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Vendredi 3 Septembre 2010
20:29

COMME UNE IMAGE, le DVD zone 1 de l’éditeur Séville

On ne compte plus le nombre de collaborations entre Agnès Jaoui et Jean Pierre Bacri dans l'écriture de scénarios. Ils forment un tandem de scénaristes appréciés depuis "Cuisines et dépendances" (1993) de Philippe Muyl. Sans aucun doute meilleure scénariste et actrice que réalisatrice, Agnès Jaoui dirige ici son deuxième film après "Le goût des autres" (2000) qui connut un joli succès. Agnès Jaoui est une besogneuse et, si sur le fond il n'y a pas grand chose à lui reprocher, on ne pourra que regretter son manque d'audace sur la mise en scène beaucoup trop classique.



COMME UNE IMAGE, le DVD zone 1 de l’éditeur Séville
COMME UNE IMAGE, le DVD zone 1 de l’éditeur Séville
Sur un scénario parfaitement cloisonné et maîtrisé, Agnès Jaoui et Jean Pierre Bacri concentrent une foule de sentiments dans un petit cercle de personnages bien marqués. À commencer par Jean Pierre Bacri dans le rôle d’Etienne Cassard, un écrivain reconnu dont l’humeur bourrue et l’égocentrisme semblent être les deux traits principaux de sa personnalité. Personnage blasé, en apparence, par le petit monde qui l’entoure et qui l’ennui profondément, il s’est construit seul une carapace d’homme peu avenant, aux répliques cinglantes. Mais voilà le grand écrivain qu’il est se trouve en panne d’inspiration, ce qui décuple sa mauvaise humeur et sa mauvaise foi, rendant un peu plus chaque jour la vie plus difficile à son entourage proche : sa jeune femme, Karine (Virginie Desarnauts) relégué au rôle de « soit belle et tais-toi » mais surtout à sa fille, Lolita, jouée par Marilou Berry, né d’un premier mariage, qui est littéralement écrasée par la personnalité de son père. Perdue entre ses problèmes de reconnaissance autrement qu’à travers son père, Lolita aimerait exister par et pour elle-même. Seulement voilà, elle n’a pas non plus le physique des jeunes filles des magazines, ce qui lui rend la vie encore plus difficile et un passage à l’âge adulte douloureux. Mi-femme mi-enfant, malgré les nombreux reproches légitimes portés à l’encontre de son père, elle cherche désespérément à lui plaire, à attirer son attention, sans réel succès. Elle cherche sa voix au sens propre comme au figuré. En effet Lolita suit des cours de chants avec Sylvia (Agnès Jaoui), une talentueuse professeur lyrique qui n’a pas osé se lancer dans une vraie carrière de chanteuse, par manque d’assurance certainement, mais aussi pour faire bouillir la marmite du foyer.

Voici une comédie acide, servie par une brochette d’acteurs de premier plan, avec en figure de proue Jean Pierre Bacri dans un rôle, Etienne Cassard, qui lui va comme un gant avec un personnage bougon, de mauvaise foi, un brin égoïste et à la dent dure et, avouons-le, pour notre plus grand plaisir. Il représente dans le film le personnage connu qui, au grand damne de sa fille, est courtisé par de nombreuses personnes. Imperméable à se genre de flatteries, le personnage reste la plupart du temps dans une silencieuse indifférence. Les premières "victimes" de cette personnalité sont ses intimes, sa femme, la première, reléguée au rôle de belle potiche, Vincent (Grégoire Oestermann), une sorte d'assistant, souffre douleur dont le personnage d'Etienne Cassard l'aurait sauvé jadis de la dérive terrorisme… Mais la plus douloureusement touchée est donc sa fille, Lolita (Marilou Berry), qui vit difficilement le passage à l’âge adulte. Difficile d’être « le fils de » ou « la fille de ». Difficile de se forger sa propre personnalité, de se faire reconnaître pour ce que l’on est plutôt que d’exister à travers une autre personne. À cela ajouter le besoin de la reconnaissance du père qui en est totalement incapable et vous comprendrez la situation que vit le personnage. Sa relation aux autres en est complètement faussée...

Le scénario est, il est vrai, parfaitement construit et permet de développer plusieurs parcours dans le film. Les destins se croisent aussi. COMME UNE IMAGE est aussi une pléthore de rôle satellites qui font le quotidien, entre Edith, l’éditrice de Pierre (Laurent Grevill) qui se voit évincée, Felix (Serge Riaboukine) l’ami de toujours que l’on écarte, Mathieu (Julien Baumgartner ) le petit ami intéressé, qui se joue des sentiments de Lolita, Karine (Virginie Desarnauts), l’épouse jeune est belle mais trop jeune pour être une véritable belle mère pour Lolita et beaucoup trop différente pour en être une amie… et Sébastien, le personnage masculin du film qui semble s’être trompé d’univers.

L’histoire a donc des facettes et des développements multiples même si la trame principale reste toujours l’attraction que peut générée la notoriété. Impossible d’éviter la comparaison ou au moins l’évocation du film de François Favrat « Le rôle de sa vie » sorti la même année et avec pour l’une des actrices principales Agnès Jaoui. Sur un thème très proche, Agnès Jaoui interprétait le rôle d’une actrice très connue et très désobligeante face à une Karin Viard en totale admiration devant elle. Alors évidemment, on ne peut s’empêcher de comparer l’approche des deux réalisateurs (trices). François Favrat privilégiant la confrontation frontale, alors qu’Agnès Jaoui dans son film privilégie une approche plus indirecte, à travers un proche, une adolescente qui plus est. Les histoires sont différentes mais le constat est le même apparemment : difficile d’être normal, ou de faire confiance alors que l’on est l’objet même de toutes les convoitises ou attentions. Tristes constat également, les deux personnages populaires dans les deux films sont d’une arrogance sans borne et font preuve d’un snobisme incroyable. Mais après tout, ne sommes nous pas les seuls responsables de nos actes ?

