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Vendredi 16 Mai 2008
3:57

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BEN-HUR (1959), l'édition DVD de Collection (4 disques) zone 1

Nouvelle agréable: un Sauveur enfant nous est né; c'est dans une étable qu'il nous est donné... Trente ans plus tard, relève de la garde des troupes du despotique Empire Romain dans la Jérusalem occupée: le jeune tribun Messala (Stephen Boyd) revient au bercail assumer le commandement. Le noble prince juif Judah Ben-Hur (Charlton Heston) l'accueille à bras ouverts, mais les referme aussi vite en découvrant que Messala, son proche copain d'enfance, veut maintenant se servir de lui comme mouchard pour débusquer les rebelles. Éconduit, férocement dévoré d'ambition, ce dernier trouve un prétexte pour l'expédier aux galères et claquemurer sa mère et sa sœur. D'une ténacité peu commune, favorisé par le destin, Judah survit à l'épreuve et, avant que Messala ait le temps de crier «Ben-Hur, arrête ton char», celui-ci remet pied en Judée, assoiffé de vengeance et obsédé à l'idée de retrouver sa petite famille, intentions tempérées par son ex-esclave Esther (Haya Harareet), de qui il s'était amouraché juste avant la tragédie. Et il y a dans le pays un fils de charpentier qui accomplit des miracles...



BEN-HUR (1959), l'édition DVD de Collection (4 disques) zone 1
Épique époque que le Hollywood de la décennie 1950 qui, pour contrer les effets dévastateurs de la télévision sur les ventes de billets de cinéma, souleva des montagnes, engrangeant coup sur coup nombre de coûteux drames pseudo-religieux à grand déploiement (QUO VADIS, THE ROBE, THE TEN COMMANDMENTS), la forçant à mettre au point de nouvelles technologies (Cinémascope, VistaVision, Cinema 65), espérant ainsi renverser la vapeur... Acculée à la faillite après de mauvais investissements, la Metro-Goldwyn-Mayer décida alors de miser toutes les billes qui lui restaient sur BEN-HUR, engloutissant 15 millions de dollars US de l'époque, du jamais vu, pour le remake sonore et en couleur d'une des premières grandes réussites de ce studio dans les Années Folles, adaptation d'un roman quelconque publié en 1880 par un héros de la Guerre Civile, le général Lew Wallace. Coup de dés payant: le long-métrage de près de 4 heures, moussé par une publicité sans précédent, rentra dans ses frais, obtenant un succès mondial et ressuscitant de fait la MGM... Produit par Sam Zimbalist, heureux maître d'œuvre du QUO VADIS de 1951 (qui s'est d'ailleurs tué à la tâche), BEN-HUR représente l'aboutissement de toutes ces tentatives de diversion commerciales, le Péplum pour mettre fin à tous les péplums. Tous les sacro-saints poncifs canoniques du genre y sont, dans leur plus éléphantesque opulence: approche hyper-révérencieuse, manichéenne du sujet, héros impossiblement vertueux, admirable et plus grand que nature, adversaire bien crasse et machiavélique, conversions et forces surnaturelles empreintes de religiosité et de symbolisme brut, figurants par milliers, obscène étalage de moyens, le tout constituant une métaphore à peine voilée du soutien yankee au nouvel État d'Israël et de la Guerre Froide (le rouge «communiste» arboré par les Romains, dont Messala, qui incite son pote à «tourner les yeux vers l'Ouest»...).

BEN-HUR (1959), l'édition DVD de Collection (4 disques) zone 1
Côté spectacle, la scène de la bataille navale, 100 % filmée en intérieurs, a très mal vieilli, avec ses maquettes miniatures, déjà apparentes sans doute aux auditoires de 1959 (ne ratez pas les galériens de caoutchouc se faisant éperonner à l'arrière-plan!); par contre, la fameuse course de chars, ancêtre de la Formule 1 et morceau d'anthologie, confrontant les chevaux immaculés du bon aux coursiers charbon du méchant, demeure toujours l'une des plus galvanisantes séquences d'action jamais filmées, de par son authenticité organique et son montage virtuose... Hélas, l'intrigue perd beaucoup par la suite de son momentum au plan dramatique, où l'on assiste à la rédemption prévisible du sceptique personnage principal, succombant à tant de prêchi-prêcha.

