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Lundi 12 Mai 2008
3:19

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LETTERS FROM IWO JIMA, le HD DVD

Quelques mois à peine après la sortie en salle de FLAGS OF OUR FATHERS, Clint Eastwood nous revient cette fois-ci avec le deuxième volet de son ambitieux projet sur la bataille d'Iwo Jima, nous présentant cette fois-ci cet épisode de la guerre du Pacifique en adoptant le point de vue du camp japonais, et signe du même coup le meilleur opus de ce colossal projet.



LETTERS FROM IWO JIMA, le HD-DVD
Une équipe d'archéologues s'affairent dans les cavernes et souterrains du mont Suribashi. Ils y découvrent un coffre rempli de lettres diverses dont les auteurs semblent être des combattants de la bataille d'Iwo Jima. C'est ainsi qu'est reconstitué l'histoire des derniers jours du général Tadamichi Kuribayashi (Ken Watanabe), commandant des forces de défense de l'île d'Iwo Jima. À l'aube du débarquement imminent des forces américaines, Kuribayashi se retrouve aux prises avec des effectifs réduits en termes d'hommes et d'armements. Le constat est clair : devant une cause quasi-perdue, le sacrifice ultime est attendu de chaque officier et soldat. Malgré ses réserves face à l'utilité et le succès de cette opération, le général prépare néanmoins avec minutie son plan de défense. Il se heurte toutefois à certains officiers récalcitrants, le lieutenant Ito (Shidou Nakamura) en tête, remettant en question sa stratégie. Alors que ceux-ci font creuser des tranchées sur la plage en vue d'une défense immédiate, Kuribayashi préfère s'en remettre à la défense des reliefs en concentrant les effectifs dans le réseau de cavernes du mont Suribashi afin de profiter d'un effet de surprise. Il trouve un rare support chez les officiers subalternes en la personne du baron Takeichi Nishi (Tsuyoshi Ihara) et se prend de sympathie pour le soldat Saigo (Kazunari Ninomiya) pourtant pris en grippe par le lieutenant Ito qui le soupçonne d'être à l'origines de certaines rumeurs subversives circulant parmi les troupes. Le réconfort est de courte durée quand le général Kuribayashi apprend qu'il ne pourra compter sur un support aérien pendant la bataille, la flotte ayant été rappelée en vue de la défense intérieure du territoire japonais. Une lutte à mort s'annonce, et c'est dans ce contexte que Kuribayashi et ses hommes attendent, croupis dans les cavernes du mont Suribashi, le débarquement des forces américaines un certain 16 février 1945.

Avec LETTERS FROM IWO JIMA, Clint Eastwood revisite certains thèmes similaires abordés dans FLAGS OF OUR FATHERS mais cette fois-ci sous une autre perspective. On y reconnaît encore une fois une certaine réflexion sur la propagande en temps de guerre ainsi qu'un regard sur l'individu, dit le soldat, en proie à un conflit intérieur opposant ses sentiments personnels à son sens du devoir et le code d'honneur des institutions. Mais là où Eastwood nous présentait un contexte de propagande “en gestation” dans FLAGS OF OUR FATHERS, ici nous avons plutôt affaire à une propagande bien instaurée, inculquée par un nationalisme exalté enseigné et inculqué de longue date dans la pensée collective. Du même coup, le réalisateur adopte une approche bien différente pour le deuxième opus de cette saga. Alors que FLAGS OF OUR FATHERS se concentrait principalement sur des relations de cause à effet entraînés par la bataille d'Iwo Jima, celle-ci étant présentée sous forme de nombreux flashbacks de par une structure narrative très complexe et elliptique, Eastwood y va avec LETTERS FROM IWO JIMA d'une approche beaucoup plus linéaire où nous sommes littéralement transporté dans la bataille.

