HOTEL RWANDA, le DVD zone 1Il y a des événements que même le cinéma n'aurait pas imaginé, il y a des guerres que l'on passe sous silence, il y a des morts que l'on ne veut pas voir, il y a aussi ceux que l'on voit le soir au journal télévisé et qui nous dérangent lors du repas, il y a ce flot parfois ininterrompu d’images de massacres, de violence que l’on digère dans la plus grande indifférence de nos salons douillets. Remerciant de ne pas être à leur place et même, si parfois, une montée d’indignation nous vient, dans une bouffée de chaleur contenue, une sourde révolte, vite comprimée par notre propre impuissance, manifeste encore notre solidarité avec le reste de l’humanité. Malheureusement, si ces massacres nous émeuvent, qui parmi nous agit pour essayer de faire en sorte que cela s’arrête ou tout simplement d’aider un peu ? En vérité ne sommes-nous pas limités à un simple don humanitaire ? Là où il faudrait une action militaire. Honte à nous de croire que l’ONU est plus à même d’intervenir et de maintenir la paix, mieux que la SDN ne l’avait fait avant elle.
HOTEL RWANDA, le DVD zone 1
C’est à cause de tout cela que le génocide Rwandais a pu se perpétrer. En 1994, les troubles sociaux, avec l’entrée du FPR au nord du pays, secouent le Rwanda. Un pays que se partagent les populations hutus et tutsis ; le Rwanda, un tragique reliquat de l’ère colonialiste, ancienne colonie belge, fut arbitrairement laissé à la direction de la minorité tutsi lors du départ des colonisateurs européens. Erreur d’appréciation, les tutsis sont issus traditionnellement d’une caste de type féodal basée sur la possession de troupeaux, ils formèrent donc la caste dirigeante du pays face aux hutus, le plus souvent fermiers d’origine, pourtant majoritaires dans le pays. Le déséquilibre entre les deux populations se nourrit de rancœurs, le pays est au bord de l’explosion mais malgré tous les accords successifs d’Arusha, négociés en Tanzanie, prévoient à terme l’intégration politique et militaire des différentes composantes de la nation Rwandaise. Mais le 6 avril 1994, les présidents Rwandais et Burundais meurent dans un attentat après qu’un missile tiré du sol ait fait exploser leur avion. Tous les espoirs de paix volèrent alors en éclats et dans les jours qui suivirent, les dernières personnalités politiques modérées pouvant éviter le massacre sont assassinées, comme le première ministre, Madame Agathe Uwilingiyimana. À partir du 7 avril 1994, le projet génocidaire est exécuté par les extrémistes Hutus de l’entourage du défunt président Habyarimana.
HOTEL RWANDA est un témoignage, celui de Paul Rusesabagina, directeur de l’hôtel des « Mille collines », tout un symbole, qui pendant près de cent jours, entre avril et juin 1994, n’aura de cesse que d’essayer de sauver les 1268 réfugiés tusis et hutus modérés réfugiés dans son hôtel. Par le truchement de mille et une astuces, compromissions, flatteries des autorités en place, il tentera tout pour protéger l’entrée dans son hôtel des sanguinaires Interhamwe. Paul Rusesabagina est hutu mais sa femme et ses enfants son tutsis, comme un très grand nombre de familles au Rwanda c’est une famille mixte. Aussi, c’est d’abord l’incrédulité qui frappe Paul Rusesabagina lorsqu’on lui annonce les exactions hutus dans Kigali. Mais mis face à l’horreur des massacres à la machette, Paul Rusesabagina va être confronté, comme c’est souvent le cas, au choix douloureux de sauver sa vie et celle de sa famille ou d’essayer de sauver aussi ses amis, ses voisins et tous ceux qui viendront lui demander de l’aide. Tout d’abord aidé, un peu et de très loin par la direction générale de l’hôtel basée en Belgique, il réussit à faire croire à l’armée régulière Rwandaise, un temps, que son hôtel est protégé par les Français, puis que des satellites espions américains surveillent l’hôtel, enfin que l’armée française va intervenir et, dans la recherche ultime de gagner du