Diane Dufresne et l’Orchestre métropolitain du Grand MontréalKURT WEILLDiane Dufresne et Kurt Weill : voilà l’une des réalisations les plus inattendues de la discographie québécoise des dernières années. Et pourtant, l’on assiste ici à un mariage d’amour. On peut se demander pourquoi Dufresne n’a pas abordé plus tôt ce répertoire que Monique Leyrac et Pauline Julien ont déjà chanté, dans un registre plus populaire toutefois.
Diane Dufresne et l’Orchestre métropolitain du Grand Montréal
Bref rappel : Kurt Weill est né en Allemagne en 1900. Après une solide formation musicale, il s’intéresse au jazz et rencontre le dramaturge Bertolt Brecht, avec qui il collaborera pour plusieurs pièces, dont le célébrissime Opéra de Quat’sous, de même que Mahagonny. Et le standard Mack the Knife, c’est de lui, entre autres… En 1935, il immigre aux Etats-Unis. Après quelques bons succès à Broadway, il s’éteindra en 1950.
Dufresne et l’Orchestre métropolitain du Grand Montréal, sous la baguette de Yannick Nézet-Séguin, abordent la musique de Weill avec un immense respect. Le petit côté canaille essentiel à l’interprétation est bien présent. Mais le parti pris de cet enregistrement est de donner à ces œuvres une dimension universelle, intemporelle. Les huit mélodies qu’interprète Dufresne couvrent un panorama assez large des meilleures années de Weill. Elles ont aussi un dénominateur commun : toutes, elles mettent en scène un personnage féminin qui rêve d’un monde meilleur, qui résiste aux humiliations, qui combat, qui pleure, qui rit, qui espère… Est-ce un hasard que le disque ait été lancé aux alentours d’un 8 mars ? Ce disque se montre audacieux : alors que l’on aurait pu composer un programme de mélodies d’une bonne heure et plus, voilà qu’on laisse assez de temps pour la magnifique deuxième symphonie de Weill. Composée en 1934, alors que le compositeur se trouvait en transit en France, en route vers New York après avoir fui l’enfer nazi, cette symphonie se veut un digne héritier de la grande tradition symphonique germanique. Le largo est particulièrement émouvant, lorsqu’on sait que Weill était juif et travaillait avec un communiste. Une combinaison assez peu appréciée dans l’Allemagne hitlérienne… Rarement gravée sur disque, cette symphonie trouve dans ce disque un ambassadeur de haut niveau. Comment qualifier ce disque ? Les admirateurs de Diane Dufresne découvriront une facette méconnue de cette étonnante diva. Ils auront peut être envie de mieux connaître Weill. Tandis que ceux, dont je suis, que les mélodies acides de Weill bercent depuis des décennies, pourront se régaler d’une version plus qu’honorable de ces œuvres à la fois populaires et savantes. Ils auront peut-être envie de mieux connaître Diane Dufresne… Collaboration spéciale de Sillons le disquaire pour cet article. Mercredi 6 Avril 2005
Hubert de Nicolini
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