C'est ainsi que la bataille d'Iwo Jima, particulièrement dévastatrice pour les forces japonaises (21 000 morts sur un total de 22 000 combattants), nous est présenté avec moult détails et surtout avec une minutie diabolique témoigne des enjeux historiques importants de cet épisode de la guerre du Pacifique. Tout d'abord Eastwood instaure habilement et parcimonieusement un climat de tension bien tangible alors que le récit du script d'Iris Yamashita débute en nous présentant les soldats japonais creusant des tranchées sur la plage de l'île, dans l'attente de la bataille inévitable et imminente, et qui atteint son paroxysme dans les séquences reconstituant les trois jours précédant la bataille où le mont Suribashi est pilonné de toutes parts par des bombardiers américains. Ensuite, vient le plat principal où la bataille d'Iwo Jima est reconstituée avec vigueur et panache, Clint Eastwood ne se privant pas d'ailleurs pour illustrer toute la teneur dévastatrice d'une des batailles les plus meurtrières de la Seconde Guerre mondiale. Le réalisateur retrouve ici ses collaborateurs habituels qui font sentir haut et fort leur présence encore une fois. Le chef-opérateur Tom Stern (MYSTIC RIVER, FLAGS OF OUR FATHERS) y va ici d'un superbe travail de photographie se définissant à deux niveaux. Adoptant des teintes sombres et grisâtres pour transposer le réalisme des scènes se déroulant sur les champs de bataille, la photographie de Stern se fait plus chaleureuse avec des teintes ambrées et un aspect plus poétique pour les moments laissant place aux diverses réflexions des personnages principaux. Un aspect qui transparaît aussi d'ailleurs dans le tempo défini par les raccords de plan du monteur Joel Cox (UNFORGIVEN, MYSTIC RIVER), très nombreux dans les séquences-chocs, et beaucoup plus discret et posé dans les moments plus paisibles.

La caractéristique la plus admirable de LETTERS FROM IWO JIMA se tient dans la nature même du propos dont est teinté le récit. Racontant cet événement historique du point de vue de “l'ennemi”, avec une distribution japonaise, et tournant dans la langue japonaise de surcroît, Eastwood fait sentir ici son désir de rendre hommage aux combattants du pays du Soleil Levant. Le metteur en scène sympathise avec ses protagonistes et le résultat est palpable à l'écran, alors qu'on y ressent toujours une certaine empathie renforçant l'aspect fortement humaniste du récit. En présentant ces combattants japonais (se sachant condamnés à une mort certaine) comme des êtres humains à part entière et non comme un ramassis de bêtes meurtrières mues par un fanatisme frénétique, Eastwood n'en sert que mieux son propos, celui de la futilité et l'absurdité de la guerre (bien appuyé par la trame musicale très mélancolique composée par Eastwood lui-même aidé de son fils Kyle) ainsi que de la forte corrélation entre le nationalisme et le fanatisme où même le pays de l'Oncle Sam est écorché au passage. Il est à souligner d'ailleurs du même coup l'apport judicieux de la distribution presque exclusivement japonaise avec Ken Watanabe (THE LAST SAMURAÏ) en tête, qui impose le respect dans la peau du général Kuribayashi, et qui se fait d'ailleurs le vecteur principal du message véhiculé par le réalisateur.

Outre cette édition HD DVD (qui offre aussi la version DVD en combo), notez qu'il existe aussi sur le marché une édition Blu-ray Disc et une édition DVD 2 disques. Il est également possible de retrouver, dans le même coffret, l'édition DVD Warner 2 disques de LETTERS FROM IWO JIMA et l'édition DVD Paramount 2 disques de FLAGS OF OUR FATHERS; ce coffret commémoratif contient également un disque de suppléments exclusifs.

LETTERS FROM IWO JIMA est présenté sur HD DVD grâce à une transfert VC-1 1080p respectant le ratio 2.35:1 original. Cette analyse sera courte car nous sommes en présence ici d'un sans faute, une présentation référence en haute définition. J'insiste encore ici : quand on assiste à une représentation avec un tel rendu de précision et de profondeur, le DVD est comparable à la bonne vielle VHS du temps de l'avènement du DVD. Bref, tout comme FLAGS OF OUR FATHERS, toutes les nuances du chef-opérateur Tom Stern sont merveilleusement reproduites sans trahir l'expérience cinéma. Aucun problème numérique, ne serait-ce que minuscule, ne vient gâcher cette expérience visuelle. En un mot : la perfection !

