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FLAGS OF OUR FATHERS (MÉMOIRES DE NOS PÈRES), l'édition HD DVD (2 disques)Accumulant deux succès tant au niveau public que critique avec MYSTIC RIVER (2003) et MILLION DOLLAR BABY (2004), Clint Eastwood s'est vu définitivement consacré membre éminent de la grande cour des metteurs en scène respectés du cinéma américain. La porte est maintenant grande ouverte pour M. Eastwood afin que celui-ci s'embarque dans le projet le plus ambitieux de sa carrière, soit de raconter, à travers deux films-fleuves, un des faits marquants de la Seconde Guerre mondiale, et probablement le plus grand assaut de la guerre du Pacifique, soit la bataille d'Iwo Jima vu du point de vue respectif des deux belligérants : Américains et Japonais. Pour ce premier volet, Clint Eastwood se tourne du côté de sa propre patrie en s'appliquant à raconter la petite histoire sous-jacente à la photographie la plus célèbre de la bataille, et aussi de toute la Seconde Guerre.
Au crépuscule de sa vie, John Bradley (George Grizzard) est en proie à de violents cauchemars alors que les souvenirs enfouis lui reviennent avec acuité. Des souvenirs de combattant pendant la Guerre et plus particulièrement de sa participation à la bataille d'Iwo Jima, alors qu'il était connu sous le nom de “Doc” Bradley (Ryan Philippe), jeune infirmier de son régiment des Marines. Bradley devint une célébrité bien malgré lui. Il s'avère que Bradley figure sur le célèbre cliché du photographe Joe Rosenthal (Ned Eisenberg) montrant six soldats plantant le drapeau américain sur le mont Suribachi. Un cliché qui a lieu de grandement plaire au gouvernement qui le récupère rapidement pour utilisation à fins de propagande. Ce qui tombe bien, car le pays est en banqueroute suite à quatre ans de guerre, et quoi de mieux qu'une campagne de levée de fonds pour renflouer les coffres, bien sûr. Voilà donc les combattants d'Iwo Jima à la rescousse, ou du moins ce qu'il en reste, trois d'entre eux y étant restés. Bradley se retrouve donc flanqué de René Gagnon (Jesse Bradford) et de Ira Hayes (Adam Beach) à parcourir les États-Unis d'est en ouest et du nord au sud. Se prêtant de bonne grâce à l'exercice, à l'instar de René, Doc en vient tout de même à rapidement éprouver de l'amertume face à cette tournée, qui semble se transformer au fil des jours en véritable mascarade. D'autant plus que les grandes huiles ont eu tôt fait de taire le fait que le drapeau figurant sur ladite “photo” n'est pas le premier drapeau à avoir été planté sur l'île, mais bien un drapeau plus grand remplaçant le drapeau original remis au commandant des forces américaines. Un détail souligné plusieurs fois par le soldat Hayes qui, dégoûté par toutes les tractations et les machinations entourant la campagne, et surtout rongé par un sentiment de culpabilité face à ses camarades morts au combat, se laissera dériver de plus en plus vers l'alcoolisme.
Avec FLAGS OF OUR FATHERS, Clint Eastwood rend tout d'abord un hommage vibrant et touchant aux combattants de la bataille d'Iwo Jima, l'une des batailles les plus sanglantes et meurtrières de la guerre du Pacifique, et premier volet de la progression sur le Japon qui mènera à la Marche sur Tokyo et l'Occupation américaine. 22 000 des 70 000 hommes composant les forces américaines y payèrent l'ultime tribut de leur vie et Eastwood se charge de le faire sentir à grands renforts de séquences explosives et d'une violence particulière montrant toute l'horreur de la bataille sans aucune concession. La photographie délavé à souhait et aux teintes grisâtres du chef-opérateur Tom Stern (MYSTIC RIVER) saupoudré aussi partiellement d'un effet de grain dans l'image témoigne du souci de réalisme voulu par le réalisateur. Un réalisme qui est aussi discernable à travers les plateaux du chef-décorateur Henry Bumstead (LETTERS FROM IWO JIMA) reproduisant avec une effroyable minutie la plage et les contrées où eurent lieu les hostilités, sans que l'on se doute un seul instant que ces séquences furent tournées en Islande. Ensuite, Eastwood nous transporte au pays de l'oncle Sam où l'on accompagne les trois soldats au fil des jours de la tournée résultante de la campagne de levée de fonds, et c'est là d'ailleurs que le propos d'Eastwood se fait d'autant plus intéressant. Si la reconstitution