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Dimanche 5 Février 2012
11:37

DUEL (1971), DVD (Collector’s Edition) zone 1

Avec à son tableau de chasse une pléiade de succès comme JAWS (1975), CLOSE ENCOUNTERS OF THE THIRD KIND (1977), E.T. (1982) ou bien JURASSIC PARK (1993) entre autres, la réputation du cinéaste Steven Spielberg n’est plus à faire. Premier vrai long-métrage de ce dernier, DUEL témoigne déjà des qualités indéniables et redoutables de ce metteur en scène qui deviendra un des réalisateurs américains les plus marquants de sa génération.



DUEL (1971), le DVD (Collector’s Edition) zone 1
DUEL (1971), le DVD (Collector’s Edition) zone 1
Au volant de sa chétive Plymouth Valiant 1970, le représentant de commerce David Mann (Dennis Weaver) dévore les kilomètres sur une route californienne à destination d’un important rendez-vous. Il rencontre sur son chemin un imposant camion-citerne de 40 tonnes roulant à basse vitesse qu’il se charge rapidement de doubler. Geste anodin à première vue mais cruellement regrettable pour Mann, car le conducteur de ce poids lourd de modèle Peterbilt 351 de la série 1955-1960 et arborant un moteur d’une force de 275 chevaux s’avère être un parfait détraqué. Suite à cette action, Mann se voit ensuite constamment harcelé sur la route par le mystérieux camionneur dont l’incessant jeu de chat et de la souris se transformera par la suite en enjeu meurtrier.

Steven Spielberg est à peine âgé de plus de vingt ans lorsqu’il débute dans le métier à la télévision en décrochant un poste de réalisateur-maison pour la chaîne ABC. Après s’être fait la main en réalisant quelques épisodes de séries télévisées (NIGHT GALLERY, MARCUS WELBY M.D., COLUMBO), le jeune Steven se voit enfin offrir la chance de mettre en scène son premier long-métrage avec DUEL, adaptation d’une nouvelle de Richard Matheson (I AM A LEGEND, HELL HOUSE) publiée quelques temps auparavant dans le magazine Playboy. Cette chance, Spielberg la mettra à profit à la puissance dix.

Tout d’abord, avec DUEL, Spielberg trouve un sujet à la hauteur de son talent et de ses ambitions. Grand admirateur du romancier Richard Matheson, Spielberg bénéficie d’un scénario adapté par Matheson lui-même. Matheson, d’ailleurs, n’est pas un étranger pour les cinéphiles. Scénariste émérite aillant fait les beaux jours du cycle Poe de Roger Corman (THE HOUSE OF USHER, THE PIT AND THE PENDULUM, THE RAVEN), Matheson est aussi l’auteur de plusieurs scripts d’épisodes mémorables de la populaire série télé TWILIGHT ZONE. Lorsqu’il rédige le scénario de DUEL, Matheson est déjà considéré comme un des maîtres du genre fantastique dont plusieurs auteurs de talent, comme Stephen King, se réclameront.

Spielberg prend ici l’heureuse initiative de suivre les directives du script de Matheson à la lettre en faisant de DUEL une métaphore sur les conflits entre l’homme et la machine. Le nom du personnage principal, Mann, est déjà fortement suggestif sur ce point, ce nom étant presque homonyme du mot anglais «man» (homme). Et c’est bien à une machine que Mann à affaire, puisque qu’on ne voit jamais vraiment le conducteur du camion, celui-ci étant toujours tapi dans l’ombre de sa cabine, ne laissant entrevoir à de furtifs moments qu’une main ou un bras hors de sa portière. Le conducteur n’est en fait qu’une extension du véritable personnage principal qui est le camion lui-même, véritable machine à tuer dont la rouille et les nombreuses taches d’huile ressemblent presque à du sang coagulé (qui pourrait être celui de précédentes victimes).

