MAN ON FIRE (Collector’s Edition), l’édition DVD (2 disques) zone 1La vengeance est un plat qui se mange froid et le tandem Tony Scott/Denzel Washington nous invite à en faire la dégustation avec ce thriller explosif, mais aussi particulièrement racoleur et manipulateur.
MAN ON FIRE (L’HOMME EN FEU) (Collector’s Edition), l’édition DVD (2 disques) zone 1
Ancien agent de la CIA, John Creasy (Denzel Washington) se retrouve au bout du rouleau. Troublé par les souvenirs de ses années de service passées aux opérations clandestines de l’agence, Creasy trouve refuge dans l’alcool. Il trouve cependant de l’aide auprès de Rayburn (Christopher Walken) qui lui déniche un boulot de garde du corps auprès de la famille de Samuel Ramos (Marc Anthony), jeune homme d’affaires fortuné établi à Mexico, avec sa femme Lisa (Radha Mitchell) et sa jeune fille Pita (Dakota Fanning). Affecté exclusivement à la protection de l’enfant, Creasy s’attachera progressivement à celle-ci au fil des jours. Ayant tissé des liens étroits avec Pita, Creasy trouvera par la même occasion un nouveau sens à sa vie, l’amenant ainsi à combattre son alcoolisme. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où Pita est kidnappée par des brigands à sa sortie de l’école. Ayant tenté en vain de sauver la jeune fille des griffes de ses ravisseurs, Creasy est grièvement blessé pendant une fusillade. Pendant qu’il est confiné à un lit d’hôpital, une rançon est exigée pour la libération de Pita. L’échange est organisé mais tourne au vinaigre alors que la police tente une ruse qui tourne mal ; tout semble indiquer que la jeune fille a été finalement exécutée. Apprenant la nouvelle, Creasy reprend les armes pour une dernière fois afin de retracer les responsables et d’assouvir sa vengeance sourde et implacable.
Pour certains cinéphiles avertis, MAN ON FIRE est un titre familier. Au départ un obscur roman d’un certain A.J. Quinnell, MAN ON FIRE a déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique par le biais d’une co-production franco-américaine réalisée par Élie Chouraqui (PAROLES ET MUSIQUE, LES MARMOTTES) et mettant en vedette Scott Glenn (THE RIGHT STUFF, SILENCE OF THE LAMBS). Le succès n’ayant pas été au rendez-vous, ce film est presque oublié depuis. Voici maintenant que le réalisateur Tony Scott nous arrive avec sa vision de la chose. Frère de Ridley Scott, à qui l’on doit, entre autres, ALIEN (1979) et BLADE RUNNER (1982), ce cher Tony nous a donné quelques-uns des gros « blockbusters » du cinéma américain des dernières années dont TOP GUN (1986) et BEVERLY HILLS COP II (1987). Continuant sur sa lancée, Scott a toujours maintenu une rigueur implacable en mettant en scènes des machines bien huilées privilégiant la forme au détriment du fond. Ainsi, il a accumulé une suite de productions à la mise en scène adroite mais dont la pauvreté du propos laisse pantois. Si parfois l’ensemble se laisse assez bien regarder (THE LAST BOY-SCOUT), on a droit plus souvent qu’autrement à des nanars embarrassants comme REVENGE (1989), DAYS OF THUNDER (1989), THE FAN (1996) ou bien ENEMY OF THE STATE (1998) ; et je ne m’attarderai pas sur TOP GUN, dont votre humble serviteur ici présent est déjà l’auteur d’un texte sur ce site. Cependant, Scott a livré quelques bobines intéressantes bien malgré lui, comme TRUE ROMANCE (1993), devant beaucoup à un scénario de Quentin Tarantino, CRIMSON TIDE (1995), drame sous-marinier capitalisant sur un bon duel d’interprètes entre Denzel Washington et Gene Hackman, et SPY GAME (2002), sympathique drame d’espionnage avec Robert Redford et Brad Pitt. Pour sa dernière mouture, Scott dispose d’un scénario rédigé par Brian Helgeland, scénariste comptant dans son tableau de chasse des titres imposants comme L.A. CONFIDENTIAL (Curtis Hanson, 1997), avec lequel il a obtenu un Oscar©, et MYSTIC RIVER (Clint Eastwood, 2003) pour lequel il avait mérité une autre nomination. Pour son dernier script, Helgeland adapte le roman de A.J. Quinnell au goût du jour et transpose l’action du roman original, situé en Italie, au Mexique, où la situation géo-politique mouvementée témoigne d’un haut taux de criminalité renforcé par la corruption grandissante dans le milieu politique et parmi les forces de l’ordre. De plus, une vague particulière de crimes nouveau genre se développe parmi l’univers interlope mexicain, soit le « kidnapping et rançon », nouvelle tendance venue de certains pays instables d’Amérique du Sud. Le principe en est simple : sous le prétexte d’une action politique, des gens fortunés sont enlevés puis ensuite restitués aux autorités moyennant le paiement d’une rançon. Le scénario de Helgeland dispose donc ici d’un canevas intéressant que Scott exploite assez bien grâce à une séquence d’ouverture intéressante dressant une mise en contexte assez habile. Malheureusement, ce