|
KISS OF DEATH (1947), le DVD zone 1 de la collection Fox Film NoirNe trouvant pas de travail pour nourrir sa famille, Nick Bianco (Victor Mature) participe à un hold-up dans la bijouterie d’un grand magasin. L’alarme ayant été déclenchée, il se retrouve en prison. L’assistant du Procureur de New York, Louie D’Angelo (Brian Donlevy), propose à Bianco une réduction de peine s’il dénonce ses complices mais il refuse en étant persuadé que ceux-ci mettront à l’abri du besoin sa femme et ses filles. Incarcéré depuis trois ans, Bianco apprend que sa femme s’est suicidée après avoir eu une liaison avec l’un des hommes qu’il protégeait par son silence, et que ses filles ont été placées dans un orphelinat. Il décide alors de dénoncer ses ex-partenaires. Libéré, il récupère ses filles, se remarie avec leur ancienne baby-sitter, Nettie (Coleen Gray), et tente de tirer un trait sur son passé. Malheureusement, D’Angelo le pousse à témoigner contre Tommy Udo (Richard Widmark), un tueur psychopathe et sadique. Le témoignage de Nick Bianco ne suffira pas à condamner Tommy Udo qui, dès lors, deviendra une menace omniprésente pour celui qui l’a trahi.
Co-scénarisé par le script doctor d’Hollywood, Ben Hecht, d’après une histoire écrite par Eleazar Lipsky, un ancien District Attorney de New York, KISS OF DEATH appartient à la série des films réalistes se voulant proche du genre documentaire, tournés par le cinéaste Henry Hathaway (1898-1985), comme THE HOUSE ON 92ND STREET (1945), 13 RUE MADELEINE (1947) et CALL NORTHSIDE 777 (1948). À cette époque, notamment sous l’influence de Daryl L. Zanuck (1902-1979), le studio Fox multipliait les productions substituant des extérieurs réels aux décors en studio, à dessein de renforcer l’authenticité de sujets sociaux. Dans cet esprit, les techniciens et les comédiens travaillant sur KISS OF DEATH se rendirent dans les prisons de Sing Sing et de Tombs à New York pour se faire traiter comme les détenus.
Le film d’Henry Hathaway est fidèle à la tradition moralisatrice un rien agaçante des films noirs de cette époque, en accord avec le code de production Hays exigeant que le banditisme ne soit pas glorifié au cinéma. Pour que le public ressente de la sympathie pour Nick Bianco, le malfaiteur incarné par Victor Mature, le récit en fait presque une figure de martyre, devant souffrir pour atteindre la rédemption. La voix-off fait entendre Coleen Gray, jouant Nettie la nouvelle femme de Nick, qui raconte l’histoire en expliquant l’espèce de déterminisme ayant poussé son époux vers le crime. Assez exceptionnelle dans l’histoire du film noir, cette voix-off est le seul élément qui enlève toute ambiguïté sur le sort du héros à la fin du film. Autant Victor Mature (1915-1999) était inexpressif face à l’ardente Gene Tierney dans THE SHANGHAI GESTURE (Josef Von Sternberg, 1941), autant il a donné le meilleur de lui-même en Doc Holliday suicidaire dans MY DARLING CLEMENTINE (John Ford, 1946), ainsi que dans la peau de Nick Bianco, un homme dur mais capable d’une grande sensibilité lorsqu’il est question de sa famille. La scène dans laquelle Bianco revoit enfin ses deux petites filles dans un orphelinat, après trois ans de prison, est particulièrement bouleversante. Après KISS OF DEATH, la carrière de Mature se perdit malheureusement un peu trop dans les péplums. Coleen Gray, en femme aimante d’un ex-truand, écope d’un personnage légèrement stéréotypé. Neuf ans plus tard, elle se retrouvera la petite amie d’un malfrat cette fois-ci guère attiré par l’honnêteté dans le tragique THE KILLING (Stanley