LORD OF WAR (SEIGNEUR DE GUERRE), l’édition DVD 2 disques de Christal FilmsAprès la génétique dans Gattaca, la télé-réalité dans The Truman Show, Hollywood et sa superficialité dans S1m0ne, Andrew Niccol s’attaque à un tout nouveau sujet qu’il porte une fois de plus à bouts de bras. Réalisé en marge de la capitale du cinéma américain avec un budget bien loin d’atteindre des sommets, LORD OF WAR vous emportera dans les recoins les plus infâmes de la nature humaine. Plus qu’une claque : une tuerie !
LORD OF WAR (SEIGNEUR DE GUERRE), l’édition DVD 2 disques de Christal Films
Né en Ukraine dans les années 60, et ayant émigré à New York avec toute sa famille alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Yuri Orlov (Nicolas Cage) décide qu’il a mieux à faire de sa vie que de travailler dans le restaurant de son père. Découvrant rapidement qu’une activité illégale rapporte infiniment plus qu’un commerce légitime, Yuri se lance timidement dans le trafic d’armes en équipant les gangs de rue du quartier… avant de réaliser qu’il doit voir plus grand s’il veut réellement s’enrichir. Aussi décide-t-il de prendre son frère Vitali (Jared Leto) comme associé et porte-flingue afin de passer réellement aux choses sérieuses. Se découvrant un concurrent sérieux en la personne de Simeon Weisz (Ian Holm), et un empêcheur de tourner en rond de premier choix avec Jack Valentine (Ethan Hawke) dans le rôle du policier tenace prêt à tout pour le coincer, Yuri ne tarde pas à devenir le fournisseur numéro 1 de toutes les armées du monde... à l’exception bien sûr de l’Armée du Salut...
Andrew Niccol tourne peu et souvent avec peu de moyens, mais ne perd jamais son temps… ni le nôtre. En 1997 avec Gattaca, dont il signa à la fois le scénario et la mise en scène, Andrew Niccol démontrait qu’avec un budget modeste mais de l’imagination et de la créativité à revendre, il pouvait réaliser un film d’anticipation des plus solides : compensant des moyens quelques peu limités par une stylisation qui restera longtemps dans les mémoires, un script en béton armé, et une interprétation convaincante d’Ethan Hawke et de son épouse de l’époque à savoir la fabuleuse Uma Thurman. Mais c’est avec le scénario du fameux Truman Show qu’Andrew Niccol se fit d’avantage connaître du grand public un an plus tard : film tout simplement incroyable réalisé par le toujours excellent Peter Weir, dont le sujet s’avère plus que jamais d’actualité à notre époque où la télé-réalité –parfois indécente mais toujours racoleuse– règne en maîtresse dans notre paysage audiovisuel. Quatre années de silence plus tard, Andrew Niccol revint avec une nouvelle création des plus réjouissantes : S1m0ne avec ni plus ni moins que le grand Al Pacino en vedette, dans le rôle d’un réalisateur de films n’en pouvant plus de subir les caprices des stars hollywoodiennes les remplaçant par une simulation informatique plus vraie que nature… laquelle devint paradoxalement et contre toute attente, la nouvelle coqueluche du star-système et des tabloïdes. Porté par un scénario une nouvelle fois très bien écrit, une réalisation solide et un Al Pacino beaucoup plus inspiré que sur The Recruit qu’il devait tourner un an plus tard, S1m0ne fut hélas un échec total au box office. C’est après un petit détour sur le Terminal de Steven Spielberg, qu’Andrew Niccol décida de s’affranchir d’Hollywood afin de mettre en boite un film qui fera autant date que Gattaca dans le malaise que nous ne pouvons que ressentir vis-à-vis notre petite planète. Brillamment interprété par Nicolas Cage dans un de ses meilleurs rôles depuis bien longtemps, LORD OF WAR est un film qui ne vous laissera pas indifférent. Le générique est à lui tout seul une véritable petite claque, tant au niveau de son concept qu’au niveau visuel : la caméra « s’amusant » à nous narrer la vie et le devenir d’une balle d’AK-47, de sa « naissance » sur la chaîne de montage, jusqu’à son utilisation sur le terrain… et sa destination finale ! Le ton est donné : rien ne nous sera épargné. Le film d’Andrew Niccol se veut autobiographique : l’histoire de Yuri Orlov est ainsi vue à travers les yeux du principal intéressé, lequel n’hésitant jamais à nous montrer une planète peuplée de monstres qui ne pensent qu’à s’enrichir et/ou à tuer. Tant et si bien qu’un seul constat s’impose bien vite : la race humaine n’a pas évolué d’un iota depuis des millénaires, si ce n’est le fait, progrès technologiques aidant, qu’elle peut désormais perpétrer les plus pires atrocités avec une efficacité accrue. Au milieu de multiples factions ne désirant que s’exterminer les unes et les autres