleurs qui profitent du même coup d’une palette très variée. La définition de l’image est en tout point satisfaisant, ne serait-ce que d’un tout léger flou dans les contours à certains passages. Le rendu des contrastes, quant à lui, est plutôt étonnant, particulièrement dans les scènes se déroulant au bar de Tony ; par la même occasion, les noirs bénéficient d’une belle profondeur. Le matériel source a visiblement été retravaillé beaucoup plus en profondeur comparativement à l’édition précédente déjà en circulation, et le visionnement n’en est que plus agréable. Cette nouvelle édition offre seulement la version originale anglaise de MEAN STREETS en format Dolby Digital 1.0 Mono. Cette bande-son a bénéficiée d’un remixage minutieux. Les effets sonores et les bruits ambiants ressortent avec un certain panache tandis que les dialogues sont constamment bien perceptibles, et cela sans aucun bruit de fond ni aucun autre artefact. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont offerts en complément à cette bande sonore. L’édition spéciale de MEAN STREETS offre aussi quelques suppléments en support à la première œuvre majeure de son auteur : Commentaire audio du réalisateur Martin Scorsese Cette piste de commentaire est spécifique à quelques scènes du film et une fonction spéciale nous permet de visionner seulement les scènes commentées l’une après l’autre. Scorsese, comme toujours, nous gratifie d’un commentaire fascinant, passionnant et savoureux, alliant informations, analyses et anecdotes de toutes sortes sur l’élaboration et le tournage de cette production. Martin Scorsese : Back On The Block Petit film promotionnel datant de l’époque de la sortie du film en salle proposant un regard sur les coulisses du tournage entrecoupé de quelques commentaires et réflexions de Scorsese sur sa famille, son quartier, ses expériences de jeunesse ainsi que, bien sûr, son nouveau film. Theatrical Trailer Mais oui ! Voici l’incontournable bande-annonce originale du film présentée en salle. -------------------------------------------- Pour tous ceux qui ont envie de découvrir, ou de redécouvrir ce petit joyau de film, cette édition est capitale. Plus qu’un petit film de mafieux quelconque, MEAN STREETS se voit plutôt comme une chronique sur cet univers particulier qu’est le quartier new-yorkais de la Petite Italie, là où Scorsese a vécu sa jeunesse et dont les expériences marquantes marqueront plusieurs de ses futurs chefs-d’œuvre. ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE (ALICE N’EST PLUS ICI) (1974)
Après avoir réussi à s’imposer dans le paysage cinématographique avec MEAN STREETS, Martin Scorsese se voit enfin offrir la chance d’être aux commandes d’une production purement hollywoodienne. Conscient d’être nouveau dans l’arène, Scorsese met de côté ses projets personnels afin de se faire la main sur une commande de la Warner Bros. Encore ici, Scorsese en surprendra plus d’un en prenant la barre de ce petit film à saveur féministe.
Toute petite, Alice Hyatt rêvait de devenir chanteuse. Le passage des années a cependant fait place à une réalité plus pragmatique. Alice (Ellen Burstyn) a maintenant 35 ans, mariée et mère de famille à temps plein. Lorsque son mari Donald (Billy Green Bush) meurt inopinément dans un accident de la route, Alice, étant sans travail, se voit obligée de vendre maisons et biens afin de subvenir à ses besoins. Voulant tenter sa chance à nouveau comme chanteuse, Alice plie bagages et quitte son patelin du Nouveau-Mexique vers de nouveaux horizons, accompagnée de son fils Tommy (Alfred Lutter). Alice et Tommy s’embarquent alors pour un long voyage vers Monterey, en Californie, ville natale de maman. Après avoir rencontré en chemin Ben (Harvey Keitel), un cow-boy complètement barjo avec qui elle a une brève liaison, Alice se retrouve sans le sou et coincée avec Tommy à Tucson en Arizona. Ne pouvant se trouver une place comme chanteuse, Alice doit se résigner à accepter un travail de serveuse au café Mel & Ruby’s, petit resto tenu par Mel (Vic Tayback), Ruby mangeant les pissenlits par la racine depuis quelques années. Elle s’y liera néanmoins d’amitié avec Flo (Diane Ladd), une serveuse à la grande gueule mais avec un cœur d’or, qui l’aidera à surmonter ses récentes épreuves. Elle y rencontre aussi David (Kris Kristofferson), charmant rancher de la région dont elle s’éprendra. Mais alors qu’Alice se croit tirée d’affaire, une