Kubrick, 1956). Habitué aux rôles de crapules, Brian Donlevy (1901-1972) passe de l’autre côté de la barrière en composant D’Angelo, l’assistant du Procureur assez crédible et plutôt sympathique de KISS OF DEATH. D’Angelo exige beaucoup de Nick Bianco, mais s’avèrera bien incapable d’assurer la sécurité de celui qui lui a fait confiance le moment venu. Mais s’il ne fallait citer qu’un acteur se détachant des autres dans KISS OF DEATH, ce serait sans conteste Richard Widmark, alias le glacial tueur Tommy Udo. Même si ses apparitions à l’écran sont hélas relativement courtes, Richard Widmark fait forte impression dans ce qui fut son premier film, et le rire monstrueux d’Udo ne s’oublie pas de sitôt. La scène dans laquelle Udo balance dans l’escalier la mère paralytique (Mildred Dunnock) de Rizzo, un homme qu’il doit abattre, est toujours citée lorsqu’il est question de KISS OF DEATH. Ayant tellement apprécié la prestation de Widmark, Daryl L. Zanuck lui proposa des personnages similaires à Udo dans THE STREET WITH NO NAME (William Keighley, 1948) et ROAD HOUSE (Jean Negulesco, 1948), en lui faisant à chaque fois porter une perruque censée lui donner un air plus animal ! À sa sortie, en 1947, KISS OF DEATH fut très bien accueilli et eut l’honneur d’être l’objet de plusieurs remakes. Tout d’abord, il y eut une transposition dans l’univers du western, avec THE FIEND WHO WALKS THE WEST (Gordon Douglas, 1958), où le futur producteur à succès Robert Evans succédait à Richard Widmark en tueur psychopathe. Ensuite, il convient de citer le KISS OF DEATH réalisé par Barbet Schroeder en 1995, dans lequel David Caruso remplaçait Victor Mature, Samuel L. Jackson prenait la place de Brian Donlevy, tandis que Nicholas Cage composait un caïd culturiste et asthmatique se démarquant intelligemment du mémorable Tommy Udo immortalisé par Richard Widmark. Cette édition DVD propose un transfert plein écran 1.33:1 qui respecte le format d’origine du film. La copie est assez bien restaurée ; c’est flagrant lorsque l’on compare l’image en noir et blanc du film avec celle extrêmement sombre de la bande-annonce présente sur le DVD. Le grain est plutôt léger et les points blancs apparaissant régulièrement sur l’écran sont très discrets. En ce qui concerne le son, le choix est offert entre la version originale anglaise en Dolby Digital 2.0 Stéréo ou Dolby Digital 2.0 Mono, et la version espagnole en Dolby Digital 2.0 Mono. En ce qui concerne les pistes en version originale, la piste Mono est la meilleure parce que plus naturelle, tandis que la piste en Stéréo pâtit d’être un peu trop caverneuse. Il faut avouer que la version espagnole est de bonne qualité. Les voix collent assez bien aux acteurs. Mais curieusement, les effets sonores y sont accentués (notamment les bruits de pas), et les spectateurs observateurs remarqueront que la musique diffère au chapitre 18, selon que l’on passe de la version originale à la version espagnole ! Il est dommage que le DVD zone 1 ne contienne pas la version française d’époque du film, sorti en France sous le titre LE CARREFOUR DE LA MORT. Cette version française est présente sur le DVD zone 2 français. Mais ce que l’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre, sachant que le zone 2 ne contient pas le commentaire audio ! Des sous-titres en anglais ou espagnol sont disponibles. Suppléments : En consultant imdb.com, on apprend qu’apparemment les censeurs de l’époque ont exigé la coupe de deux scènes qui montraient Patricia Morison, interprétant la première femme de Nick Bianco, se faisant