Mais au-delà du méga-cirque d'une usine à rêves alors aux abois, c'est l'attention portée aux principaux personnages, leur psychologie un peu plus nourrie, leurs conflits tant internes qu'externes, cet effort de distanciation des clichés, qui différencient BEN-HUR des autres films du genre et le rendent un peu plus attrayant, lui faisant ainsi mieux traverser le temps: pas un instant on ne sent ceux-ci noyés dans le paysage ou écrasés par les décors, ni ne doute de la réalité du récit illustré, au point de le croire véridique [Ridley Scott s'appliquera à créer la même illusion dans son GLADIATOR (2000)]... Cela, on le doit à la force tranquille du réalisateur William Wyler (ROMAN HOLIDAY, THE COLLECTOR), pugnace timonier de ce lourdissime paquebot financier qui, rappelons-le, aurait pu faire sombrer ses bailleurs de fonds corps et biens, et qui a fini par accepter cette monstrueuse commande, comme le Kubrick de SPARTACUS, par simple défi créatif personnel... Réputé comme Kubrick pour ses prises multiples et son perfectionnisme maladif, Wyler a apporté à cette froide et colossale entreprise son expertise du drame de mœurs, ne perdant jamais de vue, malgré son contenu tape-à-l'œil et boursouflé, la dimension humaine du scénario, tout en gardant une main de fer sur les comédiens, souvent laissés à eux-mêmes dans ce type de production.

Quelqu'un a malicieusement un jour déclaré: «Hollywood est un endroit où l'on décerne des prix d'interprétation à Charlton Heston.» Mais en toute objectivité, sa prestation dans BEN-HUR vaut mieux que cette appétissante boutade: en fils à maman opiniâtre et indestructible, alter ego du Christ, Heston n'est certes pas Brando mais, si l'on parvient une minute à faire abstraction du détestable militant pro-armes à feu et conservateur qu'il est devenu avec l'âge [si hypocritement mis en boîte par le hideux pamphlétaire Michael Moore en conclusion de son démagogue BOWLING FOR COLUMBINE (2002)], voilà un comédien somme toute sincère, extrêmement photogénique, un homme de classe intelligent, porté sur Shakespeare, dont l'incontestable présence physique a sauvé bien des drames historiques et qui, fermement motivé par Wyler, porte ce film interminable, à l'instar d'un Russell Crowe, sur ses larges épaules, dans ce qui restera, avec Moïse, le rôle de sa vie... Même chose pour Stephen Boyd, injustement et inexplicablement snobé aux Oscars©, déployant charisme et intensité dans sa relation amour-haine avec Judah, moteur de l'intrigue (la scène du Messala brisé et mourant, peut-être la meilleure du film, reste particulièrement déchirante et éprouvante à regarder...). Future épouse du cinéaste Jack Clayton (ROOM AT THE TOP, THE GREAT GATSBY) et coscénariste d'un de ses films (OUR MOTHER'S HOUSE), Haya Harareet, à l'incroyable taille de guêpe, campe quant à elle, pauvre chouette, les pleureuses de service, assez statique et à peine plus qu'une potiche... À l'opposé, le Gallois Hugh Griffith, sac à vin dans la vie comme son compatriote Oliver Reed, se déchaîne en cheik Ildérim, allié naturel du héros (symbolisant l'entente israélite avec le cousin musulman, souhaitée de tout temps par les États-Uniens), désamorçant quelque peu l'atmosphère pontifiante de l'ensemble... Outre Martha Scott (déjà maman d'Heston dans la saga biblique de Cecil B. DeMille) et Cathy O'Donnell, sans doute les plus belles lépreuses de mémoire de cinéphile, il convient de mentionner le suave acteur australien Frank Thring (THE VIKINGS, KING OF KINGS) en Ponce Pilate visqueux et efféminé, sans parler du vétéran Jack Hawkins, spécialisé dans les figures militaires et autocratiques (BRIDGE ON THE RIVER KWAI, LAWRENCE OF ARABIA), consul romain se livrant avec le galérien Ben-Hur, à un duel psychologique qui ne manque pas de muscle...