série de quiproquos l’amènera cependant à remettre son cheminement en question. Tout juste sortie des ateliers de l’Actor’s Studio, la comédienne Ellen Burstyn (THE LAST PICTURE SHOW) acquiert une certaine notoriété grâce à THE EXORCIST (1973) de William Friedkin, où elle interprète le rôle le plus célèbre de sa carrière, celui de Chris MacNeil, mère de la jeune possédée. Le succès de ce dernier film et une nomination aux Oscars© aidant, Burstyn réussit à obtenir l’aval de la Warner pour mettre sur pied une adaptation d’un script qui lui tient à cœur, celui de ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE, écrit par Robert Getchell (BOUND FOR GLORY, SWEET DREAMS), jeune scénariste alors inconnu. Burstyn a même droit au réalisateur de son choix. Sur les conseils de Francis Coppola, elle visionne MEAN STREETS et jette alors son dévolu sur son jeune metteur en scène, Martin Scorsese, qui, contre toute attente, accepte d’emblée la proposition. Pour son premier film réalisé dans le contexte des grands studios, Scorsese laisse de côté les rues de New York qui lui sont si familières pour le soleil brûlant du sud-ouest américain. Ayant évoqué le contexte urbain de manière si percutante de MEAN STREETS, et étant lui-même plus new-yorkais que nature, Scorsese ne semblait pas, au préalable, être le candidat idéal pour mettre en scène cette petite comédie dramatique racontant les déboires d’une mère de banlieue, et encore moins dans le pays des cow-boys. Cependant, Scorsese se tire ici magnifiquement d’affaire grâce à une mise en scène vivante et enjouée tout au service du récit de Getchell, plein d’un humour doux-amer, à l’image des gens simples qu’il dépeint. Les différents tableaux proposés ici, portrait d’une tranche de vie d’une mère de famille monoparentale, sont teintés d’une énergie communicative et témoignent admirablement bien ici de ce milieu disons, plus «rural». Avec un scénario axé sur les dialogues à priori peu stimulant pour un metteur en scène aussi inventif, Scorsese se permet même quelques astuces çà et là comme, par exemple, la séquence d’ouverture. S’ouvrant sur un magnifique générique à l’ancienne de Wayne Fitzgerald (CHINATOWN, APOCALYPSE NOW) avec une vieille chanson de Alice Faye en fond sonore, le film débute avec une jeune Alice déambulant devant la maison de son enfance, se laissant aller à méditer sur son rêve de devenir chanteuse. Séquence complètement tournée en studio, celle-ci se veut un hommage certain à THE WIZARD OF OZ (1938) de Victor Fleming. Par un astucieux effet de montage, on bascule ensuite dans le moment présent (avec un plan-séquence tourné en extérieurs) alors que nous sommes martelés par la chanson du groupe rock Mott The Hoople intitulée ALL THE WAY TO MEMPHIS. Le plan-séquence se termine par un gros plan d’Alice, maintenant mère de famille, que l’on aperçoit à une fenêtre de sa maison. En l’espace de cinq minutes et grâce à un tour de force d’inventivité dans la mise en scène, tout le désillusionnement du personnage principal est ici exprimé. Scorsese continue ensuite dans la même veine en adoptant un style de réalisation nerveux et précis, évoquant avec justesse la rudesse du contexte évoqué, bien mis en valeur par les paysages arides de l’Arizona, magnifiquement cadrés et photographiés par le chef-opérateur Kent Wakeford. Soulignons aussi un solide travail de montage par Marcia Lucas (AMERICAN GRAFFITI, STAR WARS et... épouse de George) bien adapté au style virevoltant du metteur en scène. Malgré les nombreux petits exploits de mise en scène dont ce film est parsemé, il est étonnant de constater que ceux-ci n’interfèrent en rien par rapport au contenu du script et que Scorsese veut d’abord et avant tout mettre en valeur les personnages bien desservis par une distribution de premier ordre. Ellen Burstyn (THE EXORCIST, REQUIEM FOR A DREAM), excellente actrice de composition trop souvent sous-utilisée, offre ici une performance magistrale lui ayant valu en 1974 l’Oscar© de la meilleure actrice, avec ce portrait d’une femme mûre prenant peu à peu conscience de ses capacités et de son indépendance. Une interprétation pleine de subtilités et de nuances qui apporte toute la dimension humaine voulue pour ce récit. Le jeune Alfred Lutter n’est pas en reste et démontre des aptitudes étonnantes pour son jeune âge, avec son personnage de gosse malicieux et irrévérencieux. Kris Kristofferson, quant à lui, campe avec