de la bataille se veut le prétexte à une réflexion sur l'héroïsme des combattants, la plupart issus de milieux modestes, le description du périple des trois soldats à travers l'Amérique se veut, quant à elle, une réflexion critique et bien sentie sur la propagande, et particulièrement de ses effets et répercussions. Devenu des héros malgré eux, nos trois protagonistes composeront tant bien que mal avec leur soudaine célébrité, tiraillés constamment entre leurs douloureux souvenirs de bataille, leur statut médiatique... et la vérité entourant la véritable origine de la photographie de Joe Rosenthal, surtout qu'aucun de ces trois hommes n'a planté le premier drapeau. Pour mettre en images le conflit intérieur rongeant ces trois soldats, Eastwood construit son récit sous une forme narrative très complexe et elliptique se déplaçant constamment dans l'espace-temps, où l'on est transporté du présent au passé et du passé au présent jusqu'à former une mosaïque où les époques se confondent, l'ensemble utilisant comme fil conducteur la rédaction du livre de James Bradley (le fils de Doc Bradley) duquel le film est inspiré. Construit selon un assemblage très complexe du monteur Joel Cox (UNFORGIVEN), le film aurait pu facilement tomber dans le piège du récit trop morcelé mais Eastwood réussit cependant à garder le cap grâce à sa mise en scène précise doublée du scénario vigoureux de William Broyles Jr. (APOLLO 13) et de Paul Haggis (MILLION DOLLAR BABY, CRASH) maintenant ainsi avec aisance un intérêt toujours bien soutenu. Pour les besoins de la cause, Clint Eastwood s'est entouré d'une équipe de jeunes comédiens quasi-inconnus, hormis Ryan Philippe (CRASH), jeune vedette du moment surtout connu pour être l'ex-M. Reese Whiterspoon. Philippe s'acquitte honorablement de sa tâche avec une interprétation sensible et attachante où le comédien démontre qu'il est véritablement, du moins depuis sa prestation dans l'oscarisé CRASH (Paul Haggis, 2004), qu'il est à prendre au sérieux. Le jeune Jesse Bradford (BRING IT ON) quant à lui, se démarque ici des personnages de jeunes garçons délurés qui fuirent son lot dans nombre de comédies pour adolescents. Quelques autres mentions aussi, notamment les prestations de Barry Pepper (SAVING PRIVATE RYAN) et de Paul Walker (RUNNING SCARED), étonnant ici dans un contre-emploi. Toutefois la palme revient ici à Adam Beach (WINDTALKERS), comédien d'origine indienne qui s'avère être le choix tout indiqué pour personnifier Ira Hayes (lui aussi indien d'origine) et qui compose ici peut-être le portait le plus bouleversant de ce tableau. Beach illustre de brillante façon le cheminement tortueux et tragique du soldat Hayes, où le réalisateur en profite au passage pour écorcher le racisme latent de la société américaine du temps de la Guerre. Ne serait-ce que pour la superbe performance de Beach (qui aurait sûrement mérité une nomination aux Oscars©) ce film vaut d'être vu et revu. Notez qu'il existe sur le marché une édition DVD 1 disque depuis le 6 février 2007 et, sorties en même temps que l'édition HD DVD (2 disques) évaluée ici, une édition Blu-ray et DVD, toutes deux offrant également 2 disques. Bien que le site UnePorte.Net en est encore à ses premiers balbutiements en terme de critiques HD, d'emblée, il convient d'affirmer que la qualité d'image de FLAGS OF OUR FATHERS en HD DVD est du calibre des références connues à ce jour, comme par exemple KING KONG (2005) en HD DVD ou alors CASINO ROYALE en Blu-ray. Le film est présenté dans son ratio original de 2.35:1, d'après un transfert 1080p utilisant l'encodage VC-1. C'est la perfection sur toute la ligne, cette image montrant une précision dans les détails vraiment impressionnante. Encore une fois ici, grâce à la haute définition et l'encodage VC-1, ce sont les dégradés qui éclipsent totalement les performances du mpeg 2 utilisé sur le médium DVD en 480p. Toutes les nuances du chef-opérateur Tom Stern, avec ces couleurs désaturées frisant la monochromie, sont merveilleusement reproduites sans trahir l'expérience cinéma. Aucun problème numérique, ne serait-ce que minuscule, ne vient gâcher cette expérience visuelle. Vraiment, Dreamworks se surpasse (on a qu'à penser au film DREAMGIRLS sur formats HD) et l'arrivée récente de ce studio dans « la haute » (pour reprendre une mignonne expression de