BEN-HUR ne serait pas non plus ce qu'il est sans l'apport incomparable du chef opérateur Robert Surtees (MUTINY ON THE BOUNTY, THE GRADUATE), appliquant sa merveilleuse palette de Technicolor à tous ces nets tableaux horizontaux foisonnant de détails latéraux, valorisant ces décors titanesques d'avant le numérique, édifiés, pour des motifs économiques, dans le célèbre studio italien Cinecittà, si propice à la surenchère visuelle... Et que dire de l'«hénaurme», théâtrale et vibrante partition symphonique/chorale, d'écriture néo-romantique, du divin Hongrois Miklós Rózsa (1907-1995), magnum opus maximus de ce jupitérien «Tzigane d'Hollywood», instigateur au cinéma de ces fanfares, de ce «son» romain qu'avec QUO VADIS, quelques années plus tôt, il avait fabriqué de toutes pièces? Mélodies métissées de riches accents antiques et hébraïques, épousant amoureusement, conventions oblige, les moindres contours du récit, achevées comme aucun score ne saurait l'être, fleuron d'une ère où les vrais compositeurs de formation académique, à l'instinct, au métier sûrs, avaient le dernier mot au cinéma américain, ultime expression grandiose, pour certains, ronflante, de toutes les ferveurs religieuses d'antan, et «rêve mouillé» des vrais cinémélomanes, qui y voient, non sans raison, la plus exceptionnelle et roborative trame sonore de l'histoire du septième art... Mais tous ces crescendi de violons, cette surenchère thématique, cette présence auditive envahissante, manipulatrice, ce conformisme au premier degré, en ces temps cyniques d'Internet et d'éclatement des genres, valent-ils plus désormais qu'un vague sourire, signifient-ils encore justement quelque chose de nos jours? À cela je répondrai, paraphrasant mon bon ami François Vallerand, qui s'est tant acharné, à travers ses écrits didactiques, à sensibiliser les Québécois à la chose cinémusicale: du pompier d'une telle magnitude, moi vous savez, je m'en tartinerais tous les jours!

Cette édition DVD de BEN-HUR présente le film, réparti sur deux disques, dans son format original de projection en salles, soit le format panoramique 2.76:1, d'après un transfert anamorphosé (16:9). Aucune disparité notable avec l'édition précédente parue en 2001, et qui tenait sur un seul DVD-18 double face: même interpositif rutilant à la colorimétrie corrigée, sans points blancs ni poussières, quoique quelques scintillements et micropixels dans les zones sombres viennent encore parfois gâter la sauce... Est-il besoin de préciser que, tourné en 65 mm et à un tel ratio haut de gamme, BEN-HUR pâtit plus que n'importe quel autre long-métrage de sa transposition au format vidéo, exigeant des amateurs un moniteur de pointe et surtout, de dimensions respectables, pour pouvoir véritablement en profiter? [Note: inutile de vous esquinter les pupilles à essayer de dénicher montres-bracelets, radios transistors ou autres grille-pains durant la course de chars, ce n'est qu'une légende... contrairement à la bonbonne de gaz dans GLADIATOR!]

BEN-HUR est présenté dans sa version originale anglaise au format Dolby Digital 5.1. Des éléments sonores très bien conservés et répartis assez puissamment sur tous les canaux, à commencer par la phénoménale musique, et une naturalité, à défaut d'une centralité, des dialogues... Ces derniers se trouvent mieux isolés sur la version française au format Dolby Digital 5.1 (une amélioration par rapport au DVD de 2001, qui ne proposait la VF qu'en format DD 2.0), bien que cette piste possède techniquement plus de souffle et un peu moins d'ampleur. Ne vous y trompez point: il s'agit là d'un doublage de référence, relevant des plus hauts standards propres à nos cousins d'outre-Atlantique, et farci de grosses pointures (Jean-Claude Michel, Marc Cassot, Jean-Pierre Marielle, René Arrieu...). Des sous-titres optionnels en anglais, français et espagnol répondent également à l'appel.

