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Vendredi 3 Septembre 2010
20:24

GOOD BYE, LENIN! (AU REVOIR LÉNINE!), DVD zone 1 édition Séville

Périodiquement, le cinéma allemand produit des œuvres cinématographiques qui réussissent à percer les écrans nord-américains. Parfois, ce n’est qu’à travers les festivals du cinéma comme celui de Montréal ou de Québec que nous avons la chance de savourer ce cinéma différent des autres et tellement surprenant. Mieux encore, certaines petites trouvailles réussissent à trouver un distributeur canadien et prennent l’affiche dans des salles répertoires, au grand bonheur des cinéphiles.



GOOD BYE, LENIN! le DVD zone 1 de l’éditeur Séville
GOOD BYE, LENIN! le DVD zone 1 de l’éditeur Séville
C’est le parcours qu’a emprunté GOOD BYE, LENIN! au Québec l’hiver dernier et c’est maintenant qu’il arrive sur vos écrans télé grâce au format DVD. Les Films Séville proposent une édition DVD parfaitement soignée pour ce petit bijou de film qui devrait assurément se retrouver dans votre DVDthèque. GOOD BYE, LENIN! a remporté le prix César 2004 pour le meilleur film de l’Union européenne et pas moins de 25 autres récompenses à travers le monde.

Assumant difficilement sa vie à la suite du départ de son mari pour l’Ouest, Christiane Kerner (Katrin Sass) doit élever seule ses deux enfants avec une santé précaire dans un Berlin divisé de l’an 1978. Très tôt, ses enfants Alex (Daniel Brühl ) et Ariane (Maria Simon) prendront soin de leur mère institutrice et fervente militante du parti socialiste. Ce n’est que 10 ans plus tard que Christiane, toujours fragile, subit une attaque cardiaque dans la rue lors d’une manifestation pacifique tournant à l’émeute en apercevant son fils Alex tabassé par la police.

Nous sommes en 1990 et la destruction du mur de Berlin va bon train. Dans une chambre d’hôpital, Christiane est dans son 8e mois de coma et chaque jour, ses enfants veillent sur elle. Soudain, ses yeux s’ouvrent et elle revient à elle. Dehors, le mur est en ruine et chaque parcelle est vendue à grand prix dans le monde comme un artefact d’une époque révolue. Le médecin avise Ariane et Alex que tout autre choc émotionnel pourrait être fatal à leur mère. C’est ainsi qu’une folle escalade de tromperie s’enclenche pour faire croire à Christiane, alitée, que le monde communiste, tel qu’elle le connaît, est toujours en place et que le parti socialiste est même ouvert au progressisme dans un partenariat avec les Berlinois de l’Ouest. Alex se met à créer un idéal socialiste pour revoir l’étincelle briller dans les yeux de sa mère et la protéger de l’effervescence palpable dans la capitale réunifiée. Il met en scène une série de canulars, avec l’aide d’amis et voisins, pour créer un authentique microcosme de la RDA dans la chambre à coucher de sa mère où elle est confinée.

Wolfgang Becker, cinéaste inconnu chez nous, a principalement travaillé dans le monde de la télévision. Autrefois caméraman-monteur, on pourrait croire que le personnage de « Denis » est inspiré de ses propres débuts dans le métier. Becker met en scène des comédiens de talent qui crèvent l’écran dans cette charmante comédie dramatique qui tire les cordes sensibles de la nostalgie et de l’amour familial. À aucun moment les émotions sont soutirées avec maladresse. C’est, au contraire, dans la simplicité et la subtilité que nous nous attachons à cette famille qui vit beaucoup de déchirures, de séparations et de deuils. C’est ce qui fait de GOOD BYE, LENIN! une tendre fable sur l’amour, la dévotion et le pieu mensonge.

Pour la partie musicale, Becker a fait appel aux talents de Yann Tiersen, mieux connu pour ses thèmes champêtres exploités dans le film français LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN. On reconnaît le style romantique de Tiersen avec les notes de piano tout en douceur. Sa musique épouse parfaitement les images. À travers le film, on peut même entendre le thème : « Comptine d’un autre été : l’après midi », autrefois associé à AMÉLIE. C’est la seule pièce recyclée du compositeur car tout le reste a été écrit uniquement pour le film de Wolfgang Becker.

GOOD BYE, LENIN! nous est présenté dans un format de 1.85:1 selon le ratio d’origine et issu d’un transfert anamorphosé (16:9). Le transfert NTSC est produit et encodé de source progressive provenant de Sony Studio Classics (Columbia Tristar). Évidemment, cela assure un traitement technique parfait contrairement aux transferts numériques de conversion PAL/NSTC. Nous félicitons cette démarche. Une très bonne moyenne de débit numérique (5.94 mb/sec) assure une image presque parfaite et sans apparition d’artefact. Le grain du film est aussi parfaitement conservé et restitue au film son aspect d’anthologie. Les couleurs sont douces et agréablement nuancées. On ne ressent qu’un léger manque de piqué d’image à la fin du film, lors du générique.

