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BREACH (BRÈCHE), le HD DVDLe 18 février 2001, le procureur général des États-Unis John Ashcroft annonce en grande pompe lors d'une conférence de presse l'arrestation et l'inculpation de l'agent du FBI Robert Hanssen, reconnu comme étant un agent double à la solde du KGB. Cet acompte d'un des plus grands manquements à la sécurité nationale américaine débarque maintenant au grand écran par la porte arrière, tapi dans l'ombre des blockbusters tapageurs habituels, et c'est bien dommage.
Jeune stagiaire du FBI, Eric O'Neill (Ryan Philippe) est appelé à être l'instrument principal d'une opération de surveillance coordonnée par l'agent Kate Burroughs (Laura Linney) et supervisée par le chef de section Dan Plesac (Dennis Haysbert). Le but de l'opération est d'observer et de collecter des renseignements compromettants sur l'agent spécial Robert Hanssen (Chris Cooper) , un agent aguerri comptant plus de vingt-cinq ans de service et ayant bâti sa réputation à l'époque de la Guerre froide alors qu'il était un spécialiste des renseignements auprès du Bureau d'analyse soviétique. Hanssen est cependant soupçonné d'être un pervers notoire ayant fait l'objet de plusieurs plaintes de harcèlement sexuel et s'avère devenir un élément gênant. O'Neill est donc affecté auprès de Hanssen dans un nouveau département visant à renforcer les mesures de protection des informations stockées dans les serveurs informatiques du bureau fédéral, un département bidon qui sert en fait de couverture à O'Neill pour faciliter sa mission. Après des semaines et des mois de collectes de renseignements, Hanssen semble être l'image même du citoyen modèle : travailleur acharné et méticuleux, véritable professionnel en plus d'être un bon mari et un père tout ce qu'il y a de plus modèle. De plus, Hanssen et son épouse Bonnie (Kathleen Quinlan) sont de bons chrétiens pratiquants et font partie d'une poignée de fidèles s'attroupant régulièrement à l'église pour la messe du dimanche. En somme, rien de suspect aux yeux de O'Neill qui ne cesse de se fracasser contre la façade de respectabilité que constitue son patron, et qui commence à douter du bien-fondé de sa mission alors que celle-ci met en péril son ménage avec sa jeune épouse Juliana (Caroline Dhavernas). Cependant, l'agent Burroughs lui dévoile par la suite la vraie nature de sa mission : Hanssen est soupçonné d'être un agent double ayant filtré quantité d'informations au profit du KGB. O'Neill se retrouve donc au cœur d'une des opérations ultrasecrètes les plus imposantes du FBI visant à démasquer la taupe la plus funeste de son histoire, responsable de la plus grave brèche au sein du service.
Sur papier, la présence de Billy Ray comme scénariste/réalisateur a de quoi inquiéter au premier coup d'œil. Comme scénariste, Ray a compilé une filmographie plutôt moyenne où certains titres embarrassants (COLOR OF NIGHT, VOLCANO) côtoient des bobines potables tout au plus (SUSPECT ZERO, FLIGHTPLAN). Cependant, Ray a démontré avec l'excellent drame journalistique SHATTERED GLASS (2003) qu'il avait l'étoffe d'un cinéaste fort prometteur, lui qui a même réussi l'exploit de tirer une performance fort honorable de l'autrement terne Hayden Christensen, l'insipide Anakin de la “première” trilogie STAR WARS de George Lucas. Avec BREACH, son deuxième long-métrage, Billy Ray prouve que ceci n'était point un feu de paille et qu'il est définitivement à prendre au sérieux. Billy Ray s'attaque ici, armé de cette histoire vraie, à un récit d'espionnage qui tient plus d'une étude psychologique que d'un véritable thriller. Ici, pas de place à des morceaux de bravoure prétextes à scènes d'action rocambolesques propices à un opus de James Bond. Le script de Ray s'attarde à faire une description minutieuse et scrupuleuse d'un univers sombre et presque anonyme, à l'image d'un roman de John Le Carré, où le sort d'une nation est décidé non pas par des hommes d'action, mais plutôt par une bande de fonctionnaires anonymes officiant dans des bureaux situés dans des édifices tout ce qu'il y a de plus banals. Récit aux dialogues abondants, Billy Ray fabrique lentement mais sûrement le suspense à partir de la relation insolite entre les deux protagonistes, tissant mutuellement une relation tout ce qu'il y a de plus étrange. La finesse de l'écriture, mettant en valeur des échanges remplis de subtils sous-entendus illustrent de belle façon cet univers de faux-semblants, de déceptions et de trahisons et qui s'avère la peinture parfaite d'une Amérique post-11 septembre où la peur et la paranoïa sont de mise. Pas de rebondissements fracassants au programme, Billy Ray se contentant, avec une mise en scène feutré et judicieusement discrète, de se mettre au service de la mise en valeur des protagonistes et de leur façonner une certaine profondeur. La photographie du chef-opérateur Tak Fujimoto (SILENCE OF THE LAMBS) aux teintes sombres et grisâtres, la conception visuelle volontairement “anonyme” du chef-décorateur Wynn Thomas (MALCOLM X) et la partition musicale empreinte de mélancolie de Mychael Danna (LITTLE MISS SUNSHINE) se font les témoins de cette routine empreinte de désespoir dans laquelle se meuvent les différents intervenants, et où rien n'est ce qu'il paraît. Déjà récipiendaire d'un Oscar© pour le fantasque ADAPTATION (2002) de Spike Jonze, Chris Cooper n'a plus à faire ses preuves. Et pourtant, il persiste et signe ici avec une autre performance monumentale dans la peau de Robert Hansen, être torturé dont le dévouement religieux s'avère une échappatoire à un énorme