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BLACK SNAKE MOAN, le HD DVDAvec un titre comme BLACK SNAKE MOAN et une affiche publicitaire plus que suggestive montrant une Christina Ricci sexy en diable enchaînée par un Samuel L. Jackson tenant sa captive bien en laisse, ce petit film a toutes les allures d'une série B de la belle époque de la “blaxpoitation”. Et pourtant, sous ses allures provocatrices, le nouveau film de Craig Brewer s'avère être un profond drame humaniste.
Ancien chanteur de blues sur le retour, Lazarus (Samuel L. Jackson) ne se remet pas de sa récente rupture avec son épouse l'ayant quitté pour nul autre que son frère. N'ayant plus que sa guitare et sa bible pour l'accompagner, Lazarus n'a plus d'autre choix que de noyer sa peine dans l'alcool, jusqu'au jour où il fait une rencontre singulière en découvrant une jeune femme étendue sur le bord de la route, laissée inconsciente et à moitié nue après avoir apparemment été battue suite à une folle virée en ville. Il s'agit de Rae (Christina Ricci), l'allumeuse du village et nymphomane reconnue dont le petit ami du nom de Ronnie (Justin Timberlake) s'est récemment envolé pour l'Irak avec son régiment du corps des Marines. Sachant trop bien ce qu'un duo composé d'un Noir et d'une Blanche battue sauvagement peut provoquer comme remous sous le chaud soleil du Mississipi, Lazarus recueille discrètement la jeune femme chez lui pour lui apporter les premiers soins. Il semble cependant que les pulsions sexuelles de Rae sont encore bien présentes au grand dam de notre pieux héros. Se prenant de sympathie malgré tout pour la jeune fille, visiblement sous les contrecoups d'une vie parsemée d'abus de toutes sortes, Lazarus se donne pour mission de guérir la brebis égarée en l'enchaînant à un radiateur. Bible et guitare en main, ne reste plus qu'à Lazarus à prêcher la bonne parole pour remettre la pécheresse dans le droit chemin.
BLACK SNAKE MOAN constitue sans nul doute une des plus belles surprises de la dernière saison cinématographique. Signant sa deuxième collaboration avec le producteur/réalisateur John Singleton (BOYZ ‘N' THE HOOD, SHAFT), le réalisateur/scénariste Craig Brewer, qui nous a tout juste donné le récent HUSTLE & FLOW (2005) délaisse le petit monde du hip-hop pour nous donner cette fois-ci cette fable dont le fil conducteur se tisse au gré des airs du blues du Mississipi, et c'est ce qui surprend tout d'abord au visionnement, car le petit dernier de Brewer a toutes les allures d'un pur produit d'exploitation, et ce dès les premières images où déjà nous avons droit à une scène d'ébats passionnés bien sentis, et où les charmes de Christina Ricci (SLEEPY HOLLOW, MONSTER) n'ont déjà plus de secrets pour le spectateur. D'ailleurs, la première moitié du film se consacre à décortiquer la nymphomanie de la protagoniste à grands renforts de moyens, et les premiers moments impliquant les deux personnages principaux se jaugeant l'un l'autre prend parfois des allures de fable religieuse et moralisatrice, et le processus de “guérison”, avec un Lazarus psalmodiant des passages de la Bible et une Rae enchaînée se débattant violemment, est illustré tel un véritable exorcisme. Cependant, l'ensemble prend du mieux dans sa deuxième moitié alors que Brewer s'attarde à injecter plus de profondeur à ses personnages et à ainsi humaniser son propos, y allant du même coût du récit touchant d'une improbable amitié se développant entre le bluesman et la jeune dévergondée, tous deux chargés d'un lourd passé et d'un désir de rédemption. C'est ici que le script de Brewer adopte ses aspects les plus intéressants. À travers ce “conte” se voulant une métaphore symbolique sur le désir, la tentation et la rédemption se développe un tableau vigoureux et affectueux du sud profond. Natif