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Mardi 13 Mai 2008
18:52
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FIONA APPLE, Extraordinary Machine

Une machine déréglée et une artiste extraordinaire.



Fiona Apple, Extraordinary Machine
DJ de Seattle toujours à la recherche de nouveau son, Andrew Harm aime bien télécharger des maquettes inédites de groupe dont les albums n'ont pas été lancés par les maisons de disques. Inutile d'ajouter qu'il a eu la surprise de sa vie lorsqu'il a constaté que le dernier disque de FIONA APPLE avait subi ce même sort!

Avec les deux disques à son actif – Tidal en 1996 et When the pawn… en 1999 -, FIONA APPLE a réussi autant à plaire les critiques que le public, comme en fait foi ses millions d'albums vendus, son Grammy remporté en 1997 pour sa chanson Criminal et des succès comme Shadowboxer, Sleep to dream ou Fast as you can, tous présents dans le top 40 du palmarès Billboard. Avec pareil profil, une artiste de son calibre devrait donc, en théorie, avoir carte blanche pour tous ses projets.

Et pourtant. À la suite du succès populaire et critique de When the pawn…, FIONA APPLE s'attaque à la composition de l'album qui deviendra Extraordinary Machine. Elle enregistre les onze chansons de l'album en 2003, avec à la réalisation l'excellent Jon Brion, avec qui elle avait fait également équipe pour When the pawn…. Pendant plusieurs mois, l'entourage de FIONA APPLE annonce la sortie imminente d'un nouvel album… puis, plus rien.

Que s'est-il passé? Selon les déclarations de Jon Brion au New York Times, il se trouve que l'étiquette Epic, affiliée à Sony/BMG, aurait jugé que le résultat final n'était pas assez commercial et que les efforts de FIONA APPLE pour composer un titre pouvant trouver sa place sur les ondes n'ont rien donné. L'absence de succès potentiel rebute à ce point Epic que l'album n'est pas lancé et qu'encore aujourd'hui, les maquettes accumulent la poussière quelque part dans une voûte de studio.

Révolté, des fans lancent en novembre dernier la campagne Free Fiona (http://www.freefiona.com/) afin que faire pression sur Sony/BMG pour que le disque soit disponible en magasin. Immédiatement, en décembre 2004, des extraits de l'album, dont la chanson éponyme de l'album et Better Version of Me, sont mystérieusement coulés sur le Web. Lors de la dernière fin de semaine de février 2005, Harm diffuse les deux titres plus trois autres inédits («Not About Love», «Get Him Back» and «Used to Love») sur les ondes d'une radio de Seattle. Peu de temps après, il réussit à mettre la main sur l'intégral de l'album, qu'il fait jouer sur les ondes. Les mordus de la chanteuse enregistre alors les chansons afin de répandre le produit fini dans la Toile. De quoi faire plaisir au défenseur du téléchargement libre.

Le cabaret des refrains

On peut comprendre que les compositions d'Extraordinary Machine, à des années-lumière de la pop-vitamine, aient pu faire peur à Epic. Bien loin des rythmes urbains, FIONA APPLE prend le virage de la vieille musique de cabaret mâtinée de blues. Outre l'incontournable présence d'un piano vieillot, les arrangements musicaux se limitent pour l'essentiel à l'ajout d'instruments à cordes, d'un carillon et d'une batterie. Le résultat? Un son épuré au maximum, sans fla-fla, où la voix déchirante et cristallisée de FIONA APPLE chante ses textes 100% spleen, toujours aussi noirs qu'à l'accoutumé.

Il est dommage que l'album soit tombé en disgrâce, car les onze chansons qu'il contient sont tous de petits bijoux qui méritent d'être reconnu. Parmi ceux-ci, soulignons Red, red red, un blues acoustique - mais ô combien sale - proche de Shadowboxer; Better version of me, possiblement la chanson au plus fort potentiel commercial; Oh well, chanson qui risque de devenir l'hymne des gens qui vivent une amère rupture; ou bien la cinglante Please please please, qui prophétisait déjà les problèmes que FIONA APPLE aurait à lancer son album sur le marché, comme si la chanteuse s'attendait à ce que ce magnifique effort passe à la trappe.

En ce moment, les textes empreints de tristesse et d'amertume ainsi que les airs plus sombres peuvent faire peur à n'importe quel compagnie de disque à la recherche d'un son plus entraînant. Dommage, car Extraordinary Machine mérite une chance. Dommage aussi, parce qu'on s'ennuie également du travail visuel exceptionnel de son mari Paul Thomas Anderson, réalisateur attitré des clips de sa conjointe… et autre personnalité artistique dont le prochain effort se fait attendre.

À bien y penser, il faudrait aussi retenir les services de Andrew Harm pour retracer le prochain long métrage de PTA sur la toile…

L'album Extraordinary Machine de FIONA APPLE est disponible dans l'Internet. Aucune date de sortie n'a été annoncée par Sony/BMG.



Dominic Samoisette
dsamoisette@dvdquebec.com

Jeudi 05 Mai 2005

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