Côté son, encore là aucune déception pour le plus exigeant. Cette édition nous offre 2 pistes de la version japonaise originale encodées Dolby TrueHD 5.1 et Dolby Digital Plus. Pour être honnête, il est difficile de différencier ces 2 pistes avec les amplificateurs de la génération actuelle. Dans les faits, ces 2 pistes utilisent un train de bits DTS plein débit (1536kbps) sur un appareil audio possédant l'option DTS, et ce, avec des connexions numériques autres que celle HDMI. Cependant, d'ici la fin de l'année 2007, de nouveaux amplificateurs permettant d'exploiter ces nouveaux encodages HD (comme le Dolby TrueHD, avec un débit hallucinant pouvant atteindre sur papier 18 Mbps) verront le jour. Quoi qu'il en soit, avec ces 2 pistes, l'immersion est totale. Tous les canaux sont exploités et la moindre nuance sonore est localisée là où il le faut. Le canal .1 LFE (Low-Frequency Effects) est évidemment bien présent et votre haut-parleur dédié à cette gamme sera très certainement dépoussiéré par moment. Même si ce mixage sonore a gagné un Oscar© lors du dernier gala, il faut bien admettre qu'il n'y a aucune différence notable avec le mixage de FLAGS OF OUR FATHERS HD. Une expérience sensorielle exaltante encore ici. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles avec le visionnement du film.

Cette édition HD DVD comprend son lot de suppléments et notez que, pour une rare fois avec Warner du côté de la haute définition, il est possible de sous-titrer tous les bonus en français. Tous ces suppléments sont encodés avec 1080 lignes de définition sauf, curieusement, la bande-annonce du film :

Red Sun, Black Sand : The Making Of Letters From Iwo Jima
Une incursion dans les coulisses du tournage avec ce petit documentaire faisant office de “making-of” avec en prime diverses entrevues avec le réalisateur Clint Eastwood, quelques membres de la distribution ainsi que de proches collaborateurs du cinéaste.

The Faces Of Combat : The Cast Of Letters From Iwo Jima
Les membres de la distribution principale y vont chacun d'une présentation respective de leurs rôles dans le film.

Images From The Frontlines : The Photography Of Letters From Iwo Jima
Compilation de photographies prises sur les plateaux de tournage ainsi que de quelques clichés repris de quelques scènes-clés de LETTERS FROM IWO JIMA.

11/15/2006 World Premiere at Budokan In Tokyo
Conférence donnée par le réalisateur et quelques-uns des membres de la distribution et de son équipe à l'occasion de l'avant-première de LETTERS FROM IWO JIMA ayant eu lieu au fameux Budokan de Tokyo.

11/16/2006 Press Conference At Grand Hyatt Tokyo
Conférence de presse donnée par le réalisateur, le producteur Robert Lorenz, la scénariste Iris Yamashita, l'acteur Ken Watanabe et consorts, à l'hôtel Grad Hyatt de Tokyo.

Theatrical Trailer
Bande-annonce originale du film.

Vidéo

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Flash Update
Conclusion colossale du projet le plus ambitieux de la carrière de son réalisateur, LETTERS FROM IWO JIMA est aussi du même coup l'exemple parfait de l'évolution de la démarche artistique de Clint Eastwood en tant que metteur en scène. Selon certains dires, Eastwood aurait laissé entendre que ce dyptique serait en quelque sorte son chant du cygne, lui qui a atteint tout récemment l'âge vénérable de 77 ans, et il est vrai que ce projet colossal a toutes les allures d'un testament cinématographique. Si tel est le cas, Clint Eastwood peut quitter l'arène la tête haute, LETTERS FROM IWO JIMA ayant tout d'une sortie faite en toute beauté.

Studio éditeur : Warner
Date de sortie : 22 mai 2007

Film : 5/5
Image : 5/5
Son VO : 5/5
Bonus : 3,5/5



Marc Lespérance (critique film et suppléments)
marcl@uneporte.com

Jean Guèvremont (critique technique)
jean@uneporte.net

Mardi 14 Août 2007

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