de Memphis, Brewer s'y connaît et ça se voit, car celui-ci réussit à illustrer de belle manière cet univers particulier du Sud profond, et plus particulièrement du Mississipi, avec sa population rurale d'où ressort la pauvreté évidente de ses habitants, autant du côté des Blancs (où l'aspect “White Trash” de ses habitants est exploité à fond) que des Noirs (animés par une profonde foi religieuse) sans pour autant prendre un parti pris. Mais le Mississipi de BLACK SNAKE MOAN, c'est aussi surtout celui du blues, et surtout du blues local. C'est ainsi que les airs de blues sont non seulement omniprésent du début jusqu'à la fin, mais Brewer fait du Blues même un des éléments primordiaux de son récit. Des extraits de chansons de R.L. Burnside (à qui le film est dédié), Son House et The Black Keys, pour n'en nommer que quelques-uns, sont judicieusement disposés pour supporter quelques-unes des scènes principales qui font presque de BLACK SNAKE MOAN une chanson blues en elle-même. Même Samuel L. Jackson y va de sa contribution en grattant lui-même sa guitare (ayant pris des cours pour l'occasion) et poussant la chansonnette. La photographie aux teintes chaudes et ambrées de la chef-opératrice Amelia Vincent (HUSTLE & FLOW) s'avère du même coup un élément essentiel et illustre brillamment le climat particulier de ce coin reculé de l'Amérique profonde, où l'on sent la lourde chaleur dégagée par le soleil brûlant du Mississipi tandis que le rythme est toujours bien soutenu, et bien juxtaposé aux passages musicaux grâce à l'habile travail du monteur Billy Fox (HUSTLE & FLOW). Samuel L. Jackson, tout juste sorti de la galère de SNAKES ON A PLANE (David R. Ellis, 2006) délaisse enfin ici le cinéma d'action pour nous gratifier de ce qui est peut-être de son meilleur rôle depuis des lustres avec un personnage à la fois énigmatique et fascinant, que Jackson se plait à jouer comme un véritable prophète, aidé d'un physique et d'une voix plus qu'autoritaires. La révélation du film se veut toutefois Christina Ricci (et, je vous en prie messieurs, pas seulement au sens propre) qui se charge ici d'un rôle plus que difficile avec un personnage très complexe jouant sur plusieurs gammes d'émotions. Avec ce personnage qui aurait pu facilement devenir caricatural à souhait, Ricci réussit le tour de force d'insuffler émotion et sensibilité à ce portrait de femme très sulfureux de prime abord. Quant à Justin Timberlake, le chanteur pop s'acquitte de belle façon d'un rôle plutôt bref et presque accessoire qu'il rend cependant avec un certain panache et qui démontre que ce dernier a peut-être un avenir intéressant en tant que comédien. Les cinéphiles assidus de série B remarqueront aussi la présence de Kim Richards, ancienne vedette enfantine connue pour son passage chez Disney (ESCAPE FROM WITCH MOUNTAIN) et que les plus endurcis reconnaîtront comme étant la petite fille victime des loubards du ASSAULT ON PRECINCT 13 (1976) de John Carpenter. Richards fait ici un retour à l'écran après plus de vingt ans d'absence dans le rôle de la mère de Rae. Ce transfert numérique haute définition 1080p présente le film avec son ratio original de 2.35:1 agrémenté du codec de compression AVC MPEG-4. Paramount a testé différents codecs de compression depuis son entrée dans l'édition de galettes HD et arrive assez souvent que l'éditeur se laisse tenter par le AVC MPEG-4. Bien que l'on encense très souvent le format VC-1 de Microsoft, il n'en demeure pas moins que, sur papier, le AVC MPEG-4 (connu aussi sous le nom de H.264) offre des résultats similaires au VC-1, même si l'espace nécessaire sur le disque est « légèrement » plus important au final. Oublions l'analyse technique techno-intellect… et à quoi bon d'ailleurs... Allons-y simplement de compliments avec