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Vendredi 3 Septembre 2010
20:28

KING KONG (1933), l'édition DVD spéciale (2 disques) zone 1

Premier grand classique du cinéma fantaisiste américain, KING KONG s’est attiré depuis lors une légion d’admirateurs. Déjà titillés par le remake de Peter Jackson à l’affiche présentement sur nos écrans, voici que la Warner choisit ce moment propice pour livrer enfin la fameuse édition DVD tant attendue de la première aventure de ce gorille géant si adoré par ses admirateurs. Voici donc le moment rêvé d’admirer la Huitième Merveille du Monde dans toute sa splendeur d’antan.



KING KONG (1933), l'édition DVD spéciale (2 disques) zone 1
KING KONG (1933), l'édition DVD spéciale (2 disques) zone 1
Le navire marchand Venture quitte le port de Manhattan à destination d’une île mystérieuse et inconnue perdue en plein milieu de la mer des Caraïbes. À son bord se trouve Carl Denham (Robert Armstrong), producteur de films ambitieux et téméraire, désirant y tourner son nouveau projet. Accompagné de son équipe et de sa nouvelle protégée, une jeune ingénue du nom de Ann Darrow (Fay Wray), Denham est bien déterminé à mettre au monde son nouveau bébé. En route, ils font la connaissance du navigateur adjoint Jack Driscoll (Bruce Cabot). Driscoll prend légèrement en grippe ces passagers indésirables mais s’attire la sympathie de Ann. Sensible à ses charmes, Driscoll s’éprendra rapidement de l’actrice en herbe. Mais alors que le navire arrive à destination et que l’équipage met pied à terre, celui-ci surprend une tribu d’indigènes en pleine cérémonie rituelle. La troupe est repérée par les habitants et dans la fuite éperdue, Ann est kidnappée et offerte en sacrifice au dieu Kong, qui n’est nul autre que ce primate géant au tempérament si romantique qui causera bien des soucis aux nouveaux venus, surtout lorsque Kong est capturé et ramené à New York afin de satisfaire les délires mégalomanes de Denham.

Premier vrai « monster movie » de l’histoire du cinéma, KING KONG eut un impact indéniable à sa sortie. En effet, le succès fut immédiat. Impressionnés autant par le sujet fantaisiste à souhait que par l’ampleur de la production, les gens affluaient dans les salles, faisant de KING KONG un des plus gros succès de la défunte RKO, alors dirigée par David O. Selznick. Ce qui était d’autant plus un exploit que le film sortit sur les écrans en plein cœur de la Grande Dépression.

On ne peut parler de KING KONG sans s’attarder à ses concepteurs, les cinéastes Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, premier tandem de choc de l’histoire du cinéma composé de deux hommes au tempérament aventurier et au parcours assez particulier. Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack firent connaissance en Angleterre durant la Première Guerre mondiale alors qu’ils étaient tous deux pilotes émérites dans les forces aériennes américaines. Partageant un goût marqué pour les sensations fortes et le cinéma et tous deux avides de découvertes, Cooper et Schoedsack firent leurs premières armes dans le cinéma documentaire où ils mettent à profit un certain sens du rythme et du montage, alliés à des méthodes de tournage se rapprochant d’un certain cinéma-vérité.

Fraîchement passés du côté du cinéma de fiction, Cooper et Schoedsack convainquent David O. Selznick de donner l’aval à un projet d’envergure mûri depuis un certain temps : l’histoire d’un gorille géant mettant la ville de New York à feu et à sang. Afin de tirer profit au maximum des nombreux et coûteux décors nécessaires pour le film, Cooper et Schoedsack utilisent ceux-ci pour tourner un petit thriller tourné vite fait bien fait : THE MOST DANGEROUS GAME (1932), inspiré des Chasses du comte Zaroff et mettant en vedette la majeure partie de la distribution de KING KONG, dont Fay Wray et Robert Armstrong, accompagnés ici de Joel McCrea. Les recettes amassées pour ce film serviront à tenir à flot les coûts de production de KING KONG, sans pour autant émécher la RKO qui se trouvait à l’époque avec de graves difficultés financières.

Cooper et Schoedsack furent les grands gagnants de ce pari risqué. Le succès sans précédent de KING KONG renfloua les caisses de la RKO et fit de David O. Selznick le personnage légendaire qu’il est devenu au sein de l’univers hollywoodien, et ce pour cause. En se mettant au diapason des standards de l’époque, KING KONG est un grand film d’aventures et de fantaisie bénéficiant d’une réalisation sûre et efficace menée tambour battant et bénéficiant d’un scénario solide de Ruth Rose (épouse de Schoedsack et fidèle collaboratrice du duo) et de James A. Creelman (THE MOST DANGEROUS GAME). Cooper et Schoedsack innovent ici avec une utilisation particulièrement astucieuse des décors de Carroll Clark (CORNERED, NOTORIOUS) et des peintures sur verre créés par Byron L. Crabbe, autre collaborateur attitré. Le tout est bien appuyé par la célèbre partition musicale de Max Steiner (GONE WITH THE WIND), considérée comme la première des incontournables depuis l’avènement du cinéma parlant.