notre collaborateur Alexandre) est une chance pour tous les cinéphiles, que ce soit du clan HD DVD ou celui du Blu-ray Disc (Dreamworks sortant leurs éditions dans les 2 formats HD, encouragé bien sûr par leur distributeur actuel : Paramount). Ici, c'est donc une note parfaite au niveau de l'image. C'est bien beau l'image mais le son dans tout ça ? Encore une fois, le même souci d'offrir ce qu'il y a de mieux chez Dreamworks. On nous propose donc la piste originale anglaise Dolby Digital Plus 5.1, une piste française (doublage produit en France) Dolby Digital Plus 5.1 et une piste espagnole aussi encodée Dolby Digital Plus 5.1. L'immersion lors des scènes de combat est totale, que ce soit en version originale ou avec le doublage français. Tous les canaux sont exploités et la moindre nuance sonore est localisée là où il le faut. Le canal .1 LFE (Low-Frequency Effects) est évidemment bien présent et votre haut-parleur dédié à cette gamme sera très certainement dépoussiéré par moment. Les dialogues, parmi les impressionnantes séquences de batailles, sont habilement mixés (mieux en version anglaise cela dit) sans que l'on ressente de quelconques artifices. Vous serez en plein cœur de l'action avec ces pistes audio et ressortirez de cette expérience avec tous les symptômes post-traumatiques que les soldats de cette époque ont eus... ou presque... Avec cette édition spéciale HD DVD de 2 disques de FLAGS OF OUR FATHERS, l'ensemble des suppléments se retrouve sur le deuxième disque. Dreamworks nous offre tout le contenu de ces bonus encodé en haute définition 1080p. Chapeau à Dreamworks sur ce point tout comme leur distributeur Paramount. Les suppléments comprennent les options suivantes (Prenez note que des sous-titres français, anglais et espagnols sont disponibles en option sur le disque de suppléments) : An Introduction By Clint Eastwood HD Le réalisateur Clint Eastwood se livre ici à une brève présentation de son dernier bébé. Words On The Page HD Une entrevue avec l'auteur James Bradley où celui-ci ressasse quelques souvenirs de son illustre père tout en se livrant à un rappel des circonstances qui l'ont amené à la rédaction de son livre. Ensuite nous avons droit aux scénaristes William Broyles Jr. et Paul Haggis en ce qui concerne la rédaction du script. Six Brave Men Petit documentaire rendant un bref hommage, à travers des biographies succinctes, aux six soldats de la photographie de Joe Rosenthal, les plus célèbres de la bataille d'Iwo Jima, et qui comprend des entrevues avec les six comédiens les personnifiant à l'écran. The Making Of An Epic Le journal de bord de FLAGS OF OUR FATHERS, où l'on peut suivre Clint Eastwood et son équipe à travers les différents plateaux de tournage. Raising The Flag Petit segment couvrant les coulisses de la mise en scène de la séquence la plus primordiale du film, celle de la prise du cliché de Joe Rosenthal. Visual Effects Matthew Butler, concepteur des effets visuels œuvrant au sein de l'écurie Digital Domain, nous fait un bref exposé des caractéristiques de son travail sur FLAGS OF OUR FATHERS. Looking Into The Past Segment se concentrant sur la reconstitution d'époque où est couvert, par le biais d'entrevues, le travail du chef-décorateur Henry Bumstead et de la styliste Deborah Hopper. Theatrical Trailer Bande-annonce originale du film diffusée en salle. Bande-annonce / FLAGS OF OUR FATHERS video/quicktime
Certains peuvent déplorer l'absence d'un commentaire audio pour accompagner le film sur le premier disque, qui ne comprend comme seul supplément que la bande-annonce originale de LETTERS FROM IWO JIMA (2007), deuxième volet de la grande saga imaginée par Clint Eastwood. Il faut dire que le réalisateur est connu pour ne pas être très enthousiaste pour se porter à l'exercice. Tout de même, cette superbe édition vaut son pesant d'or et permet de découvrir (ou de redécouvrir) une œuvre superbe composant la première partie d'une fresque vigoureuse d'une des plus célèbres batailles de la Seconde Guerre mondiale.
Studio éditeur : Dreamworks Date de sortie : 22 mai 2007 Film : 4/5 Image : 5/5 Son VO : 5/5 Son VF : 4/5 Bonus : 4/5 Marc Lespérance (critique film et suppléments) marcl@uneporte.com Jean Guèvremont (critique technique) jean@uneporte.net Vendredi 08 Juin 2007
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