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Vendredi 09 Mai 2008
17:08

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LITTLE CHILDREN (LES ENFANTS DE CHOEUR), le DVD zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis

Acteur de formation et dont le nom est toujours resté plutôt obscur, Todd Field était surtout connu pour avoir personnifié le pianiste Nick Nightingale dans le EYES WIDE SHUT (1999) de Stanley Kubrick. Mais ensuite fit irruption Todd Field version réalisateur avec le surprenant IN THE BEDROOM (2001), drame psychologique poignant ayant fait un beau bout de chemin à l'époque. Après cinq ans de disette, Field accouche finalement de son deuxième opus. L'attente en valait largement la peine.



LITTLE CHILDREN (LES ENFANTS DE CHOEUR), le DVD zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis
Tout paraît normal dans la paisible petite localité d'East Wyndham dans le Massachusetts. Maisons cossues tassées dans un cadre champêtre, East Wyndham respire de cette bourgeoisie particulière qu'est la classe moyenne américaine. Cette harmonie apparente est rapidement perturbée par le retour de Ronnie McGorvey (Jackie Earle Haley), un jeune homme troublé ayant été auparavant inculpé pour exhibitionnisme auprès de jeunes enfants. Le branle-bas de combat est sonné chez les citoyens par Larry Hedges (Noah Emmerich), un ex-policier sans emploi qui s'est improvisé chef du comité de surveillance local. Ronnie fait maintenant figure de paria et ne peut compter maintenant que sur l'appui de sa mère (Phyllis Sommerville). Un événement qui provoque tout un émoi et qui nourrit les ragots des citoyens locaux, et particulièrement auprès des ménagères de l'endroit dont fait partie malgré elle Sarah Peirce (Kate Winslet), une jeune universitaire, mère d'une petite fille ayant abandonné sa carrière pour une vie de femme au foyer à plein temps, une situation qui est loin de la réjouir, elle qui méprise au plus haut point la vie de banlieue. C'est ainsi que Sarah, telle une automate rêveuse, accompagne stoïquement ses voisines pour les pique-niques quotidiens au parc. C'est justement là que Sarah rencontre Brad Adamson (Patrick Wilson), un jeune père de famille s'occupant de son fils au quotidien. Sarah et Brad se lient rapidement d'amitié et se trouvent plusieurs affinités et points communs, à commencer par un certain sentiment de désespoir face à leur situation conjugale, la relation entre Sarah et son mari Richard (Greg Edelman) n'étant pas au beau fixe depuis qu'elle a découvert inopinément le penchant de ce dernier pour la pornographie sur le web, tandis que Brad voit son épouse Kathy (Jennifer Connelly), jeune cinéaste documentariste, prendre de plus en plus de distance dans leur relation de couple sans compter que Brad, étudiant en droit, essaie désespérément de préparer son examen du barreau après avoir été recalé à plusieurs reprises. Solidaires dans leurs déboires et tourments respectifs, Sarah et Brad développeront une intimité de plus en plus étroite et deviendront amants, et ce au risque de bouleverser l'ordre des choses

LITTLE CHILDREN est au départ un roman de Tom Perrotta, célèbre pour être l'auteur de ELECTION, brillante satire de la vie estudiantine adapté au cinéma par Alexander Payne (SIDEWAYS) en 1999. Reconnu justement pour être un éminent satiriste de la “American Way Of Life”, Perrotta a choisi ici un registre plus grave et plus sombre, un aspect qui transcende aussi le script, adapté par Todd Field et le romancier lui-même. Il ne pouvait en être autrement pour LITTLE CHILDREN, qui traite ici en partie du sujet délicat de la pédophilie. Malgré cela, le film de Todd Field recèle de petits moments d'un humour grinçant et caustique qui ont fait la marque de commerce de Perrotta après ELECTION. Il en résulte d'ailleurs un portait d'une ironie douce-amère (bien suggérée par la voix posé du narrateur Will Lyman, animateur d'une émission sur le réseau PBS) qui s'applique à débusquer méticuleusement les travers et les vices cachés de cette banlieue si typiquement américaine, d'où ce portrait de société d'une ironie douce-amère qui n'est sans rappeler AMERICAN BEAUTY (Sam Mendes, 1999), film avec lequel LITTLE CHILDREN partage plusieurs similitudes, ne serait-ce, pour commencer, que par la trame musicale en demi-teintes de Thomas Newman.

Le portrait que font Field et Perrotta de cette classe moyenne en est un teinté légèrement de désespoir, un sentiment fortement exprimé par les deux protagonistes vivant une période de remise en question et dont les personnalités propres se situent en marge de l'ordre moral établi, et particulièrement du côté de Sarah, jeune femme et mère de famille à la forte personnalité nourri du désir de s'émanciper afin d'échapper aux convenances d'un style de vie qu'elle voit terne et monotone. C'est cette volonté inébranlable qui séduit Brad au premier abord, et qui s'avère le vecteur de cette relation adultère vue par les deux amants comme une rébellion face à l'hypocrisie sournoise et saugrenue caractérisée par les gens de leur milieu, que ce soit par la méchanceté latente des propos et commérages tenus par les gens du voisinage ou bien par les moyens draconiens et très peu orthodoxes utilisés par Larry, l'ex-flic au tempérament bouillant, pour mener à bien sa campagne contre le jeune criminel, qui s'avère presque une véritable cabale digne du Moyen-Âge. Chez les banlieusards de LITTLE CHILDREN, tous, sans exception, ont quelque chose à cacher sous le vernis de leur existence, et la relation adultère entre Brad et Sarah peut être vue comme une ultime protestation.