Pour ce titre ancien, l'un des plus prestigieux de son catalogue, Warner a cette fois mis le paquet, l'augmentant de nombreux suppléments totalisant plusieurs heures de visionnement, malheureusement dépourvus de sous-titres en option (merci en passant aux responsables de l'interactivité de leur clin d'œil involontaire à la clientèle québécoise, avec leur joli curseur fleurdelisé!) :

Commentaires audio de l'historien de cinéma T. Gene Hatcher et de Charlton Heston (disques 1-2) :
Essentiellement les mêmes remarques sporadiques de Heston transférées de la précédente édition, ajoutées aux analyses de Hatcher - auteur d'un ouvrage sur le film - nouvellement enregistrées pour ce Collector, et qui viennent combler les grands vides laissés par la vedette. Tandis qu'Heston, entre deux anecdotes, se contente de généralités, mentionnant souvent à quel point le film est «bien fait», Hatcher, quant à lui, se veut un fin et volubile observateur, s'efforçant de situer le film dans son contexte commercial, historique, politique et religieux, exposant une foule de détails révélateurs (anachronismes, incongruités, erreurs de continuité, rectificatifs, etc.) malgré de fréquentes digressions d'une scène à l'autre... Ainsi, il rappelle que le livre de Wallace (modelé sur «Le Comte de Monte-Cristo» de Dumas!) fut d'abord adapté monumentalement pour la scène en 1899, à l'écran dès 1907, puis par la jeune MGM en 1925, un des films les plus populaires de la période du muet (inclus d'ailleurs sur le disque 3 de la présente édition, voir plus loin). Préparée sur presque une décennie et ayant exigé plus d'un an de tournage, la version 1959, pour sa part, recyclait moults décors, costumes et accessoires du QUO VADIS du même producteur, qui envisageait même au départ en confier le rôle-titre à Robert Taylor... Wyler, de son côté, voyait plutôt Heston en... Messala, lui qui l'avait excellemment dirigé dans THE BIG COUNTRY (1958)... Calvaire de Stephen Boyd, acteur aux yeux acier sommé par Wyler de porter de très inconfortables verres de contact marrons, qui le désorientaient et ont failli le rendre aveugle (curieusement, Hatcher ne croit pas que le Messala de Boyd soit un antagoniste de poids devant Heston)... Présence sérieusement écourtée, dans le montage final, du personnage de Flavia, courtisane éprise de Judah jouée par l'actrice italienne Marina Berti, si lumineuse dans QUO VADIS [et aussi, entre autres, reine des Phéaciens de l'inoubliable minisérie L'ODYSSÉE (1968), d'après Homère, soeur de Marie dans le JESUS OF NAZARETH (1977) de Zeffirelli]... Les technicalités entourant la course de chars, une des rares séquences sans musique, supervisée par le renommé cascadeur Yakima Canutt, y sont abordées à fond, Heston confirmant l'absence de montres... et que la course était arrangée! Cela étant dit, malgré son indéniable valeur documentaire, le ton discret, policé, légèrement monocorde des deux intervenants, sur 222 minutes, empêche cette piste de commentaires d'être réellement passionnante.

Piste musicale isolée au format Dolby Surround 2.0 (disques 1-2) :
Un «must» évidemment pour les cinémélomanes, pour qui l'irrépressible BEN-HUR constitue la pierre d'achoppement de toute discothèque digne de ce nom, et qui leur donne enfin la possibilité de s'abreuver intégralement et séparément aux glorieuses mesures de Rózsa dans leur contexte... Néanmoins, les silences prolongés entre chaque pièce, inhérents à toute trame sonore isolée, nuisent à une audition soutenue et cohérente; il faut à cette fin se rabattre sur une édition discographique de la musique, la plus exhaustive, dans le cas de BEN-HUR, étant celle sur 2 CD parue en 1996 chez la maison Rhino (R2 72197), remasterisée et aux dynamiques tout aussi surprenantes pour un enregistrement de 1959...