Le comédien Dennis Weaver, surtout connu pour le rôle mémorable du veilleur de nuit dans TOUCH OF EVIL (1958) d’Orson Welles ainsi que pour le rôle principal de MCCLOUD, populaire série policière diffusée à la télévision dans les années 1970, porte ici littéralement le film sur ses épaules, se chargeant de donner vie au seul personnage d’importance (du moins en chair et en os) de ce récit. Le reste de la distribution n’étant constitué que de personnages épars faisant de courtes apparitions au gré du déroulement, Weaver est ici pratiquement livré à lui-même dans un rôle pratiquement solitaire. Saluons ici la fabuleuse performance de ce dernier dans un rôle extrêmement difficile où il se doit de bien interagir avec ce qui n’est après tout, qu’un camion. D’un naturel confondant, Weaver transmet avec une étonnante maestria toute la gamme des émotions que vit son personnage, allant de l’inquiétude, en passant par l’anxiété, pour finir dans la terreur la plus totale. Rarement aura-t-on vu la terreur aussi bien transmise à l’écran par la seule force d’une interprétation. Tous ceux qui ont vu DUEL se rappelle avec émotion du visage paniqué et du regard fiévreux de Weaver, voyant ce camion de la mort vrombir et gronder derrière lui tout en poussant sa voiture à ses limites extrêmes. Une performance tout simplement inoubliable de Weaver qui trouve ici, à mon avis, son meilleur rôle.

Lorsqu’il prit les rênes de DUEL, Spielberg insista pour que le tournage se déroule entièrement en extérieurs. Cependant, DUEL étant à l’origine une production télé, Spielberg dû faire face à une période de tournage relativement courte de 10 jours, monnaie courante pour les téléfilms à l’époque mais peu propice pour les demandes du jeune réalisateur. Enthousiasmés par le matériel qu’ils ont sous la main, Spielberg et son équipe s’astreindront à un horaire de travail éreintant dans le but de tourner le film en dehors des studios. Spielberg réussira finalement à boucler le tournage avec un léger retard, complétant le tout en 13 jours. Retard qui sera plus que bénéfique puisque Spielberg accouche d’une machine bien huilée qui fonctionne au quart de tour. L’apport du vétéran chef-opérateur Jack A. Marta (CAT BALLOU, WALKING TALL) est indéniable, grâce à une utilisation judicieuse de la profondeur de champ (atteignant un niveau étonnant pour un téléfilm) allié à un cadrage d’une précision minutieuse donnant toute sa force aux nombreuses confrontations spectaculaires entre les deux véhicules. Par le fait même, le montage tout aussi précis et sans temps morts de Frank Morriss (BLUE THUNDER, WAR GAMES) insuffle à la production un tempo haletant qui ne nous laisse guère le temps de respirer. Finalement, l’apport important du coordonnateur des cascades Carey Loftin (VANISHING POINT, THE SUGARLAND EXPRESS) est ici très important, ce dernier ayant réglé de nombreux numéros de casse fort complexes pour ce film en plus d’y jouer le rôle du mystérieux chauffeur de camion que l’on ne voit jamais.

Spielberg livra finalement ce qui fut ici son premier succès. DUEL battit le record des cotes d’écoute pour un téléfilm lorsqu’il fut diffusé pour la première fois sur le réseau ABC, à tel point que la Universal racheta les droits pour une éventuelle distribution en salle en Europe. Pour ce faire, Spielberg dut réunir toute son équipe deux ans plus tard pour le tournage de quelques séquences additionnelles. D’une durée originale de 76 minutes, la version européenne sera rallongée à une durée de 90 minutes afin de rencontrer les standards requis pour une exploitation en salle. Le succès y sera aussi éclatant.

DUEL étant un téléfilm, il est présenté dans le format qui l’impose, soit le format plein-écran 1.33:1. Un transfert très satisfaisant ne comportant pratiquement aucun artefacts, excepté quelques petits points blancs à de rares moments. Toutefois, points de fourmillements ni de grains dans l’image, nous pouvons dès lors admirer l’excellente saturation des couleurs chaudes des paysages arides du désert de Californie. Les contrastes sont très bien rendus, même lors des séquences tournées à plein soleil et ce transfert dispose aussi d’une belle profondeur des noirs. u[À noter que si le transfert n’est pas anamorphique, les menus eux, le sont. Les détenteurs de téléviseurs à écran 16X9 devront alors procéder à un petit réglage avant le visionnement.]b