temps, il va réussir à influencer le responsable de l’armée régulière pour les protéger avec un argument simple et pourtant dérisoire : qui va témoigner en sa faveur s’ils meurent tous aux « Mille collines » ? Du temps, il en aura fallu (et du courage aussi) à cet homme seul pour tenir à distance les milices. Car face à lui nous avons toute l’impuissance du colonel Oliver, le chef responsable des casques bleus au Rwanda (le général Dallaire dans la réalité), un militaire lié par les ordres, impuissant à influer sur les événements avec seulement trois cent casques bleus pour tout le Rwanda avec comme seule directive de maintenir l’ordre sans faire usage des armes. Une phrase terrible vient illustrer le rôle que doit jouer le colonel Oliver (Nick Nolte) : « On est là pour maintenir l’ordre pas pour l’instaurer ». Autant dire qu’il ne sert à rien. Aveu d’impuissance de la part d’un homme, aveu de dédain du reste du monde face à un génocide organisé. Après tout, qu’a d’intéressant ce côté de l’Afrique pour que l’on intervienne ? Il est vrai que cela manque de puits de pétrole… Le film ne fait pas qu’égratigner les responsabilités occidentales dans le drame du Rwanda, tout le monde en prend pour son grade : français, anglais, belges et mêmes américains... et ce n’est que le reflet d’une réalité amère. Bien sûr, l’image de la France s’en trouve mise à mal un peu plus que les autres, ce sont les seuls soldats, hors casques bleus, que l’on voit dans le film et ils ont ordre d’évacuer les ressortissants étrangers et de ne pas intervenir alors évidemment... Au-delà de querelles intra-occidentales, c’est toute la responsabilité et le pouvoir de l’ONU qui est en cause, ainsi que sa capacité à intervenir sur les événements. Son apathie et l’indifférence des pays occidentaux sont coupables de la mort de huit cent mille personnes au Rwanda. Poussant l’hypocrisie à son extrême, lors de la dixième cérémonie en mémoire aux sacrifiés du Rwanda, seuls des représentants de second rang ont été délégués. Pour Paul Rusesabagina, réfugié désormais en Belgique, sa participation au film semblait évidente, pourtant ce n’est pas la première fois qu’il était sollicité pour témoigner de son histoire aux « Mille Collines ». Dès 1994, son témoignage, sous forme de film ou d’un documentaire, avait déjà été envisagé par des documentalistes. Mais Paul Rusesabagina déclina à plusieurs reprises, amer ou peu convaincu par les projets proposés. Il fallut toute la force de conviction de Terry George, scénariste-réalisateur engagé et fasciné par les destins tragiques (In the Name of the Father, 1993 ou The Boxer, 1997) pour que Paul Rusesabagina accepte. On peut aisément dire que le résultat dépasse toutes les espérances que pouvait avoir Paul Rusesabagina. Le scénario, co-écrit avec Keir Pearson, a été nommé pour les Oscars© et aux Golden Globe et le film a reçu d’autres prix. Pourtant, le scénariste-réalisateur Terry George n’a pas eu la tâche facile pour adapter l’histoire de l’hôtel des « Mille Collines » à l’écran. Non pas que les studios ne se montrèrent pas intéressés, loin de là, mais ils voulaient imposer leur choix sur les acteurs, ils ne voulaient pas de Don Cheadle comme acteur principal lui préférant un acteur plus connu comme Denzel Washington, Will Smith ou encore Wesley Snipes (?!?). Afin de garder le contrôle de son film, Terry George décida de le financer lui-même et avec l’aide de producteurs indépendants. On ne peut que se féliciter du choix de Don Cheadle qui accomplit ici un travail d’acteur extraordinaire adoptant la méthode de l’Actor’s studio. L’acteur se documenta beaucoup sur son rôle et passa du temps avant le tournage avec Paul Rusesabagina afin de mieux approcher le personnage ; sa prestation a d’ailleurs été nominée aux Oscars©. Même méthode de travail pour un autre excellent acteur, Joaquim Phoenix, dans le rôle de Jack Daglish, qui tint à rencontrer des journalistes ayant