Du côté sonore, deux pistes audio sont offertes. D’abord la version originale allemande Dolby Digital 5.1 puis une piste française également de format Dolby Digital 5.1. L’édition canadienne Séville nous donne droit à un doublage français réalisé en France et commandé par Océan Films spécialement pour la diffusion vidéo à l’hexagone. À l’origine, le film fut seulement présenté en salle avec des sous-titres français. Les fortes recettes d’entrée dans les salles obscures françaises ont convaincu l’éditeur européen d’opter pour une version française sur DVD en plus de la version originale allemande sous-titrée. Pour un doublage conçu spécialement pour une exploitation sur support vidéo, il faut avouer que la qualité est au rendez-vous. Un fait curieux est cependant à souligner : il y a une différence de tonalité de la piste audio française par rapport aux autres pistes audio allemandes (incluant les commentaires audio). On remarque un écart de tonalité (en anglais : pitch) qui donne un effet de ralentissement tout en conservant le tempo. C'est en survolant les pistes audio à la volée, durant les passages où la musique de Yann Tiersen est en arrière plan que l'on peut entendre ce phénomène. Difficile de commenter davantage car l'éditeur, forcément, a eu droit à cette piste audio de la source PAL. En se servant de ce doublage, expressément produit pour la sortie domestique en France, au passage NTSC, l’effet de ralenti devait être inévitable. Cela dit, sur l’aspect technique, les deux pistes audio offrent une spatialisation satisfaisante qui, d’ailleurs, sert avantageusement la musique de Yann Tiersen. Le film comporte au choix des sous-titres anglais ou français non imposés.

Pour la section des suppléments, on ne peut que se rabattre sur les sous-titres anglais pour comprendre le contenu totalement produit en langue allemande. La navigation du disque se fait par des menus fixes mais musicaux. Le film et ses suppléments sont inclus sur un seul disque de catégorie DVD-9 (simple face - double couche). Le changement de couche s’effectue à 88 minutes 42 secondes (chapitre 15) à un emplacement indésirable qui, d’ailleurs, peut causer une légère pause durant la lecture. La jaquette du boîtier renfermant le DVD est imprimée réversible avec l’anglais d’un côté et le français de l’autre.

Pour encore plus apprécier le travail qu’il y a derrière cette œuvre cinématographique, les suppléments fournis sur l’édition Séville sauront vous captiver pendant plusieurs heures. À commencer par deux pistes audio de commentaires. La première est du réalisateur Wolfgang Becker et il traite, entre autre, de la complexité inattendue à recréer de toute pièce, un Berlin qui avait beaucoup changé en 10 ans. Becker, extrêmement exigeant, méticuleux et perfectionniste, nous révèle sa personnalité et son souci pour l’exactitude. On peut même déceler chez lui un tempérament difficile. La seconde piste de commentaires est celle partagée par l’acteur principal Daniel Brühl puis de Katrin Sass et de Florian Lukas. La différence entre ces commentaires et ceux du réalisateur est que le trio d’acteurs se permet des réflexions très personnelles sur eux-mêmes et parfois qui débordent du film. Ce sont des commentaires plus aérés, plus conviviaux et moins arides à écouter.

Lenin learns to fly (20 minutes)
Ce reportage fascinant, au format 16/9, traite essentiellement des trucages numériques utilisés pour recréer l’authenticité de l’époque de la destruction du mur de Berlin. Les concepteurs infographiques ont notamment beaucoup travaillé sur une séquence où une statue du buste de Lenin est transportée dans les airs par un hélicoptère. Aussi, les façades d’édifices ont dû être retravaillées pour correspondre à l’aspect qu’ils avaient antérieurement. D’autres images de synthèse incluent un dirigeable publicitaire et une toile géante Coca-Cola qui se déroule sur une façade d’immeuble. Selon Becker, l’avantage des images de synthèse dans un film comme GOOD BYE, LENIN! est que le spectateur n’y voit que du feu ; ce dernier ne s’attend pas à des trucages numériques au même titre que pour des films d’action, de science-fiction ou de fantastique.

Deleted scenes (44 minutes)
Dans une salle de montage numérique, le réalisateur Wolfgang Becker et son ami, le réalisateur Tom Tykwer (LOLA RENNT), nous donne un aperçu de 9 scènes qui ont été retirées au montage. Tykwer, producteur et co-fondateur de X-Filme, a agi comme conseiller au montage pour guider le monteur Peter Adam à faire une coupe importante à l’œuvre de Becker qui totalisait à l’origine 164 minutes ! La règle est simple : tout ce qui est redondant, ambigu ou qui ne sert pas la trame narrative est enlevé. Ce document est aussi produit au format 16/9. Le dialogue entre les deux réalisateurs fait foi d’une immense passion pour le cinéma et de la constante recherche de la pertinence du récit.

Aktuelle Kamera (7 minutes 44)
Il s’agit d’une compilation de clips vidéo des capsules d’information ayant servi aux personnages d’Alex et de son comparse Denis pour faire croire à Christiane que la république démocratique allemande est encore présente en 1990. Amusant clin d’œil.

Mini Making of (1 minutes26)
D’un intérêt limité, ce court segment fait un survol de séquences de tournage avec un fond musical.

GOOD BYE, LENIN! est un DVD incontournable. Les émotions, le ravissement et l’originalité sont au rendez-vous. L’éditeur canadien Séville n’y est pas allé de main morte pour offrir ce film avec une qualité optimale. Seul les sous-titres français manqueront à ceux qui ne comprennent pas l’anglais et qui souhaiteraient profiter de la manne de suppléments offerts sur cette édition quasi-parfaite.

Selon vous, le mensonge est-il un péché capital lorsqu’il est conduit par l’amour ? Désormais, je crois sincèrement que non.

Studio éditeur : Séville
Date de sortie : 10 août 2004

Film : 4/5
Image : 4/5
Son VO : 4,5/5
Son VF : 4/5
Bonus : 4/5



Martin Brousseau
martin@dvdquebec.com

Lundi 9 Août 2004


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