Cette édition spéciale de DUEL surprend en mettant à notre disponibilité la version originale anglaise par le biais de trois pistes sonores, rien de moins. Les amateurs endurcis de cinéma maison seront ici agréablement surpris en remarquant la présence d’une bande sonore en format DTS 5.1 ainsi qu’en format Dolby Digital 5.1. Dans les deux cas, le résultat est étonnant. Non seulement n’assiste-t-on pas ici à un simple bidouillage de la piste mono d’origine, mais nous avons affaire ici à un remixage profitant de l’ajout de nouveaux effets afin de donner plus de corps à l’environnement sonore. Les canaux sont donc ici tous utilisés, particulièrement le canal central et les canaux avant, grâce à un balancement gauche/droit particulièrement virevoltant pour ne pas dire étourdissant. Le canal .1 (LFE), quant à lui, n’est pas en reste, profitant d’un niveau des basses et des aigus optimal se faisant particulièrement bien sentir lorsque notre camion préféré vient vrombir à l’écran. Les canaux arrière sont utilisés surtout pour mettre en relief certaines petites subtilités du paysage sonore, et soulignons aussi que ces bandes sonores font aussi large place à la terrifiante partition musicale de Billy Goldenberg (BUSTING, THE SUGARLAND EXPRESS), ponctuée de mélodies désincarnées, soulignées par un ensemble à cordes supporté par des instruments de percussion africains. À glacer le sang ! Pour des fins de comparaison ainsi que pour les puristes, le mixage original de format Dolby Digital 2.0 Mono est aussi disponible en complément. Des sous-titres anglais (pour malentendants), français et espagnols sont offerts en option pour le visionnement.

Les amateurs de suppléments en auront ici pour leur rhume car Universal s’est visiblement soucié ici d’inclure une brochette de documents très intéressants avec, pour débuter, trois documentaires réalisés par Laurent Bouzereau, spécialiste du genre :

Steven Spielberg On Making DUEL
Court-métrage d’une trentaine de minutes proposant une entrevue exhaustive avec le réalisateur Steven Spielberg qui nous fait part d’informations et d’anecdotes de toutes sortes relatives à la genèse et au tournage de DUEL.

Steven Spielberg And The Small Screen
Autre entrevue avec Spielberg où ce dernier partage avec nous quelques souvenirs de ses premières années dans le métier, passées à la télévision.

Richard Matheson : The Writing Of DUEL
Le romancier et scénariste Richard Matheson nous fait part des circonstances qui l’ont amené, d’une part, à écrire la nouvelle originale publiée dans le magazine Playboy et, d’autre part, des raisons qui l’ont mené à en rédiger une adaptation en vue d’un téléfilm.

La section des suppléments offre aussi une galerie de photographies relatif à la production et à la campagne publicitaire, la bande-annonce originale du film diffusée lors de son exploitation en salle, un texte regroupant des anecdotes de tournages et, finalement, quelques fiches informatives sur Steven Spielberg ainsi que quelques membres de la distribution et de l’équipe.

La sortie de cette édition ayant été reportée plusieurs fois, l’attente fut longue et pénible pour les inconditionnels de ce petit classique. Cependant, nous pouvons accorder notre pardon à la Universal (ou à Steven Spielberg ?) qui nous livre ici un produit à la hauteur de nos espérances. L’édition du collectionneur de DUEL est à posséder absolument !

DUEL est plus que simplement le premier long-métrage de Steven Spielberg ; il est aussi une des œuvres charnières de son réalisateur, préfigurant même son célèbre JAWS qui, de l’aveu même de Spielberg, doit beaucoup à ce film. Tourné en un temps record et avec un budget dérisoire, DUEL est le parfait exemple de ce qu’un brillant réalisateur peut accomplir avec une détermination sans faille et un savoir-faire indéniable. Spielberg s’impose déjà ici dans le paysage cinématographique et démontre qu’il est un réalisateur à surveiller. Universal ne s’y trompa pas ; après avoir racheté les droits de DUEL, le studio offrit à Spielberg de mettre en scène son premier long-métrage pour le cinéma : THE SUGARLAND EXPRESS (1974).

Studio éditeur : Universal
Date de sortie : 17 août 2004

Film : 5/5
Image : 4/5
Son VO : 4/5
Bonus : 4,5/5



Marc Lespérance
marcl@dvdquebec.com

Jeudi 19 Août 2004

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