sobriété et justesse le rôle de l’amant de service qui aurait pu facilement tomber dans les clichés et la facilité. De plus, Diane Ladd (WILD AT HEART) réussit à rendre attachant un rôle qui aurait pu facilement être ingrat. Notons ici que Scorsese s’est manifestement fait plaisir en faisant appel à Harvey Keitel (MEAN STREETS, TAXI DRIVER) pour camper le rôle de Ben, qui est ici le personnage le plus près de l’univers scorsesien, péquenot débile dont les sautes d’humeur sont particulièrement inquiétantes. En terminant, soulignons aussi la brève mais réjouissante présence d’une toute jeune Jodie Foster (THE ACCUSED, THE SILENCE OF THE LAMBS) dans le rôle d’Audrey, jeune copine particulièrement dégourdie et dévergondée de Tommy. Une interprétation étonnamment mûre et maîtrisée de la part d’une enfant. Scorsese et Foster se retrouveront d’ailleurs par la suite aux côtés de Robert De Niro, sur TAXI DRIVER (1976). Scorsese démontre encore une fois qu’il est ici un formidable directeur d’acteurs. ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE est présenté en format panoramique 1.85:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) correspondant à son format original de présentation en salle. Admirable en tout point, ce transfert met en valeur une riche palette de couleurs bien soutenues par une définition d’image optimale laissant entrevoir un rendu des contrastes plutôt saisissant (particulièrement lors de la scène d’ouverture) et une bonne profondeur des noirs. Quelques rares points blancs se font remarquer et on dénote aussi quelquefois une légère surdéfinition des contours mais, dans l’ensemble, le résultat est digne de mention. Cette édition offre le film dans sa version originale anglaise via une bande sonore de format Dolby Digital 1.0 Mono. On dénote parfois quelques problèmes de distorsion et même un certain petit bruit de fond à certains passages. Par contre, les dialogues sont toujours bien audibles et le remixage ressort parfois avec une belle vigueur. La version française (doublage réalisé en France) est aussi offerte en format Dolby Digital 1.0 Mono et offre une qualité d’écoute équivalente à celle de la version originale anglaise. Des sous-titres français, anglais et espagnols sont aussi disponibles en option. En complément, cette édition propose aussi quelques suppléments mettant en relief divers aspects de cette production : Commentaire audio de Martin Scorsese, Ellen Burstyn, Kris Kristofferson et Diane Ladd Cette piste de commentaire est spécifique à certaines scènes du film et une option spéciale nous permet de visionner seulement les scènes commentées. Enregistrée séparément par les intervenants, cette piste de commentaire n’en reste pas moins fort intéressante. Malgré que les interventions du réalisateur soient plus épisodiques que dans les précédentes éditions du coffret, ce dernier laisse la place particulièrement à Burstyn, Kristofferson et Ladd, qui nous livrent une quantité de réflexions et analyses sur leurs personnages respectifs, ainsi que les incontournables anecdotes croustillantes sur les à-côtés de cette production. Notons ici une petite erreur sur le boîtier et le menu de cette édition, oubliant de préciser que Diane Ladd participe à ce commentaire. Second Chances Petit making-of qui, à travers des entrevues avec Ellen Burstyn et Kris Kristofferson se remémorant quelques souvenirs, nous entraîne dans les coulisses du tournage de ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE. Theatrical Trailer Pour clore le tout, voici la bande-annonce originale du film diffusée en salle à l’époque. ------------------------------------------ Peinture à la fois cocasse, touchante (sans tomber dans la mièvrerie), dérangeante et réaliste de la classe moyenne, ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE est aussi l’un des plus fascinants portraits de femmes que le cinéma américain nous ait donné. Ce film sera d’ailleurs le premier succès en salle de la filmographie de Scorsese, ayant même inspiré une célèbre série télé (ALICE) diffusée entre 1976 et 1985. AFTER HOURS (QUELLE NUIT DE GALÈRE !) (1985)
Martin Scorsese est maintenant un cinéaste accompli et totalement à la maîtrise de son art lorsqu’il nous arrive, en 1985, avec AFTER HOURS. Comédie noire racontant une nuit de déboires dans la vie d’un jeune yuppie new-yorkais, ce petit bijou démontre que notre homme n’a rien perdu de sa verve et de son mordant.