Là où LITTLE CHILDREN se distingue de AMERICAN BEAUTY, c'est par la sincère empathie qu'affiche le romancier et le cinéaste pour leurs personnages sans pour autant se départir d'un certain sens critique. Il faut dire que le ton est définitivement axé sur l'ambivalence, l'ambiguïté et le non-dit, Field laissant fréquemment parler d'elles-mêmes les gestuelles et maniérismes de ses acteurs. La mise en scène, aidé de la poésie des images aux teintes sépia du chef-opérateur Antonio Calvache (IN THE BEDROOM), appuie l'ensemble en installant un certain climat onirique, énigmatique et même envoûtant, où les états d'âmes de chaque personnage sont illustrés de belle façon. Le traitement humanisme du récit par Field et Perrotta intervient particulièrement de ce côté, puisque Field n'hésite pas à montrer chacun des protagonistes (mêmes les moins sympathiques, comme Larry l'ex-flic ou Ronnie le pédophile) sous leurs jours plus favorables, tout en se réservant le droit de remettre les pendules à l'heure à l'occasion de certaines scènes provoquant des ruptures de ton assez troublantes. Avec cet univers peuplé de gens agissant selon leurs impulsions, le titre du film prend ici tout son sens alors que les banlieusards de East Wyndham sont tous mus par une certaine part intérieure toute enfantine.

Todd Field dispose d'une distribution de premier ordre pour son deuxième film. Kate Winslet (IRIS, ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND) construit un autre beau portrait féminin et rayonne littéralement de son seul regard où se lit un esprit vif et un caractère fortement spirituel. Patrick Wilson (ANGELS IN AMERICA), quant à lui, prouve ici qu'il est un des acteurs de la relève à surveiller très étroitement dans le futur avec une interprétation sensible et nuancée de ce père de famille en pleine crise existentielle tandis que Jennifer Connelly (REQUIEM FOR A DREAM, A BEAUTIFUL MIND) est égale à elle-même, sans pour autant apporter sa contribution la plus mémorable. La distribution secondaire vaut d'ailleurs particulièrement le détour, à commencer par Jackie Earle Haley, ancien enfant acteur surtout connu pour avoir été de la petite bande de jeunes baseballeurs de BAD NEWS BEARS (Michael Ritchie, 1976), qui fait ici un retour au grand écran après plus d'une douzaine d'années d'absence, avec une composition tout simplement bouleversante de ce qui est sûrement le personnage le plus ingrat de ce récit, ce qui lui a valu à juste titre une nomination aux Oscars pour le meilleur second rôle masculin. Noah Emmerich (THE TRUMAN SHOW) se glisse merveilleusement bien dans la peau de l'ex-flic goujat et réactionnaire tandis que Phyllis Somerville (BRINGING OUT THE DEAD) complète le tableau avec la touchante interprétation de la mère de celui par qui le scandale arrive.

LITTLE CHILDREN est présenté en format panoramique 2.35:1 d'après un transfert anamorphosé (16:9) respectant son format original de présentation. Un excellent transfert qui reproduit de belle façon la riche palette de couleurs de la photographie d'Anatonio Calvache de par une excellente saturation et un très bon rendu des contrastes.

Cette édition offre la version originale anglaise avec une piste en format Dolby Digital 5.1 reproduisant l'environnement sonore avec une précision honorable. Les dialogues sont toujours bien audibles et l'isolation des textures sonores est soignée, avec une mention particulière pour l'utilisation discrète mais insolite des canaux arrière dans le mixage. La version française (doublage produit au Québec) est offerte en format Dolby Digital 2.0 Surround avec une piste beaucoup moins efficace mais toutefois de qualité acceptable, avec un bon rendu du paysage sonore et des dialogues bien audibles. Des sous-titres français et anglais sont aussi offerts en option.

Pour ce film qui s'est mérité un accueil critique des plus favorables l'an dernier, il est surprenant que l'édition DVD lui étant consacré s'avère des plus épurés, les suppléments brillant ici par leur absence totale.

Vidéo

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Flash Update
À la fois amusant et bouleversant, poétique et percutant, LITTLE CHILDREN est un des plus fascinants portraits de société qu'il nous ait été donné de voir ces dernières années au cinéma. Todd Field prouve hors de tout doute qu'il est un des cinéastes les plus talentueux de la jeune relève du cinéma américain. Espérons qu'il continuera de tenir ses promesses dans les années à venir.

Studio éditeur : Alliance Atlantis
Date de sortie : 1 mai 2007

Film : 4/5
Image : 4/5
Son VO : 4/5
Son VF : 3/5
Bonus : 0/5



Marc Lespérance
marcl@uneporte.com

Mercredi 28 Novembre 2007

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