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Lundi 12 Mai 2008
3:23

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GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK., l'édition HD DVD américaine

Une des stars les plus en demande du cinéma américain actuel, George Clooney a su compiler une filmographie plus qu'intéressante témoignant d'une véritable démarche artistique. Devenu célèbre grâce au feuilleton E.R., Clooney, après des débuts quelque peu chancelants au grand écran, est passé de simple beau brummel à une des personnalités les plus engagés de la colonie hollywoodienne. Supporté par une feuille de route enviable où celui-ci est devenu un des acteurs fétiches de Steven Soderbergh (OUT OF SIGHT, OCEAN'S ELEVEN, SOLARIS) et des frères Coen (O BROTHER, WHERE ART THOU ?; INTOLERABLE CRUELTY), il est tenté par la mise en scène et fait ses classes avec le sympathique CONFESSIONS OF A DANGEROUS MIND (2002), scénarisé par Charlie Kaufman (BEING JOHN MALKOVICH, ADAPTATION). L'année 2005 sera finalement déterminante dans la carrière de George Clooney, qui remporte l'Oscar© du meilleur second rôle masculin pour SYRIANA (Stephen Gaghan), et qui nous donnera sur la même lancée sa deuxième réalisation en s'attaquant à un sujet qui lui tient à cœur sur cette reconstitution d'un important épisode des débuts de la télévision, ancré dans le triste contexte du maccarthysme aux États-Unis.



GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK., le HD DVD
La fin de la Deuxième Guerre mondiale, avec le blocus de Berlin, voit naître entre les États-Unis et l'U.R.S.S. des relations diplomatiques tendues débouchant sur ce que l'on appellera par la suite la “Guerre froide”. Dans l'Amérique de 1950, le nouvel ennemi à abattre s'appelle le communisme et le sénateur Joseph McCarthy, jusque-là membre sans envergure du gouvernement américain, en fera son principal cheval de bataille en lançant la funeste Commission des activités anti-américaines (HUAC : House Un-American Activites Committee) qui se donne comme mandat de dénoncer la supposée infiltration de sympathisants communistes dans les sphères gouvernementales et culturelles aux États-Unis. Caractérisée par des jugements et des condamnations arbitraires fondés sur des enquêtes bâclées, cette commission qui siégera jusqu'en 1954 sera la cause d'un règne de terreur que les livres d'histoire désigneront sous le triste surnom de “chasse aux sorcières”, dont le plus grand coup d'éclat sera la condamnation à mort, le 29 mars 1951, des époux Julius et Ethel Rosenberg, membres du parti communiste américain soupçonnés d'espionnage au profit du KGB. Ils nieront leur culpabilité jusqu'à leur exécution sur la chaise électrique deux ans plus tard, le 19 juin 1953.

À cette époque l'on assiste à ce nouveau phénomène médiatique qu'est la télévision. En 1953, Edward R. Murrow (David Strathairn) est une des personnalités les plus influentes du journalisme télévisé. Ancien correspondant de guerre ayant fait sa marque aussi à la radio, Murrow est l'animateur de la populaire émission d'information SEE IT NOW diffusée à CBS.

Murrow est mis au courant du cas d'un jeune pilote de l'armée renvoyé sous prétexte officiel qu'il représentait un risque pour la nation, mais surtout parce qu'il refusa de dénoncer son père et sa sœur comme sympathisants communistes. Révolté par les pratiques belliqueuses de la commission, Murrow, épaulé par son producteur Fred Friendly (George Clooney), se charge de dénoncer le climat de terreur instauré par les pratiques douteuses de la HUAC en consacrant une série de trois émissions sur le sénateur McCarthy, et ce malgré les nombreuses mises en garde de William Paley (Frank Langella), grand patron de la CBS.

Fils d'un ancien présentateur de nouvelles, George Clooney se sentait directement concerné par cette figure emblématique que Edward R. Murrow représente pour la petite histoire de la télévision. Fruit d'un projet mûri de longue date, la forme embryonnaire de GOOD NIGHT AND GOOD LUCK. fut d'abord considéré dans l'éventualité d'un téléfilm et ensuite sous la forme d'un documentaire. Ses intentions n'ayant pas été matérialisés dans les deux cas, Clooney récupère finalement le sujet pour en faire son deuxième long-métrage à titre de réalisateur.