Version 1925 de BEN-HUR (142 mns), avec intertitres et accompagnement musical (disque 3) :
Le film le plus cher de son temps, entièrement restauré en 1988 pour la chaîne de télévision britannique Thames par Kevin Brownlow et son équipe, magiciens de la remarquable série UNKNOWN CHAPLIN (1983), et contenant même certaines séquences en Technicolor primitif (Nativité, Rome, Jérusalem). Avec le regard d'aujourd'hui, cette mouture, sur laquelle le jeune Wyler s'était fait les dents en tant qu'assistant (!), apparaît presque comme une parodie de la version 1959, avec son imagerie saint-sulpicienne, ses costumes rococo, ses fioritures baroques, sa psychologie rugueuse et bien entendu, le maniérisme outrancier de ses acteurs gominés et poudrés qui, typique du muet, en font des tonnes... Le synopsis traduit de manière littérale les idées du roman, tout en s'offrant quelques raccourcis narratifs et autres frivoles digressions, souffrant des même longueurs que son successeur vers la fin (et tout comme ce dernier, dissimulant constamment, par souci d'œcuménisme, le visage du Christ). Il propose en revanche une bataille navale tournée à l'échelle et beaucoup plus convaincante (avec des plans ultra-violents!), et une course de chars, filmée sur place à Hollywood, plus réaliste et qui n'a absolument rien à envier à celle de 1959... Le rôle-titre est défendu par Ramon Novarro, salué alors comme le nouveau Valentino, qui connut avec BEN-HUR sa seule vraie minute de gloire, et dont la fin sordide, en 1968, a alimenté bien des tabloïds. Francis X. Bushman, viril Messala, fut sacré quant à lui «Roi d'Hollywood», bien avant que la couronne n'échût à Clark Gable... Carl Davis, fidèle complice de Brownlow et passé maître dans ce genre d'exercice, assure le contrepoint musical dont dépend si étroitement le film, sorte de poème symphonique ravellien, richement orchestré et superbe (quoique pas exactement dans la même ligue que le chef-d'œuvre wagnérien de Rózsa), compensant ici et là pour l'absence d'effets sonores (coups de fouet, hortator), jouant délicieusement à fond la carte de la naïveté et du mélo...

Documentaire BEN-HUR: The Epic That Changed Cinema (2005, 58 mns) (disque 4) :
Préparé expressément pour cette édition, divisé en 10 chapitres couvrant tous les aspects de la production selon une perspective moderne, et regroupant exégètes du film, entrevues d'archives avec Wyler et Heston (répétant ici les mêmes historiettes que dans son commentaire audio), extraits de tournage inédits en couleur, et propos de plusieurs ténors importants du cinéma commercial actuel, dont Ridley Scott et George Lucas, lequel avait resservi à sa façon la course de chars dans son Star Wars THE PHANTOM MENACE (1999)... Le BEN-HUR de 1959 doit être perçu, nous dit-on, comme le premier drame épique «intime», racontant au premier plan, avec compassion, une histoire personnelle (exploit qu'accomplira magistralement David Lean trois ans plus tard avec son insurpassable LAWRENCE OF ARABIA)... Wyler déplorant que la Judée d'hier et l'Israël d'aujourd'hui soient toujours victimes de l'oppression, situation qui, en 2005, n'a pas beaucoup évolué... Hommage à Robert Surtees, saint patron des directeurs photo, surnommé «le Prince des Ténèbres» en raison de son habileté à filmer les scènes de pénombre avec art et expressivité... J'admets avoir pris un plaisir coupable au chapitre consacré à la musique, dans lequel les compositeurs Don Davis (THE MATRIX) et Elia Cmiral (RONIN) lèvent allègrement leur chapeau au docteur Rózsa, maestrissimo, avec BEN-HUR, au sommet de ses moyens, et dans lequel, de son propre aveu, ce dernier avait investi le plus de lui-même, oeuvre majestueuse ayant nécessité deux années de labeur, affecté jusqu'au montage du film, et qui transcende la simple «bande sonore»...