violer par le truand censé veiller sur elle, puis décidant de se suicider en se mettant la tête dans le four. Ces scènes ne sont pas disponibles sur le DVD édité par la Fox. La question est de savoir s’il faut en déplorer l’absence ou non… Un commentaire audio assuré par les historiens du cinéma James Ursini et Alain Silver. En 1979, Alain Silver avait dirigé avec Elizabeth Ward un ouvrage intitulé Film Noir, rassemblant des analyses de films. Eileen Mc Garry avait écrit un texte peu élogieux consacré à KISS OF DEATH, qu’elle trouvait rempli de clichés et de personnages stylisés. Alain Silver est nettement moins négatif dans ses propos. Fort instructif, le commentaire qu’il anime avec James Ursini ressemble à celui qu’ils avaient fait ensemble sur le DVD d’un autre film d’Henry Hathaway édité par la Fox : CALL NORTHSIDE 777 (1948). Les deux hommes nous apprennent que malgré ce que clame une annonce dans le générique du début, le film n’a pas été intégralement réalisé en extérieurs réels, puisque la fin a été retournée dans un studio. Ils mentionnent même un détail qui a échappé aux censeurs du Code Hays : à un moment du film, des toilettes de prison sont montrées fugacement ! En revanche, les commentateurs ne parlent à aucun moment des éventuelles scènes coupées précitées. Theatrical Trailer (durée : 2’20’’) Cette bande-annonce est assez originale puisqu’on y voit Walter Winchell (1897-1972), l’un des commentateurs radio les plus craints de l’Amérique des années trente, faire l’éloge de KISS OF DEATH sous la forme d’une annonce à la radio. On remarque que lorsque certains acteurs du film apparaissent, une légende s’inscrit à l’écran : Victor Mature est the man who « squeals », Brian Donlevy, the man whose friendship is fatal, tandis que Coleen Gray est appelée the screen’s new dramatic personality. Mais rien n’est dit à propos de Richard Widmark ! Il méritait pourtant d’être qualifié comme étant the man with the chilling laugh ! Still Gallery (9 photos) Fox Noir CALL NORTHSIDE 777 (durée : 1’53’’) HOUSE OF BAMBOO (durée : 2’19’’) LAURA (durée : 2’31’’) PANIC IN THE STREETS (durée : 2’13’’) THE STREET WITH NO NAME (durée : 2’34’’) ------------------------------------------------------ KISS OF DEATH est le film noir par excellence. Il est dommage que la Fox se contente seulement d’un commentaire audio pour célébrer la sortie de ce film en DVD. Mais ce n’est tout de même pas si mal ! Studio éditeur : 20th Century Fox Date de sortie : 6 décembre 2005 Film : 4,5/5 Image : 4/5 Son VO : 4/5 Bonus : 2,5/5 Pascal Laffitte pascal@dvdquebec.com Lundi 19 Décembre 2005
HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) | |
Dans la même rubrique :
THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis - 17/12/2007PEER GYNT (1941), le DVD zone 0 - 14/12/2007THE DAY OF THE TRIFFIDS (1981), le DVD zone 1 - 26/11/2007A DOG’S BREAKFAST, le DVD zone 1 - 23/11/2007THE GOOD GERMAN (L’AMI ALLEMAND), le DVD zone 1 - 15/11/2007THE RETURN OF THE LIVING DEAD (LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS) (1985), l'édition DVD de collection en zone 1 - 14/11/2007KANSAS CITY CONFIDENTIAL (1952), le DVD zone 1 - 06/11/2007PLANET TERROR (PLANÈTE TERREUR), l’édition DVD spéciale (2 disques) zone 1 de l'éditeur Alliance Atlantis - 02/11/2007 |
|
|
UnePorte.Net est produit au Québec.
Plusieurs logos, images et marques de commerce publiés dans nos pages appartiennent aux propriétaires respectifs. ©Copyright UnePorte.Net 2002-2007. Tous droits réservés. Design : Marie-Hélène Pierre |
||

DVD/HD DVD/Blu-ray (Critiques A à Z)
