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Vendredi 18 Mai 2012
20:44

Google, un très beau moteur qui dérange

En deux ans, Google s’est imposé comme le moteur de recherche le plus populaire. Grâce à une recette secrète bien gardée, il répond aux attentes de ses usagers. A tel point qu’il inquiète les autorités chinoises.



Le moteur de recherche puissant Google
Le moteur de recherche puissant Google
Il n’est rien que les régimes répressifs ne craignent autant que la moquerie et la dérision. Il est donc possible que la récente décision du gouvernement chinois de bloquer pendant plus de deux semaines le fonctionnement du moteur de recherche Google ait un lien avec le quatorzième résultat obtenu pour la recherche du nom de son président : un jeu interactif, animé, baptisé "Slap the Evil Dictator Jiang Zemin" [Abattez le vilain dictateur Jiang Zemin]. Avec un important congrès du Parti communiste chinois prévu en novembre, la répression des dissidents - notamment le Falungong, ce mouvement spirituel interdit et persécuté - par Pékin n’avait rien de surprenant. Mais les représailles à l’encontre de Google sont plus inattendues. Dans une déclaration récente, la société expliquait qu’elle “travaille... actuellement avec les autorités chinoises à résoudre le problème”. Rédigé dans le langage châtié de la diplomatie internationale, ce message ne permettait pas de comprendre comment une entreprise californienne créée par deux marginaux disposant de vieilles portes pour tout matériel de bureau a pu finir par semer la panique au sein d’une puissance mondiale autoritaire.

Bien que l’entreprise n’ait jamais fait de publicité, le bouche-à-oreille a fonctionné et en a fait incontestablement le moteur de recherche le plus utilisé, avec plus de 150 millions de consultations par jour. Environ 2 milliards de pages sont indexées sur ses serveurs et il est disponible en 66 langues. Les utilisateurs des premiers jours, qui ont la nostalgie du bon vieux temps où le Net était gratuit, adorent son écran de recherche, si blanc et si net. Ils apprécient également le fait que, contrairement à ses rivaux, Google refuse d’insérer des encarts publicitaires de clubs de rencontres, d’agences de voyages ou de vendeurs de voitures en ligne. Et, pourtant, cela ne l’empêche pas de faire de gros bénéfices. L’an dernier, on estime qu’il a récolté 65 millions de dollars [environ 65 millions d’euros] en publicité et en revendant ses recherches à d’autres sites, notamment AOL. Comme la recette du Coca-Cola, la formule mathématique précise qui permet à Google de trier et de passer au crible des milliards de pages sur le Net est gardée jalousement. Mais le principe de base, lui, ne l’est pas. Il a été imaginé vers le milieu des années 90 par les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, alors étudiants en informatique à l’université Stanford. Au lieu de se contenter de répertorier les pages en fonction du nombre d’occurrences d’un mot ou d’une expression, Google les classifie en fonction du nombre de sites qui ont un lien avec elles.

Son point fort : le stockage des pages indexées

Google sait aussi un certain nombre de choses. Il ne se contente pas seulement d’indexer une plus grande portion de la Toile que n’importe lequel de ses concurrents et de proposer des traductions de certaines pages. Il est doté d’une grande mémoire. Google archive des millions de pages sur ses propres ordinateurs, leur donnant ainsi une existence indépendamment de leurs créateurs. D’où un autre danger potentiel pour le régime chinois. Même si le serveur abritant le site du Falungong est saisi et détruit, la page restera dans la mémoire de Google. En 2001, Google a acquis les droits de milliers de vieux articles de Usenet sur des "message boards" en ligne [babillards électroniques]. Ils figurent désormais dans sa base de données, et votre passion de naguère pour "Donjons et dragons" ou pour l’ornithologie ne sera pas effacée. A une époque, à la fin des années 90, les Américains appelaient “googling” le fait de lancer une recherche en vue d’éventuelles rencontres.

Mais, alors que l’on chante les louanges de ce moteur de recherche qui dirige directement l’utilisateur vers le renseignement voulu, une question vient à l’esprit de certaines entreprises.com, pour qui l’époque où l’on gagnait facilement des sommes astronomiques semble révolue. Serait-il possible de manipuler ce moteur de recherches pour augmenter les bénéfices ? L’un des points forts de Google est d’avoir toujours refusé d’accorder une meilleure place à une entreprise moyennant finances. Mais certains prétendent que le système PageRank a ses carences. Puisque Google évalue le nombre de pages liées à un site, que se passerait-il si l’on créait des milliers de pages, simplement pour qu’elles aient un lien renvoyant à un site commercial ?

Un fonctionnement qui fait naître des interrogations

D’autres reprochent à Google d’avoir cédé trop rapidement devant des menaces, notamment celles de l’Eglise de scientologie, qui a exigé que soient retirés tous les liens renvoyant à un site luttant contre la scientologie : Operation Clambake, . Désormais, à la place des liens manquants, Google présente une note signalant que certaines informations ne sont pas affichées. Daniel Brandt, qui a lancé Google-watch.org, site créé dans le but de le surveiller, dit à qui veut l’entendre que sur Google les “petites pointures” sont défavorisées par rapport aux sites plus importants et qu’aujourd’hui Google est tellement puissant qu’il devrait disposer d’un conseil de surveillance, au même titre qu’une entreprise d’utilité publique. D’autres estiment que Google accorde un mauvais classement aux sites qu’il veut inciter à acheter des encarts publicitaires, ce que l’on dément formellement chez Google. “Google fait l’objet d’une véritable obsession”, dit Danny Sullivan, de SearchEngineWatch, site spécialisé dans les moteurs de recherche. “Mais, si vous allez sur d’autres sites - comme Teoma.com ou Alltheweb.com -, vous pouvez obtenir des résultats similaires. Si Google est le premier moteur de recherche, ses concurrents ne sont pas à plaindre. Ils peuvent tout aussi bien connecter leurs utilisateurs à des informations subversives en Chine.” Peut-être même mieux. Tout dépend de ce que l’on cherche. Sur Alltheweb.com, "Slap The Evil Dictator Jian Zemin" apparaît en cinquième position.

Oliver Burkeman

Source: Courrierinternational.com d'après "The Guardian" de Londres


Mardi 8 Octobre 2002
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