couvert le génocide. Le film bénéficie donc d’une grande implication, tout à la fois du réalisateur comme des acteurs, cela est d’autant plus rare pour un film indépendant, à l’image de Nick Nolte qui interprète le colonel Oliver. Cela donne lieu à des scènes remplies d’émotion comme la confrontation entre le colonel Oliver (Nick Nolte) et Paul Rusesabagina (Don Cheadle), une confession en forme d’impuissance et de colère contenue. Il ne faut pas oublier aussi la composition de Sophie Okonedo nommée également pour l’Oscar© meilleur rôle de soutien. Sur le plan historique, le film de Terry George s’en tire plutôt bien : vu la complexité de l’histoire du Rwanda, difficile en effet de faire un prélude pourtant bien nécessaire si l’on ne connaît rien à cette région d’Afrique. Le réalisateur réussit malgré tout à expliquer comment tout cela a pu se produire, le rôle de chacun dans les massacres, surtout l’état d’esprit de la population pendant ce massacre, grâce à quelques raccourcis très explicites (la radio avec RTLM hutu power radio). Le spectateur prend connaissance de l’origine du génocide, des responsables, l’effroyable George Rutaganda interprété par Hakeem Kae-Kazim et le général Bizimungu (Fana Mokoena), cependant le réalisateur décide de ne pas montrer trop de violence et d’atrocité, afin de ne pas être censuré ou classé dans une catégorie réservée aux plus de dix sept ans et se couper ainsi du principal public visé : les plus jeunes. En effet, si le film a pour ambition de relater l’héroïsme d’un homme, il a aussi pour but d’informer le plus large public possible ; aussi la réalité et l’atrocité du massacre et l’ampleur de celui-ci s’en trouvent quelque peu diminuées mais le but recherché est atteint. Paul Rusesabagina peut être satisfait, sans faire dans le sensationnel, le film est fort. Quelques scènes seules suffisent pour impressionner, comme celle de la route du fleuve jonchée de cadavres à perte de vue. L’image est au ratio 2.35:1 avec transfert anamorphosé (16:9), respectant le format de présentation en salle. La qualité du transfert est excellente, et ce, malgré quelques petits problèmes de compression. Notons aussi que l’image est parfois un peu granuleuse et, immanquablement, la seule et unique scène de brume du film est la moins bien retranscrite, avec quelques paquets bien compacts de pixels. Cela reste tout de même isolé et assez mineur car, règle générale, les couleurs sont vives et très bien saturées avec un bon niveau de détails. Les contrastes sont excellents également mais on ne pouvait en attendre moins pour un film aussi récent. Côté son, on peut être assez étonné, deux pistes audio sont disponibles la première en version originale anglaise encodée Dolby Digital 5.1 est tout à fait enthousiasmante. L’ambiophonie est excellente, les canaux arrière se détachent très nettement et apportent tout le relief nécessaire aux scènes d’actions et à la musique qui tient une bonne place dans le film. Les avant sont bien présents, les voix sont parfaitement claires et audibles, une excellente piste donc. La seconde piste audio est une version française (doublée au Québec) en Dolby Digital 2.0 Surround, très étriquée dans son format. Elle a toutefois le mérite d’être claire et audible... mais en toute honnêteté elle est vraiment très en dessous de la piste anglaise (logique me direz vous). Le film est accompagné par des sous titres anglais, français et espagnols. Suppléments : Audio commentary by Terry George and Paul Rusesabagina, with select commentary by Wyclef Jean : Il s’agit ici d’un commentaire audio clair et qui se suit avec intérêt. Paul Rusesabagina ajoute de nombreuses précisions tout au long du film. Il s’agit plus ici d’une discussion entre Terry George et Paul Rusesabagina autour du film. Le commentaire colle à ce qui se passe à l’écran. Un bon commentaire, rien de vraiment nouveau par rapport au film, souvent répétitif aussi. À la toute