Modeste commis de bureau dans une grosse boîte de Manhattan, Paul Hackett (Griffin Dunne) fait la rencontre de la jolie et charmante Marcy (Rosanna Arquette). Au grand plaisir de Paul, Marcy lui donne rendez-vous à son loft du quartier de Soho, qu’elle partage avec l’énigmatique Kiki (Linda Fiorentino), sculptrice dont la personnalité est aussi indéchiffrable que ses œuvres. La soirée s’annonçant romantique et galante au départ, elle tourne cependant vite au vinaigre pour Paul suite à un fâcheux incident. Voulant retourner chez lui dare-dare, Paul se retrouve coincé à Soho, ayant perdu le seul billet de vingt dollars qu’il avait en poche chemin faisant, ce qui l’empêche de choper un taxi. Tentant par tous les moyens de remédier à la situation, notre (anti) héros rencontrera sur sa route cahoteuse, entre autres, deux voleurs à la tire (Cheech Marin et Thomas Chong), un barman colérique (John Heard), une serveuse férue des années 1960 mais complètement disjonctée (Teri Garr), une vendeuse de crème glacée parano (Catherine O’Hara) et June (Verna Bloom), une femme d’âge mûr à la recherche de l’âme-soeur. Entre ALICE DOESN’T LIVE HERE ANYMORE (1974) et AFTER HOURS (1985), la feuille de route de Martin Scorsese est ponctuée de plusieurs jalons importants. Le mémorable TAXI DRIVER (1976), mettant en scène Travis Bickle, chauffeur de taxi new-yorkais solitaire et désaxé, imposa définitivement le cinéaste et sa star (Robert De Niro) dans le paysage cinématographique. Scorsese continue sur sa lancée avec NEW YORK, NEW YORK (1977), production luxueuse rendant hommage aux comédies musicales des années 1940, et RAGING BULL (1980), quatrième collaboration du cinéaste avec Robert De Niro, son acteur fétiche, et deuxième collaboration avec le scénariste Paul Schrader (TAXI DRIVER). Cette bouleversante biographie du boxeur Jake La Motta vaudra à De Niro un Oscar pour son interprétation bouleversante, faisant presque figure de tragédie grecque. Les années suivantes s’annoncent plutôt éprouvantes pour Scorsese. Suite à l’accueil plutôt tiède réservé à THE KING OF COMEDY (1983), le cinéaste s’embarque dans un projet qui lui est cher et qu’il mûrit depuis de nombreuses années : THE LAST TEMPTATION OF CHRIST, adaptation sulfureuse du roman de Nikos Kazantzakis racontant l’odyssée du fils de Dieu d’un point de vue plus théologique et présentant Jésus-Christ sous un visage plus humain. Scorsese se voit forcé d’abandonner le projet alors qu’il est en pleine pré-production (casting complété et repérages effectués), la Universal décidant de couper court au financement. Cette série de déveines amène Scorsese à remettre sa carrière en question, lui qui se sent de moins en moins partie intégrante d’une industrie cinématographique dont le contexte est soumis à de drastiques transformations à cette période. Alors que ses derniers films ont bénéficiés de budgets de plus en plus considérables et d’infrastructures de plus en plus complexes, le metteur en scène sent le besoin de se ressourcer avec une production plus modeste à l’égal de MEAN STREETS (1973). C’est alors qu’il est contacté par Amy Robinson, actrice (ayant travaillé avec Scorsese sur MEAN STREETS) devenue productrice, qui dirige conjointement avec l’acteur-producteur Griffin Dunne (AN AMERICAN WEREWOLF IN LONDON) une petite société nommée Double Play. Elle lui propose de mettre en scène un scénario d’un jeune auteur inconnu de Joseph Minion intitulé LIES. Après lecture du script et quelques révision entreprises conjointement avec Minion, Scorsese accepte avec enthousiasme et prend les commandes de ce qui deviendra AFTER HOURS. Doté d’un budget plus que modeste et d’une équipe réduite, Scorsese bouclera le tout en une quarantaine de jours avec un tournage se déroulant presque exclusivement de nuit et en extérieurs. Filmé encore une fois dans la cité qui lui est si familière, Scorsese propose toutefois avec AFTER HOURS un New York différent. Le récit se déroulant presque entièrement de nuit, les rues quasi-désertes et exiguës du quartier de Soho insufflent au récit un caractère carrément surréaliste bien mise en valeur par la capacité du cinéaste à gérer le contexte urbain. Grâce à une mise en scène constamment inventive, bien supportée par le travail du chef-opérateur Michael Ballhaus et de la monteuse Thelma Schoonmaker (qui deviendront par la suite collaborateurs attitrés du cinéaste), Scorsese réussit à rendre hilarant ce cauchemar nocturne tout droit sorti de l’univers kafkaïen. Les nombreuses touches d’humour noir et caustique du script de Joseph Minion sont bien retransmises ici par l’attention que porte la caméra de Scorsese à chaque petit détail apportant une dimension insolite et cocasse à l’intrigue. Le ressourcement du cinéaste s’est ici opéré avec succès, l’enthousiasme de Scorsese étant palpable sur chaque plan et chaque image du film. L’énergie et le plaisir évident que le metteur en scène apporte au processus de création cinématographique est ici plus qu’évident et très communicatif. Encore ici, Scorsese démontre son niveau d’excellence dans la direction d’acteurs. Ayant pris en charge une distribution composée de jeunes acteurs de composition