BEN-HUR (1959), l'édition DVD de Collection (4 disques) zone 1
Documentaire BEN-HUR: The Making of an Epic (1993, 58 mns) (disque 4) :
Bonus repiqué de l'édition précédente, à la narration assurée par notre Christopher Plummer national, avec pour principaux intervenants l'historien de cinéma Rudy Behlmer ( GONE WITH THE WIND ), Catherine Wyler, fille du réalisateur, ainsi que le grand écrivain et essayiste américain Gore Vidal, qui a collaboré au scénario. Complément au docu précédent, celui-ci y va beaucoup plus en profondeur sur la genèse du projet, du roman de Wallace à ses incarnations au théâtre et à l'écran. C'est là aussi qu'on aborde de front la controverse entourant la douloureuse scénarisation de la version 1959 (soigneusement évitée ailleurs sur cette édition), dont la touchante scène des retrouvailles Ben-Hur/Messala, réécrite par Vidal - avec l'accord de Wyler et Boyd mais à l'insu d'Heston - pour lui donner une connotation homosexuelle! [Un passage montrant une missive d'Heston dénonçant la contribution de Vidal a été, manifestement pour des motifs d'ordre légal, supprimé de la version initiale.] La liste officielle des vedettes pressenties pour le rôle-titre nous est dévoilée: Paul Newman (1er choix de tout le monde), Marlon Brando, Kirk Douglas (qui, beau joueur, visita plus tard l'équipe à Rome), Burt Lancaster (lequel, athée, refusa carrément), Rock Hudson... Sans oublier celles de série B qui ont auditionné, dont nul autre que le Saskatchewanais d'origine Leslie Nielsen (AIRPLANE!, NAKED GUN)! Certains de ces tests filmés, déjà présents sur le DVD de 2001, font encore partie des suppléments plus loin.

Segment BEN-HUR: A Journey Through Pictures (5 mns) (disque 4) :
Très chic collage audio-visuel faisant défiler pêle-mêle extraits du long-métrage, planches préparatoires, clichés de tournage, matériel promotionnel et photogrammes (la plupart retouchés tridimensionnellement!), sur les accords de Rózsa, dont on tire même profit des partitions, le tout formant une espèce de vidéoclip résumant le film.

4 auditions filmées, visionnables en groupe ou isolément (29 mns) (disque 4) :
À la base des trois premières, les scènes-clé de la réunion-dispute Ben-Hur/Messala, tournées en couleurs (très) décaties avec différents acteurs, et qui laissent deviner le dérisoire péplum à l'italienne que, sans quelqu'un de l'envergure de Wyler, BEN-HUR aurait pu donner: 1) Leslie Nielsen, Messala emporté et cabotin, donne la réplique au bellâtre Cesare Danova (entrevu plus tard dans la CLEOPATRA de Mankiewicz), Ben-Hur athlétique mais artificiel renvoyant justement au Robert Taylor mal à l'aise de QUO VADIS... 2) Danova remplacé par le pâle Yale Wexler, petit frère du brillant chef opérateur Haskell Wexler (IN THE HEAT OF THE NIGHT, THE THOMAS CROWN AFFAIR), dont le jeu semble lui aussi manquer de consistance. Difficile cependant de mesurer exactement son potentiel, puisque la bande-son de cette audition n'existe plus, remplacée ici par la musique du film... 3) les Britanniques George Baker (Ben-Hur) et William Russell (Messala), qu'on dirait tout droit sortis d'une ennuyeuse série télé. Du moins Baker se fait-il souhaiter bonne chance à la fin... Tests d'autant plus affligeants à contempler qu'on ne saurait maintenant accepter d'autres visages que ceux d'Heston et Boyd pour ces personnages. Quoi qu'il en soit, certainement pas, avec le recul, celui du balourd lieutenant-détective Frank Drebin!... Pour conclure, dans un tout premier bout d'essai, une Haya Harareet muette sourit et y va de longues oeillades à la caméra; attifée, parée et grimée telle la Reine de Saba, celle-ci évoque davantage Gina Lollobrigida que la sobre, chaste et pure Esther du film!