fin du commentaire, vous trouverez l’intervention de Vanclef Jean qui vient nous parler de son travail. Selected scenes commentary by Don Cheadle (21’45) : Plusieurs extraits du film commentés par l’acteur principal Don Cheadle. Celui-ci se montre tout à fait pertinent ; on y retrouve des scènes clefs comme le face à face Paul / colonel Oliver ou la route du fleuve. A message for peace : Making Hotel Rwanda (27’50) : Nous retrouvons dans ce segment de nombreuses interventions de quelques artisans du film, comme Terry George le réalisateur, mais surtout Keir Pearson le co-scénariste du film à l’analyse juste, Don Cheadle et Paul Rusesabagina, consultant sur le film. Ici aussi rien de vraiment nouveau sur le fond mais les images du génocide qui accompagnent cette partie parlent d’elle-même. Tout cela ne plaide évidemment pas en faveur de la communauté internationale. Le témoignage de Paul Rusesabagina est un peu plus précis mais reprend pour beaucoup tout ce qui a pu être dit précédemment ; un message pour la paix plein d’espoir mais au goût amer. Return to Rwanda (14’) : Un assez court documentaire sur le retour de Paul Rusesabagina, de sa famille et de ses proches à l’hôtel des Mille collines au Rwanda. Retour donc sur les lieux où se sont déroulés les événements. Premier retour aussi pour Paul Rusesabagina sur les différents lieux du génocide, notamment un village où plus de quarante cinq mille personnes fut mises à mort, majoritairement des femmes et des enfants. De nombreux passages émouvants, de nombreux témoignages sur les atrocités commises, c’est de très loin le supplément le plus marquant. Celui-ci s’éloigne un peu du sujet principal du film et de paul Rusesabagina pour aborder sans ambages le génocide Rwandais. Malgré la durée très courte, ce documentaire vient très sérieusement étoffer l’ensemble des suppléments offerts. À ne pas manquer ! Theatrical Trailer : Bande-annonce du film. Other Great MGM releases : Un ensemble de bandes-annonces de film du catalogue de la MGM, comme « Osama », Hart’s War ou encore Manic, Bowling for Columbine et The Yes Men. More Great MGM Releases : Ici une image fixe avec les visuels de six titres de films sortis en DVD par MGM... sans intérêt... --------------------------------------------------- HOTEL RWANDA est un excellent film, le jeu des acteurs est tout à fait convaincant, c'est sans aucun doute ce qui permet au film d'être aussi bon évoluant quasiment en huit clos. Le contenu des suppléments accompagnant le film est consistant tant en durée que dans leur contenu. Un film à voir absolument. Si on ne peut être qu'admiratif devant le courage et l'ingéniosité d'un seul homme, on peut légitimement se demander ce que faisait la communauté internationale et l'ONU pendant que près d'un million de personnes étaient massacré en moins de cent jours... Studio éditeur : MGM Date de sortie : 12 avril 2005 Film : 4,5/5 Image : 4/5 Son VO : 4/5 Son VF : 3/5 Bonus : 3,5/5 Yann Algoët yann@dvdquebec.com Jeudi 28 Avril 2005
Dans la même rubrique :
THE LAST TEMPTATION OF CHRIST (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST), le DVD zone 1 de l’éditeur Alliance Atlantis - 17/12/2007PEER GYNT (1941), le DVD zone 0 - 14/12/2007THE DAY OF THE TRIFFIDS (1981), le DVD zone 1 - 26/11/2007A DOG’S BREAKFAST, le DVD zone 1 - 23/11/2007THE GOOD GERMAN (L’AMI ALLEMAND), le DVD zone 1 - 15/11/2007THE RETURN OF THE LIVING DEAD (LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS) (1985), l'édition DVD de collection en zone 1 - 14/11/2007KANSAS CITY CONFIDENTIAL (1952), le DVD zone 1 - 06/11/2007HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) | |
||
|
UnePorte.Net est produit au Québec.
Plusieurs logos, images et marques de commerce publiés dans nos pages appartiennent aux propriétaires respectifs. ©Copyright UnePorte.Net 2002-2007. Tous droits réservés. Design : Marie-Hélène Pierre |
||

DVD/HD DVD/Blu-ray (Critiques A à Z)