prometteurs, le réalisateur tire de sa petite équipe une succession de performances mémorables, et cela avec une distribution complètement dépourvue de vedettes. Griffin Dunne livre ici la meilleure composition de sa modeste carrière en campant ce Joseph K. new-yorkais que les nombreux déboires vont rendre progressivement paranoïaque et au bord de la crise de nerf. Le reste de la distribution démontre une énergie peu commune dans leurs portraits de personnages tous aussi bizarroïdes les uns que les autres, particulièrement du côté de Teri Garr (YOUNG FRANKENSTEIN, TOOTSIE), complètement loufoque dans le rôle de cette serveuse blonde oxygénée au look très «sixties». Scorsese réussit même à tirer quelque chose d’acceptable du fameux tandem Checch & Chong, surtout connu pour une série de nanars comiques (UP IN SMOKE, CHEECH & CHONG’S NEXT MOVIE, STILL SMOKIN’) d’un goût plus ou moins douteux faisant l’apologie de la marijuana et de ses délicieux effets. Avec AFTER HOURS, Scorsese nous fait cadeau d’une galerie de personnages savoureux rendant ce film inoubliable. AFTER HOURS est présenté dans un format panoramique 1.85:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) correspondant à son format original de présentation en salle. Un transfert honorable laissant entrevoir une palette très variée des couleurs et un rendu des contrastes satisfaisant soutenu par des noirs d’une bonne profondeur ; ce qui est de bonne augure puisque ce film est essentiellement nocturne. Cependant la définition de l’image souffre de quelques flous dans les contours et de légers artefacts (points blancs, fourmillements) sont visibles à quelques reprises. Cela dit, le visionnement reste toutefois très agréable. Cette édition propose la version originale anglaise en format Dolby Digital 1.0 Mono. Cette bande sonore limitée profite d’un bon mixage incluant des dialogues toujours bien audibles bien juxtaposés avec le paysage des effets ambiants. Du même ordre, la partition discrète et malicieuse du compositeur Howard Shore (SILENCE OF THE LAMBS, LORD OF THE RINGS) se déploie avec une force appréciable sur les enceintes, procurant une écoute plus qu’appréciable. La version française (produite en France) est aussi offerte via une bande sonore de format Dolby Digital 1.0 Mono de qualité équivalente à sa consœur anglaise. Déplorons tout de même l’absence de pistes stéréos pour un film de cette époque. Des sous-titres français, anglais et espagnols sont aussi disponibles en option. Cette édition de la Warner nous offre quelques suppléments en complément de cette œuvre vivifiante de son auteur : Commentaire audio de Griffin Dunne, Martin Scorsese, Amy Robinson, Michael Ballhaus et Thelma Schoonmaker Beaucoup de monde pour cette piste de commentaire spécifique à quelques scènes précises du film. Comme dans les éditions précédentes, une fonction spéciale nous permet de visionner tour à tour les séquences qui sont commentées. Le nombre élevé d’intervenants donne à cette piste un caractère quelque peu décousu d’où les éléments les plus intéressants sont livrés par Scorsese, Dunne et Ballhaus. Scorsese et Dunne nous proposent quantité de réflexions et d’anecdotes sur les à-côtés du tournage tandis que Ballhaus se concentre sur les aspects de l’élaboration technique de certaines séquences. Il en ressort tout de même de nombreux éléments plus qu’intéressants. Filming For Your Life : Making AFTER HOURS Conçu spécifiquement pour cette édition, ce petit making-of nous entraîne dans les coulisses du tournage de AFTER HOURS. Comprenant quelques entrevues avec les intervenants de la piste de commentaire, ce petit segment fait large place aux tenants et aboutissants qui ont amené Scorsese à réaliser cette comédie macabre. Deleted Scenes Série de huit petites scènes savoureuses ayant été coupées du montage avant la sortie en salle. Theatrical Trailer Pour clore le tout, voici l’inébranlable bande-annonce originale du film présentée en salle. ---------------------------------------- À mi chemin entre le PROCÈS de Kafka et le TWILIGHT ZONE de Rod Serling, tout en étant à peine saupoudré de tergiversations existentielles dignes des œuvres de Woody Allen, AFTER HOURS est une comédie décapante et grinçante, voire même inquiétante, nous montrant un aspect inexploré du «night-life» new-yorkais. Savoureuse à souhait, cette comédie est l’exemple même du vieil adage qui dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres. GOODFELLAS (LES AFFRANCHIS) (1990) (Special Edition)
Suite à AFTER HOURS (1985), Martin Scorsese réalise THE COLOR OF MONEY (1986), où Paul Newman reprend le célèbre personnage de Fast Eddie Felson qu’il incarnait dans THE HUSTLER (1961) de Robert Rossen. Par la suite, il réussira enfin à donner le jour à THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (1988), adaptation du roman de Nikos Kazantzakis devenu un projet mûri de longue date pour le cinéaste. Après avoir survécu aux réactions mitigées et souvent houleuses que ce dernier film a engendré chez les catholiques intégristes (dont le réalisateur Franco Zeffirelli), Scorsese dit bonjour aux années 1990 en prenant un nouveau départ sur les chapeaux de roues avec GOODFELLAS.