Tout d'abord, GOOD NIGHT AND GOOD LUCK. ne se veut pas une biographie exhaustive de Edward R. Murrow et encore moins une chronique de la chasse aux sorcières comme tel. Le film se veut plutôt un hommage aux débuts de la télévision en se consacrant essentiellement à cet épisode précis considéré comme un des premiers grands moments du journalisme télévisé, et qui sera le précurseur du démantèlement de la HUAC. Il n'est donc pas étonnant de voir que le script écrit conjointement par Clooney et Grant Heslov passe sous silence le cas Rosenberg, ainsi que les profondes cicatrices laissées par la HUAC jusqu'en Californie, où plusieurs personnalités de la sphère hollywoodienne désignées par la commission furent mises à l'index, comme en fait foi la liste des “dix d'Hollywood”, où figurent le scénariste Dalton Trumbo (A GUY NAMED JOE) et le réalisateur Abraham Polonsky (FORCE OF EVIL).

Le récit se déroule alors uniquement dans la période où furent diffusées les trois émissions consacrées au sénateur McCarthy, influençant grandement le style de mise en scène adopté par Clooney. Le choix de filmer en noir et blanc par Clooney et le chef-opérateur Robert Elswit (MAGNOLIA, SYRIANA) ne se veut pas seulement par souci d'instaurer une ambiance nostalgique plus que pour accentuer le climat de tension de cette sombre période de l'histoire américaine. De plus, cette facture visuelle emprunte un véritable sens métaphorique alors que l'intrigue est resserrée dans un court laps de temps. La mise en scène attentive et fluide, allié au montage précis de Stephen Mirione (venu de l'écurie Soderbergh), donne à l'ensemble des allures de véritable match de boxe dans lequel s'oppose Murrow et McCarthy, qui apparaît ici sous ses traits véritables grâce à l'habile juxtaposition d'extraits d'archives incorporés parmi les séquences filmées par Clooney. La production bénéficie aussi d'une habile reconstitution d'époque grâce aux fabuleux décors de James Bissell (E.T.) recréant avec acuité les coulisses des studios parmi lesquels se déplace la caméra très mobile de Robert Elswit, faisant du spectateur le témoin privilégié des activités en coulisses des débuts de la télévision. Certains peuvent déplorer une certaine froideur clinique dans le traitement, mais cela ne fait qu'accentuer l'indéniable valeur documentaire de ce film autrement passionnant.

Clooney s'est aussi entouré d'une équipe de solides acteurs de composition dont Frank Langella (DRACULA), Jeff Daniels (THE PURPLE ROSE OF CAIRO), Robert Downey Jr. (CHAPLIN) et Patricia Clarkson (FAR FROM HEAVEN, DOGVILLE) qui viennent tous ici faire un petit tour de piste. S'étant contenté lui-même du rôle plutôt effacé de Fred Friendly, Clooney laisse toute la place à David Strathairn, comédien surtout connu pour être un des acteurs fétiches de John Sayles (MATEWAN, PASSION FISH), trouvant ici le véhicule parfait pour laisser s'épanouir tout son talent. À l'instar de Philip Seymour Hoffman pour CAPOTE, Strathairn recréé l'allure, la physionomie et la gestuelle de Ed Murrow avec une telle véracité qu'elle ne peut être que d'un naturel inquiétant. Les membres de l'Académie ne s'y sont pas trompés, faisant de Strathairn un des précédents nominés cette année pour l'Oscar© du meilleur acteur.

Notez qu'en plus de la présente édition HD DVD américaine testée ici (qui est en fait un combo avec aussi la version DVD sur une face), plusieurs éditions domestiques sont disponibles de ce film en Amérique du Nord : une édition DVD américaine de Warner (avec des sous-titres français mais sans piste française), une édition DVD canadienne de Sony Pictures/TVA Films (avec un doublage français produit au Québec Dolby Digital 2.0 Surround, sans sous-titres français et privée d'un documentaire par rapport au DVD américain) et une autre édition haute définition américaine, celle-là de format Blu-ray Disc.