Mais KING KONG ne serait rien sans l’expertise du trio le plus important de l’équipe technique : Willis O’Brien, Murray Spivack et Marcel Delgado. Premier grand spécialiste des effets spéciaux et pionnier du procédé « stop motion », O’Brien donne vie au gorille géant et aux autres bestioles peuplant la jungle imaginaire (et conçus par Delgado) à force d’ingéniosité, de patience et de persévérance. Les mouvements progressifs des modèles réduits sont soigneusement photographiés images par images et le tout est agrémenté du travail de Murray Spivack (THE MOST DANGEROUS GAME) aux effets sonores, donnant vie à l’univers insolite imaginé par Cooper et Schoedsack et faisant de KING KONG une expérience inoubliable, où l’expertise de l’équipe d’O’Brien se fait sentir jusqu’à la célèbre scène finale au sommet de l’Empire State Building. Pas étonnant que le célèbre Ray Harryhausen (JASON AND THE ARGONAUTS, ONE MILLION YEARS B.C.) suivit les enseignements de O’Brien et en fit son mentor.

Évidemment, certains peuvent être agacés par l’aspect théâtral du jeu des interprètes, surtout du côté de Robert Armstrong (THE MOST DANGEROUS GAME) qui en rajoute avec un débit et un ton particulier digne d’un animateur radio de l’époque. Bruce Cabot s’avère correct sans être vraiment mémorable, mais la vraie vedette du film est la « promise » de Kong, Fay Wray (THE MOST DANGEROUS GAME, MYSTERY OF THE WAX MUSEUM), dont la beauté éthérée n’a d’égale que le cri strident lancé par la jeune héroïne dans ses moments de terreur.

Comme beaucoup d’autres classiques du Septième Art, KING KONG apporte son lot d’analyses et d’interprétations. Certains y voient une énième variation sur le thème de la Belle et la Bête tandis que d’autres y dénotent une métaphore sur l’éternel combat de l’humain contre la nature. Il est d’ailleurs intéressant de constater que Kong passe rapidement ici d’oppresseur supposé à victime démontrée d’un monde qui lui est étranger et hostile, faisant ici un rapport direct avec la nature confrontée à un monde où la civilisation sans cesse transformée par les progrès technologiques inhérents à l’industrialisation apporte son lot de bouleversements à l’échelle planétaire. KING KONG peut même être vu comme un signe des temps de l’époque de la Grande Dépression. Le triste destin de la créature fait écho à l’exode d’une large partie de la population rurale vers les villes, où beaucoup de gens se retrouvaient vite dépassés par un environnement largement incompréhensible, avec les conséquences qui en découlent.

Quoi qu’il en soit, KING KONG apportait à l’époque sa large ration de sensations fortes pour un public avide d’évasion et voulant oublier un quotidien difficile...

KING KONG est offert en format 1.37:1 plein écran (noir et blanc) correspondant à son format original de présentation en salle. Warner nous offre ici un transfert minutieux où chaque élément a été restauré avec soin dans la mesure du possible. L’âge avancé du film et l’état précaire du matériel se fait sentir quelquefois avec la présence de quelques poussières et fourmillements dans l’image mais le rendu des contrastes est très bien reproduit et les noirs sont d’une très belle profondeur. L’ensemble se laisse donc voir avec un plaisir certain et ravira les amateurs.

Cette édition contient seulement la version originale anglaise par le biais d’une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono. Un léger bruit de fond constant et quelques craquements se font entendre çà et là, trahissant encore une fois l’âge avancé du matériel source, mais les dialogues sont toujours bien audibles et les effets sonores, de même que la musique de Max Steiner ressortent sur l’enceinte avant avec une assez belle énergie. Des sous-titres français, anglais et espagnols sont aussi offerts en option.

Warner met encore une fois le paquet du côté des suppléments en nous offrant une belle portion de documents de qualité :

DISQUE UN

Commentaire audio de Ray Harryhausen et Ken Ralston
Accompagné de Ken Ralston, autre spécialiste au rayon des effets visuels, Ray Harryhausen nous convie à une piste remplie d’anecdotes et d’analyses savoureuses sur tous les aspects techniques de cette production. Quant aux potins d’usage, ils sont assurés par l’intervention de Merian C. Cooper et Fay Wray, par le biais d’enregistrements d’archives.