Enfant des rues de Brooklyn, Henry Hill (Ray Liotta) rêve de se faire la malle et de devenir un gangster. Grâce à de petits boulots, allant de la vente de marchandises volées jusqu’au vandalisme, Henry parvient à se faire une petite place au chaud dans le clan de Paul Cicero (Paul Sorvino), parrain d’une importante famille mafieuse opérant dans le secteur. C’est ainsi qu’il fera la connaissance de Tommy De Vito (Joe Pesci), petite frappe dont le caractère colérique n’a d’égal que son zèle incomparable à effectuer le sale boulot qui incombe parfois dans la bonne marches des «affaires». Grâce à l’influence et aux bons conseils de leur mentor Jimmy Conway (Robert De Niro), fils d’irlandais devenu lieutenant dans la famille Cicero, Henry et Tommy entament la route cahoteuse afin de gravir les échelons dans la hiérarchie et ainsi accomplir leur but ultime : devenir des affranchis. C’est pendant le tournage de COLOR OF MONEY en 1985 que Martin Scorsese découvre un ouvrage intitulé WISEGUY, écrit par Nicholas Pileggi. Histoire vraie racontant la chronique de l’ascension et la débandade d’un petit caïd de la mafia new-yorkaise nommé Henry Hill, le sujet avait tous les éléments pour plaire à notre homme. Scorsese contacte finalement Pileggi pour lui proposer de rédiger conjointement un script basé sur le best-seller. Le résultat aboutira finalement à GOODFELLAS, où le cinéaste retrouve le petit monde de la pègre new-yorkaise dix-sept ans après MEAN STREETS. Construit autour d’un script en béton de nos deux bonshommes, GOODFELLAS propose une vision unique du crime organisé, en cela qu’elle vient directement de l’intérieur. La plupart des œuvres du genre proposant un regard objectif sur le monde interlope, Scorsese, quant à lui, préfère s’inspirer directement du livre de Pileggi en adoptant un point de vue subjectif, dicté par la voix-off étrangement détachée de Hill-Liotta nous racontant les faits saillants de sa brillante «carrière» auprès de la mafia sicilienne. Il en résulte une description minutieuse d’une micro-société fonctionnant en marge du système établi, à un point tel que les personnages qui y évoluent en viennent à adopter un sens des valeurs et un raisonnement plutôt tordus, d’où une certaine banalisation volontaire des divers actes de violence (frôlant parfois le pur sadisme) qui y sont montrés. Scorsese dépeint ici avec une rare finesse la fine ligne de démarcation qui, dans ce milieu, sépare la raison de la folie pure et simple. Le cinéaste emploie pour ce faire ici une tactique délicieusement perverse. Employant un style lyrique pour nous présenter le cercle des affranchis (à travers de nombreux plans-séquences filmés à la Steadicam et au ralenti) rehaussé par la narration teintée de nostalgie du principal protagoniste, nos comparses sont présentés sous un jour éminemment sympathique. Ensuite, Scorsese s’amuse à provoquer un malaise chez le spectateur en nous montrant la bande en plein travail. Allant du vol, jusqu’aux meurtres et exécutions sommaires en passant par le chantage et l’extorsion, Scorsese utilise ici de brutales ruptures de ton en filmant «froidement» ces séquences particulières, par le biais d’un montage sec et rapide, en totale opposition à la majestuosité des séquences décrites précédemment. Un magnifique exemple d’émotions compartimentées. Il faut voir comment Hill et sa bande, tantôt joviaux et blagueurs, peuvent se transformer en monstres de sang froid lorsqu’il est temps de faire rouler la boutique. En étant décrits non pas comme des désaxés aux yeux louches, mais plutôt comme des êtres apparemment normaux, les protagonistes en sont d’autant plus inquiétants. Chez les affranchis, flinguer ou dépecer un mec est aussi anodin que d’acheter une baguette de pain à l’épicerie. C’est ici qu’on dénote une différence entre GOODFELLAS et le fameux GODFATHER de Francis Coppola, classique du genre. Si chez Coppola, le sujet était prétexte à un traitement se rapprochant de l’opéra filmé, Scorsese, quant à lui, préfère une approche plue crue et réaliste. Une approche particulière qui est bien transmise ici par l’excellente interprétation de la distribution. Si Robert De Niro est ici toujours aussi solide, force est d’admettre que le tout est porté sur les