BROKEN LANCE (LA LANCE BRISÉE) (1954), DVD zone 1À une époque où les westerns pullulaient littéralement sur les écrans de cinéma, certaines productions du genre tendaient fréquemment à la redite. BROKEN LANCE ferait partie du lot, ne serait-ce de la présence de Spencer Tracy, véritable monstre sacré illuminant de sa présence ce western autrement plutôt routinier.
BROKEN LANCE (LA LANCE BRISÉE) (1954), le DVD zone 1
Riche éleveur de bétail, Matt Devereaux (Spencer Tracy) dirige son ranch d’une main de fer. Sévère avec son entourage, il s’avère pourtant un mari affectueux envers son épouse d’origine indienne (Katy Jurado) et un père attentif pour leur fils Joe (Robert Wagner). Cependant, Devereaux entretient des rapports tumultueux avec ses trois autres fils nés d’un précédent mariage. Ben (Richard Widmark), Mike (Hugh O’Brian) et Denny (Earl Holliman) ont à composer avec la hargne sévère de leur père qui ne leur témoigne guère de compassion. Lorsque Devereaux meurt, Ben, rongé par la rancœur et l’ambition, profite de l’absence de Joe, servant une peine de prison pour un crime commis par son père, pour prendre en main les destinées du ranch. Devenu un élément indésirable en recouvrant sa liberté, Joe aura à faire face à ses demi-frères dans une lutte à finir.
BROKEN LANCE est un de ces premiers «character westerns» devenus une des normes du genre dans les années 1950. Adapté du roman de Philip Yordan (lui-même scénariste éminent), le script de Richard Murphy (PANIC IN THE STREETS, COMPULSION) propose un récit où l’action sert de prétexte à une certaine étude psychologique des personnages. Ainsi, une large place est faite sur la description des rapports entre le baron du bétail et son entourage, de même que l’interaction entre le fils métis adoré et ses demi-frères envieux donnent lieu à une illustration légèrement critique des Pionniers de l’Ouest. D’ici là, il est aisé de comprendre l’intérêt du réalisateur Edward Dmytryk (MURDER MY SWEET, CROSSFIRE) à prendre en main les rênes de cette production. Cinéaste engagé privilégiant les sujets abordant certains thèmes à consonance sociale, ce dernier s’est probablement laissé séduire par la vision sous-jacente du chauvinisme et du racisme prévalant à la grande époque de la conquête de l’Ouest, qui est ici particulièrement visible par les rapports entretenus entre le jeune métis et ses demi-frères. Par contre, si ce western comporte des éléments certes intéressants, il n’en demeure pas moins qu’ils sont ici trop peu exploités. Il aurait été souhaitable que certains des personnages soient mieux définis, comme celui de Ben, par exemple, le demi-frère mal aimé, où les motifs et les causes de son caractère envieux et arriviste sont à peine effleurés. Grâce à une interprétation nuancée, Richard Widmark (KISS OF DEATH) réussit pourtant à rendre intéressant un personnage ingrat qui aurait pu facilement être catalogué comme méchant de service. De plus, Spencer Tracy (FURY, ADAM’S RIB) est tout simplement magistral et intimidant à souhait dans le rôle du patriarche au caractère violent dont le caractère intègre cache pourtant une certaine intolérance. Malheureusement, tout cela n’est exploré qu’en surface, le script multipliant les développements précipités dans sa deuxième partie, pour ne devenir qu’une simple histoire revancharde comme on en voit dans tant de westerns, dominé par un Robert Wagner plutôt morne ne semblant être là que pour faire valoir ses attributs de jeune premier. Il reste tout de même la mise en scène solide de Dmytryk misant sur une magnifique photographie du chef-opérateur Joe McDonald (MY DARLING CLEMENTINE), vieux routier habitué du genre, apportant à l’ensemble une certaine saveur épique, et quelques séquences d’action bien troussés où le travail de la monteuse Dorothy Spencer (MY DARING CLEMENTINE, CLEOPATRA) est particulièrement mis en valeur. Malgré ses quelques petits défauts, BROKEN LANCE n’en reste pas moins un solide western dans la pure tradition de la grande époque où le genre en était à son zénith. Cette édition de BROKEN LANCE offre un disque réversible présentant le film en deux formats. Le format analysé ici est le ratio panoramique 2.35:1 d’après un transfert anamorphique (16:9) correspondant au format original de présentation en salle. Le transfert proposé ici est fort convenable, ne comprenant que quelques rares petits points blancs et égratignures. Les couleurs sont bien saturées et le rendu des contraste est satisfaisant, les noirs ne manquant de profondeur qu’à quelques passages. Enfin bref, un traitement assez surprenant pour cette édition se vendant à prix modique. L’autre côté du disque offre le film en format 1.33:1 plein écran adapté pour les téléviseurs de format 4:3. Côté sonore, c’est l’embarras du choix. Tout d’abord, disponible ici est la version originale anglaise avec une toute nouvelle piste en format Dolby Digital 4.0 Surround. À la surprise initiale d’un remixage de tel format, il faut cependant préciser que celui-ci semble beaucoup plus correspondre, du moins à l’oreille, à une piste en format 2.0 Stéréo. L’ensemble du paysage sonore est concentré presque exclusivement sur les canaux avant tandis que les canaux arrière semblent curieusement délaissés. Tout de même, l’ambiophonie est satisfaisante et le tout est reproduit avec vigueur sur les enceintes. La version originale anglaise est aussi disponible via une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono et la version française, aussi Dolby Digital 1.0 Mono, est de loin très inférieure à la piste DD 4.0 anglaise mais offre à tout le moins des dialogues toujours bien audibles. Signalons cependant que ce doublage français est intercalé de quelques séquences dans leur version originale anglaise avec sous-titres français. Finalement, une piste espagnole en format Dolby Digital 1.0 Mono se retrouve aussi dans le lot, de même que des sous-titres anglais (pour malentendants) et espagnols. L’absence de sous-titres français (oui, on est bien chez la Fox) est cependant à déplorer. Deux suppléments sont offerts en complément. Tout d’abord, un segment d’un film d’actualité de la série Movietone News proposant un survol rapide de la cérémonie de la remise des Oscars© en 1955, où BROKEN LANCE remporta la statuette pour le meilleur scénario adapté, ainsi que la bande-annonce originale du film diffusée en salle. ------------------------------------------------------------ BROKEN LANCE n’est pas un western qui est passé à l’histoire. Certains amateurs du genre risquent d’être déçus du traitement quelque peu superficiel de quelques thèmes qui auraient pu donner une oeuvre percutante. Pour les autres, il en reste tout de même un solide petit film d’aventures parfait pour un dimanche après-midi pluvieux. Studio éditeur : 20th Century Fox Date de sortie : 24 mai 2005 Film : 3/5 Image : 3,5/5 Son VO : 3/5 Son VF : 2/5 Bonus : 1,5/5 Marc Lespérance marcl@dvdquebec.com Mardi 12 Juillet 2005
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