thème est trop peu exploité dans ce film au départ beaucoup trop long (146 minutes) où Scott et Helgeland s’attardent à nous décrire, pendant la première moitié, l’affection grandissante entre les deux protagonistes principaux (Cleary et la petite Pita). De ce petit récit gentillet et cousu de fil blanc, un virage à 180 degrés s’effectue, le récit se transformant en un drame d’aventures revanchard où Scott, le monteur Christian Wagner (un régulier de l’écurie Scott) et le chef-opérateur Paul Cameron (GONE IN SIXTY SECONDS, SWORDFISH) s’en donnent à coeur joie dans les effets stylistiques futiles (nombreux plans de caméras à l’épaule, montage syncopé hyper-rapide, photographie léchée) où même une disposition particulière des sous-titres devient agaçant. Bien sûr, le tout est bien mené et Scott, comme à son habitude, s’avère un habile technicien. Mais le problème vient des procédés. On ne peut s’empêcher de croire que le réalisateur cherche à manipuler impunément le spectateur en nous présentant tout d’abord une vision idyllique des liens d’amitié se créant entre les deux protagonistes, le tout grâce à une succession d’images d’Épinal appuyées à coup de marteaux par les teintes chaudes et ambrées de la photographie pour ensuite faire basculer le récit dans une succession d’affrontements violents frôlant parfois le sadisme justifiés par la mort apparente de la jeune fille. Le propos n’est pas tant discutable que le moyen que Scott emploie pour l’appuyer. Nous retrouvons donc ici le Tony Scott habituel qui ne peut s’empêcher de requérir constamment à une surdose d’effets où chaque séquence de son film, pour ne pas dire chaque plan, est stylisé à l’extrême, négligeant ainsi à la fois le potentiel de son intrigue et la force de ses personnages. S’étant trop fait jeter de la poudre aux yeux, on en ressort plus agacé qu’intéressé. Parmi tout cela, Denzel Washington promène sa silhouette d’éternel émule de Sidney Poitier en étant égal à lui-même, c’est-à-dire solide, mais sans réel éclat. La surprise vient de la jeune Dakota Fanning (I AM SAM, HIDE AND SEEK) dont la sobre performance d’une étonnante maturité se situe au-delà des clichés habituels de ce type de rôle. Soulignons aussi la présence réjouissante de Christopher Walken (THE DEER HUNTER, PULP FICTION) dans un rare (et trop bref) rôle sympathique. Certains s’amuseront aussi de la présence de Mickey Rourke (RUMBLE FISH, YEAR OF THE DRAGON) dans le rôle de l’avocat de la famille Ramos. Rourke, dont la carrière est sur une voie de garage depuis de nombreuses années, semble ici revenir d’entre les morts. Malheureusement, la galerie de personnages offerts ici n’offre que peu à se mettre sous la dent et des comédiens solides comme Radha Mitchell (FINDING NEVERLAND, MELINDA AND MELINDA) et Giancarlo Giannini, vedette du cinéma italien, se débattent tant bien que mal dans des rôles trop peu définis. Dommage, car la distribution, au demeurant, s’avère excellente et même le chanteur Marc Anthony offre une performance acceptable. MAN ON FIRE est offert en format panoramique 2.40:1 d’après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation en salle. Ce transfert s’avère sans faille, identique à la précédente édition, alliant une excellente saturation des couleurs à un rendu des contrastes optimal où les noirs sont d’une belle profondeur. Le tout fait ressortir ainsi la palette variée et chatoyante des couleurs de la photographie de Paul Cameron, offrant une vision à la fois touristique, avec des images dignes d’une carte postale, et une sombre incursion dans les bas-fonds de la capitale mexicaine. Cette édition offre la version originale anglaise grâce à des pistes en format DTS 5.1 et Dolby Digital 5.1 qui en mettront plein la vue aux cracks du cinéma maison. Ces pistes offrent un environnement sonore à l’ambiophonie maximale allié à un niveau des basses particulièrement élevé où tous les canaux sont sur-sollicités. Une véritable débauche d’effets sonores étourdissants vous donnera le tournis jusqu’à ce que le canal .1 (LFE) se charge de vous achever complètement avec les nombreuses fusillades parsemant la deuxième moitié du film. La piste DTS se démarque quelque peu par sa précision (au niveau des fréquences basses notamment) mais la piste Dolby Digital n’est certainement pas en reste. La version française (doublage produit au Québec) est aussi offerte dans un format plus modeste, soit en Dolby Digital 2.0 Surround, où le niveau des basses et des aigus sont toutefois particulièrement (et parfois trop) appuyés, empiétant parfois même quelque peu sur les dialogues. Une piste espagnole également Dolby Digital 2.0 Surround est aussi offerte de même que des sous-titres anglais et espagnols. Comme prévu pour une édition de la Fox, l’absence de sous-titres français se fait malheureusement toujours