épaules de Ray Liotta et Joe Pesci, qui sont ici les véritables vedettes de ce film. Dans son premier rôle majeur au cinéma, Ray Liotta brosse un portrait fougueux de jeune caïd arriviste. Les moments les plus mémorables sont redevables à Joe Pesci, qui compose ici un personnage d’une rare intensité au niveau de la rage contenue et dont les nombreuses colères homériques lui vaudront d’ailleurs un Oscar© pour le meilleur second rôle. En terminant, soulignons aussi la performance de Lorraine Bracco (THE SOPRANOS) dans le rôle de Karen, épouse insatisfaite de Henry, offrant une vigoureuse interprétation, nuancée et subtile, offrant une intéressante contrepartie à cette galerie de personnages machos et virils. Scorsese est ici égal à lui-même, c’est-à-dire brillant. Par une mise en scène énergique et constamment inventive, le cinéaste brosse un portrait vigoureux et inoubliable du crime organisé grâce à une multitude de tableaux tantôt savoureux, tantôt percutants et bien mis en valeur par des dialogues incisifs. Grâce à la caméra du chef-opérateur Michael Ballhaus, collaborateur régulier de Scorsese depuis AFTER HOURS, et au travail minutieux réglé au quart-de-tour de la monteuse Thelma Schoonmaker (autre régulière), le cinéaste réécrit encore une fois le petit livre du parfait metteur en scène avec une suite ininterrompue de séquences inoubliables par leur virtuosité technique. Aussi, comme à son habitude, Scorsese s’amuse à souligner cette chronique du crime organisée par de nombreux extraits musicaux judicieusement choisis. Dans le cas présent, l’action se déroulant entre 1955 et 1980, nous passons donc des chansons de charme de Bobby Vinton aux élucubrations punks des Sex Pistols en passant par les Rolling Stones afin de souligner les différents contextes évoqués. GOODFELLAS est présenté en format panoramique 1.85:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) correspondant à son format original de présentation en salle. Un transfert magnifique proposant une palette de couleur variée et une définition d’image d’une précision maximale rendant justice aux teintes chaudes et ambrées de la photographie de Michael Ballhaus. Aucun artefact n’est à dénoter. Aucun grain, aucune poussière ni points blancs sauf cette ligne noire et verticale traversant l’écran au chapitre 27. Les endurcis s’en mordront sûrement les doigts ! Qu’à cela ne tienne, le rendu des contrastes et les dégradés atteignent un niveau d’excellence inégalé et les noirs sont aussi, par la même occasion, d’une belle profondeur. Malgré un petit écart curieux, ce transfert est en tout point remarquable et procure un visionnement agréable. Le tout s’avère une nette amélioration comparativement à l’édition précédente déjà disponible. La version originale anglaise de GOODFELLAS est disponible via une bande sonore de format Dolby Digital 5.1. Une bande sonore quelque peu décevante qui ne tire pas profit de toutes les possibilités de son format. L’environnement sonore est diversifié mais les canaux arrière sont trop peu utilisés. Cependant, les éléments ressortent avec une belle vigueur sur les autres canaux et profitent aussi largement d’un bon niveau au niveau du canal .1 (LFE) et d’un excellent balancement gauche/droit, particulièrement lors des séquences utilisant des passages musicaux. Aussi, contrairement à ce qui est indiqué sur le boîtier anglais de l’édition utilisée pour cette critique, cette édition propose aussi non pas la version espagnole, mais bien la version française (doublage réalisé en France) par le biais d’une bande sonore de format Dolby Digital 2.0 Surround (le boîtier français de cette édition DVD vendu séparément n’est pas erroné à ce niveau). Évidemment, celle-ci ne peut se comparer à la bande sonore de la version originale mais elle procure néanmoins une écoute agréable avec des dialogues toujours bien audibles. Pour accompagner le tout, des sous-titres français, anglais et espagnols sont aussi disponibles en option. Cette édition spéciale de GOODFELLAS met à notre disposition une belle brochette de suppléments en complément à cette œuvre explosive : DISQUE 1 Commentaire audio du réalisateur Martin Scorsese ; des acteurs Ray Liotta, Lorraine Bracco, Paul Sorvino et Frank Vincent ; du