l'image du film BLACK SNAKE MOAN sur HD DVD : parfait, impeccable, irréprochable, exemplaire, édifiant, sublime, admirable... bref : inattaquable! Outre le formidable travail des techniciens responsables de ce transfert, il faut bien admettre que le codec de compression AVC MPEG-4 de Video Coding Experts Group (VCEG) et du célèbre Moving Picture Experts Group (MPEG) a un bel avenir dans la haute définition et, assurément, Microsoft n'a qu'à bien se tenir. Euh... j'ai oublié un qualificatif : une référence ! Côté son, cette édition HD DVD contient 2 pistes audio pour le visionnement du film : la version originale anglaise encodée Dolby Digital Plus 5.1 et un doublage en français (produit en France) aussi Dolby Digital Plus 5.1. Les deux pistes sont excellentes et offrent des mixages qui sont tout aussi efficaces que l'ambiance au cinéma. Avec une connexion optique, ces encodages utilisent un train de bits DTS plein débit, ces 2 pistes exploitant d'ailleurs le débit maximum de nos bons vieux amplificateurs (1.5 Mbps). Ces mixages sont particulièrement efficaces lors des passages musicaux et les dialogues sont parfaitement juxtaposés à l'ensemble. Vous voulez peut-être encore ici un flot de qualificatif ? Bah... regardez la note finale au bas de cette critique. Rien à redire. Cette édition offre une petite brochette de suppléments en complément dont voici le contenu (sous-titres français disponibles) : Commentaire audio de Craig Brewer Le réalisateur Craig Brewer nous offre une piste de commentaires palpitante où son enthousiasme s'avère littéralement contagieux. Tout y passe, analyses de scènes, réflexions sur la rédaction du script, potins de tournage, etc. Où y apprend entre autres que BLACK SNAKE MOAN fait partie d'un cycle de films non pas musicaux mais où la musique est omniprésente, spécialement la musique représentative de son Memphis natal. Ainsi, HUSTLE & FLOW se voulait un hommage au hip-hop tandis que BLACK SNAKE MOAN se tourne du côté du Blues. Brewer dévoile ainsi son intention de faire de son prochain film un hommage à la musique country. Conflicted : The Making Of Black Snake Moan Petit “making-of” du film parsemé de diverses entrevues avec le réalisateur Craig Brewer et les membres de la distribution (dont Samuel L. Jackson et Christina Ricci) et quelques visages de l'équipe technique. The Black Snake Moan Petite vignette racontant la petite histoire de la chanson “Black Snake Moan” qu'interprète Samuel L. Jackson dans une des scènes charnières du film. Deleted Scenes Cinq scènes ayant été supprimées du montage de la version présentée en salle et pouvant être visionnées en haute définition (le seul supplément d'ailleurs exploitant les 1080 lignes de votre téléviseur HD) avec un commentaire audio du réalisateur Craig Brewer en option. Photo Gallery Compilation de clichés pris directement du film, ainsi que quelques photographies prises sur les plateaux de tournage et d'autres utilisées à des fins promotionnelles. La bande-annonce du film complète la liste des bonus.
Malgré d'évidentes qualités, BLACK SNAKE MOAN est presque passé inaperçu lors de sa sortie en salle (et particulièrement par chez nous), victime peut-être d'une campagne publicitaire un peu trop racoleuse jouant sur les aspects sulfureux du dernier-né de Craig Brewer. Mais comme en fait foi le dicton, il ne faut pas juger un livre par sa couverture, et BLACK SNAKE MOAN est beaucoup plus que cela et vaut certainement le coup d'œil.
Studio éditeur : Paramount Date de sortie : 26 juin 2007 Film : 4/5 Image : 5/5 Son VO : 5/5 Son VF : 4,5/5 Bonus : 3,5/5 Marc Lespérance (critique film et suppléments) marcl@uneporte.com Jean Guèvremont (critique technique) jean@uneporte.net Vendredi 14 Septembre 2007
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