L'intérêt marqué pour ce film en haute définition vient du fait qu'il s'agit du tout premier film noir et blanc à bénéficier du support HD. Le résultat de cet encodage VC-1 1080p est tout simplement magnifique ! Cette image, au ratio respecté de 1.85:1, montre des noirs purs et profonds. La définition est optimale et il est tout simplement jouissif de constater jusqu'à quel point les dégradés (et toutes les subtilités de gris) sont parfaitement rendus. L'absence de grain rend presque l'image surréaliste tellement le tout est lissé. Je ne suis pas du tout certain que l'expérience au cinéma était de ce calibre tant cette image de précision photographique est parfaite (le DVD nous montrait bien de subtiles granules qui se mariaient bien avec l'époque et le traitement noir et blanc du film...). C'est le grand débat des « profiteurs » de la haute définition à la maison en ce qui concerne le cinéma : sommes-nous en train d'éliminer l'intérêt pour la « projection communautaire » autre que dans un cercle amical ou familial ? Bien sûr, la question se pose depuis l'avènement du DVD mais elle mérite ici, avec le format HD DVD ou Blu-ray, une deuxième méditation...

Le film est offert ici en version originale anglaise grâce à une piste Dolby Digital Plus 5.1. Qu'on se le dise d'emblée, il n'y a pas de différence appréciable entre ce traitement plein débit du Dolby Digital Plus et la piste Dolby Digital sur DVD ou Blu-ray. Bien que la qualité soit au rendez-vous au niveau de ce mixage, l'exploitation du 5.1 est évidemment plutôt limitée, cette œuvre étant surtout axée sur les dialogues. Ces derniers sont toutefois clairs et très bien balancés. Pas de doublage français ici, les droits de cette piste étant dans les mains de Sony Pictures/TVA Films. Par contre, des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles pour le visionnement du film.

Le passage de GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. à la haute définition n'a pas empêché Warner de reprendre exactement les mêmes suppléments que son édition DVD. Un peu dommage...

Commentaire audio de George Clooney et Grant Heslov
Accompagné du producteur et co-scénariste Grant Heslov, George Clooney anime une piste de commentaire enjouée et décontractée où l'humour pince-sans-rire de la star a sa large place. Clooney nous fait part ici des raisons et motivations qui l'ont amené à mener à bien ce projet, et Heslov offre une large rétrospective du long et fastidieux travail de recherche nécessaire pour son aboutissement. De plus, les deux comparses nous gratifient bien sûr des incontournables anecdotes de tournage, où nous apprenons que l'acteur-réalisateur a dû financer lui-même une partie de la production avec ses propres deniers.

Good Night, and Good Luck. companion piece
Ce petit documentaire, d'une durée d'à peine 15 minutes, entremêle des interviews de Clooney et des autres membres de la distribution avec des segments incluant des descendants ou amis survivants de l'équipe de Murrow. Ce dernier aspect est fort intéressant mais vraiment trop court.

Bande-annonce
Bande-annonce originale du film présentée ici en haute définition 1080p.




Bande-annonce / GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK.
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Ce HD DVD est à la hauteur de GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK., une oeuvre à voir, dont la reconstitution détaillée et critique d'un mauvais souvenir de l'histoire de la politique américaine est plus que jamais pertinente aujourd'hui, dans cette société apeurée, paranoïaque et réfractaire qu'est devenue l'Amérique de l'après 11 septembre 2001.

Studio éditeur : Warner
Date de sortie : 22 août 2006

Film : 4/5
Image : 4,5/5
Son VO : 3,5/5
Bonus : 3/5



Marc Lespérance (critique film et collaboration critique suppléments)
marcl@uneporte.com

Jean Guèvremont (critique technique et collaboration critique suppléments)
jean@uneporte.net

Samedi 10 Mars 2007

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