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Vendredi 3 Septembre 2010
20:35

MAR ADENTRO (LA MER INTÉRIEURE), DVD zone 1 d'Alliance Atlantis

Dernière production cinématographique en date du jeune et talentueux réalisateur espagnol d'origine chilienne Alejandro Amenabar, MAR ADENTRO marque un tournant dans la carrière du réalisateur. Après nous avoir fait frissonner avec TESIS (1996), ABRE LOS OJOS (1997) et LOS OTROS (2001), ce dernier lui valant une reconnaissance internationale, Amenabar nous emmène dans un univers mélodramatique auquel il ne nous avait pas vraiment habitué. Issu d’une histoire vraie, celle de Ramon Sampedro, Amenabar n’abuse pas de la corde sensible et d’effets trop faciles pour émouvoir sans choquer.



MAR ADENTRO (LA MER INTÉRIEURE), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis
MAR ADENTRO (LA MER INTÉRIEURE), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis
L’histoire : Ramon Sampedro vit dans une petite maison de Galice entouré de son père, son frère, sa belle sœur et de leur fils. Ramon n’a pas une vie ordinaire, tétraplégique depuis presque trente ans à la suite d’un accident, il est cloué dans son lit. Entouré par sa famille et par de nombreux amis restés fidèles, il vit à travers leurs vies ce qu’il ne peut pas vivre par lui-même. Sa seule échappatoire est sa faculté à s’évader de son corps par le rêve. Mais Ramon n’en peut plus de cette vie qui n’en est pas une à ses yeux et ne désire qu’une seule chose : pouvoir mourir parce que la vie est un droit et non une obligation. Son combat pour mourir va se poursuivre jusque devant les tribunaux de son pays. Ramon s’en remet alors à une avocate : Julia. Ensembles ils essaient de sensibiliser l’opinion à leur action par la publication des écrits de Ramon.

On peut vraiment être bousculé par le personnage de Ramon. C’était un homme loin d’être triste, il aimait parler de tout, l’amour, la mort, la vie, le sexe. C’était un marin, un homme simple qui avait construit sa propre culture à force de volonté, c’était un homme intellectuellement libre, il était sont seul Dieu. Aussi, comment un homme plein de vie, apprécié des femmes, soit par amour ou par compassion, avait comme seule quête la mort ? C’est un paradoxe ! Le film est une histoire d’amour et de résignation et celui d’un combat, celui d’un homme pour la dignité de mourir librement. Contre l’avis de l’Église et celle des autorités, Ramon Sampedro va se battre sans faire plier les institutions. Aussi, il va lui-même mettre au point sa mort.

Le réalisateur espagnol popularisé avec le succès international de LOS OTROS (2001), qui mettait en vedette Nicole Kidman, nous revient avec ce dernier long-métrage bardé de récompenses internationales en tous genres. Amenabar retrouve Matéo Gil pour l'écriture de ce troisième film, ils signent ici un scénario brillant qui ne dénature pas la mémoire de Ramon Sampedro sans pour autant glorifier ou condamner l'euthanasie. S'éloignant des films dits de "genre" qu'étaient LOS OTROS et ABRE LOS OJOS, Amenabar lâche (pour un temps ?) les films à vous filer la chaire de poule pour aborder le mélodrame. Le réalisateur se confronte donc ici, avec maturité, à un sujet grave : l'euthanasie. Dès le début, on se rend compte que le film n’est pas là que pour faire pleurer à grand renfort de sensiblerie par une mise en scène molle ou par un réquisitoire violent à travers des dialogues en forme de plaidoyers. Ici rien de tout cela, Amenabar distille un mélange d’effets attendus et une bonne dose de lyrisme. Jamais Ramon Sampedro n’est jugé pour ce qu’il veut entreprendre. Sur un sujet ultra sensible, le réalisateur arrive à nous faire autant sourire que pleurer, privilégiant le silence à de trop longs discours et le jeu des regards éloquents plutôt qu’une litanie de mots.

La réussite du film vient aussi dans le choix des comédiens qui forment l’armature autour de l’acteur principal : Javier Bardem, l’un des plus grand comédiens espagnols actuels. Bardem transcende le film par une interprétation magistrale, toute en délicatesse et en force, celle de l’interprétation. Pour le rôle de Ramon Sampedro, Bardem dut surmonter plusieurs obstacles : il ne possédait ni le physique ni l’âge pour le rôle, ajoutez à cela qu’il ne parlait pas le galicien. Bardem dut travailler énormément sa voix et sa gestuelle. Il dut supporter cinq heures quotidiennes de maquillage en moyenne et devait constamment garder à l’esprit les limites que lui imposait le handicap de son personnage : l’impossibilité de bouger, tout devait passer par la voix et le regard. À charge à Amenabar par sa mise en scène, d’utiliser les songes de Ramon pour lui donner un corps et la possibilité de se mouvoir et de se libérer de son corps. L’interprétation est tellement juste qu’on la croit naturelle et on oublie le jeu du comédien, on a l’impression qu’il improvise constamment. Le travail collectif des acteurs donne au final un film touchant, rempli de poésie, d’amour et de tendresse mais menant inéluctablement vers la mort. Amenabar ne fait pas de l’histoire de Ramon Sampedro un film à thèse politisé. Il s’attache à rendre compte de la situation légale de l’euthanasie. Il ne s’attarde pas dans les innombrables rebondissements juridiques de l’affaire et préfère s’attacher à l’homme qu’était Ramon Sampedro.