Merian C. Cooper Movies Trailer Gallery
Compilation de quelques bandes-annonces de films produits par Merian C. Cooper, dont la bande-annonce originale de KING KONG présentée en salle.


DISQUE DEUX

RKO Production 601 : The Making Of Kong, Eighth Wonder Of The World
Pièce maîtresse de ce disque de suppléments, ce documentaire exhaustif réparti en sept parties et totalisant plus de 150 minutes se veut un acompte détaillé de la conception de KING KONG. Tout y passe : une partie biographique sur Cooper et Schoedsack, un bref résumé des débuts de leur collaboration fructueuse, la genèse du synopsis d’un court-métrage intitulé CREATION menant au projet de KING KONG, les nombreuses ré-écritures de scénario, le premier tour de manivelle du tournage jusqu’au montage final et quelques réflexions sur l’accueil phénoménal réservé au film à sa sortie. Une large part de ce documentaire est consacré au travail de Willis O’Brien sur les effets spéciaux. Pour les intéressés, ce documentaire est produit par Wingnut Films, la société de production du cinéaste Peter Jackson, qui est aussi l’un des nombreux intervenants en entrevue. Jackson nous fait part de son amour immense pour ce chef-d’œuvre dont son tout nouveau remake constituait un projet de longue date.

I’m King Kong! The Exploits of Merian C. Cooper
Documentaire biographique d’une durée d’une heure produit par la chaîne américaine TCM se voulant un résumé de la vie mouvementée et de la carrière de Merian C. Cooper.

Creation Test Footage
Extrait du court-métrage CREATION sur lequel Willis O’Brien fit étalage de son savoir-faire et qui inspira grandement Cooper et Schoedsack pour KING KONG. Cet extrait est accompagné d’un commentaire audio de Ray Harryhausen.

The Lost Spider Pit Sequence
Peter Jackson s’est permis ici une petite extravagance alors que lui et son équipe se sont donné comme défi de recréer minutieusement, et avec les moyens de l’époque, une séquence retranchée du montage original et aujourd’hui introuvable. Pour ce faire, Peter Jackson s’est servi de croquis détaillés conçus par Willis o’Brien, de même que la caméra originale utilisée par ce dernier ainsi que de quelques photographies de tournage dont le cinéaste s’est porté acquéreur, lui qui possède la plus imposante collection d’articles relatifs au film original. Les décors, maquettes et modèles réduits ont été conçus de façon artisanale, et le tout a été filmé selon le procédé « stop-motion » propice à l’époque, avec quelques véritables acteurs de circonstance s’étant prêtés à l’exercice avec un plaisir évident. Notez que ce petit court-métrage fait aussi partie du long documentaire disponible sur ce disque.

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Cooper et Schoedsack ne s’arrêtèrent pas là et s’empressèrent de capitaliser sur le succès de KING KONG avec une suite intitulé SON OF KONG (1933) où Schoedsack occupait seul la chaise de réalisateur, tandis que Cooper se concentrait sur les fonctions de producteur. Ils continueront dans la même veine jusqu’en 1949 avec la parution de MIGHTY JOE YOUNG, qui peut être vu comme un King Kong à saveur comique en quelque sorte. Cooper débutera aussi une fructueuse collaboration avec le cinéaste John Ford, qui aboutira à quelques-unes des oeuvres-phare du réalisateur, comme FORT APACHE (1948) et THE SEARCHERS (1956).

L’impact de KING KONG au fil des années fut tel qu’il acquit un statut de film culte auprès des cinéphiles, à tel point que l’on crut nécessaire d’en faire un remake. C’est en 1976 que le tonitruant Dino De Laurentiis produisit le KING KONG à saveur moderne mais quelque peu lourdaud de John Guillermin (THE TOWERING INFERNO) mettant en vedette Jeff Bridges et une jeune Jessica Lange débutante. Signe des temps, l’Empire State Building fait place ici aux deux tours du World Trade Center, laissant ainsi une étrange saveur amère dans le contexte post 11 septembre. Laurentiis et Guillermin eurent même l’idée de récidiver avec une suite de triste mémoire : KING KONG LIVES (1986) où le primate géant est réduit à une caricature de lui-même. Quant à Peter Jackson, ce dernier choisit de rendre un hommage au KING KONG original en campant son remake dans le New York de 1933, et en utilisant comme référence directe le scénario original de Ruth Rose et James A. Creelman.

Tout ceci ne témoigne finalement que d’une chose : quelques soixante-dix ans après sa parution, KING KONG continue, à travers les années, d’exercer un pouvoir de fascination qui se transmet de génération en génération.

Studio éditeur : Warner
Date de sortie : 22 novembre 2005

Film : 4/5
Image : 4/5
Son VO : 3/5
Bonus : 5/5



Marc Lespérance
marcl@dvdquebec.com

Jeudi 5 Janvier 2006


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