au nom d’idéaux dont il n’a que faire, Yuri ne pense qu’à une seule chose : s’enrichir. Partant du principe qu’il ne changera pas la race humaine et que cette dernière n’est peut-être finalement bonne qu’à s’autodétruire, Yuri s’abrite de surcroît derrière une bonne dose de cynisme, tout en se baladant dans les pires régions du monde avec des œillères dans le seul et unique but de s’en mettre plein les poches. Vendre des armes à la fois aux Israéliens et aux musulmans ne l’empêche pas de dormir, pas plus que de mettre des AK47 entre les mains d’enfants de 10 ans ayant probablement déjà quelques cadavres dans leurs placards. Le tout à la fois au son d’un tiroir caisse et d’une trame sonore cultivant un cynisme exacerbé. Cette pseudo-désinvolture face à une quantité non négligeable d’atrocités est contagieuse pour le spectateur qui aura l’impression d’avoir été embarqué presque malgré lui sur de bonnes vieilles montagnes russes : confronté à l’horreur absolue de certaines situations, il n’aura d’autre choix que de rire (parfois jaune) devant tout ce que le héros réussira à mettre en œuvre pour s’en sortir. Y compris face aux forces de l’ordre qui réussiront essentiellement à démontrer l’étroitesse de leurs marges de manœuvres... En plus de disposer d’un scénario une fois de plus extrêmement bien écrit, Andrew Niccol nous gratifie de scènes d’action littéralement anthologiques : comme par exemple cet atterrissage catastrophe en Sierra Leone au beau milieu d’une autoroute locale où la population est trop démunie pour pouvoir se permettre de s’y promener en voitures. Un film parfait vous demanderez-vous ? De par sa qualité d’écriture ainsi que par le fabuleux traitement réservé à la réalisation, oui sans aucun doute. On pourra reprocher à Andrew Niccol de ne pas suffisamment punir son héros, et de souligner l’impuissance des hommes de bonne volonté au cœur de ce monde pourri jusqu’à la moelle. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Sur notre planète, 1 homme sur 12 possède une arme à feu… et il y aura toujours en ce bas monde un trafiquant qui se demandera de quelle façon il parviendra à armer les 11 autres... Avec LORD OF WAR, Andrew Niccol nous livre un film à la fois instructif, atroce, férocement drôle, déclenchant chez son spectateur une ribambelle d’émotions fortes en l’invitant à réfléchir sur la nature humaine. Tout simplement magistral. En lieu et place de son format original panoramique de 2.35:1, LORD OF WAR nous est présenté dans un atroce recadrage anamorphique (16:9) au format 1.78:1. Pour d’obscures raisons, toute l’Amérique du Nord devra subir à la fois ce transfert issu d’une politique de recadrage des plus discutables, sans que l’éditeur ne parvienne à fournir une explication satisfaisante. Si encore Lionsgate -le studio qui produit également les masters de Christal Films de leurs films au Québec, comme c'est le cas ici- nous avait proposé une version open matte, passe encore, la torture aurait été un peu plus supportable... ce n’est hélas pas le cas : la perte d’image est des plus flagrantes et laisse cette sensation extrêmement désagréable de regarder un film entièrement mal cadré. Non content de ne pas respecter le format du film tel que présenté en salles, Lionsgate nous livre un transfert assez décevant : l’image manque singulièrement de définition, les fourmillements sont légion, et certains blocs numériques viennent régulièrement pointer le bout de leur nez. Des défauts somme toute inexcusables dans la mesure où il s’agit d’une production récente, et que l’intégralité du premier disque lui est consacrée. Si cette image des plus perfectibles paraîtra tout à fait acceptable sur un téléviseur 4:3 standard, il n’en est hélas pas de même sur un écran haute définition, sur lequel on passera plus de temps à repérer toutes les imperfections du transfert qu’à profiter pleinement du film. Sur une note positive, la colorimétrie est réellement d’excellente facture avec des couleurs à la fois éclatantes et extrêmement bien rendues. Quant au grain observé sur l’image, il s’agit là d’un parti pris artistique du réalisateur. Si l’édition américaine proposait une piste originale DTS 6.1, cette dernière passe hélas à la trappe pour laisser la place à deux mixages Dolby Digital 5.1, à la fois pour la version originale anglaise et pour un mixage francophone (honnête doublage produit au Québec). Les deux pistes font jeu égal en matière de rendu sonore (un tantinet plus artificiel pour la version doublée), sachant se montrer particulièrement discrète durant les scènes les plus calmes, tout en faisant preuve d’une