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Vendredi 3 Septembre 2010
21:13

INTERMEZZO : A LOVE STORY, le DVD zone 1

À l’automne 1939, trois mois avant la sortie de son titanesque GONE WITH THE WIND, le producteur David O. Selznick proposa au public un drame conjugal d’une étonnante sobriété intitulé INTERMEZZO : A LOVE STORY. Entré dans l’histoire du cinéma pour avoir fait découvrir au public américain le joli minois de l’actrice suédoise Ingrid Bergman, ce court film élégamment réalisé par le dénommé Gregory Ratoff n’est malheureusement pas le petit bijou cinématographique auquel certains pourraient s’attendre. Principalement à cause de son scénario maladroitement ficelé sur lequel repose l’équilibre d’une narration abusivement elliptique, cette oeuvre sentimentale apparaît plutôt comme une sorte d’objet fragile dont la magie risque à tout moment de se briser en miettes.



INTERMEZZO : A LOVE STORY, le DVD zone 1
INTERMEZZO : A LOVE STORY, le DVD zone 1
Au terme d’une longue tournée de spectacles en Amérique, le célèbre violoniste Holger Brandt (Leslie Howard) retourne en Suède où il retrouve avec joie sa charmante épouse Margit (Edna Best) et ses deux jeunes enfants. À peine vient-il de débarquer chez lui qu’il fait la connaissance de Anita (Ingrid Bergman), une séduisante musicienne qui enseigne le piano à sa fille Ann Marie. Profondément troublé par la jeune femme, Holger cherche de plus en plus sa présence et finit par lier avec elle une liaison amoureuse qui commence à miner gravement les fondements de sa vie conjugale. Déchiré entre sa charmante épouse Margit et ce nouvel amour qui le fait vibrer, Holger décide d’abandonner sa famille et de fuir en France où, en compagnie d’Anita, il espère couler des jours paisibles et heureux.

INTERMEZZO : A LOVE STORY est le “remake” d’un film tourné en 1936 par le cinéaste suédois Gustaf Molander et dont le rôle féminin principal était déjà tenu par l’actrice Ingrid Bergman. Lorsque David O. Selznick décida d’acheter les droits du film et d’en préparer une nouvelle adaptation, il fit également des pieds et des mains pour détruire toutes traces de l’œuvre originale afin qu’elle ne fasse pas ombre au succès de son projet. Fort heureusement, cette entreprise tout à fait choquante échoua et il est encore aujourd’hui possible de dénicher sur le marché la mouture suédoise (et vraisemblablement plus intéressante) de ce film. Outre Ingrid Bergman, on retrouve également au générique de INTERMEZZO : A LOVE STORY l’acteur Leslie Howard, mieux connu des cinéphiles pour ses incarnations du professeur Henry Higgins dans PYGMALION (1938) et de Ashley Wilkes, l’amoureux inaccessible de Scarlett O'Hara dans GONE WITH THE WIND (1939). Il est intéressant de mentionner que si Leslie Howard accepta de camper le rôle de Ashley Wilkes dans GONE WITH THE WIND, c’est parce que Selznick voulut bien qu’il fasse office de co-producteur pour INTERMEZZO : A LOVE STORY. Tout au long de sa carrière, Leslie Howard montra du reste un intérêt beaucoup plus marqué pour le travail effectué derrière la caméra que pour le métier d’acteur. C’est donc en toute logique qu’il décida, au début des années 40, de tenter sa chance en tant que réalisateur, un métier auquel il avait déjà touché en épaulant le cinéaste Anthony Asquith sur le plateau de PYGMALION (1938). Durant une période qui s’étendit de 1941 à 1943, Leslie Howard tourna trois long-métrages ayant en commun un évident désir de promouvoir l’effort de guerre. Il faut dire qu’à cette époque, hautement préoccupé par les ravages de la seconde guerre qui battait son plein en Europe, l’acteur réalisateur avait pris la décision de mettre ses talents de communicateur au service de sa patrie et de joindre les rangs de l’armée. Le 1er juin 1943, dans le cadre d’une mission de routine, l’avion dans lequel il prenait place en compagnie de soldats britanniques fut attaqué au dessus de la Baie de Biscay par un appareil allemand. Leslie Howard mourut dans l’écrasement. Il avait 50 ans.