sentir. Déjà disponible en format DVD depuis septembre dernier avec une édition plus modeste, MAN ON FIRE dispose maintenant d’un traitement spécial avec une toute nouvelle édition deux disques renfermant une quantité imposante de suppléments : DISQUE 1 Commentaire audio du réalisateur Tony Scott D’un ton plutôt enthousiaste, le réalisateur Tony Scott nous offre ici quantité d’analyses et de réflexions allant de la genèse du projet jusqu’à la post-production en passant par les incontournables anecdotes de tournage. Commentaire audio réunissant le scénariste Brian Helgeland, le producteur Lucas Foster et l’actrice Dakota Fanning Cette piste de commentaires a été enregistrée conjointement par les trois intervenants. Se déroulant de manière décontractée et d’un ton plutôt convivial, Foster et Fanning se concentrent sur les éternelles anecdotes de tournage (pour la plupart déjà abordées dans la piste précédente) tandis que Helgeland se livre à des commentaires sur l’élaboration et la rédaction de son script. DISQUE 2 VENGEANCE IS MINE : REINVENTING MAN ON FIRE Long et exhaustif « making-of » divisé en cinq parties explorant toutes les facettes de la production de ce film et comprenant les segments suivants : Twenty-Year Odyssey – Project Development Ici, Tony Scott et Brian Helgeland s’attardent sur la genèse du projet et la rédaction du script. On y apprend que Scott envisageait déjà de tourner une adaptation du roman de Quinell après avoir terminé THE HUNGER (1983), son premier film, mais qu’il a dû y renoncer suite à l’échec de celui-ci. The Business Of Kidnapping – Technical Advisors Brian Helgeland nous explique comment il a refaçonné cette nouvelle adaptation au goût du jour en re-situant l’intrigue au Mexique et en utilisant, comme toile de fond, la nouvelle vague de « kidnapping et rançon » ayant cours dans la criminalité mexicaine. Nous suivons donc Helgeland parmi tous les éléments de sa recherche détaillée sur le sujet, incluant l’intervention de nombreux conseillers techniques dont parmi eux, un ancien agent d’Interpol. Caught In The Crossfire – Casting And Characterization Ce segment se concentre sur la distribution du film. Par le biais de diverses entrevues avec les comédiens principaux, chacun d’eux jette la lumière sur les différentes facettes de leurs personnages respectifs. City Of God – On Location : Mexico Nous sommes entraînés dans les coulisses du plateau de tournage, notamment pour les extérieurs, à Mexico. Tony Scott nous parle des repérages et nous convie à une visite des différents utilisés pour les fins du tournage. Les comédiens, quant à eux, témoignent chacun de leur côté de leurs impressions sur la capitale. Fire And Passion – Visual And Emotional Style Tony Scott, le monteur Christian Wagner et le chef-opérateur Paul Cameron se concentrent ici sur les aspects techniques relatifs à la production, notamment au niveau du style visuel utilisé et de la logistique requise pour la création de quelques-unes des séquences majeures du film. Ce n’est pas terminé, car pour les plus endurcis, ce disque offre encore en prime toutes ces petites babioles ci-dessous : Pita’s Abduction Un segment proposant un survol de la séquence de l’enlèvement de Pita grâce au procédé multi-angle et comprenant un commentaire audio optionnel du réalisateur Tony Scott. Comprend aussi l’extrait du script et les story-boards correspondants gribouillés par le metteur en scène. Deleted Scenes Une quinzaine de scènes supprimées du montage original et comprenant une fin alternative. Un commentaire audio optionnel de Tony Scott est inclus. Still Photo Gallery Collection de photographies à la fois prises directement du film, et du tournage. Music Video : « Oye Como Va » Vidéoclip du groupe latino Kinky reprenant la célèbre chanson de Tito Puente et Carlos Santana. Trailers En tout, trois bandes-annonces originales du film diffusées en salle, quatre spots publicitaires diffusées à la télévision et quatre bandes-annonces de films distribués par la Fox : ANTWONE FISHER, ENTRAPMENT, MEN OF HONOR et TRANSPORTER. ----------------------------------------------- En somme, voici une édition plus qu’imposante pour un film qui n’en méritait pas tant. MAN ON FIRE traite d’un sujet intéressant mais mal exploité. Pour un meilleur survol du phénomène du « kidnapping et rançon » en Amérique du Sud, voyez plutôt PROOF OF LIFE (Taylor Hackford, 2001) qui a au moins le mérite de traiter du sujet avec plus de rigueur. Quant au film qui nous concerne ici, nous avons plutôt affaire à un autre « pop-corn movie » vite digéré et vite oublié. Studio éditeur : 20th Century Fox Date de sortie : 24 mai 2005 Film : 2,5/5 Image : 4,5/5 Son VO : 4,5/5 Son VF : 2,5/5 Bonus : 4,5/5 Marc Lespérance marcl@dvdquebec.com Mercredi 1 Juin 2005
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