agressivité sans bornes en mettant la totalité des enceintes à contribution lors des nombreuses scènes d’action. Déplorons une nouvelle fois le retrait de la piste DTS de l’édition proposée sur le marché américain, une disparition assez inexplicable dans la mesure où l’image ne bénéficie aucunement du surcroît d’espace disponible sur la galette. Enfin, notez que cette édition ne propose pas au spectateur francophone la possibilité de pouvoir visionner un film en version originale sous-titrée. Des sous-titres anglais et espagnols sont disponibles. Notez que des sous-titres anglais incrustés à l'écran viennent tapisser très souvent l’écran lors des nombreux échanges qui ne sont pas en langue anglaise. Du côté des suppléments offerts sur cette édition 2 disques, le seul et unique disponible sur le premier disque n’est autre que le commentaire audio du réalisateur. Un commentaire des plus instructifs qui n’est heureusement pas trop redondant avec les (décevants) documentaires proposés sur la deuxième galette. L’insertion du second disque –dans le but de profiter du reste des suppléments– permet de se poser des questions quant au professionnalisme de ceux qui ont osé commettre cette édition. Si le premier disque était intégralement conçu au format 16/9, il n’en est hélas pas de même du disque de suppléments (à l’exception des menus). Comble de la bêtise : les scènes supprimées ironiquement proposées au format original respecté de 2.35:1, n’ont pas bénéficié d’un transfert anamorphique. Leur visionnement, de même que celui du reste des suppléments, devient des plus fastidieux sur un téléviseur 16/9. Les possesseurs d’écrans 4/3 –en revanche– n’y verront que du feu. Un making-of un peu trop promotionnel pour être honnête nous est proposé : on y glanera toutefois des informations assez intéressantes, notamment le fait que par soucis d’économie, la production eut recours à de véritables trafiquants dans le but de pouvoir filmer les multiples dépôts d’armes vus dans le film... la fabrication d’une multitude de répliques d’AK-47 s’avérant plus coûteuse que l’achat d’une bonne quantité de ces petites babioles meurtrières ! Un documentaire consacré au trafic d’armes à travers le monde est aussi proposé : à la fois très instructif, et prouvant à quel point Andrew Niccol a pu faire ses devoirs avant de se lancer dans une telle aventure. Si vos connaissances en matière de flingues et autres mitraillettes sont limitées, une petite encyclopédie interactive vous révèlera tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les armes montrées dans le film sans jamais avoir osé le demander. Vous deviendrez rapidement incollables sur la Kalashnikov ainsi que sur tout l’arsenal de Rambo (celui du premier film uniquement... le client de Yuri n’ayant jamais vu les 2 autres). Rien d’autre... Et compte tenu de la mauvaise qualité d’image pour un transfert récent, on se demande pourquoi (en dehors de considérations économiques bien sûr) tout ne s’est pas retrouvé sur l’édition simple disque de ce film disponible aussi sur le marché.
Véritable tuerie n’ayant hélas pas trouvé son public lors de son exploitation en salles, LORD OF WAR vaut largement le détour non seulement de par son sujet, mais aussi parce que ce dernier s’avère remarquablement servi par un scénario et une réalisation en béton armé. Hélas, le pressage effroyablement décevant sur tous les plans m’incite à vous recommander d’attendre soit une réédition qui, souhaitons-le, corrigera le tir, ou à vous procurer l’édition Zone 2 à paraître le 4 juillet 2006 chez M6 Vidéo.
Studio éditeur : Christal Films Date de sortie : 17 janvier 2006 Film : 4,5/5 Image : 2,5/5 Son VO : 4/5 Son VF : 3,5/5 Bonus : 3/5 Alexandre Doukakis alexandre@dvdquebec.com Mercredi 8 Mars 2006
Dans la même rubrique :
THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis - 17/12/2007PEER GYNT (1941), le DVD zone 0 - 14/12/2007THE DAY OF THE TRIFFIDS (1981), le DVD zone 1 - 26/11/2007A DOG’S BREAKFAST, le DVD zone 1 - 23/11/2007THE GOOD GERMAN (L’AMI ALLEMAND), le DVD zone 1 - 15/11/2007THE RETURN OF THE LIVING DEAD (LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS) (1985), l'édition DVD de collection en zone 1 - 14/11/2007KANSAS CITY CONFIDENTIAL (1952), le DVD zone 1 - 06/11/2007HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) | |
||
|
UnePorte.Net est produit au Québec.
Plusieurs logos, images et marques de commerce publiés dans nos pages appartiennent aux propriétaires respectifs. ©Copyright UnePorte.Net 2002-2007. Tous droits réservés. Design : Marie-Hélène Pierre |
||

DVD/HD DVD/Blu-ray (Critiques A à Z)