Même si INTERMEZZO : A LOVE STORY bénéficie de quelques qualités dont (surtout) une très belle direction-photo signée Gregg Toland (un artisan reconnu entre autres pour son travail sur THE GRAPES OF WRATH (1940), CITIZEN KANE (1941) et THE BEST YEARS OF OUR LIVES (1946)), il est triste de devoir dire que son scénario maladroitement élaboré empêche véritablement le récit de prendre son envol et de charmer le spectateur. Par exemple, la passion amoureuse qui naît entre Holger et Anita est beaucoup trop précipitée. Le moment de leur premier baiser, qui aurait dû être un moment clé du film, est étrangement éclipsé par un rapide fondu au noir. Faut-il en venir à la conclusion que les censeurs de l’époque trouvèrent choquant de voir illustré au cinéma la naissance d’une passion entre un homme marié et une jeune femme qui transpire l’innocence ? Cet autre choix de ne pas présenter à l’écran le moment où Holger annonce à son épouse qu’il la quitte pour fuir en compagnie d’Anita n’est-il pas douteux au point de vue dramatique ? Car en choisissant de remplacer la force des images par un procédé narratif misant presque exclusivement sur le pouvoir de la suggestion, le récit donne l’étrange impression d’être désertique au niveau émotif. Si ce genre de procédé est employé avec succès dans certains types de cinéma (le cinéma suédois par exemple), il s’applique malheureusement très mal à une production hollywoodienne maîtrisant déjà avec difficulté les paramètres dramatiques de son récit et la psychologie de ses personnages. Il faut dire que le réalisateur Gregory Ratoff n’est pas non plus un artisan s’étant véritablement démarqué dans le monde du septième art. Au cours de sa carrière (durant laquelle il fut également acteur dans de nombreuses productions (dont REMEMBER LAST NIGHT ? (1935), ALL ABOUT EVE (1950) et EXODUS (1960)) Gregory Ratoff ne pondit aucun film qui soit aujourd’hui considéré comme une œuvre importante. INTERMEZZO : A LOVE STORY, d’ailleurs son film le plus souvent cité, ne fait tristement pas exception à cette règle.

INTERMEZZO : A LOVE STORY est présenté dans son format d’image respecté de 1.33:1 (plein écran). Généralement satisfaisant, le transfert qui nous est ici proposé offre une image noir et blanc généralement nette où très peu de défauts viennent agacer l’œil du spectateur. On note quelques fourmillements dans les zones hautement éclairées ainsi que quelques flous au niveau de certains gros plans mais dans l’ensemble, il est heureux de constater que cette copie DVD a été tiréed’un matériel source en bon état qui ne montre pas de réelles faiblesses liés à son âge avancé. Par contre, l’image donne beaucoup trop souvent l’impression d’être fade et de manquer de force (surtout au niveau de la définition des contours). Les noirs n’ont pas la profondeur qui aurait permis à cette œuvre de retrouver l’éclat de ses premiers jours.

La seule bande-son incluse est la version originale anglaise qui est ici présentée dans un format Dolby Digital 1.0 Mono. Bien que très claire au niveau du rendu des dialogues et de l’environnement sonore, cette bande-son est accompagnée d’un bruit de fond qui s’avère parfois réellement persistant. Les passages musicaux sont cependant plutôt bien rendus ne souffrent pas de distorsions pouvant nuire au plaisir que l’on prend à les écouter. Des sous-titres français, anglais est espagnols sont proposés en option pour accompagner le visionnement.

Cette édition DVD ne propose malheureusement aucun supplément.

C’est sans doute par intérêt de collectionneur ou par amour inconditionnel du cinéma que certains décideront de faire l’acquisition de cette œuvre cinématographique bancale qui a au moins le mérite d’être photographiée avec soin et de mettre en vedette des acteurs de talent. Pour le reste, il serait bien difficile de plonger dans cet « intermède amoureux » sans ressentir la frustration d’assister au spectacle sans pouvoir s’y baigner émotivement. Un petit film qui vaut le coup d’œil mais qui ne risque pas de soulever les passions des amateurs d’histoires d’amour sombres et torturées.

Studio éditeur : MGM
Date de sortie : 19 octobre 2004

Film : 2/5
Image : 3/5
Son VO : 3/5
Bonus : 0/5



François Lajoie
francois@dvdquebec.com

Jeudi 13 Janvier 2005


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