Le 12 janvier 1998, Ramon Sampedro mourut. Aujourd’hui la position officielle sur l’euthanasie reste inchangée en Espagne.

L’image est au format 2.35:1 avec transfert anamorphosé 16:9, respectant ainsi le format en salles. L’image est d’une excellente qualité, avec une bonne restitution des couleurs, si minutieusement choisies et travaillées par le réalisateur, saturées mais pas plus qu’il n’en faut. La restitution de celles-ci est chaude, plus matte et les contrastes gommés dans les passages « lyriques », comme le voulait le réalisateur. À l’inverse, on retrouve de très beaux dégradés de noirs et des contrastes retrouvant tout leur mordant dans le quotidien de Ramon. Les trucages s’intègrent parfaitement sans discordance avec le reste du film. Voilà une belle copie, sans réel problème de compression.

Côtés son on retrouve deux pistes audio, la première est une version originale espagnole en Dolby Digital 5.1. Force est de constater que, malgré de réels efforts, l’utilisation des canaux d’ambiance arrière est plus que timide et l’encodage des voix est trop faible, beaucoup trop étouffées. Pour compenser, il vous faudra monter le volume et risquer, sur certaines scènes un peu plus animées, une déferlante de bruits assourdissant… la trame musicale (!). Les basses sont timidement présentes et le canal .1 (LFE) ne se réveille que deux fois dans le film et de manière peu soutenue. Constat plutôt affligeant pour cette piste pour laquelle la finesse et la clarté auraient du être une priorité, le film étant baigné de musique. Il s'agirait plus d'un mauvais équilibre de l'ambiophonie générale dut à une mauvaise répartition des effets dans les différents canaux. La piste française (doublée en France), en Dolby Digital 2.0 Stéréo, souffre des même problèmes. On note cependant une légère différence en faveur de la piste espagnole au niveau de l’ambiance, ce qui est normal compte tenu du format de la piste française. Tout est ici axé sur les canaux avant et surtout le central. Vraiment dommage. Des sous titres anglais et espagnols sont proposés.

Menus anglais (!?) et suppléments DVD en version originale espagnole uniquement avec possibilité de sous-titres anglais et espagnols :


Deleted / Alternative scenes :
Au menu trois scènes dont une coupée au montage final et deux autres dans leur version intégrale. La scène coupée (Dedication) n’apporte effectivement pas grand chose de plus au film et son absence ne manque pas ; pour ce qui concerne les deux autres scènes (« I want you to go » et « Julia changes her mind »), leur amputation s’explique par le choix du réalisateur à ne pas trop expliciter le cheminement intérieur des personnages et les raisons qui motivent leurs actions ; à la place le réalisateur à préférer laisser au spectateur le choix d’interpréter et de comprendre, sans expliquer, les choix des personnages. Intéressant.

Feature commentary with director Alejandro Amenabar :
D’emblée, le réalisateur s’excuse si ce commentaire audio fait redondance avec le documentaire disponible sur le DVD et aussi, non sans un certain humour, espère que cela ne vous semblera pas trop long. Il est vrai que le bonhomme a un débit qu’il est bien difficile à suivre, ce n’est pas un méditerranéen pour rien. Alejandro s’attache à expliquer et raconter des anecdotes du tournage, comme par exemple l’idée de la séquence d’ouverture du film qui lui est venu en se promenant, de retour de la promo de LOS OTROS, sur une plage en Espagne. Anecdotes mis à part, le commentaire est des plus classique sans pour autant être ennuyeux, le réalisateur passe en revu le choix des acteurs et surtout celui de Javier Bardem. Quelques mots sur les tournages en extérieurs et sur la majeure partie du tournage en studio, avec incrustation d’effets spéciaux et le travail sur la lumière. Quelques passages du film sont plus commenter que d’autres, c’est le cas du duel verbal par personne interposée entre le personnage de Ramon et le père Francisco qui représente en fait la position de l’église face à l’euthanasie. À la suite de cette séquence, le réalisateur s’attarde sur l’échange verbal entre le père Francisco et la belle sœur de Ramon, très intéressant. En dehors des commentaires de certaines scènes, le réalisateur confie qu’il n’avait pas de position au sujet de l’euthanasie avant de commencer le film, se déclarant agnostique, ce qui ne fait pas de lui un monstre pour autant explique-t-il. Comme Ramon, il ne croit pas en une vie après la mort pas plus qu’en une vie avant la mort. Le réalisateur évoque aussi les pistes abandonnées et les scènes coupées. Voici un commentaire audio d’excellente facture qui colle assez bien au film sans toutefois entrer dans le débat du pour ou contre l’euthanasie et encore moins avec un avis tranché sur la question.