co-scénariste Nicholas Pileggi, des producteurs Irwin Winkler et Barbara De Fina, du chef-opérateur Michael Ballhaus et de la monteuse Thelma Schoonmaker Une foule de gens à la messe ici pour cette piste de commentaire spécifique à certaines séquences du film. Comme dans les autres éditions du coffret Scorsese, une option spéciale permet de visionner les scènes commentées en continuité. Vu le nombre élevé d’intervenants, la présence de ceux-ci est souvent épisodique et les commentaires ne sont pas vraiment en réaction directe avec ce qui se déroule à l’écran, excepté pour les commentaires de Ballhaus et Schoonmaker, s’attardant à l’élaboration et la conception de certaines séquences. Quant à Scorsese et le reste de la bande, ils nous donnent quantité de réflexions et anecdotes entourant le film et son tournage. Le résultat est quelque peu décousu mais tout de même fort intéressant. Commentaire audio de Henry Hill et Edward McDonald Mais regardez qui est là ! Si, si ! Le véritable Henry Hill en personne nous gratifie de sa présence en compagnie d’Edward McDonald, ancien agent du FBI responsable de l’inculpation du pauvre Henry et de ses compères. Une piste de commentaires particulièrement intéressante où les deux invités s’attardent à mettre en contexte les événements décrits dans le film par rapport à la réalité des faits. Aujourd’hui repentant, il est plutôt fascinant d’entendre les réactions de Hill commentant certaines séquences particulièrement dérangeantes. Awards Liste des divers prix cinématographiques remportés par GOODFELLAS après sa sortie en salle. DISQUE 2 Getting Made Voici le making-of officiel de GOODFELLAS, proposant une incursion dans les coulisses du tournage de cette saga de la pègre. Comprend des entrevues avec Martin Scorsese, quelques membres de la distribution dont Robert De Niro, Ray Liotta et Joe Pesci, ainsi que quelques artisans ayant participé à la fabrication de ce classique inoubliable. Made Men : The GOODFELLAS Legacy Les réalisateurs Joe Carnahan (NARC), Antoine Fuqua (TRAINING DAY), Richard Linklater (BEFORE SUNRISE) et les frères Albert et Allen Hughes (MENACE II SOCIETY, FROM HELL) nous font part, par le biais d’entrevues, de l’influence qu’a exercé GOODFELLAS sur leurs visions et leurs styles respectifs. The Workaday Gangster Un court-métrage nous proposant une analyse en profondeur du phénomène du crime organisé en Amérique. Paper Is Cheaper Than Film Un segment nous permettant de revisiter certaines séquences du film en comparant les versions sur story-boards avec le résultat final à l’écran. Theatrical Trailer La bande-annonce originale du film telle que présentée en salle à l’époque. --------------------------------------------------- Warner frappe encore un grand coup ici avec cette magnifique édition de cette œuvre incomparable. Plus qu’un simple film de gangster, GOODFELLAS transcende le genre en se voulant en fait une chronique dérangeante et déroutante du quotidien d’une caste spéciale du crime organisé. Magnifiquement filmé par Martin Scorsese et brillamment interprété, GOODFELLAS fait partie intégrante des grands crus (et ils sont nombreux) de ce cinéaste. ----------------------------------- ----------------------------------- Les boîtiers des cinq éditions proposés (également vendues séparément) reproduisent les affiches originales de chaque film lors de leur sortie en salle, comme c’est l’habitude chez la Warner. Un indispensable pour tous les fans de ce cinéaste et un outil considérable pour tous ceux voulant s’initier à l’univers scorsesien. Studio éditeur : Warner Date de sortie : 17 août 2004 WHO'S THAT KNOCKING AT MY DOOR (1968) Film : 3/5 Image : 2,5/5 Son VO : 2,5/5 Bonus : 3/5 MEAN STREETS (SPECIAL EDITION) (1973) Film : 4/5 Image : 4/5 Son VO : 3/5 Bonus : 3/5 ALICE DOESN'T LIVE HERE ANYMORE (ALICE N'EST PLUS ICI) (1974) Film : 4/5 Image : 4/5 Son VO : 3/5 Son VF : 3/5 Bonus : 3/5 AFTER HOURS (QUELLE NUIT DE GALÈRE !) (1985) Film : 4,5/5 Image: 3,5/5 Son VO : 3/5 Son VF : 3/5 Bonus: 3/5 GOODFELLAS (LES AFFRANCHIS) (1990) (Special Edition) Film : 5/5 Image : 4/5 Son VO : 4/5 Son VF : 3/5 Bonus : 4/5 Marc Lespérance marcl@dvdquebec.com Vendredi 3 Septembre 2004
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