6 bandes d'actualités de l'époque en noir et blanc, visionnables en groupe ou séparément (9 mns) (disque 4) :
Allergiques aux fumeux dithyrambes s'abstenir! «Film le Plus Immense, le Plus Fort de Tous les Temps», «Expérience d'une Vie», cocktails de gala, razzia d'Oscars et célébrités en goguette, Heston en tête... jusqu'à l'Empereur du Japon en personne qui daigne sortir de sa tanière l'espace d'une projection! Amusant tout de même de voir Heston et Ramon Novarro se serrer la pince à la première mondiale new-yorkaise... Bref, les publicitaires mégalos de TITANIC n'ont rien inventé.

Extraits de la cérémonie des Oscars© du 4 avril 1960 (10 mns) (disque 4) :
Soirée bien sûr historique car, mis en nomination dans 12 catégories, BEN-HUR se distingue comme la première production à rafler 11 des précieuses statuettes, record longtemps inégalé jusqu'au funeste insubmersible de Jimmy Cameron en 1997, et à LORD OF THE RINGS: THE RETURN OF THE KING de Peter Jackson (2003). Rare apparition publique archivée de Miklós Rózsa (jamais Oscar ne fut plus mérité!), et déclarations intéressantes de Wyler, lequel, acceptant l'honneur pour Hugh Griffith, regrette que son film soit interdit dans le monde arabe (!), ainsi que d'Heston, remerciant courageusement de sa participation le dramaturge et poète anglais Christopher Fry (1907-2005), coauteur avec Vidal du script définitif, et dont on raya arbitrairement les noms du générique... À noter, les quelques trous dans la bande-son de ce montage exclusif en noir et blanc.

5 bandes-annonces du film, visionnables en groupe ou isolément (14 mns) (disque 4) :
Soit la pré-bande-annonce (teaser) et la bande-annonce de 1959 (dont les croquis au fusain des personnages rappellent un peu le générique final de RETURN OF THE KING...), de même que celles des ressorties de 1961 (au nombre de deux, fort semblables) et 1969, en 70 mm, toutes fraîchement retapées à leur grandiloquence originelle.

Cette édition Collector, qui se présente sous la forme d'un boîtier Digipak à volets identique à ceux de GLADIATOR et des versions intégrales des LORD OF THE RINGS chez New Line, renferme également un facsimilé du Programme Souvenir de 1959 (à l'origine, un livre cartonné!), authentique objet de collection de 34 pages débordant de photos et statistiques complètes sur le tournage... Par contre, on ne peut en dire autant de cette brochure de 10 pages ajoutée à la dernière minute, intitulée BEN-HUR: An Epic Bible Study et qui, avec son discours prosélyte et moralisateur, ressemble comme deux gouttes d'eau bénite à l'un de ces feuillets alarmistes de mauvais goût que les groupements religieux se plaisent à distribuer sur la voie publique... L'Amérique de Bush se faufile décidément partout!

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La boucle est bouclée avec cette édition DVD de luxe d'un long-métrage qui, d'entrée de jeu, devait éloigner le studio... des périls de la télé! Histoire d'amour(s) et de rétribution sur toile de fond politico-religieuse, drame universel, BEN-HUR demeure une superproduction qui, au-delà des clichés, des grosses ficelles et des lieux communs, impose encore le respect, près d'un demi-siècle plus tard. Qui plus est, en cette ère de résurgence du péplum (TROY, ALEXANDER), genre-spectacle «neutre» et véhicule idéal de toutes les idéologies, toujours le mètre étalon, le modèle à chérir et conserver. Beaucoup persisteront toutefois à se gausser de cette entreprise hypertrophiée, à priori convenue et rétrograde, et qui sent un peu trop le «cinéma de grand-papa», commettant du reste, en vérité je vous le dis, péché mortel de cinéphile... En ce qui me concerne, s'il faut que je choisisse, alors je serai contre vous!

Studio éditeur: Warner
Date de sortie : 13 septembre 2005

Film : 4/5
Image : 4/5
Son VO : 4/5
Son VF : 4/5
Bonus : 5/5



Stéphane Michaud
steffm@dvdquebec.com

Mercredi 21 Décembre 2005

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