COMME UNE IMAGE aurait pu être un très grand film, abordant un sujet très présent dans nos sociétés où l’image est reine, mais malheureusement le sujet aussi bien développé soit-il, manque de rythme et de férocité, dommage.

L’image est au ratio recadré de 1.85:1 avec transfert anamorphosé (16:9) ; sa présentation en salle était de 2.35:1. La qualité image est bien correcte dans son ensemble. Notez qu’il ne s’agit pas d’un transcodage PAL/NTSC, mais bien d’un transfert issu d’un master NTSC et encodé comme il se doit, exploitant parfaitement la sortie progressive de votre lecteur DVD. Lorsque les gens de chez Séville peuvent mettre la main sur un transfert correct déjà réalisé par un studio concurant en zone 1, ils n’hésitent jamais. Une collaboration a certainement existé avec Sony Pictures dans ce cas-ci. Cela dit, On regrettera tout de même des couleurs parfois un peu ternes, quelques rares fourmillements et un grain d’image parfois très présent. Mais le rendu est tout ce qu’il y a de plus honnête.

Côtés son, seul la version originale française est proposée dans deux formats. Le premier est tout naturellement le Dolby Digital 5.1. S’il y a bien cinq canaux d’indiqué, seuls les avant sont mis à contribution. Le canal .1 (LFE) est désespérément inerte et les canaux arrière affichent un encéphalogramme plat. Très mauvais point pour l’ambiophonie générale et notamment pour les passages chantés ou musicaux qui auraient apporté un plus indéniable au film. La seconde piste est une Dolby Digital 2.0 Stéréo. Le format de cette dernière est fort bien respecté et la différence avec l’autre piste est quasi inexistante. Des sous titres anglais sont proposés.

Les suppléments :

Substantiels, ils sont pourtant de qualités assez inégales.

Documentaire « Making of » 60’mn :
Un peu plus d’heure heure de balade à travers le tournage du film, après une introduction sympathique, on nous emmène dans différentes étapes de création du film. Pas forcément dans un ordre chronologique, le documentaire est découpé en trente et un chapitres, pas moins. La durée et l’intérêt varient énormément ; une bonne partie est axée sur le chant avec la recherche de la doublure voix du personnage de Lolita, puis l’enregistrement des musiques, les répétitions avec une Agnès Jaoui particulièrement exigeante voire insupportable, mais aussi les essais de costumes, une visite guidée du camion régie, mais aussi le tournage de plusieurs scènes, tourné parfois sous quarante quatre degrés alors qu’il fallait simuler la période hivernale. On plonge parfois dans la superficialité et, il faut bien l’avouer, un certain ennui. S’il doit en ressortir quelque chose d’évident, c’est bien la complémentarité entre Agnès Jaoui et Jean Pierre Bacri. Quelques longueurs mais on se laisse tout de même guider gentiment.

Bande-annonce :
Une surprise, là où je m’attendais, comme l’intitulé l’indique, à la bande-annonce du film et bien on a droit, sans transition, sans générique, sans titre de film bref sans rien, à un enchaînement de deux scènes du film. Étrange...

Scènes coupées 18’47’’ :
Ici treize scènes coupées. Certaines sont en fait des variantes de scènes existantes dans le film, d’autres sont de vraies scènes inédites. Le constat est assez simple : pour les scènes inédites, aucunes n’auraient apporté quoi que ce soit au film, pour les autres il s’agît plus d’une variante sur les positions des caméras, la distance, le texte aussi parfois, mais rien de bien excitant.

Galerie de bandes-annonces :
Trois bandes-annonces, celle du film « Vipère au poing », « Mensonges et trahisons », « La mauvaise éducation ».

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COMME UNE IMAGE se suit sans ennui mais sans réelle passion non plus. Le thème du film est intéressant, plutôt bien traité et le scénario, qui a reçu le prix du meilleur scénario au festival de Cannes 2004, est excellent. Les acteurs sont très justes, un Bacri égale à lui même, Agnès Jaoui également. Une mention spéciale pour Marilou Berry, vrai premier film après une apparition dans « Ma vie est un enfer » en 1991, il transparaît ici un réel talent qui va certainement s’épanouir et s’affiner pour notre plus grande joie j’en suis sûr. Tout y est pour avoir un excellent film, malheureusement l’ensemble joue sur plusieurs tableaux et même si le tout est cohérent et parfaitement réaliste, la mise en scène est, à quelques exceptions près, attendue et manque réellement de surprise. Cela fait toute la différence entre un bon film et un film incontournable. Malgré tout, je vous rassure, vous ne regretterez pas de l’avoir vu.

Studio éditeur : Séville
Date de sortie : 9 août 2005

Film : 3,5/5
Image : 3,5/5
Son VO (VF) : 2,5/5
Bonus : 3/5



Yann Algoët
yann@dvdquebec.com

Mardi 1 Novembre 2005


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