J’ai aimé l’incroyable richesse de l’écriture de
Bori, toute l’inventivité de sa poésie, toute l’humanité de ses propos. Qu’il traite du quotidien des petites gens, de la dureté du monde, des amours qui naissent ou de ceux qui s’éteignent, Edgar se joue des mots avec un égal bonheur. Pour leur côté philosophique ou critique, écoutez
Dans ce monde poutt pout ou
Tipopulo ou encore
Graffiti, magnifique pièce-fleuve façon Léo Ferré où il fait l’apologie du graffiti urbain comme art de rue, cri de révolte du petit peuple, qui n’agresse pas plus, somme toute, que bien des enseignes lumineuses —
face au M jaune publicitaire… qu’est-ce qu’ils ont de sale si ce n’est de s’afficher d’une autre viande… Pour leur côté tendre ou mélancolique, écoutez
Toi et moi, D’abord ou
Je pense.
J’ai aimé son audace artistique; les cassures de rythme que comportent certaines chansons déstabilisent l’auditeur, les transformations artificielles de sa voix sur
La vie calme frisent l’hérésie.
J’ai aimé la variété des styles musicaux impliqués; du mambo de
Tipopulo au country-swing de
Mais que si, en passant par le blues
J’ai aimé, accompagné par la crème des jazzmen européens, Henri Texier et Glenn Ferris. Parlant crème, notons la présence des québécois Mario Légaré, Rick Haworth, Benoît et Jean-François Groulx. Au-delà du
Bori auteur-compositeur, on apprécie le
Bori chanteur, au timbre riche, à l’intonation juste, à l’interprétation toute en nuances, qui rappelle le Reggiani des grands jours.
Edgar Bori joue dans la cour des grands.
J’ai aimé ne pas être décu. Contre vents et marées, depuis le tout premier disque, au gré des changements et de l’évolution du « concept » Edgar Bori, l’équipe de Sillons s’en est fait le défenseur et le promoteur, et ne le regrette pas. Dans ce monde poutt poutt est une oeuvre majeure, où
Bori établit un fragile équilibre entre douleur et douceur, entre gaieté et mélancolie, une oeuvre exigeante qui mérite qu’on s’y attarde.
Collaboration spéciale de
Sillons le disquaire pour cet article.