A trip to The Sea Inside (1h24) :
Il nous est proposé ici un documentaire très fourni sur la conception et le tournage du film. Le documentaire se découpe en plusieurs parties. La première est consacrée à la préparation du film. On y retrouve de nombreuses interventions comme celle du producteur Fernando Bovaira, que l’on retrouvera tout au long de ce documentaire. Alejandro Amenabar nous explique le processus de création du film, d’abord par la lecture du livre, puis la rencontre avec l’association du droit à mourir dans la dignité (DMD), enfin le passage à l’écriture du scénario et des dialogues avec Mateo Gil, co-scénariste et « récidiviste » . La seconde partie englobe la pré-production avec les séquences de repérage, le travail des maquettistes et des décorateurs. Cette partie intègre un entretien avec Javier Bardem intitulé « De Javier à Ramon ». Le comédien y évoque la préparation physique très importante, de nombreux extraits d’entretiens avec le vrai Ramon Sampedro, réalisés il y a plusieurs années, sont utilisés par l’acteur pour lui permettre de s’approcher du personnage à incarner. Un passage intéressant intitulé « Casting » vient mettre en avant le côté impitoyable de la sélection des acteurs par le très rigoureux directeur du casting Luis San Narciso. Car mis à part Javier Bardem, le choix des autres comédiens et comédiennes s’est fait par de nombreux essais. On y découvre celui de Bélen Rueda (Julia) ainsi que des interventions de Lola Duenas (Rosa). Le documentaire se consacre ensuite au tournage en extérieur, sur l’organisation des séquences à filmer. Dans un segment intitulé « Le voyage » (en fait les 65 jours de tournage), on peut observer la direction des acteurs par Amenabar, la liberté laissée à ceux-ci dans le domaine de l’improvisation. Puis vient la toute dernière partie intitulé « La fin du voyage » qui est consacré au montage final du film avec l’explication du choix des scènes coupées ou de la fin alternative. Un assez long passage est consacré aux effets spéciaux et au travail très important sur la lumière. Enfin, inévitable, le passage sur la musique, composée pour partie par Alejandro Amenabar lui-même, ce n’est du reste pas la première fois. Voilà un documentaire très exhaustif qui permettra de faire parler l’ensemble des artisans du film, acteurs, producteurs, scénaristes et bien d’autres. Cependant tout cela reste purement conceptuel, en effet cela pourrait servir de petit guide à la préparation et à la réalisation d’un film mais ou est passé l’essentiel ? Le thème du film ? Évoqué à de très rares occasions, le sujet fait défaut.

Photo Gallery :
32 photos issus du film.

Storyboard Gallery :
32 croquis issus du storyboard.

Set design Gallery :
En un peu plus abouti, 17 croquis finalisés du story-board.

Trailers :
Passage obligé par la bande-annonce cinéma du film ainsi que deux autres films du catalogue New Line. Il y a aussi inclus une partie DVD-ROM.

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Amenabar mène de manière magistrale la direction des acteurs et place le film sous l'angle de vue humain et non sous celui du débat. Maintenant, aussi talentueux que soient les acteurs, le scénario et dialogues ou même la mise en scène, je ne suis pas sur que le film est la force de faire changer d’avis les différentes autorités religieuses ou administratives et ce dans quelques pays que ce soit. Cependant, si cela interpelle et fait réfléchir le spectateur alors lentement, peut être, les choses évolueront un jour. Cependant il faut garder à l’esprit que ce problème est un problème éminemment moral et, qu’on le veuille ou non, notre civilisation occidentale est imprégnée d’une culture judéo-chrétienne, ce qui est consciemment ou inconsciemment un frein à toute évolution de nos valeurs dans ce domaine. Le succès rencontré par le film est déjà un petit pas, mais la réflexion reste ouverte et la légalisation sur l’euthanasie souvent un sujet tabou. Le film d’Amenabar est touchant, certes, mais malheureusement je mettrai un bémol à mon enthousiasme. En effet, par moment, le réalisateur transforme ce mélodrame en opéra soap dramatique par un abus de musique. La recherche pour produire un effet qui fera naître l’émotion doit se montrer plus délicat qu’un accouchement aux forceps. La musique parfois envahissante met de la distance entre le spectateur et les personnages pourtant attachant. On reste finalement « spectateur », désespérément. Cependant les professionnels et le public ne s’y sont pas trompés, MAR ADENTRO est un très grand film et le traitement d’un sujet aussi délicat est finalement fort bien mené. À voir absolument.

Studio éditeur : Alliance Atlantis
Date de sortie : 17 mai 2005

Film : 4,5/5
Image : 4,5/5
Son VO : 3/5
Son VF : 2,5/5
Bonus : 4/5



Yann Algoët
yann@dvdquebec.com

Jeudi 18 Août 2005


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