sentiment de culpabilité et à un passé trouble. Il est toutefois flanqué du jeune Ryan Philippe (CRASH, FLAGS OF OUR FATHERS) qui s'acquitte d'une interprétation tout juste correcte dans la peau de Eric O'Neill. Malheureusement, le rôle aurait gagné à être interprété par un comédien plus aguerri, habitué aux rôles de composition. Encore seulement qu'une vedette aux allures de jeune premier, Philippe s'avère le seul point faible de cet excellent film et n'a définitivement pas encore fait ses preuves. Toutefois, la distribution secondaire est plus que solide. Laura Linney (THE TRUMAN SHOW) est égale à elle-même en insufflant solidité et assurance à un rôle épisodique et Kathleen Quinlan insuffle une touche insolite et parfois inquiétante à son interprétation de l'épouse de Hanssen tandis que la jeune comédienne québécoise Caroline Dhavernas (WONDERFALLS, HOLLYWOODLAND) démontre de belles aptitudes dans le rôle ingrat de la jeune épouse délaissée de Eric O'Neill. Regrettons tout de même la présence trop brève du royal Dennis Haysbert (le président Palmer de la télésérie 24) qui ne fait ici que passer. Notez que, outre l'édition HD DVD testée ici (qui est en fait un combo contenant aussi la version DVD), il existe sur le marché une édition DVD panoramique et une autre plein écran recadrée. Cette édition HD DVD de BREACH présente le ratio original 1.85:1 d'après un transfert 1080p, encodé avec le codec de compression de Microsoft, le VC-1. Sans être la perfection pour Universal ici, le résultat est plus que satisfaisant. Étant un film récent, cela va de soi qu'aucun défaut n'est apparent, le transfert numérique provenant très certainement d'une source sans intermédiaire après le montage final, cette même source qui sert à réaliser les copies 35mm de projection en salles. L'expérience haute définition est donc encore une fois synonyme de qualité avec BREACH. Les teintes bleutées et grisâtres de la photographie ressortent certainement selon le vouloir du chef-opérateur Tak Fujimoto et les noirs sont d'une profondeur digne de la HD, même si les contrastes ne sont pas des plus appuyés (probablement volontairement). Les contours sont cependant un peu mous et on ne retrouve pas cette perfection que d'autres titres HD DVD nous ont déjà donnés au niveau de la définition; voilà donc ce qui empêche la note parfaite. Malgré cela, loin d'être médiocre, ce transfert numérique haute définition est digne du support. Ce HD DVD offre deux pistes audio : l'originale anglaise Dolby Digital Plus 5.1 et le doublage produit au Québec aussi Dolby Digital Plus 5.1. Fait intéressant à noter sur cette piste française, la québécoise Caroline Dhavernas se double elle-même. Ces 2 pistes soutiennent un environnement qui exploite l'ambiophonie habituelle de tous films portés sur les dialogues. Le mixage est balancé convenablement sur les 3 canaux avant et les enceintes arrière, quoique fort discrètes, répondent aux moments voulus. Ces pistes utilisent un train de bits DTS sur un appareil audio possédant l'option DTS, et ce, avec des connexions numériques autres que celle HDMI. Des sous-titres anglais SDH et français sont disponibles avec le film. Cette édition HD-DVD offre une petite brochette de suppléments, encodés 480p, dont voici le contenu (sous-titres en français disponibles sur tous ces bonus sauf sur l'option U-Control) : Commentaire audio de Billy Ray et Eric O'Neill Piste de commentaire réunissant le réalisateur/scénariste Billy Ray avec le véritable Eric O'Neill. Comme il se doit, Billy Ray se concentre sur les habituelles anecdotes de tournage, parsemées de diverses analyses de son travail à la rédaction du script et à la réalisation tandis que O'Neill relate quelques-uns de ses souvenirs de l'affaire Hanssen au fil du déroulement du récit. U-Control Exclusif chez Universal (Warner, avec le HD DVD, n'a pas la même façon de présenter cette option interactive malgré la similitude), le U-Control offre ici un commentaire vidéo du réalisateur Billy Ray et Eric O'Neil. Malgré certaines redondances avec le commentaire audio traditionnel, cet ajout d'interactivité se veut riche et intéressant. Deleted Scenes Huit scènes supprimées du montage de la version présentée en salle et présentées avec un commentaire audio du réalisateur/scénariste Billy Ray et du monteur Jeffrey Ford. Alternate Scenes Deux séquences alternatives à deux scènes déjà incluses dans la version présentée en salle et présentées avec un commentaire audio du réalisateur/scénariste Billy Ray et du monteur Jeffrey Ford. Anatomy of a Character Documentaire sur le tournage de BREACH s'attardant tout particulièrement sur le travail de Chris Cooper. The Mole Documentaire diffusée à la télévision américaine le 5 mars 2001 faisant la chronique des événements relatifs à l'arrestation et l'inculpation de Robert Hanssen.
Avec son rythme lent et son aspect parfois presque contemplatif, BREACH ne s'adesse définitivement pas aux amateurs de sensations fortes. Mais pour ceux qui sont intéressé par quelque chose de plus substantiel, cette description réaliste et sans concession du monde de l'espionnage est plus que recommandable, et pour l'auteur de ces lignes, BREACH s'avère un des films les plus méconnus de l'année et qui gagne à être découvert.
Studio éditeur : Universal Date de sortie : 12 juin 2007 Film : 4/5 Image : 4/5 Son VO : 4,5/5 Son VF : 4/5 Bonus : 4/5 Marc Lespérance (critique film et suppléments) marcl@uneporte.com Jean Guèvremont (critique technique et suppléments) jean@uneporte.net Jeudi 23 Août 2007
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